Les vies encloses

Georges Rodenbach · Chapitre 29 sur 39

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Les vies encloses

Chapitre VII

Ces affluents de rouge et ces halos de jaune Comme si l'aube avait délayé l'arc-en-ciel?

 

Explosion de la jeunesse! L'aube exulte,

Puis se calme; et bientôt, assagie, elle sculpte Des nuages dans l'or uni d'un ciel de miel!

 

VII.

 

Dans les ciels de Toussaint la pluie est humble et lente!

Maladive beauté de ces ciels où des fils

Ont capturé notre âme en leurs réseaux subtils,

Écheveau qu'on croit frêle et qui nous violente! Quel remède à l'ennui des longs jours pluvieux?

Et comment éclaircir, lorsqu'on y est en proie, Le mystère de leur tristesse qui larmoie?

Sont-ce les pleurs du ciel — pleurés avec quels yeux? Sont-ce les pleurs du ciel — en deuil de quelle peine?

Car la pluie a vraiment une tristesse humaine! Pluie éparse. Elle nous atteint! C'est comme afin

De nous lier à sa peine contagieuse.

Elle s'étend dans l'atmosphère spongieuse

Et, grise, elle renaît d'elle-même sans fin. Pluie étrange. Est-ce un filet où l'âme se mouille

Et se débat? Est-ce de la poussière d'eau? Ou l'effilochement fil à fil d'un rideau?

Est-ce le chanvre impalpable d'une quenouille? Ou bien le ciel a-t-il lui-même des douleurs

Et pleut-il simplement les jours que le ciel pleure?