L'Indiscretion

Carolyn Jewel · Chapitre 9 sur 21

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L'Indiscretion

Chapitre 20 · 2 juillet 1811

 

Une heure du matin environ. Un caravansérail dans la partie la plus ancienne d'Alep, Syrie. Une chambre partagée par lord Foye et Sabine. Pas un bruit dans la chambre. Foye est étendu sur un matelas trop court pour lui ; Sabine est recroquevillée sur un autre.

 

Sabine se réveilla et se sentit perdue l'espace d'un instant.

Elle était dans le noir le plus complet et l'environnement lui

était étranger, la chambre, l'odeur de la poussière, le lit de

fortune sur lequel elle était allongée, l'air et le poids de

tout ce qui lui était arrivé. Quelle heure était-il ? Le milieu

de la nuit sans aucun doute. Elle avait rêvé. Les détails

s'étaient estompés avant qu'elle ouvre les yeux, mais un

reste de peur et de chagrin s'accrochait à elle avec une

telle ténacité qu'elle peinait à retenir un sanglot.

Sa vie allait être un vrai désastre. Comment pouvait-il en

être autrement ? Elle était à des milliers de kilomètres de

chez elle. Godard était mort et sa sécurité avec lui. Elle

n'aurait jamais l'occasion de lui dire qu'elle l'aimait. Et

Foye... Mon Dieu, un moment elle était soulagée qu'il lui ait

tourné le dos et le moment suivant au bord des larmes,

convaincue qu'il ne l'aimait plus. Quant à ses sentiments à elle ? Lorsque Foye la regardait, elle le voulait, son corps le

désirait, désirait qu'il la touche ou l'embrasse.

Elle retint son souffle et se força à rester immobile, mais

elle ne put retenir ses larmes. Elle finit par devoir renifler.

Elle le fit lentement, essayant de donner l'illusion qu'elle

inspirait profondément dans son sommeil.

— Sabine ?

Ciel. Il était réveillé.

Elle s'essuya les yeux avec sa manche.

— Pardonnez-moi, fit-elle quand elle put parler sans

risquer de trahir son émotion. Je suis désolée de vous avoir

réveillé. Ce n'était pas mon intention.

— Tout va bien ?

Il s'exprimait lentement comme s'il était sur le point de se

rendormir.

Souhaitait-il vraiment connaître la réponse ? Pourquoi le

voudrait-il ? Elle l'entendit changer de position. Elle n'osait

pas bouger. Le moindre mouvement risquait de la trahir.

Elle n'était pas une femme faible, c'est du moins ce qu'elle

aimait penser. Elle avait besoin d'une minute pour se

reprendre. Juste une minute.

— Tout va bien, Foye. Rendormez-vous. Je ne voulais pas

vous déranger.

— Vous êtes sûre ?

— Je n'arrivais pas à dormir, c'est tout.

Elle devait parler d'une traite ou sa voix risquait de

trembler. Quand elle eut prononcé le dernier mot, elle avait

utilisé tout l'air qu'elle avait dans les poumons et n'arrivait pas à reprendre son souffle. Foye se rapprocha d'elle. Elle

bougea trop tard et ne put éviter son contact. Mais il ne fit

que presser un mouchoir, ou un morceau de tissu, contre sa

joue.

— Merci, murmura-t-elle.

— Ce n'est rien, Sabine.

— Vous ai-je remercié d'être venu me chercher ?

— J'aurais dû arriver plus tôt. J'aurais voulu arriver avant

la mort de votre oncle.

— Merci, Foye.

— Je suis profondément désolé.

— Moi aussi.

Ses doigts effleurèrent sa joue, un contact fortuit qui la fit

frissonner et augmenta inexplicablement son sentiment de

solitude.

— Il me manque. Il me manque terriblement.

— Je sais, mon amour, fit-il en continuant d'essuyer ses

larmes.

— Vous êtes probablement en train de retirer ma couleur,

fit-elle tandis que son cœur battait plus vite et que cette

chaleur déconcertante qu'il faisait naître en elle s'installait

entre ses cuisses.

— Je vous inspecterai demain matin, fit-il en riant.

Elle aimait tellement le son de sa voix.

— Ce serait avisé, je pense.

Comme ses yeux s'habituaient à l'obscurité, elle distingua

la silhouette de lord Foye, mais guère plus. Elle prit le

mouchoir qu'il tenait et pensa qu'il allait s'écarter, mais il n'en fit rien. Sa main s'attarda sur sa joue, ses doigts

glissèrent le long de ses tempes, sous ses yeux. Il voulait la

réconforter bien entendu, mais le frôlement la fit frissonner

tout entière.

— La mort de mon frère fut un choc, dit Foye. Je ne savais

même pas qu'il était malade. Je pensais qu'il vivrait

longtemps et engendrerait rapidement un ou deux héritiers

et que la lignée des Marrack se perpétuerait.

— Je suis désolée qu'il soit mort.

Il laissa échapper un soupir.

— Un jour, je rentrais chez moi - j'avais une demeure

plutôt modeste alors, à Hampstead Heath, que j'ai toujours

- et le notaire de la famille m'attendait dans le salon. Il s'est

levé quand je suis entré, je m'en souviens parfaitement, et

avant que je puisse le saluer, il s'est adressé à moi en disant

« mon seigneur ». Ce fut assez pour que je sache ce qui

s’était passé. Deux mots terribles, et je savais. Et pourtant,

je ne l'ai pas cru tout de suite. Son fils était mort l'année

précédente, et sa femme avait tout de suite attendu un

autre enfant. Une semaine avant sa mort, elle donna le jour

à une fille. Du jour au lendemain, il n'y eut plus qu'un

Marrack pour perpétuer le nom et les traditions.

— Vous ne vouliez pas du titre ?

— Mon Dieu, non.

Le timbre de sa voix était du velours.

— Quand cela impliquait que mon frère soit mort ? Non.

Mais quel choix avais-je ? Peu importait que je sois satisfait

de ma vie ou que j'eusse préféré que mon frère soit vivant.

— J'ai souvent regretté de ne pas avoir de frère ou de sœur.

— Ce n'est pas comme si nous étions chaque fois d'accord.

Mais il me manque toujours.

Il retira sa main et elle s'en trouva déçue.

— Il vous manquera toute votre vie. Comme Godard me

manquera.

— Oui, je crois. Et maintenant je suis le dernier Marrack.

Le silence se fit entre eux. Cette fois-ci, il n'était pas

pesant.

— Si je vous avais connu alors. Je vous aurais dit à quel

point j'étais désolée.

— Merci. Les mots aident.

Elle prit sa main dans la sienne et la serra.

— Pourquoi êtes-vous venu me chercher, Foye ?

— Pour vous, murmura-t-il.

Elle baisa ses doigts et il inspira profondément.

— Pourquoi ? reprit-il. Pour convaincre Godard...

— Qu'allons-nous devenir ?

Elle serra les doigts autour des siens.

— Que va-t-il se passer maintenant, Foye ? La vérité. Pas

de mensonges entre nous. Dites-moi la vérité. Je préfère la

connaître tout de suite. Avant qu'il ne soit trop tard pour

moi.

— Vous doutez de moi ? fit-il en se penchant sur elle.

— Non, s'exclama-t-elle sans lever le ton et en ravalant

péniblement un sanglot. Non, Foye. Je vous aime. Mais j'ai

des doutes sur mon avenir. M. Lucey a déclaré que vous ne

voulez pas vous marier. Il a dit qu'il pensait que vous aimiez toujours Rosaline. Je ne sais pas ce que je pense, Foye.

Parfois je me dis qu'il est impossible que vous puissiez

souhaiter m'épouser ou que vous le dites uniquement parce

que vous avez le sentiment que vous devez le dire. Parfois

je me dis que je mourrai si vous ne m'aimez pas, et d'autres

fois je suis persuadée que vous aimez toujours Rosaline.

— Je n'aime pas Rosaline.

Il se pencha et l'embrassa sur le front.

— Le fait est que vous ne me convenez pas du tout. Vous

avez lu mon avenir dans mes feuilles de thé, Sabine, ajouta-

t-il en riant. L'avez-vous oublié ? Alors laissez-moi vous dire

ce qui va nous arriver afin que vous soyez fixée sur votre

avenir avec moi. Nous allons rentrer en Angleterre et nous

marier dans la cathédrale St Paul. Votre bouquet nuptial

sera composé de fleurs d'oranger et de roses rouges et tout

le monde s'émerveillera de la chance que j'ai.

— J'ai toujours aimé les pivoines, nota-t-elle.

Son cœur bondissait, un tel bonheur ne lui semblait pas

possible.

— Puis-je avoir des pivoines dans mon bouquet ?

— Tout ce que vous voudrez, mon cœur. Nous passerons

notre lune de miel à Cornwall, et si vous le souhaitez, je

vous aiderai à terminer le livre de sir Henry.

— Oui, cela semble merveilleux, Foye.

— Et maintenant, mon amour, fermez les yeux et dormez.

— Oui, Foye.

Le silence se fit et il était aussi étrange que tout le reste.

Quelque part dans l'auberge, des hommes riaient et il n’était possible de discerner que la langue qu'ils parlaient

n'était pas l'anglais. Sabine se sentit de nouveau envahie

par un sentiment de solitude. Et si Foye n'était pas venu ?

Cette pensée la terrifia. Des scènes repassèrent dans sa

tête. Des scènes désagréables qu'elle ne pourrait jamais

oublier. Les avances du pacha. La maladie de Godard. Les

semaines qui avaient suivi les mensonges de Crosshaven

quand elle n'avait parlé à personne ou presque.

Elle s'assit sans faire de bruit et serra les bras autour de

ses genoux. Le poids familier de ses cheveux lui manquait.

Les vêtements qu'elle portait lui étaient étrangers. Elle

n'avait pas l'habitude de porter un vêtement qui lui

couvrait ainsi le corps et les jambes. Le fait même d'être

habillée en homme était inconvenant et scandaleux. Foye

était là, mais elle se sentait seule.

— Sabine.

Il tendit la main et trouva la sienne.

— Rendormez-vous, Foye.

Il s'assit.

— Je ne peux pas, pas quand vous êtes éveillée.

Elle tourna la tête vers lui, le menton sur les genoux.

Il s'était couché vêtu de son pantalon et d'une chemise. Pas

de gilet. Pas de redingote. Pas de foulard. La largeur de sa

poitrine sous le lin blanc était saisissante.

— Normalement, quand je n'arrive pas à dormir, je lis, fit-

elle parce qu'elle ne voulait pas que la pièce retombe dans

le silence.

Quand tout était silencieux, la peur revenait la hanter. Son

cœur se serra.

— Quelque chose d'ennuyeux quand je suis incapable de

dormir. Mais je n'ai pas de livres, ennuyeux ou non.

— Moi non plus. Et dessiner ? Est-ce que vous dessinez

parfois quand vous n'arrivez pas à dormir ?

— Oui, fit-elle. Mais je n'ai ni crayon, ni tablette pour

dessiner.

— Si vous en aviez, vous dessineriez ?

Sabine lui fit face, reconnaissante qu'il essaie de la

distraire.

— Ce soir ? Oui. Je vous dessinerai, si je pouvais. Je suis

résolue à saisir l'essence de votre être. Ne riez pas.

— Je ne ris pas.

— Menteur, fit-elle en surprenant le tressaillement de ses

lèvres.

— Pardon.

— Si je le pouvais, ajouta-t-elle, je vous dessinerais nu.

Foye cligna rapidement des yeux.

Sabine ferma les siens. Venait-elle vraiment de dire une

chose pareille ? Apparemment, son aptitude à s'humilier ne

connaissait aucune limite. C'était vrai, non ? Si elle le

pouvait, elle dessinerait Foye nu.

— En voilà une pensée, fit-il.

— Les artistes masculins dessinent ainsi les femmes.

Il y avait peu de chances qu'elle recouvre sa dignité à

présent.

— Dans le cadre de la formation d'un artiste, c'est même

une obligation.

— C'est parce que le corps féminin se prête à l'expression

artistique, souligna-t-il.

— Les Grecs n'omettaient pas le nu masculin, riposta-t-elle.

Parler avec Foye lui faisait oublier ses cauchemars.

— Et à moins que vous ne tentiez d'établir une distinction

entre la sculpture et une représentation en deux

dimensions de la forme humaine, permettez-moi de vous

dire que l'art reste l'art, quel que soit le médium utilisé.

D'autre part, j'ai vu des amphores grecques dépeignant des

nus.

— Votre oncle ne vous a pas suffisamment protégée.

— Probablement pas, répliqua-t-elle.

— Avez-vous déjà dessiné un nu ? demanda-t-il en

fourrageant dans l'une de ses sacoches.

— Si je vous réponds non, cela ne veut pas dire que je ne

devrais pas le faire.

— Vous pensez que c'est ce que je sous-entendais ?

Foye se retourna vers elle avec un crayon et un petit cahier

à la couverture souple recouverte de papier huilé. Il les lui

tendit, mais elle ne fit pas un geste. Il les posa sur le

matelas à côté d'elle.

— Je ne peux pas dessiner dans le noir.

Il se leva et alluma la lampe qu'il avait éteinte et augmenta

la lumière de l'autre. Pas beaucoup, mais assez pour qu'elle

puisse, si elle le décidait, dessiner.

— Fiat lux,fit-il.

Il tendit les deux mains, paumes tournées vers le haut.

— Que la lumière soit.

Il se recoucha sur son matelas, sur le côté, une main sous

la tête, les yeux rivés sur elle.

— Vous devriez vous rendormir, fit-elle.

— Je ne suis pas du tout fatigué.

Il tendit la main vers le carnet et l'ouvrit.

— Je ne suis pas très doué.

Elle baissa les yeux et posa un doigt sur l'une des pages.

C'était le dessin d'un bâtiment en ruine.

— Quel est ce château ?

Il se pencha.

— Maraat Al-Numan. Et quand j'étais là-bas, je n'ai pas

cessé de penser à vous.

— Godard et moi sommes allés à Serjillo avec Nazim Pasha.

Lorsque nous étions en route pour Kilis. Je n'arrêtais pas

d'imaginer qu'un ancien Romain rentrait chez lui et nous

demandait ce que nous faisions dans sa demeure.

Elle traça le contour de la porte ménagée dans une

muraille qui s'écroulait. Il avait plutôt bien saisi la

désolation du paysage. Les détails architecturaux étaient

particulièrement bien rendus. Elle tourna une page.

— Ces dessins sont très bons, Foye.

— Je n'ai pas votre talent, mais j'aime dessiner quand j'en

ai l'occasion.

Il s'assit, les genoux relevés sous les couvertures, les bras

posés négligemment dessus. Des boucles tombaient en désordre sur son front et l'inclinaison de sa tête soulignait

encore davantage l'angle de sa joue.

— Dessinez quelque chose.

Elle tourna encore une page ou deux. Il avait dessiné une

vue du souk de Constantinople. Sur une autre page, la

Grande mosquée. Elle saisit le crayon.

— Vous ?

— Si vous le souhaitez, fit-il sans la quitter des yeux. Ou

bien corrigez un des dessins que j'ai faits.

Elle choisit une page vierge et se mit à dessiner tout en

continuant à parler. Elle connaissait tellement mieux son

visage désormais.

— Je me suis mis à le haïr, fit-elle doucement. Mon oncle,

pas Crosshaven, pour m'emmener aussi loin alors que je

n'avais rien fait de mal. Et pourtant, ajouta-t-elle, j'étais

heureuse de ne plus être à Londres, ni en Angleterre. Les

calomnies étaient arrivées jusqu'à Oxford. Certains des

amis de Godard nous ont ostracisés. Après notre départ de

l'Angleterre, des jours pouvaient se passer sans que nous

échangions un mot si ce n'était pour dire « passez-moi le

sucre s'il vous plaît » ou « oui, c'est un exemple magnifique

de colonne ionique. »

— Vous me dessinez ?

Elle lui jeta un coup d'œil, puis retourna à son dessin.

— Cela vous dérange ?

— Je ne suis pas un Apollon, Sabine.

— Vous avez un visage noble.

La réponse le fit rire et elle le fixa. Son regard croisa celui

de Sabine, un de ces échanges fortuits qui survenaient

entre eux de temps à autre. Elle se sentit de nouveau

fiévreuse.

— Dois-je faire preuve de fermeté avec vous, Foye ? Je

vous préviens, vous n'allez pas trouver cela agréable.

— Non, je vous en prie, non, fit-il en souriant.

— Alors ne bougez pas.

Elle travailla sur la ligne de sa joue, puis commença à

dessiner ses yeux.

— Vous avez de très beaux yeux.

— Vous vous engagez sur un terrain glissant, Sabine. Vous

risquez de me faire tourner la tête en déclarant de telles

choses.

— J'en doute fort, répliqua-t-elle en riant.

Cette fois-ci, elle réussissait à attraper la puissance de ses

traits, mais son crayon s émoussait.

— Est-ce que vous avez un couteau de poche ou un crayon

qui soit plus pointu ?

Il fouilla dans sa sacoche et en sortit une boîte en bois qui

contenait tout un assortiment de crayons. Aucun n'était

aussi pointu qu'elle le souhaitait, mais elle en trouva un qui

ferait l'affaire et elle commença à travailler sur sa bouche. Sa lèvre inférieure était plus charnue que sa lèvre

supérieure et une tendresse y flottait, tapie dans la virilité

de sa mâchoire et de son menton.

— Vous êtes concentrée, fit-il.

Elle leva le carnet et lui montra la page.

— Si j'avais mes propres crayons, je pourrais faire mieux,

mais c'est une ressemblance acceptable, je crois. Mieux

que ce que j'avais fait avant.

Foye contempla le dessin pendant un moment assez long

avant de s'exprimer.

— Mon Dieu, murmura-t-il. C'est moi jusqu'à la ligne de

mon nez. Vous êtes une vraie artiste, Sabine.

Il toucha la page.

— Est-ce que Godard le savait ? Je sais qu'il ne vous

encourageait pas, mais comprenait-il l'étendue de votre

talent ?

— Il savait beaucoup de choses, Foye. Mais pas tout.

Maintenant, puisque vous n'allez pas me laisser vous

dessiner nu, je crois que nous avons fini. Nous allons enfin

dormir.

Mais Foye continuait de la regarder, avec intensité.

— Vous m'avez pris mon âme. Mon cœur.

Elle tendit la main et appuya le bout de ses doigts sur son

torse jusqu'à ce qu'elle sente les battements de son cœur.

— Votre cœur bat ici, Foye. Dans votre poitrine. Vous le

portez avec vous partout où vous allez.

— Et pourtant il vous appartient.

Elle pensa à Rosaline et combien Foye avait souffert. Elle était soulagée que Rosaline l'ait quitté. Désolée qu'il ait été

meurtri, mais soulagée toutefois.

— Je le garderai en sécurité pour vous, fit-elle. Ferez-vous

la même chose avec le mien ?

Il leva les bras et saisit le dos de sa chemise afin de la

retirer, puis ses mains disparurent sous sa couverture.

— Qu'est-ce que vous faites ? demanda-t-elle, même s'il

était évident qu'il retirait son pantalon.

En un instant, la tension s'installa de nouveau entre eux.

Elle avait conscience de sa force physique. Et consciente de

ce corps masculin qui l'appelait à lui.

Il repoussa la couverture du pied.

— Voilà, fit-il.

Il s'allongea sur le dos, un bras par-dessus la tête. L'autre

le long de son corps détendu. Le marquis de Foye était

totalement nu.