L'Indiscretion
Chapitre 26 · 3 juillet 1811
Une heure et demie du matin environ. Les Monts Nur. Les
sources d'eau chaude près d'une petite auberge délabrée
entre Alep et Iskenderun. Foye et Sabine se baignent et
deux mercenaires druzes montent la garde.
Les deux janissaires s'étaient postés sur le chemin qui
menait aux sources avec l'ordre de guetter l'arrivée
éventuelle d'hommes du pacha et, le cas échéant, de siffler.
Foye s'était rapidement déshabillé et Sabine aussi avec son
aide.
Ils étaient seuls, nus et Foye aidait à la toilette de Sabine
aussi vite qu'il le pouvait. Chaque bruit la faisait sursauter
et elle s'attendait à être interrompue à tout moment par le
pacha ou l'un de ses hommes. Quand ils eurent fini, Foye
sortit de l'eau et ils se dépêchèrent de la sécher et de la
rhabiller. Il avait apporté l'onguent pour ses cheveux et il
en rajouta, veillant à masquer les racines blondes qui
apparaissaient. Une fois qu'il eut bandé de nouveau sa
poitrine, elle enfila le pantalon bouffant et une chemise.
— Voilà, fit Foye avec un soupir de soulagement. Si
quelqu'un arrive, tu es de nouveau Pathros.
Elle jeta nerveusement un coup d'œil par-dessus son
épaule. Mais il n'y avait personne sur le chemin.
— Nous allons nous en sortir, fit Foye en posant une main
sur sa joue. Allons, Sabine. S'il n'a pas encore deviné, il est
peu probable qu'il devine maintenant.
— Pathros, souffla-t-elle. Je suis Pathros.
Elle était l'interprète du marquis, un garçon qui jurait en
arabe et en turc, était capable de s'occuper des détails
matériels du voyage sans que personne n'y trouve à redire.
Elle était compétente et indépendante.
Mais quand elle regardait Foye, nu au bord de la source,
elle redevenait Sabine Godard, elle-même, qui avait fait
l'amour avec le marquis. Elle voulait l'enlacer et lui
murmurer à quel point il comptait pour elle. Et surtout elle
voulait que cela finisse, cette tension constante et cette
peur d'être découverte.
Foye était aussi silencieux qu'elle, la main toujours posée
sur sa joue, ses doigts caressant la ligne de sa mâchoire. La
lumière de la lune jouait sur son visage, ce visage qu'elle
connaissait si bien désormais, et pour une raison
mystérieuse, le fait même de le regarder ainsi lui donnait
l'impression que son cœur était trop gros pour sa poitrine.
Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle refusait de
pleurer devant lui. Elle n'afficherait pas sa faiblesse et ne le
décevrait pas. Mais les larmes remplirent son cœur jusqu'à
son âme. Comment pouvait-elle combler le gouffre qui les
séparait alors qu'elle n'était plus sûre de comprendre
l'homme qui se tenait de l'autre côté du précipice ?
Le Foye devant elle n'était pas le gentleman courtois et
aimable de leurs premières rencontres. Il n'était pas non
plus l'homme qui l'avait tenue dans ses bras avec tant de
douceur la nuit précédente. Quand elle avait accepté son
corps dans le sien, il l'avait métamorphosée. Et cela lui
donnait envie de pleurer. Elle n'était plus la même
personne que celle qui était tombée amoureuse.
Il était devenu un étranger que les hommes suivaient
aveuglément. Elle connaissait la différence entre un homme
qui est suivi pour ce qu'il représente - pacha, comte, sultan,
roi - et un homme que les autres suivent pour ce qu'il est -
décidé, honorable, honnête, intelligent. Foye incarnait ces
deux facettes et elle l'avait tristement, affreusement sous-
estimé parce qu'elle ne connaissait rien aux hommes et
était peut-être encore ignorante. Elle l'aimerait jusqu'à son
dernier souffle et pourtant elle craignait d'être loin de le
connaître suffisamment. Un sifflement aigu fendit l'air.
— Enfer et damnation ! s'exclama Foye.
Il s'écarta rapidement et retourna dans l'eau, y plongeant
la tête afin de donner le change et prétendre y être depuis
un moment quand plusieurs hommes approchèrent. Nazim
Pasha accompagné de deux serviteurs et de plusieurs
janissaires, tous armés. Les deux gardes druzes étaient en
retrait.
Sabine essaya de ne pas se faire remarquer, mais c'était
impossible, vu qu'elle était nu-tête et quelque peu
débraillée. Seigneur, faites que sa chemise et son pantalon
suffisent à dissimuler ses formes. Elle s'assit et enfila ses chaussons et ses bottes sans prêter attention à la
conversation, en apparence en tout cas.
— Marquis, fit le pacha, en français bien entendu. Quel
endroit agréable pour se baigner !
Son serviteur s'avança et aida le pacha à retirer ses
vêtements.
— En effet, fit Foye.
Il continua à se laver comme si de rien n'était.
Sabine détourna les yeux tandis que le pacha continuait de
se dévêtir. Il fit signe à son serviteur de s'éloigner et se
tourna vers Sabine en caressant sa barbe. Que pouvait-il
voir d'elle dans l'obscurité ? Foye sortit de la source. Ce fut
une distraction. Il était beaucoup plus grand vraiment que
le pacha.
Sabine se leva prestement et saisit la sacoche qui contenait
une serviette et les vêtements de Foye. En passant devant
le pacha pour rejoindre Foye, il l'arrêta avec une question.
Elle tourna juste la tête.
— As-tu déjà travaillé dans le hammam public d'Alep ? lui
demanda-t-il en turc.
Elle allait répondre, mais Foye la devança :
— Vous semblez très intéressé par mon guide, pacha.
Sabine posa la sacoche et se mit à essuyer Foye. Il ne
bougea pas, comme si c'était la chose la plus naturelle du
monde que quelqu'un s'occupe ainsi de lui.
— Puis-je vous demander pour quelle raison ? demanda-t-il
en français.
— Je lui ai demandé s'il avait travaillé dans un hammam,
répondit le pacha en français lui aussi.
Il haussa les épaules.
— Un garçon tel que votre guide pourrait devenir riche s'il
avait du talent. S'il captivait l'attention de certains
hommes.
— Je n'en ai pas la moindre idée, répliqua Foye. Pathros ?
fit-il en anglais.
— Non, pacha, répondit-elle en turc. Mon père ne
permettrait jamais une telle chose, fit-elle en s'inclinant
profondément.
Le pacha eut un petit rire de gorge en passant devant eux.
— Il y avait à Alep un homme très riche qui tomba
amoureux d'un garçon de bains. Il venait au hammam
chaque fois qu'il savait que le garçon y serait. Mais un
autre homme admirait aussi le garçon et ils se rendirent
vite compte qu'ils étaient rivaux.
Son serviteur le suivit dans l'eau en portant une boîte sertie
de pierres précieuses qui contenait le nécessaire de toilette
du pacha.
— Que se passa-t-il ? demanda Foye.
Il était en train de s'habiller avec l'aide de Sabine, passant
des vêtements de voyage adaptés à la route. Elle essayait
d'aller le plus vite possible et Foye l'aidait quand il pouvait.
Au moins le pacha ne la regardait plus, il était concentré
sur Foye.
— Ah, répliqua le pacha. L'un des hommes fut jaloux et
tua le garçon.
— Un conte qui finit mal.
Foye enfila sa redingote et laissa Sabine arranger le
vêtement. Il ramassa ses bottes et glissa ses pieds dans les
chaussons.
— Bonne nuit pacha. Viens, Pathros.
Sabine s'agenouilla pour ranger les vêtements sales de
Foye et finit de s'habiller.
— Bonne nuit, marquis.
Légèrement retardée par son rangement, elle entendit le
pacha ordonner aux janissaires de les suivre. Jetant la
sacoche sur son épaule, elle suivit Foye à la hâte, suivie par
deux hommes silencieux.
À l'auberge, le propriétaire leur apporta du café et un
narghilé ainsi que plusieurs tabacs qu'il présenta à Sabine.
Elle énuméra les différents choix pour Foye qui se contenta
de lever une main désintéressée. Elle tendit une pièce en
échange du tabac au miel dont Godard avait été friand. Le
capitaine druze s'installa dans un coin de la pièce, debout,
les bras croisés, les yeux rivés sur les janissaires qui
étaient groupés de l'autre côté du muret.
Sabine disposa par terre, près du feu, le tapis et la
couverture de Foye, et fit de même pour elle. Dans cette
chambre minuscule, ils allaient être près l'un de l'autre,
c'était inévitable.
— Dis au capitaine qu'il peut s'en aller, Pathros. Et que je
lui serais reconnaissant de garder un œil sur nos amis
dehors.
Elle fit ce qu'il lui demandait et le druze s'inclina avant de
quitter la pièce.
Foye s'assit sur sa couverture. Il ne toucha pas au narghilé,
mais prit du café. Il versa du café dans l'une des tasses.
— Pathros ?
Elle s'accroupit à son tour, se pencha et prit la tasse
tendue.
— Merci, effendi.
Foye retira sa redingote et la drapa sur ses affaires comme
si ce qu'il faisait était ce qu'il convenait de faire entre eux.
L'était-ce ? Voyait-il Sabine Godard ou son guide et
interprète Pathros ? Elle appuya la tête contre le mur qui se
trouvait derrière elle. Elle aurait voulu que la nuit passée
n'ait jamais existé. Ils étaient tellement mal à l'aise. Enfin,
elle l'était. Foye, lui, 1 'était-il ? Il prit ses pistolets et les
posa par terre, entre ses jambes.
Elle l'avait vu nu, se dit-elle en observant la tension de son
corps. Plus d'une fois. Ses paumes avaient senti ses
muscles et ses tendons, elle avait eu son sexe en elle.
— Tu crois que le pacha soupçonne quelque chose ?
Foye réfléchit en tendant la main vers le narghilé.
— Il soupçonne, c'est indéniable, que je suis parti avec toi,
enfin que je t'ai fait sortir de Kilis. Mais s'il soupçonnait
que tu ne sois pas Pathros, il aurait déjà réagi. Non. Il
continue à chercher une femme, l'imbécile.
Il tendit la main et lui donna une petite tape sur la tête.
— J'ai cru que j'allais avoir une attaque d'apoplexie quand
le pacha est arrivé alors que tu étais à moitié dévêtue.
Elle prit le narghilé, et habilement, comme elle l'avait fait si
souvent pour Godard, introduisit le tabac, l'alluma, puis lui
tendit la longue pipe.
— Oui, moi aussi.
— Je crois que ta coupe épouvantable l'a convaincu. Une
chance que nous ayons de nouveau coupé tes cheveux la
nuit dernière ! Ou était-ce ce matin ?
Il s'était lui aussi adossé au mur, une jambe étendue devant
lui, l'autre repliée. Il reprit le narghilé.
— Qu'a-t-il voulu dire à propos de cette horrible histoire
du garçon de bains ? demanda Sabine.
L'estomac noué, elle regarda les volutes de fumée monter
au plafond.
— Allons, Sabine, fit Foye en riant doucement.
— Pathros.
— Très bien, alors, Pathros. Tu as lu les Grecs. Tu ne peux
pas ignorer leurs conceptions de l'amour sous ses diverses
formes. Il m'a vu seul et nu en compagnie d'un très joli
garçon et il a tiré ses conclusions.
Elle s'assit et le regarda avec stupéfaction.
— Il n'a pas pensé une chose pareille.
— Si, fit-il en riant. Et s'il a pensé que je te désirais,
Pathros, il a vu juste.
Elle prit sa tasse de café, mais n'y trempa pas les lèvres.
— C'est tout aussi bien.
Il tendit la main vers son café lui aussi et le but d'une
traite.
— Il vaut mieux qu'il soit convaincu que tu es un garçon et
pense que je veux avoir mon propre garçon de bains et non
qu'il comprenne qui tu es et la véritable raison pour
laquelle je te veux allongée ou à genoux.
— Foye...
— Dors, Pathros.
— Toi aussi.
Elle posa son café. Foye prit sa tasse et la but. Elle fronça
les sourcils.
— Tu ne vas jamais t'endormir maintenant.
— Je n'en ai pas l'intention.
— Ce n'est pas étonnant que Barton se fasse du souci pour
toi.
— Il est toujours en train de se faire du mauvais sang à mon
sujet.
Il reprit le narghilé.
— Comme une mère poule. Ne t'y mets pas toi aussi. Je
peux m'occuper de moi.
Elle se pencha et ajusta les couvertures.
— Il pense que tu en fais trop. T'ayant observé aujourd'hui,
je dois dire que je suis d'accord avec lui.
— Quel choix avons-nous ? Plus vite nous serons à
Iskenderun, plus vite tu seras en sécurité. Tu peux
disparaître dans le consulat et le pacha ne pourra pas te
toucher.
Il reposa soudain le narghilé avec une telle violence qu'il
dut le retenir pour l'empêcher de se renverser. Sabine
sursauta.
— Tu aurais dû me prévenir et me demander de venir au
moment où ton oncle est tombé malade. Je serais venu et
peut-être que nous aurions pu éviter toute cette situation.
— Tout est arrivé tellement vite, Foye. Il se passait
tellement de choses. Godard est tombé malade et je ne sais
pas combien d'heures j'ai passées à son chevet à prier qu'il
recouvre la santé. Mais au bout de quelques jours, il était
mort.
Il tendit la main et la posa avec douceur sur sa nuque.
— Chut, Sabine. Je ne devrais pas m'énerver après toi,
c'est déplacé.
— Je t'ai écrit. Tous les jours.
— Je suppose qu'il a intercepté les lettres.
— C'est ce que j'ai pensé. C'est pourquoi j'ai envoyé Asif à
Alep après la mort de Godard.
Foye lui caressa la joue.
— Ce fut courageux de ta part. Tu as gardé ton sang-froid.
Maintenant dors, amour.
Que ne donnerait-elle pas pour enfouir tous ces malheurs
sous ces montagnes ! Ses doutes et ses inquiétudes refirent
surface, l'étranglant, l'empêchant de parler tandis qu'elle
luttait pour refouler des larmes de faiblesse. Ce serait plus
facile s'il n'était pas tellement raisonnable et tendre avec
elle.
— Était-ce une erreur, Foye, ce qui s'est passé entre nous
?
— Non.
Il prit son visage dans ses mains.
— Je ne peux pas arrêter de penser à toi. Tu me faisais
perdre la tête tant je te désirais et la nuit dernière n'a rien
arrangé. Ce n'était pas suffisant. Une nuit avec toi ne sera
jamais assez. Je te veux maintenant, Sabine, et je te voudrai
demain aussi, et le reste de ma vie. Est-ce que tu en doutes
?
— Je ne sais plus quoi penser...
— Alors pense à ça, Sabine...
Foye se pencha vers elle et effleura ses lèvres des siennes,
avec douceur et tendresse, puis une nouvelle fois, moins
doucement.
— Tu es une première fois pour moi aussi.
Il appuya son front contre le sien.
— C'est un moment maudit pour tomber amoureux, grogna-
t-elle.
— Je crains que tu ne me désires plus. Après tout ce que
nous traversons. Et je suis trop vieux pour toi.
— Tu l'as dit toi-même. Je ne suis pas du tout la femme qu'il
te faut.
— L'année prochaine, tu seras plus âgée. Je trouve que c'est
plus que suffisant. Je n'ai pas changé d'avis. Et je n'en
changerai pas.
Elle embrassa sa paume, puis recula.
— C'est de la folie, Foye. De la folie pure.
— Eh bien, laisse-moi perdre la raison.
Un bruit sec provenant de l'extérieur les figea.
— Tu vois ? fit-elle à mi-voix. De la folie.
Foye se leva et Sabine suivit son exemple. Ils se
retrouvèrent tout près l'un de l'autre. Le bruit était une
fausse alerte. Elle était suffisamment proche de lui pour
voir que sa barbe s'était épaissie. Son visage était plus
bronzé. Son teint faisait ressortir encore davantage le bleu
de ses yeux. Le regarder lui faisait battre le cœur. Il n'avait
plus l'air impassible et détaché qu'il avait eu toute la
journée.
— Laisse-moi être fou, Sabine, murmura-t-il.
— Cela aurait pu être n'importe qui. Nous aurions pu être
vus.
— Qu'est-ce que pensera le pacha ?
Un petit sourire releva un coin de sa bouche.
— Mon Dieu, tu es impossible ! S’exclama-t-elle.
— Et tu es charmante. Même habillée en garçon, tu es
charmante au-delà des mots. Et courageuse et
probablement plus intelligente que moi.
— Tu étais sur la liste des jeunes gens prometteurs établie
par Godard, je doute te surpasser.
Elle resta là, trop proche de lui, mais incapable de
s'écarter. La chambre n'était pas assez grande pour lui
permettre de s'éloigner de lui et si elle s'asseyait sur son
matelas, Foye ne pourrait pas s'asseoir sans qu'ils se
retrouvent de nouveau trop près l'un de l'autre. La manière
dont il la regardait l'étourdissait, lui rappelait la nuit
passée. Il l'avait touchée à des endroits dont elle prétendait
ne pas connaître l'existence. Il lui avait fait ressentir des
choses qu'elle n'imaginait même pas.
— C'est dommage que nous n'ayons pas pu rejoindre le
consulat d'Alep. Il faudra que nous nous mariions à
Iskenderun, et cela fait juste. Heureusement le vice-consul
là-bas est un de mes amis. Tout va bien se passer. Il nous
suffit d'arriver à Iskenderun et tout ira bien.
Il lui prit la main et la serra dans la sienne.
— Tu verras. Qui, si ce n'est moi, sera en mesure
d'apprécier cette masse de connaissances enfermée dans ta
tête ? Existe-t-il un autre homme qui sera fier de t'entendre
énumérer la liste des tragédies d'Eschyle ?
Elle lui fit une grimace, mais il se contenta de rire et de se
pencher encore plus près d'elle. Dangereusement près.
— Allons, Sabine, énumère-les pour me faire plaisir. Tu les
connais toutes et j'ai tellement envie d'entendre les titres
tomber de tes lèvres comme des gouttes de pluie.
— Les Perses.
— Continue.
— Les Sept contre Thèbes, les Suppliatïtes, l’Orestie, une
trilogie, et puis les Euménides et vraisemblablement
Prométhée enchaîné.
— Je suis fou de ta culture, Sabine.
Il se pencha encore plus puis jeta un coup d'œil derrière
lui.
— Je t'adore.
Il posa une main sur sa hanche.
— T'entendre parler ainsi m'excite. Tu m'amuseras toute
ma vie.
— Tu te moques de moi.
— Jamais.
Il redevint sérieux.
— Jamais, Sabine.
Sabine étudia une fois de plus son visage saisissant et si
peu commun. Elle se souvint aussi de la sensation de sa
peau sous ses doigts, douce, chaude, la sueur qui perlait,
les muscles tendus. Elle avait été émue qu'il la regarde
avec tendresse... et désir. Il toucha sa joue du bout des
doigts. Le contact lui fit tourner la tête et elle plongea ses
yeux dans les siens. Elle crut que son cœur allait exploser.
— Je t'aime, Foye.
— Et je t'aime aussi. Tu es épuisée. Allonge-toi et ferme
les yeux. Je te réveillerai au matin.
Il lui tira la main jusqu'à ce qu'elle cède. Ils étaient trop
près l'un de l'autre. Trop près. Elle aurait voulu qu'il la
prenne dans ses bras.
— Je te réveillerai quand il sera temps de partir.