Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 14 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre VII

Or qui les filtre une à une, ces larmes nues?

Élixir de douleur, né dans quelles cornues? Et qui cristallisa leur mystère salé

En l'émiettement de semblables globules?… Quels sables sont en nous? quel puits intérieur

D'où montent, en crevant, ces pleurs comme des bulles? Ou bien le crâne est-il une grotte en moiteur

D'où sourdent ces stalactites intermittentes?

 

Où donc le réservoir des pleurs, agrégat d'eaux? Quels circuits jusqu'aux yeux, au long de quelles pentes?

Où donc, sur quels penchants du coeur, sur quels coteaux, Les vignes dont le vin a rempli ces burettes

Pour la messe de Joie ou la messe de Deuil?

 

Sens divers et confus qu'ont les larmes muettes; Peut-être sans raison autre que baigner l'oeil

D'un liquide qui vient de l'âme, et s'y fiance Pour en rendre plus bleue et claire la faïence.

 

VII.

 

Les yeux sont des bassins d'eau changeante qui dort,

Où, parmi des frissons de moires remuées, Appareille une flotte éparse de nuées,

Voiles blanches qui vont vers un horizon d'or; Mais parfois certains grands nuages couleur d'encre

S'immobilisent comme en quarantaine, au fond De tels beaux yeux de qui l'étiage est profond

Et qui portent en eux ces nuages à l'ancre.