Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 16 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre X

De quoi sont clairs les yeux? D'où vient, dans l'encensoir,

La braise en feu? D'où vient la lave en ces fioles? Sont-ils des jardins noirs ouverts aux lucioles?

Sont-ils le champ gelé d'un télescope, écran D'une silencieuse armée en marche d'astres

Qui défile parmi le verre en s'y nacrant,

Piège où, tout intégral, vaste ciel, tu t'encastres?

Ou bien sont-ils des fenêtres d'orphelinats Se voilant, contre le dehors et toute enquête,

De rideaux vaporeux, mousseline en frimas. Mais, parmi cette neige, une flamme empiète,

Écho d'un foyer rouge et qui somnole un peu Plus au fond, tout au fond, dans la Maison de l'Âme,

Où vont et viennent et s'assoient autour d'un feu Les Passions, avec leurs visages de femme.

 

X.

 

En l'eau tiède des yeux tranquilles combien j'ai

Souvent, le soir, plongé mon visage et nagé Dans leur silence, vers une rive inconnue!

Mon âme s'y sentait toute légère et nue

Et délivrée enfin des pesanteurs du corps.

Autour d'elle, pas même un cercle de ces moires Qui dans l'eau, pour un souffle, un éveil de nageoires,

S'élargissent comme les sons mourants des cors.

 

Nul trouble dans les yeux à cause de mon âme, Tant elle nage doux, tant elle insiste peu,

Et soudain se libère en leur infini bleu, Devenue une brise, un parfum, une flamme,