L'Indiscretion

Carolyn Jewel · Chapitre 14 sur 21

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L'Indiscretion

Chapitre 26 · 3 juillet 1811

 

 

Une heure et demie du matin environ. Les Monts Nur. Les

sources d'eau chaude près d'une petite auberge délabrée

entre Alep et Iskenderun. Foye et Sabine se baignent et

deux mercenaires druzes montent la garde.

 

Les deux janissaires s'étaient postés sur le chemin qui

menait aux sources avec l'ordre de guetter l'arrivée

éventuelle d'hommes du pacha et, le cas échéant, de siffler.

Foye s'était rapidement déshabillé et Sabine aussi avec son

aide.

Ils étaient seuls, nus et Foye aidait à la toilette de Sabine

aussi vite qu'il le pouvait. Chaque bruit la faisait sursauter

et elle s'attendait à être interrompue à tout moment par le

pacha ou l'un de ses hommes. Quand ils eurent fini, Foye

sortit de l'eau et ils se dépêchèrent de la sécher et de la

rhabiller. Il avait apporté l'onguent pour ses cheveux et il

en rajouta, veillant à masquer les racines blondes qui

apparaissaient. Une fois qu'il eut bandé de nouveau sa

poitrine, elle enfila le pantalon bouffant et une chemise.

— Voilà, fit Foye avec un soupir de soulagement. Si

quelqu'un arrive, tu es de nouveau Pathros.

Elle jeta nerveusement un coup d'œil par-dessus son

épaule. Mais il n'y avait personne sur le chemin.

— Nous allons nous en sortir, fit Foye en posant une main

sur sa joue. Allons, Sabine. S'il n'a pas encore deviné, il est

peu probable qu'il devine maintenant.

— Pathros, souffla-t-elle. Je suis Pathros.

Elle était l'interprète du marquis, un garçon qui jurait en

arabe et en turc, était capable de s'occuper des détails

matériels du voyage sans que personne n'y trouve à redire.

Elle était compétente et indépendante.

Mais quand elle regardait Foye, nu au bord de la source,

elle redevenait Sabine Godard, elle-même, qui avait fait

l'amour avec le marquis. Elle voulait l'enlacer et lui

murmurer à quel point il comptait pour elle. Et surtout elle

voulait que cela finisse, cette tension constante et cette

peur d'être découverte.

Foye était aussi silencieux qu'elle, la main toujours posée

sur sa joue, ses doigts caressant la ligne de sa mâchoire. La

lumière de la lune jouait sur son visage, ce visage qu'elle

connaissait si bien désormais, et pour une raison

mystérieuse, le fait même de le regarder ainsi lui donnait

l'impression que son cœur était trop gros pour sa poitrine.

Les larmes lui montèrent aux yeux, mais elle refusait de

pleurer devant lui. Elle n'afficherait pas sa faiblesse et ne le

décevrait pas. Mais les larmes remplirent son cœur jusqu'à

son âme. Comment pouvait-elle combler le gouffre qui les

séparait alors qu'elle n'était plus sûre de comprendre

l'homme qui se tenait de l'autre côté du précipice ?

Le Foye devant elle n'était pas le gentleman courtois et

aimable de leurs premières rencontres. Il n'était pas non

plus l'homme qui l'avait tenue dans ses bras avec tant de

douceur la nuit précédente. Quand elle avait accepté son

corps dans le sien, il l'avait métamorphosée. Et cela lui

donnait envie de pleurer. Elle n'était plus la même

personne que celle qui était tombée amoureuse.

Il était devenu un étranger que les hommes suivaient

aveuglément. Elle connaissait la différence entre un homme

qui est suivi pour ce qu'il représente - pacha, comte, sultan,

roi - et un homme que les autres suivent pour ce qu'il est -

décidé, honorable, honnête, intelligent. Foye incarnait ces

deux facettes et elle l'avait tristement, affreusement sous-

estimé parce qu'elle ne connaissait rien aux hommes et

était peut-être encore ignorante. Elle l'aimerait jusqu'à son

dernier souffle et pourtant elle craignait d'être loin de le

connaître suffisamment. Un sifflement aigu fendit l'air.

— Enfer et damnation ! s'exclama Foye.

Il s'écarta rapidement et retourna dans l'eau, y plongeant

la tête afin de donner le change et prétendre y être depuis

un moment quand plusieurs hommes approchèrent. Nazim

Pasha accompagné de deux serviteurs et de plusieurs

janissaires, tous armés. Les deux gardes druzes étaient en

retrait.

Sabine essaya de ne pas se faire remarquer, mais c'était

impossible, vu qu'elle était nu-tête et quelque peu

débraillée. Seigneur, faites que sa chemise et son pantalon

suffisent à dissimuler ses formes. Elle s'assit et enfila ses chaussons et ses bottes sans prêter attention à la

conversation, en apparence en tout cas.

— Marquis, fit le pacha, en français bien entendu. Quel

endroit agréable pour se baigner !

Son serviteur s'avança et aida le pacha à retirer ses

vêtements.

— En effet, fit Foye.

Il continua à se laver comme si de rien n'était.

Sabine détourna les yeux tandis que le pacha continuait de

se dévêtir. Il fit signe à son serviteur de s'éloigner et se

tourna vers Sabine en caressant sa barbe. Que pouvait-il

voir d'elle dans l'obscurité ? Foye sortit de la source. Ce fut

une distraction. Il était beaucoup plus grand vraiment que

le pacha.

Sabine se leva prestement et saisit la sacoche qui contenait

une serviette et les vêtements de Foye. En passant devant

le pacha pour rejoindre Foye, il l'arrêta avec une question.

Elle tourna juste la tête.

— As-tu déjà travaillé dans le hammam public d'Alep ? lui

demanda-t-il en turc.

Elle allait répondre, mais Foye la devança :

— Vous semblez très intéressé par mon guide, pacha.

Sabine posa la sacoche et se mit à essuyer Foye. Il ne

bougea pas, comme si c'était la chose la plus naturelle du

monde que quelqu'un s'occupe ainsi de lui.

— Puis-je vous demander pour quelle raison ? demanda-t-il

en français.

— Je lui ai demandé s'il avait travaillé dans un hammam,

répondit le pacha en français lui aussi.

Il haussa les épaules.

— Un garçon tel que votre guide pourrait devenir riche s'il

avait du talent. S'il captivait l'attention de certains

hommes.

— Je n'en ai pas la moindre idée, répliqua Foye. Pathros ?

fit-il en anglais.

— Non, pacha, répondit-elle en turc. Mon père ne

permettrait jamais une telle chose, fit-elle en s'inclinant

profondément.

Le pacha eut un petit rire de gorge en passant devant eux.

— Il y avait à Alep un homme très riche qui tomba

amoureux d'un garçon de bains. Il venait au hammam

chaque fois qu'il savait que le garçon y serait. Mais un

autre homme admirait aussi le garçon et ils se rendirent

vite compte qu'ils étaient rivaux.

Son serviteur le suivit dans l'eau en portant une boîte sertie

de pierres précieuses qui contenait le nécessaire de toilette

du pacha.

— Que se passa-t-il ? demanda Foye.

Il était en train de s'habiller avec l'aide de Sabine, passant

des vêtements de voyage adaptés à la route. Elle essayait

d'aller le plus vite possible et Foye l'aidait quand il pouvait.

Au moins le pacha ne la regardait plus, il était concentré

sur Foye.

— Ah, répliqua le pacha. L'un des hommes fut jaloux et

tua le garçon.

— Un conte qui finit mal.

Foye enfila sa redingote et laissa Sabine arranger le

vêtement. Il ramassa ses bottes et glissa ses pieds dans les

chaussons.

— Bonne nuit pacha. Viens, Pathros.

Sabine s'agenouilla pour ranger les vêtements sales de

Foye et finit de s'habiller.

— Bonne nuit, marquis.

Légèrement retardée par son rangement, elle entendit le

pacha ordonner aux janissaires de les suivre. Jetant la

sacoche sur son épaule, elle suivit Foye à la hâte, suivie par

deux hommes silencieux.

À l'auberge, le propriétaire leur apporta du café et un

narghilé ainsi que plusieurs tabacs qu'il présenta à Sabine.

Elle énuméra les différents choix pour Foye qui se contenta

de lever une main désintéressée. Elle tendit une pièce en

échange du tabac au miel dont Godard avait été friand. Le

capitaine druze s'installa dans un coin de la pièce, debout,

les bras croisés, les yeux rivés sur les janissaires qui

étaient groupés de l'autre côté du muret.

Sabine disposa par terre, près du feu, le tapis et la

couverture de Foye, et fit de même pour elle. Dans cette

chambre minuscule, ils allaient être près l'un de l'autre,

c'était inévitable.

— Dis au capitaine qu'il peut s'en aller, Pathros. Et que je

lui serais reconnaissant de garder un œil sur nos amis

dehors.

Elle fit ce qu'il lui demandait et le druze s'inclina avant de

quitter la pièce.

Foye s'assit sur sa couverture. Il ne toucha pas au narghilé,

mais prit du café. Il versa du café dans l'une des tasses.

— Pathros ?

Elle s'accroupit à son tour, se pencha et prit la tasse

tendue.

— Merci, effendi.

Foye retira sa redingote et la drapa sur ses affaires comme

si ce qu'il faisait était ce qu'il convenait de faire entre eux.

L'était-ce ? Voyait-il Sabine Godard ou son guide et

interprète Pathros ? Elle appuya la tête contre le mur qui se

trouvait derrière elle. Elle aurait voulu que la nuit passée

n'ait jamais existé. Ils étaient tellement mal à l'aise. Enfin,

elle l'était. Foye, lui, 1 'était-il ? Il prit ses pistolets et les

posa par terre, entre ses jambes.

Elle l'avait vu nu, se dit-elle en observant la tension de son

corps. Plus d'une fois. Ses paumes avaient senti ses

muscles et ses tendons, elle avait eu son sexe en elle.

— Tu crois que le pacha soupçonne quelque chose ?

Foye réfléchit en tendant la main vers le narghilé.

— Il soupçonne, c'est indéniable, que je suis parti avec toi,

enfin que je t'ai fait sortir de Kilis. Mais s'il soupçonnait

que tu ne sois pas Pathros, il aurait déjà réagi. Non. Il

continue à chercher une femme, l'imbécile.

Il tendit la main et lui donna une petite tape sur la tête.

— J'ai cru que j'allais avoir une attaque d'apoplexie quand

le pacha est arrivé alors que tu étais à moitié dévêtue.

Elle prit le narghilé, et habilement, comme elle l'avait fait si

souvent pour Godard, introduisit le tabac, l'alluma, puis lui

tendit la longue pipe.

— Oui, moi aussi.

— Je crois que ta coupe épouvantable l'a convaincu. Une

chance que nous ayons de nouveau coupé tes cheveux la

nuit dernière ! Ou était-ce ce matin ?

Il s'était lui aussi adossé au mur, une jambe étendue devant

lui, l'autre repliée. Il reprit le narghilé.

— Qu'a-t-il voulu dire à propos de cette horrible histoire

du garçon de bains ? demanda Sabine.

L'estomac noué, elle regarda les volutes de fumée monter

au plafond.

— Allons, Sabine, fit Foye en riant doucement.

— Pathros.

— Très bien, alors, Pathros. Tu as lu les Grecs. Tu ne peux

pas ignorer leurs conceptions de l'amour sous ses diverses

formes. Il m'a vu seul et nu en compagnie d'un très joli

garçon et il a tiré ses conclusions.

Elle s'assit et le regarda avec stupéfaction.

— Il n'a pas pensé une chose pareille.

— Si, fit-il en riant. Et s'il a pensé que je te désirais,

Pathros, il a vu juste.

Elle prit sa tasse de café, mais n'y trempa pas les lèvres.

— C'est tout aussi bien.

Il tendit la main vers son café lui aussi et le but d'une

traite.

— Il vaut mieux qu'il soit convaincu que tu es un garçon et

pense que je veux avoir mon propre garçon de bains et non

qu'il comprenne qui tu es et la véritable raison pour

laquelle je te veux allongée ou à genoux.

— Foye...

— Dors, Pathros.

— Toi aussi.

Elle posa son café. Foye prit sa tasse et la but. Elle fronça

les sourcils.

— Tu ne vas jamais t'endormir maintenant.

— Je n'en ai pas l'intention.

— Ce n'est pas étonnant que Barton se fasse du souci pour

toi.

— Il est toujours en train de se faire du mauvais sang à mon

sujet.

Il reprit le narghilé.

— Comme une mère poule. Ne t'y mets pas toi aussi. Je

peux m'occuper de moi.

Elle se pencha et ajusta les couvertures.

— Il pense que tu en fais trop. T'ayant observé aujourd'hui,

je dois dire que je suis d'accord avec lui.

— Quel choix avons-nous ? Plus vite nous serons à

Iskenderun, plus vite tu seras en sécurité. Tu peux

disparaître dans le consulat et le pacha ne pourra pas te

toucher.

Il reposa soudain le narghilé avec une telle violence qu'il

dut le retenir pour l'empêcher de se renverser. Sabine

sursauta.

— Tu aurais dû me prévenir et me demander de venir au

moment où ton oncle est tombé malade. Je serais venu et

peut-être que nous aurions pu éviter toute cette situation.

— Tout est arrivé tellement vite, Foye. Il se passait

tellement de choses. Godard est tombé malade et je ne sais

pas combien d'heures j'ai passées à son chevet à prier qu'il

recouvre la santé. Mais au bout de quelques jours, il était

mort.

Il tendit la main et la posa avec douceur sur sa nuque.

— Chut, Sabine. Je ne devrais pas m'énerver après toi,

c'est déplacé.

— Je t'ai écrit. Tous les jours.

— Je suppose qu'il a intercepté les lettres.

— C'est ce que j'ai pensé. C'est pourquoi j'ai envoyé Asif à

Alep après la mort de Godard.

Foye lui caressa la joue.

— Ce fut courageux de ta part. Tu as gardé ton sang-froid.

Maintenant dors, amour.

Que ne donnerait-elle pas pour enfouir tous ces malheurs

sous ces montagnes ! Ses doutes et ses inquiétudes refirent

surface, l'étranglant, l'empêchant de parler tandis qu'elle

luttait pour refouler des larmes de faiblesse. Ce serait plus

facile s'il n'était pas tellement raisonnable et tendre avec

elle.

— Était-ce une erreur, Foye, ce qui s'est passé entre nous

?

— Non.

Il prit son visage dans ses mains.

— Je ne peux pas arrêter de penser à toi. Tu me faisais

perdre la tête tant je te désirais et la nuit dernière n'a rien

arrangé. Ce n'était pas suffisant. Une nuit avec toi ne sera

jamais assez. Je te veux maintenant, Sabine, et je te voudrai

demain aussi, et le reste de ma vie. Est-ce que tu en doutes

?

— Je ne sais plus quoi penser...

— Alors pense à ça, Sabine...

Foye se pencha vers elle et effleura ses lèvres des siennes,

avec douceur et tendresse, puis une nouvelle fois, moins

doucement.

— Tu es une première fois pour moi aussi.

Il appuya son front contre le sien.

— C'est un moment maudit pour tomber amoureux, grogna-

t-elle.

— Je crains que tu ne me désires plus. Après tout ce que

nous traversons. Et je suis trop vieux pour toi.

— Tu l'as dit toi-même. Je ne suis pas du tout la femme qu'il

te faut.

— L'année prochaine, tu seras plus âgée. Je trouve que c'est

plus que suffisant. Je n'ai pas changé d'avis. Et je n'en

changerai pas.

Elle embrassa sa paume, puis recula.

— C'est de la folie, Foye. De la folie pure.

— Eh bien, laisse-moi perdre la raison.

Un bruit sec provenant de l'extérieur les figea.

— Tu vois ? fit-elle à mi-voix. De la folie.

Foye se leva et Sabine suivit son exemple. Ils se

retrouvèrent tout près l'un de l'autre. Le bruit était une

fausse alerte. Elle était suffisamment proche de lui pour

voir que sa barbe s'était épaissie. Son visage était plus

bronzé. Son teint faisait ressortir encore davantage le bleu

de ses yeux. Le regarder lui faisait battre le cœur. Il n'avait

plus l'air impassible et détaché qu'il avait eu toute la

journée.

— Laisse-moi être fou, Sabine, murmura-t-il.

— Cela aurait pu être n'importe qui. Nous aurions pu être

vus.

— Qu'est-ce que pensera le pacha ?

Un petit sourire releva un coin de sa bouche.

— Mon Dieu, tu es impossible ! S’exclama-t-elle.

— Et tu es charmante. Même habillée en garçon, tu es

charmante au-delà des mots. Et courageuse et

probablement plus intelligente que moi.

— Tu étais sur la liste des jeunes gens prometteurs établie

par Godard, je doute te surpasser.

Elle resta là, trop proche de lui, mais incapable de

s'écarter. La chambre n'était pas assez grande pour lui

permettre de s'éloigner de lui et si elle s'asseyait sur son

matelas, Foye ne pourrait pas s'asseoir sans qu'ils se

retrouvent de nouveau trop près l'un de l'autre. La manière

dont il la regardait l'étourdissait, lui rappelait la nuit

passée. Il l'avait touchée à des endroits dont elle prétendait

ne pas connaître l'existence. Il lui avait fait ressentir des

choses qu'elle n'imaginait même pas.

— C'est dommage que nous n'ayons pas pu rejoindre le

consulat d'Alep. Il faudra que nous nous mariions à

Iskenderun, et cela fait juste. Heureusement le vice-consul

là-bas est un de mes amis. Tout va bien se passer. Il nous

suffit d'arriver à Iskenderun et tout ira bien.

Il lui prit la main et la serra dans la sienne.

— Tu verras. Qui, si ce n'est moi, sera en mesure

d'apprécier cette masse de connaissances enfermée dans ta

tête ? Existe-t-il un autre homme qui sera fier de t'entendre

énumérer la liste des tragédies d'Eschyle ?

Elle lui fit une grimace, mais il se contenta de rire et de se

pencher encore plus près d'elle. Dangereusement près.

— Allons, Sabine, énumère-les pour me faire plaisir. Tu les

connais toutes et j'ai tellement envie d'entendre les titres

tomber de tes lèvres comme des gouttes de pluie.

— Les Perses.

— Continue.

— Les Sept contre Thèbes, les Suppliatïtes, l’Orestie, une

trilogie, et puis les Euménides et vraisemblablement

Prométhée enchaîné.

— Je suis fou de ta culture, Sabine.

Il se pencha encore plus puis jeta un coup d'œil derrière

lui.

— Je t'adore.

Il posa une main sur sa hanche.

— T'entendre parler ainsi m'excite. Tu m'amuseras toute

ma vie.

— Tu te moques de moi.

— Jamais.

Il redevint sérieux.

— Jamais, Sabine.

Sabine étudia une fois de plus son visage saisissant et si

peu commun. Elle se souvint aussi de la sensation de sa

peau sous ses doigts, douce, chaude, la sueur qui perlait,

les muscles tendus. Elle avait été émue qu'il la regarde

avec tendresse... et désir. Il toucha sa joue du bout des

doigts. Le contact lui fit tourner la tête et elle plongea ses

yeux dans les siens. Elle crut que son cœur allait exploser.

— Je t'aime, Foye.

— Et je t'aime aussi. Tu es épuisée. Allonge-toi et ferme

les yeux. Je te réveillerai au matin.

Il lui tira la main jusqu'à ce qu'elle cède. Ils étaient trop

près l'un de l'autre. Trop près. Elle aurait voulu qu'il la

prenne dans ses bras.

— Je te réveillerai quand il sera temps de partir.