L'Indiscretion

Carolyn Jewel · Chapitre 16 sur 21

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L'Indiscretion

Chapitre 28 · 4 juillet 1811

 

Seize heures environ. Les bains privés à Bayt Salem, la demeure de M. Hugh Eglender à Iskenderun, une province de la Syrie alors sous le contrôle du sultan Mahmoud II. La décision qu'avait prise Eglender de vivre sur les contreforts de la montagne plutôt que dans les marais pestilentiels de la ville expliquait qu'il occupe le poste de vice-consul depuis si longtemps.

 

Sabine était déjà dans l'une des alcôves, occupée à se

déshabiller. Foye essaya, en vain, de ne pas penser à son

corps nu. Les visions de sa nudité refusaient de quitter son

esprit, des visions accompagnées de souvenirs indélébiles

de leur étreinte alors qu'il jouissait en elle. Sans aucune

tentative de prévenir une conception.

Il se rendait parfaitement compte que Rosaline s'était

retrouvée dans une situation similaire : non pas enceinte,

mais sur le point de se marier. Il ne connaissait que trop

bien ce qui s'était alors passé, le sentiment d'être forcée à

un mariage qu'elle ne voulait pas et pour lequel elle n'était

pas prête. Le résultat n'avait pas été heureux pour lui.

Fiancée à un homme qu'elle n'aimait pas, sans aucun doute

poussée par son père, Rosaline avait dû ressentir la même chose que Sabine : piégée, pleine de ressentiment. Pleine

de doutes.

Il entra dans l'une des alcôves et retira ses vêtements sales.

Il fit une pile de ses vêtements propres, mais au lieu de

sortir, il s'assit sur le banc de marbre. Qu'allait-il leur

arriver cette fois-ci. Ils n'étaient pas hors de danger Sabine

et lui. Elle avait été trop éprouvée ces derniers jours pour

pouvoir être sûre de quoi que ce soit. Abattue par le décès

de son oncle, harcelée par Nazim Pasha, déguisée en

garçon et sa maîtresse désormais.

Il laissa sa tête reposer contre le marbre. Il était trop

fatigué pour arriver à penser de manière claire. Il savait

que si Sabine le quittait, il serait anéanti.

— Foye ?

Il se leva et noua un tissu autour de ses hanches, puis

glissa les pieds dans une paire depattens, les nu-pieds qui

l'empêcheraient de glisser et de tomber.

— Oui?

Sabine se trouvait au milieu de la salle, les cheveux courts,

le visage et les mains brunes. Il ne comprenait pas

comment le pacha n'avait pas pu voir qu'elle était une

femme. Il se remémora l'histoire qu'avait racontée le pacha

à propos du garçon de bains.

— Je n'arrive pas à dénouer ça.

Elle rougissait en parlant de la bande qui comprimait ses

seins. Elle avait elle aussi ceint un tissu autour de ses

hanches. Elle était nue sinon et il contempla un long

moment ses jambes et son ventre.

Il reprit enfin ses esprits et l'aida à retirer la bande. Il eut

du mal car le tissu était humide et s'était serré davantage

pendant le voyage. Quand il eut enfin défait le nœud, elle

posa les mains sur sa poitrine pour empêcher le tissu de

tomber. Il passa un doigt le long de son dos nu.

Elle se tourna lentement.

— Merci, Foye.

Elle n'était pas Rosaline. Sabine ne l'abandonnerait jamais

comme Rosaline l'avait fait. Elle serait franche avec lui si

elle changeait d'avis.

— Si tu décides de me quitter, fit-il, tu me le diras, n'est-ce

pas ?

Elle fit un signe de tête.

— Oui, Foye.

Il ne bougea pas. Ils étaient tous les deux sales et sentaient

la sueur. Sa tête n'atteignait pas son menton, et était même

loin de l'atteindre, à vrai dire. Il posa les mains sur ses

épaules. Il était heureux, profondément heureux d'avoir

rencontré Sabine.

— Et si tu me quittes ? demanda-t-elle.

— Je ne te quitterai pas.

— Tu ne le sais pas.

Dieu, ce qu'il leur fallait, c'était deux semaines consécutives sans catastrophe. Le temps de se connaître,

d'apprendre à s'aimer sans une épée de Damoclès au-

dessus de leurs têtes.

— Si, je le sais.

Elle le regarda. Il savait qu'elle analysait chacun de ses

mots, chaque changement dans son expression. Elle ne

trouverait que simplicité et honnêteté. Il la vit parvenir à

cette conclusion. Elle opina de nouveau.

— Bien sûr.

Elle prit sa main et la serra. Il tendit l'autre main et tira sur

le satané tissu. Après un moment, Sabine le lâcha et il le

laissa tomber à terre. Elle avait déjà fait un paquet de ses

vêtements, les plus propres qu'il lui restait, comme lui, et il

se baissa pour ramasser ses affaires.

— Viens, Sabine.

Il entra dans la salle chaude en empruntant un passage

court et coudé construit de façon à bloquer la vue depuis

l'entrée. Il l'entendit le suivre et il dut faire un effort

surhumain pour ne pas regarder par-dessus son épaule. Il

l'avait malmenée ces derniers jours et elle ne s'était jamais

plainte. Pas une seule fois.

Des bancs en marbre bordaient les murs et tous les

quelques mètres une fontaine permettait d'avoir de l'eau

claire et fraîche. Au milieu de la salle, deux bassins, deux

piscines peu profondes, les invitaient à se baigner. L'une

était plus vaste que l'autre, le fond avait été dallé de

marbre et de larges marches permettaient d'entrer dans

l'eau. Il posa leurs vêtements et leurs affaires de toilette

sur le banc le plus proche d'une des piscines et pénétra

dans l'eau. Merveilleux ! Instant de béatitude ! Il ferma un

moment les yeux et, quand il les rouvrit, ce fut pour voir

Sabine avancer vers lui dans une image des plus érotiques. Elle ne portait rien que le linge ceint autour de ses

hanches. Il voyait clairement la démarcation de sa peau

teinte avec la blancheur du reste de son corps. Il lui tendit

la main. Elle hésita.

— Mon amour, fit-il à mi-voix.

Elle continua d'entrer dans l'eau. Il ne regretta pas la

promesse qu'il s'était faite de se retenir. Un des serviteurs

d'Eglender pourrait les interrompe alors qu'ils faisaient

quelque chose qui se devait de rester privé.

— Quand nous serons de retour en Angleterre, je ferai

construire des bains turcs à Maralee House. Je recruterai

peut-être même des serviteurs turcs dans ce but. Qu'est-ce

que tu en penses ? dit-il sans la regarder et en essayant à

tout prix de ne pas penser aux choses qu'il voulait faire

avec elle.

— C'est une bonne idée.

Elle avait les yeux rivés sur l'eau et lui tournait le dos.

Foye posa une main sur son épaule nue. Il avait largement

dépassé le stade où il essayait de prétendre qu'il ne la

désirait pas ou n'allait plus jamais la toucher. Il allait la

toucher. Dès qu'ils se retrouveraient seuls. Mais pas

maintenant, alors qu'ils étaient tous les deux fatigués, qu'ils

avaient faim, et étaient remplis d'appréhension car

tellement de choses entre eux étaient encore incertaines.

— Tu es si belle, Sabine. Je ne te l'ai pas dit assez souvent.

Ni à quel point je t'admire.

Elle le regarda. Des cernes violets soulignaient ses yeux.

— Merci, Foye.

— Ce dont tu as besoin, fit-il en lui souriant, c'est de ton

propre garçon de bains.

Elle rit.

Il tendit la main vers son bol et s'en servit pour puiser de

l'eau et mouiller leurs cheveux. Quand il eut fini, il la prit

par la main et l'escorta jusqu'au banc où il avait posé ses

affaires. Il les disposa entre eux deux et entreprit de lui

laver les cheveux. Sabine fit la même chose pour lui. Il

adorait contempler la courbe de son cou et de ses épaules

que ses cheveux courts lui permettaient d'admirer.

Quand il eut versé le dernier bol d'eau, elle laissa sa tête

retomber en arrière et ferma les yeux en soupirant d'aise.

— Le paradis. C'est le paradis. Je rêvais d'un bain depuis

des jours.

Foye garda les yeux rivés sur ses seins nus. Elle était

tellement belle ! Et plus il la regardait, plus il avait la

certitude qu'elle était la femme de sa vie. Il voulait qu'ils

soient mariés sur-le-champ. Hier. Tout de suite.

Elle ouvrit les yeux et vit qu'il la fixait. Foye ne se donna

pas la peine de regarder ailleurs. Elle rougit, sans

détourner les yeux. Il passa ses doigts sous un de ses seins.

— Quand nous serons seuls, Sabine, je t'adorerai comme il

le faut, je le promets. Si tu m'y autorises, si tu le veux.

— Oh, Foye, murmura-t-elle. Que vais-je faire de toi ?

Elle était si jeune ! Elle n'avait jamais fait son entrée dans

le monde comme ces jeunes filles de la bonne société, ni eu

de prétendants avec lesquels elle aurait pu comparer et

donc choisir en connaissance de cause. Elle avait vécu sa vie entière en croyant que son oncle s'occuperait toujours

d'elle.

— Ce que tu souhaites, fit-il.

Il veilla à sourire pour qu'elle ne lise rien de plus dans sa

remarque que ce qu'elle était prête à entendre. Il prit son

savon et le fit mousser. Ils se lavèrent. Il ne voyait aucune

raison de faire preuve de pudeur et il retira le tissu qui lui

ceignait les reins. Il n'osa pas faire la même chose pour elle

; il savait où cela mènerait et ce n'était ni l'heure ni le lieu.

Elle resta dans l'eau tandis qu'il installait son miroir sur

l'un des rebords qui surmontait la vasque approvisionnant

le bassin en eau. Barton aurait été stupéfait de constater

qu'il ne s'était pas coupé une fois qu'il eut fini.

— Voilà, fit-il en frottant son menton enfin lisse afin de

vérifier qu'il était parfaitement rasé. Je suis plus beau que

jamais !

Sabine ne répondit rien et quand il se retourna, il comprit

pourquoi. Elle était sortie de l'eau et s'était endormie, la

tête appuyée contre un ornement de marbre sculpté. Ses

cheveux étaient en partie secs. Une boucle, blonde et

brune, collait à l'une de ses joues. Elle avait noué le tissu

autour de ses hanches et des gouttes d'eau brillaient sur sa

peau.

Même s'il avait touché son corps comme un homme peut

désirer toucher une femme, même s'il avait posé sa bouche

sur chaque centimètre de peau, il eut le sentiment de la

voir pour la première fois de sa vie et de tomber amoureux d'elle comme dans un conte de fées quand le monstre est

sauvé par la belle dont il est amoureux.

Cette conviction profonde quant à ses sentiments amoureux

le déstabilisa. Avait-il eu des sentiments pareils pour

Rosaline ? Il savait qu'il avait cru l'aimer et que si

quelqu'un avait essayé de lui dire qu'il n'en était rien, il

aurait traité cette personne d'imbécile. Il avait aimé

Rosaline, c'était indiscutable. Il avait été content -non,

heureux, infiniment heureux - quand elle avait accepté son

offre de mariage et encore plus amoureux d'elle ensuite.

Après leurs fiançailles, il lui avait été fidèle. Un

changement important pour lui. Il n'y avait plus eu de

maîtresses, plus de liaisons avec des veuves ou des femmes

mariées.

Mais, avait-il jamais eu le sentiment que sa vie finirait si

quelque chose arrivait à Rosaline ? Il n'en était pas certain.

Il se souvenait du bonheur enivrant d'aimer Rosaline. Et

combien il avait peu livré de lui-même lorsqu'il était avec

elle. Parce qu'il savait, et il en ressentait de la honte,

qu'elle n'était pas son égale. Sabine l'était. Et il avait la

certitude que sans Sabine, il serait anéanti. Il avait aimé

Rosaline, mais il aimait Sabine d'une tout autre manière.

Plus profondément. Plus dangereusement.

Foye fit un paquet de ses affaires et s'approcha de Sabine.

Il s'agenouilla.

— Sabine ?

Elle ne répondit pas, et il dut la secouer légèrement.

— Sabine ?

Sous ses paupières fermées, il y eut un tressaillement.

— Sabine.

Elle ouvrit les yeux, mais elle n'était pas vraiment réveillée.

— Sabine, réveille-toi.

— Foye ? fit-elle en soulevant la tête.

Elle avait besoin de lui, pensa-t-il. Quelles que soient les

réserves qu'elle puisse avoir, elle avait besoin de lui. Elle

était seule, sans famille pour s'inquiéter d'elle, pour la

protéger. Elle revint à elle et il sentit quelque chose se

tordre douloureusement en lui en voyant combien elle

luttait contre le sommeil.

— Mon Dieu, je me suis endormie.

— Viens, Sabine.

Il était fier d'elle et de la manière dont elle avait enduré les

épreuves du voyage sans se plaindre.

— Il est temps de monter.

Elle réussit tant bien que mal à garder les yeux ouverts. Il

refoula son désir et la prit dans ses bras afin de la porter

dans la chambre fraîche. Là, il enveloppa ses cheveux

humides dans une serviette et lui en posa une sur les

épaules, avant de l'installer sur un divan tandis qu'il

retournait chercher leurs affaires.

Quand il revint, elle était réveillée et assise en tailleur sur

le divan occupée à se peigner. Elle avait enfilé une chemise

mais laissé les serviettes qui lui couvraient le reste du

corps. Hélas ! Elle se démêla les cheveux avec soin, puis

reposa le peigne sur la table à côté d'elle.

— J'ai besoin d'aide pour m'habiller, fit-elle.

— Bien sûr.

Une fois sa poitrine bandée, il se contenta de lui passer ses

différents vêtements. Elle fut de nouveau Pathros, trop vite

à son goût.

— Je vais m'occuper de te trouver des vêtements plus

adaptés demain matin. Peut-être qu'Eglender connaît

quelqu'un dont l'épouse ou la fille fait ta taille.

Il s'habilla à son tour. Il la contempla tandis qu'il remettait

sa chemise à l'endroit.

— Je vais chercher un bateau pour nous ramener en

Angleterre. Demain. Ou aujourd'hui. Après que nous aurons

dormi. Je ne sais plus quel jour nous sommes.

Il jeta un regard courroucé à sa chemise ; l'une des

manches était maintenant à l'envers. Comment ne l'avait-il

pas remarqué ?

— Je n'arrive plus à penser.

— Vous avez besoin d'aide, effendi ?

— Dieu, oui, fit-il en soupirant.

Elle lui prit la chemise des mains et il pencha la tête pour

qu'elle puisse l'aider à l'enfiler. Ils finirent par arriver à

l'habiller pendant qu'il faisait de son mieux pour ne pas

prêter attention à ses mains qui le touchaient, secouaient

ses vêtements, les lissaient, les boutonnaient, nouaient

habilement son foulard. Il posa même une main sur son

épaule afin de garder l'équilibre quand elle se pencha pour

l'aider avec le bas.

Il avait tellement hâte d'être seul avec elle et qu'ils soient

de nouveau nus.

Chapitre 29

 

5 juillet 1811

Sept heures et demie du matin environ. Bayt Salem, les contreforts des montagnes au-dessus d'Iskenderun. Une chambre au plafond peint et aux armoires en cèdre travaillé. Un pinson est assis sur l'une des hautes fenêtres et essaie de convaincre une dame pinson de venir le rejoindre sur son superbe perchoir.

 

Foye s'appuya sur un bras et baissa les yeux sur Sabine.

C'était le matin car il y avait suffisamment de lumière dans

la pièce pour qu'il puisse la voir. Elle était nue. C'était si

bon de la sentir contre son corps. La tendresse le

submergea devant cette femme qui le comblait. Il prendrait

soin d'elle. Quels que soient les sentiments de la jeune

femme pour lui et les aléas de la vie.

Elle était étendue sur le côté, face à lui, les mains près de

son visage, la tête inclinée vers sa poitrine. Une de ses

jambes était posée sur les siennes. Le teint du visage de la

jeune femme n'était plus aussi foncé, mais contrastait

malgré tout avec le reste de sa peau, magnifiquement pâle.

Tellement anglaise. Ses cheveux n'avaient pas encore

retrouvé leur blondeur, mais ici et là un rayon doré

étincelait.

Elle se rapprocha de lui, toujours endormie, se lovant

contre sa poitrine et il fut touché qu'elle cherche ainsi son

contact. Il lui caressa l'épaule, traçant un cercle sur la peau

blanche. Elle fit un petit bruit et Foye se pencha et

l'embrassa sur l'épaule. Elle sentait l'essence de rose et il

se remémora alors ce qu'il avait ressenti lorsqu'il se

trouvait en elle, contemplant son visage, la sueur perlant

sur leurs corps unis et le regard émerveillé de Sabine.

Comme si elle n'avait jamais vu d'homme plus beau ! Rares

avaient été les femmes qui l'avaient regardé de cette façon.

Il était tout à fait serein. Il aurait dû être davantage troublé

par le fait d'épouser une femme si jeune alors qu'il avait été

tellement persuadé qu'il ne voudrait plus jamais se marier.

Ce serait une belle chose s'il pouvait rendre Sabine

heureuse. Et être heureux lui aussi. Il embrassa le lobe de

son oreille. Il avait hâte de rentrer en Angleterre et de

retrouver la tranquillité de la vie à la campagne où leur

seul tracas serait de décider si le dimanche ils allaient à

l'église à pied ou en calèche.

— Hmm, fit-elle sans ouvrir les yeux. Foye.

Elle s'étira avec délice et il sentit le désir fuser quand son

corps glissa contre le sien.

— Est-ce déjà le matin ?

Quel bonheur de tenir Sabine dans ses bras, de la sentir

contre lui et de savoir que la femme qu'il aimait ressentait

la même chose pour lui et plus encore. Il n'aurait pas

échangé un seul jour avec Sabine pour quoi que ce soit. Ni

la peur, ni les jours où il avait lutté contre l'attirance qu'il avait pour elle. Pour rien au monde il n'échangerait une

seule minute depuis le moment où il était entré dans le

salon d'Anthony Lucey et l'avait vue pour la première fois.

Il s'allongea sur elle, puis se baissa et embrassa un de ses

seins. Son sexe se raidit immédiatement. Quand il prit un

de ses mamelons entre ses lèvres, elle gémit doucement et

se cambra. Elle, petite et menue, aimait sa force, il s'en

était rendu compte avec allégresse.

Elle l'enlaça et Foye se sentit glisser loin de toute

convenance, dans un univers où rien ne comptait, si ce

n'était Sabine et son amour.

Il la regarda ouvrir les yeux et se concentrer sur lui. Il

aurait voulu la pénétrer dans l'instant, mais il prit son

temps. Il voulait s'assurer qu'elle se consumait de désir,

tout autant que lui.

— Foye, murmura-t-elle d'une voix légèrement haletante.

Elle le poussa doucement et il se soumit, désireux de se

plier à toutes ses envies. Il se retrouva sur le dos et elle

l'enfourcha. Ses cheveux tombèrent sur son front quand

elle se pencha sur lui, des petites boucles presque aussi

indomptables que les siennes. Elle passa sa langue sur son

téton et un frisson de plaisir le saisit. Son membre

tressauta.

Elle passa une main sur son torse, puis le long de sa

hanche et enfin sur son sexe douloureusement dressé, tout

en l'embrassant sur la poitrine, les tétons, le ventre, et mon

Dieu, oui, l'intérieur des cuisses.

— Sabine, chuchota-t-il quand sa langue s'enfonça dans

son nombril tandis que ses doigts se faisaient de plus en

plus experts.

Elle prit ses testicules dans sa main et il ne pensa plus à

rien d'autre si ce n'était qu'elle allait peut-être le prendre

dans sa bouche et qu'il risquait de perdre la raison.

Quand elle posa les lèvres sur sa virilité, il poussa ses

hanches vers elle et enfouit ses doigts dans ses cheveux.

— Je suis ton esclave, souffla-t-il. Ton abject esclave.

Sa langue courut le long de son membre.

— Oui, oui, comme ça.

Elle le rendit fou de plaisir, non seulement avec sa bouche,

sa langue, mais aussi avec ses doigts qui ne cessèrent de le

caresser. Il fut rapidement sur le point de jouir et essaya de

retarder le moment.

— Sabine, fit-il. Sabine, je veux venir en toi. Je t'en prie.

Elle s'arrêta, mais avant, il dut faire un effort surhumain

pour ne pas se laisser aller, et il la tint serrée contre lui

pendant un moment dans la crainte qu'un simple frôlement

supplémentaire ait raison de lui.

— Est-ce que tu as aimé ça ? demanda-t-elle.

— Oh que oui.

— Hmm.

Elle avait toujours la tête près de son sexe, une main sur sa

cuisse, l'autre sur son ventre. Elle avait un regard

calculateur comme si elle étudiait sa réaction et l'idée

qu'elle analysait ce qu'ils venaient de faire, ce qu'il lui avait laissé faire, l'excita encore plus. Où pourrait bien aller un

esprit comme le sien sur le sujet du plaisir ?

— Peut-être que je vais le faire de nouveau, fit-elle en

passant sa langue sur sa lèvre inférieure. Je veux te voir

perdre ton contrôle. Je veux connaître ton expression

quand cela arrive.

— Non, fit-il, tout à coup sérieux.

Il l'attira contre sa poitrine. Il était essentiel pour lui qu'elle

comprenne qu'il ne perdrait jamais son contrôle avec elle.

Jamais. Ils auraient un mariage très contrôlé et très

convenable. Pas de ces émotions à fleur de peau qui les

avaient torturés.

— Tu n'aimerais pas cela du tout. Un monstre comme moi,

Sabine ? Je te terrifierai.

— Non, Foye.

Elle secoua la tête.

— Je ne veux pas que tu te brides.

Elle posa une main sur sa joue.

— Je ne suis pas de porcelaine. Je te le promets.

Il la fit rouler sous lui et la retourna sur le ventre. Il déposa

des baisers tout le long de son dos avant de glisser une

main sous ses hanches et de lui relever les fesses. La

tenant par les hanches des deux mains, il la pénétra par-

derrière.

— Tout va bien ? Chuchota-t-il. Suis-je trop hardi à ton

goût ?

— Foye.

Elle gémit et se pressa contre lui.

Sa réponse était encourageante. Il regarda sa queue

disparaître en elle, sentit l’étroitesse humide l'enserrer un

peu plus. Il la maintint avec fermeté, allant et venant

vigoureusement. Transporté.

Quelqu'un, quelque abruti, frappa doucement à la porte.

Une fois, puis une seconde. Quelqu'un dit quelque chose en

arabe.

Sabine se figea. Il se pencha par-dessus elle, appuyé sur un

bras et, veillant à ne pas laisser son torse peser sur son

dos, il réussit à retrouver un semblant de souffle.

— Ne pense même pas à interrompre ce que nous sommes

en train de faire, murmura-t-il. Pas avant que nous soyons

tous deux comblés.

Il se recula et enveloppa sa taille d'un bras. Il la tint serrée

contre son bas-ventre tout en effectuant des cercles avec

son bassin.

— Pathros, fit-il d'une voix rauque, dis à la personne que

je ne suis pas en mesure de recevoir qui que ce soit pour

l'instant, mais que tu vas m'aider à être en mesure de le

faire bientôt.

Elle dit quelque chose en arabe, mais un mot ou deux

seulement, ce qui n'était pas suffisant pour empêcher

quelqu'un d'ouvrir la porte et de découvrir que Foye violait

les principes de sa foi et de celle de Mahomet, d'ailleurs.

Étant donné qu'elle était nue, il n'y aurait pas le moindre

doute que c'était une femme qu'il honorait et non son jeune

guide et interprète.

Une réponse parvint de l'autre côté de la porte.

— Dis-lui, Sabine.

Il garda les doigts sur sa peau douce, si douce, tout en

continuant à aller et venir en elle. Il dut poser une main sur

le sol pour conserver son équilibre et ne pas peser sur elle.

— Je ne dois pas être dérangé pour le moment. Tu

t'occuperas personnellement de tout ce dont j'ai besoin et

je serai en mesure de descendre bientôt.

Elle reprit la parole et prononça cette fois-ci plusieurs

phrases auxquelles il ne comprit pas un mot. La personne

répondit par un mot ou deux puis Sabine et lui l'entendirent

s'éloigner. Il passa un bras autour d'elle et la caressa

jusqu'à ce qu'il sente qu'elle était sur le point de jouir. Il se

retira alors et se mit sur le dos.

— Foye, murmura-t-elle quand il l'eut de nouveau pénétrée

alors qu'elle était désormais sur lui. Foye.

— Tu es délicieuse, fit-il en se rappelant de parler à mi-voix.

— Je t'aime.

Elle posa une main sur sa poitrine et ondula des hanches

pendant qu'il glissait les doigts à la jonction de leurs deux

corps et la caressait. Il voulait que dure ce moment où ils

avaient plus de temps qu'ils n'en avaient encore jamais eu.

— Foye.

Il entendit la tension dans sa voix.

— Fais l'amour avec moi de cette façon, Sabine.

Il leva une main sur sa nuque. Il était très près de

l'orgasme désormais.

— Je vais créer notre fils, maintenant. Maintenant.

Il fut étonnant, remarquable vraiment, qu'une heure plus

tard, ils soient en route pour le consulat anglais afin d'y

retrouver son ami Hugh Eglender. Il avait passé un temps

absurdement long à s'habiller, mais quand il fut prêt, il

incarnait la perfection vestimentaire de ses bottes bien

cirées aux boutons de sa redingote. Il était armé d'un

pistolet et d'une épée et ne les cachait pas, et Sabine,

toujours déguisée en Pathros, avait glissé son pistolet dans

sa ceinture ainsi qu'une dague.

Ils étaient arrivés dans la ville même d'Iskenderun avec les

effluves de la mer dans l'air et les cris des mouettes sur le

port. Et ils avaient échappé à Nazim Pasha. Enfin presque.

Avait-il jamais pensé que le jour de son mariage se

déroulerait ainsi ?

Elle donna de la jambe à sa jument afin de se mettre à sa

hauteur et inclina la tête avant de s'adresser à lui.

— Foye, es-tu sûr de toi ?

Il ne ralentit pas, mais son cœur se serra. Elle était

suffisamment intelligente pour arriver à s'esquiver en

argumentant si elle avait changé d'avis. La possibilité

existait toujours qu'elle refuse le mariage et il était difficile

d'épouser une femme sans qu'elle dise « oui ».

Ce n'était pas la vivacité d'esprit qui manquait non plus à

Foye. Il avait été sur la liste de sir Henry, quand même !

— Est-ce que je vais être de nouveau abandonné ?

Il avait voulu avoir un ton dur et y parvint.

— Ce n'est pas honorable, Sabine, si tu en as eu l'intention

depuis le début.

— Non, Foye. Non.

— Alors il est fastidieux que je me répète.

Il se pencha vers elle.

— Je n'ai fait aucun effort pour prévenir une conception,

Sabine. Aucun. Je ne partirai pas pour l'Angleterre en

sachant que nous pouvons découvrir à mi-chemin que tu te

trouves dans une situation délicate sans être mariée. Et tu

ne peux pas rester ici, tu le sais. Je ne veux pas que tu sois

en danger quand nous ne savons pas encore où se trouve

Nazim Pasha ni ce qu'il compte faire.

— Rien peut-être.

— Nazim Pasha a rasé des villages entiers pour avoir cru

son honneur légèrement bafoué. Il va vouloir se venger de

moi s'il se rend compte de ce qui s'est passé avant que nous

soyons mariés et en route pour notre pays. C'est une

évidence. Même si ce n'était pas le cas, nous avons très peu

de choix, Sabine. C'est ce qui se fait dans une situation

comme la nôtre.

Il la transperça du regard.

— C'est ce qui est fait. Ce qui est convenable et

honorable.

Elle pinça la bouche.

— Sabine.

Il se força à se détendre.

— Je veux t'épouser. Je veux que tu sois ma femme.

Ils n'étaient plus qu'à quelques mètres du consulat. Il fit

arrêter son cheval.

— Si tu as des doutes, continua-t-il, réfléchis au fait que tu

es seule au monde. Je m'occuperai de toi. En tant que mon

épouse, tu ne manqueras de rien.

— C'est injuste...

— Si je n'avais pas l'intention de retourner en Angleterre

si tôt, je suis heureux de le faire aujourd'hui, avec ma jeune

épouse au bras. Mais je vais te dire très franchement que je

n'avais jamais eu l'intention d'épouser une femme trop

jeune et trop aveugle intellectuellement pour voir la réalité

qui est devant ses yeux.

— Aveugle intellectuellement ?

— Ne crains rien, mon amour.

Malgré son envie de rire devant l'expression scandalisée de

Sabine, il réussit à garder son sérieux.

— Je te pardonne tous tes défauts. Sois assurée, Sabine,

que si la folie qui s'est emparée de nous nous donne un

enfant, alors toi et ma progéniture serez protégés par mon

nom. Ne pense pas une seconde que je te laisserai porter

un bâtard. A cela, tu ne peux rien répondre.

Elle ouvrit la bouche pour protester, mais s'abstint. Parce

qu'il avait raison.

— Tout cela ne peut pas finir bien.

— Une attaque déguisée ad hominem, Sabine ? Cela ne

vous va pas. Je suggère au contraire que tout se termine

bien. Je vais avoir une épouse, reconnue devant la loi, très

jeune et très jolie, qui portera l'héritier Marrack, et tu

auras un mari qui tolère tes nombreuses excentricités.

— Tu vas le regretter.

Il secoua la tête.

— J'en doute, mon amour. Tu as lu mon avenir dans des

feuilles de thé et si tu t'en souviens, tu m'as prédit du

bonheur en amour.

— Tu invoques des sottises !

Mais elle sourit et c'était déjà quelque chose.

— Vraiment, Foye, cela ne te va pas.

— Considère notre mariage comme une condition au fait

que je t'ai sauvée du harem du pacha ou t'ai empêchée de

devenir un cadeau qui aurait été installé au Sérail en

attendant le bon plaisir du sultan. Ou, si tu préfères,

considère ceci comme ma juste récompense pour tout ce

que j'ai fait depuis que je suis parti à ta rescousse.

— Pourquoi l'as-tu fait ?

— Parce que je me suis rendu compte que je n'avais pas

plaidé ma cause devant la personne dont il te fallait la

bénédiction. Je me suis rendu à Kilis afin de convaincre sir

Henry qu'il fallait que tu sois ma femme. J'avais l'intention,

pour tout te dire, de lui expliquer qu'il ne te perdrait pas si

tu devenais mienne.

Il laissa échapper un long soupir.

— Ou encore, Sabine, considère notre mariage comme le

fardeau que tu dois porter à cause des péchés commis avec

moi. Du moment que nous mettons un terme à cette

discussion ridicule et nous concentrons sur notre union.

— Très bien, Foye.

Elle leva le menton.

— Je souhaitais simplement souligner qu'il existait non pas

une, mais des alternatives.

— Dûment noté. Je les rejette, bien entendu.

— Totalement ? ajouta-t-elle.

— Oui. Alors, nous y allons ?

— M. Eglender refusera peut-être de nous marier.

— Non. Je peux te le garantir.