L'Indiscretion
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Chapitre 5
Constantinople, Turquie. Le souk (bazar), 13 mai 1811
Une chaleur étouffante. Dans la partie couverte du souk, la
température est beaucoup plus fraîche. Deux groupes
d'Européens sont présents. Le premier groupe comprend
lord Foye, le lieutenant Russell de l'Artillerie royale et deux
autres soldats du même régiment. Le second groupe est
composé de Mlle Godard, de sir Henry et du serviteur turc
de sir Henry, Asif. Le premier groupe sait que l'autre
groupe est là, mais le second groupe ignore la présence du
premier.
Quelqu'un jura en turc et Sabine se retourna afin de
s'assurer que la dispute n'allait pas dégénérer. Asif, le
serviteur syrien qui assistait Godard, se retourna lui aussi.
Grand, robuste et armé de deux pistolets glissés dans la
ceinture, il était le seul susceptible de pouvoir intervenir si
l'altercation dégénérait.
Il y eut quelques poings brandis, puis le conflit se calma et
Asif retourna aider Godard à essayer des chapeaux. Au
milieu de la foule massée dans le souk, Sabine vit soudain
le marquis de Foye se diriger plus ou moins vers eux. Il ne
passait pas inaperçu, il faut dire.
Son pouls s'accéléra. Les avait-il vus ? Pourrait-elle l'éviter
? Elle ne voulait pas le rencontrer. Il continuait d'avancer dans leur direction. Il les avait vus, car leurs regards se
croisèrent. Bon. Elle ne pouvait rien faire. Il faudrait qu'elle
endure un nouvel échange avec lui ne sachant pas à quel
moment il allait de manière détournée, voire hardie faire
allusion à son passé immoral. Quel dommage que Godard
l'apprécie ! Son estomac se noua.
— Godard, fit-elle en posant une main sur le bras de son
oncle.
— Qu'est-ce que tu penses de celui-ci ? s'enquit Godard qui
portait un chapeau en forme de béret. Il est trop grand,
n'est-ce pas ?
— Lord Foye est ici, murmura-t-elle en se penchant vers son
oncle.
Elle prit soudain conscience du fait que le marquis était
seul. Étrange. Peut-être s'était-il perdu et s'était retrouvé
séparé de ses serviteurs.
— Lord Foye ?
Godard se retourna vivement, le chapeau glissa de sa tête
et fut heureusement rattrapé par Asif au dernier moment.
Le marquis les avait presque rejoints. Sabine le regarda
fendre la foule avec appréhension. La plupart des gens
s'écartaient sur son passage, mais quand ce n'était pas
possible, il se glissait entre les corps avec délicatesse ou
contournait les groupes de chalands ou de marchands qui
vantaient leurs marchandises, sans prêter attention à leurs
apostrophes. Cinq ou six enfants, la plupart pieds nus et en
haillons, couraient derrière lui et mendiaient des piécettes. Elle saisit un chapeau en soie brodée décoré de perles et de
pampilles en verre. Le genre de chapeau qui convient pour
un mariage. Godard n'achèterait jamais un tel article, mais
cela ne voulait pas dire que ce n'était pas ravissant. Elle
examina le travail de broderie et, se sentant observée, elle
tourna la tête.
Foye s'était arrêté à quelques mètres d'eux pour sortir des
piécettes de sa poche. Il les distribuait aux enfants qui le
sollicitaient dans un mélange d'arabe et de turc. Elle
prétendit être absorbée par le chapeau qu'elle tenait à la
main. Et puis, il fut là. À moins d'un mètre d'elle. Les
enfants le suivaient toujours.
Sans plus leur prêter attention, il s'inclina devant elle. Il lui
aurait sans aucun doute tendu la main si elle n'avait pas
tenu le chapeau des deux mains. Il se tourna vers son
oncle.
— Sir Henry, comment allez-vous ?
— Bien, merci. Et vous-même ?
Godard tendit une main et Foye la saisit et la serra avec
beaucoup de douceur, ce qui toucha Sabine. Elle savait déjà
que cette excursion dans Constantinople serait très
éprouvante physiquement pour son oncle et qu'il en
ressentirait le contrecoup dès ce soir. Godard le savait lui
aussi, bien sûr. Son courage à surmonter ses douleurs
constantes n'était qu'une des raisons pour lesquelles elle
l'admirait. Ils avaient trouvé un terrain d'entente. Même
quand ils n'étaient pas d'accord, même si lord Crosshaven avait détruit la confiance que Godard avait en elle, ils
s'entendaient bien tous les deux.
Et elle lui en serait éternellement reconnaissante. Les
conséquences de leur séjour à Londres auraient pu être
encore plus catastrophiques.
Foye se tourna de nouveau vers elle.
— Mademoiselle Godard, fit-il.
Sa redingote bleue rendait la couleur de ses yeux encore
plus saisissante que d'ordinaire. Ils étaient de la couleur du
matin. Clairs sans être délavés.
Elle leva la tête, mais ne sourit pas, et cela délibérément. Il
portait une tenue d'équitation qui consistait en une culotte
de cheval en daim qui épousait ses jambes, un foulard uni,
et un gilet brodé bronze et or dont les boutons étaient
dorés. Ses hautes bottes cirées étaient en cuir souple. Il
tenait un chapeau en castor à la main. Elle se demanda
pourquoi il laissait ses cheveux autant pousser. S'il les
faisait couper court, il aurait plus de facilité à dompter ses
boucles.
— Monsieur, fit Sabine en pliant un genou.
A côté d'eux, Godard continuait d'essayer des chapeaux.
— Non, Godard, assura-t-elle quand il en coiffa un rouge
vif.
Elle essaya, non sans mal, de ne pas prêter attention à lord
Foye.
— Asif ? fit Godard, sollicitant l'avis de son serviteur. Asif
secoua la tête et cligna des yeux comme si la couleur
l'éblouissait.
— Hmm, réfléchit-il, les lèvres pincées. Qu'est-ce que vous
en pensez, monsieur ?
Foye toisa Godard, l'examinant des pieds à la tête, puis
posa une main sur son menton en étudiant le chapeau. Il
finit par secouer lentement la tête.
— Je ne crois pas que le rouge soit votre couleur,
monsieur. Puis-je suggérer une teinte moins chaude ? Vert
foncé, ou bronze, voire bleu nuit ?
— Vous êtes chapelier ?
Godard rendit le chapeau au marchand.
Le marquis attendit en silence comme s'il savait que Sabine
ne pourrait s'empêcher plus longtemps de le regarder, et
sapristi, il ne se trompait pas !
— Je vous ai trouvés sans même essayer de le faire,
remarqua-t-il quand elle ne se contint plus et leva les yeux.
Pendant qu'elle essayait d'interpréter sa remarque, il passa
une main dans ses cheveux. Une mèche retomba sur son
front, puis plusieurs autres.
— Vous nous cherchiez ? S’enquit-elle.
Voilà. Dit de manière nette. Elle n'avait pas le ton de
quelqu'un qui trouvait cela extraordinaire. Godard
poursuivit son examen des chapeaux et elle prétendit être
fascinée par son inspection.
Heu, non. Je suis venu ici avec d'autres personnes vous
cherchaient, dit-il en jetant un regard curieusement
coupable derrière lui.
La phrase attira l'attention de Godard. Il s'immobilisa alors
qu'il était sur le point d'essayer un nouveau chapeau.
— On nous cherchait ? Qui donc ? M. Lucey peut-être ? Je
serais heureux de le voir.
Sabine tenta d'afficher un air aussi neutre que possible,
mais elle connaissait le ton de voix trop prudent de son
oncle. Elle savait précisément quelle question il se posait.
. L'attention de Foye se reporta sur Sabine. Au moment où
leurs regards se rencontrèrent, elle eut l'impression d'avoir
des papillons dans l'estomac et en fut déconcertée. Elle ne
voyait vraiment pas pourquoi elle réagissait de cette
manière en présence du marquis.
— Le lieutenant Russell, déjà.
Il énonça le nom comme s'il devait avoir une certaine
importance aux yeux de Sabine. De l'Artillerie royale,
ajouta-il, constatant que le nom semblait ne rien lui
évoquer.
Elle mettait un point d'honneur à ne pas se souvenir des
gentlemen et des officiers dont elle faisait la connaissance
et ne pouvait donc pas associer un nom à un visage. Elle
était parfaitement consciente du regard lourd de sous-
entendus que lui jetait Godard. À Londres, il avait juré
croire en sa pureté et son innocence, mais il n'y avait pas
cru. Pas vraiment. Elle reposa le chapeau. L'air sentait les
épices, le safran, la cannelle, le poivre, le bois de santal et
une myriade d'autres arômes. S'ils se dirigeaient vers les
marchands d'épices, l'odeur prendrait même le pas sur
celle omniprésente, capiteuse et amère du café que les
marchands passaient leur temps à préparer.
— Roux, continua Foye. Il a les cheveux roux. Un très joli
roux, d'ailleurs, se hâta-t-il d'ajouter.
Sabine se retint de dire au marquis qu'elle se souciait fort
peu de la couleur des cheveux du lieutenant Russell. Elle ne
voulait rien avoir à faire avec lui ou un autre officier.
Godard écarta de la main le marchand qui lui proposait un
nouveau chapeau. Il fit volte-face, appuyé sur le bras d'Asif
et cramponné des deux mains à sa canne, et sembla se
tordre le cou quand il voulut toiser lord Foye.
— Nom d'une pipe, que veut donc ce freluquet ?
— Je ne peux pas répondre pour lui, répliqua Foye. Même
si je pense que c'est évident, vu qu'il est un beau jeune
homme et que votre nièce est une jolie jeune fille.
Le marchand, craignant de perdre son client, choisit un
autre chapeau parmi sa marchandise, tout en parlant turc à
toute allure, ce qui accapara l'attention de Sabine : ses
chapeaux étaient les plus magnifiques du monde !
L'ouvrage merveilleux ! Chaque chapeau cousu avec un tel
amour que même un infidèle se devait d'en porter un !
Sabine tourna le dos au marquis avec joie et déclara au
marchand d'un ton ferme qu'elle ne voulait pas que son
oncle porte un chapeau de qualité inférieure. Elle avait
l'estomac noué ; une journée qui avait promis d'être
agréable se trouvait gâchée. Elle aurait voulu que le
marquis ne les ait jamais retrouvés.
À la fin de la discussion, Godard portait un autre chapeau
sur la tête, en feutrine bleu marine cette fois-ci, brodé de
fils or et argent. Elle leva les yeux au ciel et fit un geste vague, n'exprimant ni son accord, ni son désaccord. Elle
aimait marchander.
— Vous avez fière allure avec ce chapeau, Godard, dit-elle
en anglais.
En revanche devant le marchand, elle regarda le chapeau
avec dédain et secoua la tête. Sir Henry retira une main de
sa canne.
— Asif, fit-il, qu'en penses-tu ?
Le serviteur, une main posée sur la crosse d'un pistolet,
s'inclina.
— Il ne vous va pas, déclara-t-il en turc, appuyant son avis
d'un geste dédaigneux accompagné d'un air dégoûté.
Sabine renchérit dans la même langue. Le marchand se
lança dans une réfutation, ce qui faisait partie du jeu.
— C'est le mieux que vous ayez essayé, Godard, continua-
t-elle en anglais.
— Très bien, alors. Celui-ci.
Maintenant il fallait qu'ils arrivent à acheter ce très beau
chapeau pour moins cher que prévu. Elle fit signe à Asif qui
s'inclina et se pencha pour ramasser un paquet qui se
trouvait à ses pieds.
Le vendeur se mit à chanter les louanges du chapeau :
pourquoi il valait dix fois plus que la somme que Sabine
était prête à payer. Le marquis resta à ses côtés et écouta
avec attention. Qu'il soit damné ! À la fin du marchandage,
elle tendit deux pièces, le marchand enveloppa le chapeau
dans du papier et le donna à Asif.
Sir Henry leva les yeux vers Foye, poussa sur sa canne pour
tenter de gagner quelques centimètres de hauteur. Godard
se coucherait dès qu'il serait de retour à Büyükdere. Et le
lendemain, il ne bougerait pas de leur maison, incapable de
marcher. Sa santé les obligeait à voyager lentement. Ils
n'allaient peut-être pas vite, mais ils avaient malgré tout
visité beaucoup plus de sites que bien des personnes.
— Nous ne nous attendions pas à vous voir à
Constantinople, monsieur. Si nous l'avions su, vous auriez
pu voyager avec nous.
— Ma visite a été totalement impromptue, sir Henry. Je suis
venu à cheval avec quelques officiers qui se rendaient au
bazar ce matin. Comme je l'ai déjà dit, je crois. Je n'étais
pas encore allé au souk et j'ai pensé que c'était Une
occasion à ne pas manquer.
Godard eut une expression courroucée et Sabine savait que
si Foye avait été un homme impressionnable, il aurait
tremblé sous cet œil désapprobateur. Quelle que soit
l'opinion du marquis à son sujet, se dit Sabine, son oncle ne
l'intimidait pas le moins du monde. Mais il est vrai que
c'était un homme mûr qui avait l'expérience de la vie. Et
dont la position sociale était égalée par peu d'hommes et
dépassée par moins encore.
— Vous êtes là depuis longtemps ? Dans le bazar je veux
dire, fit Foye, comme s'il n'avait pas remarqué le
mécontentement de Godard à l'évocation du lieutenant
Russell.
Sabine resta coite. Cela ne servait à rien de réfuter une
inclination pour le lieutenant. Pourquoi un soldat partirait-il
à fond de train jusqu'à Constantinople, si ce n'était avec
l'idée de fomenter quelque chose contre sa vertu ? Godard
pensait cela. Son oncle avait beau le nier, Crosshaven et ce
qui s'était ensuivi avaient instillé une méfiance profonde en
lui. Il ne lui faisait pas confiance et se méfiait d'elle
désormais et de tout homme séduisant qui manifestait un
intérêt à son égard. Elle était totalement irréprochable, et
pourtant elle souffrait chaque jour des conséquences des
vantardises de Crosshaven et des ragots qu'elles avaient
entraînés.
Elle sortit sa montre de la poche de sa robe.
— Il est presque 14 heures, Godard, fit-elle, soulagée
d'avoir une raison de mettre un terme à cette pénible
rencontre. Nous avons juste le temps de passer voir les
marchands de tapis, si vous vous sentez suffisamment bien.
— De ce côté, fit Foye en indiquant derrière lui. Je suis
passé devant leurs étals en arrivant jusqu'ici.
— Merci.
Elle veilla à garder un ton neutre.
Foye lui emboîta le pas et marcha à côté d'elle. Godard
était de l'autre côté, appuyé sur le bras d'Asif. Sa canne
martelait le sol. Malheureusement, son oncle ne pensait
pas que le marquis représentât le moindre danger. Sinon il
aurait essayé, même maintenant, de l'éloigner.
— Ma nièce et moi discutons de notre histoire romaine
depuis quelque temps, monsieur.
— Ah oui ?
— Sabine apprécie particulièrement les écrits de Marc-
Aurèle. Mais, ajouta Godard d'un ton bourru, c'est une
jeune fille sentimentale.
— Vous trouvez que les stoïciens sont sentimentaux ?
demanda Foye à Sabine.
Elle se penchait vers Godard car elle n'aimait pas la
proximité du marquis. Peut-être que le sujet ferait oublier à
son oncle le lieutenant Russel occupé à la chercher.
— Oui, monsieur, je le pense. Godard ricana.
— Elle n'aime pas tellement le latin. Si Marc-Aurèle avait
écrit en latin et non en grec, j'aurais eu beaucoup de mal à
la convaincre de le lire.
— Oh, Godard, n'exagérez pas. J'aime lire les auteurs latins.
Elle jeta un coup d'œil à Foye. Il observait Godard et
Sabine en profita pour étudier son visage. Elle n'avait pas
besoin de l'apprécier ou de lui faire confiance pour trouver
ses traits intéressants. Quand ils seraient rentrés, elle
essaierait peut-être de le dessiner de mémoire : toutes ces
lignes et ces angles qui manquaient d'harmonie dans leur
agencement, et la bouche qui, lorsqu'il souriait, le
transformait complètement.
— Les dialogues de Platon furent mon premier triomphe.
Elle avait appris à Londres que les gentlemen trouvaient sa
culture singulière et rebutante. Elle sourit et se demanda
pourquoi elle n'y avait pas pensé plus tôt.
— Quand Godard a convenu que j'avais la maîtrise de ces
textes...
— Elle avait seize ans, monsieur, s'exclama Godard avec un
regard narquois en direction de Foye. Seize ans !
— Je n'ai jamais dit que j'étais une excellente élève, Godard,
répliqua Sabine d'un ton égal mais avec une ironie
certaine. Seulement fière. Je pensai qu'une fois Platon
disséqué, je n'avais pas besoin d'aller plus loin. Je vous le
demande, monsieur, après un tel penseur qu'est-ce que
pouvaient faire les Romains, si ce n'est quelque chose de
décevant ?
Ils progressaient doucement le long d'un passage bordé de
marchands assis en tailleur parmi leurs marchandises. Le
bruit y était plus fort, le parfum des épices plus discret,
l'arôme du café plus prononcé, l'odeur de la poussière plus
marquant. Des enfants couraient derrière eux en les
interpellant :
— Jolie dame ! Belle dame !
Sabine leur distribua quelques piécettes - elle n'en avait
pas beaucoup - puis les renvoya en s'adressant à eux en
turc. Au-dessus d'eux, un singe en laisse, installé sur
l'auvent d'un vendeur et de ses produits, poussait des petits
cris.
— Je suppose, fit Foye en se penchant pour qu'elle puisse
l'entendre, que je vous répliquerais : « et Tite-Live, alors,
ou Pompée ou Cicéron, ou un des César ? »
— Je vous accorderais peut-être Cicéron.
Peu lui importait ce qu'il pensait d'elle. Elle voulait juste
qu'il disparaisse. Les enfants s'étaient éparpillés et il y
avait beaucoup moins de bruit.
— Merci, répondit Foye.
— Quel est le César que vous préférez ? s'enquit Godard. Y
en a-t-il un qui vous ait particulièrement captivé quand
vous étiez collégien ?
— Ne dites pas Jules, intervint Sabine, soupçonnant qu'il
allait précisément citer celui-là. C'est trop simple.
Si Platon ne le faisait pas fuir, peut-être que les Romains
s'en chargeraient.
— Pas Jules, hein ? répéta-t-il en se grattant la joue.
Elle sourit sans se soucier le moins du monde qu'il
l'interprète comme un triomphe.
— Votre réponse pourrait nous révéler quelque chose de
votre caractère, vous ne trouvez pas, Godard ? Votre César
préféré, Jules César mis à part. Ou Marc-Antoine. Excluons-
le également.
— Ai-je le droit de nommer Caligula ?
Le sourire de Foye devint saisissant. Elle se sentit
chanceler. Il n'était pas beau. Pas le moins du monde. Alors
pourquoi le trouvait-elle irrésistible ? Et comme cela
devenait exaspérant !
— C'est acceptable, fit-elle.
— Caligula, répéta Godard. Un excellent choix.
— Merci, sir Henry.
L'attention de Foye se reporta encore une fois sur elle et
elle sentit de nouveau les papillons au creux de son ventre.
— Et votre César préféré, mademoiselle Godard ? Avant
qu'elle puisse répondre, quelqu'un s'écria :
— Monsieur ! Lord Foye !
Ils s'arrêtèrent tous les quatre, même Asif, et se
retournèrent pour voir un soldat courir vers eux. Foye resta
debout à côté d'elle.
— Lieutenant Russell, soupira-t-elle. Le soldat était
bel homme, en effet.
— Je le reconnais maintenant.
— Vraiment ? demanda Foye.
C'était consternant, mais avec le lieutenant Russel
accourant vers eux, elle était rassurée que Foye soit
présent.
— Il est roux, remarqua-t-elle en lançant un regard en
direction du marquis. Je croyais que vous aviez inventé ce
détail.
Il la regarda, les sourcils levés.
— Vous ne vous souvenez pas de lui, n'est-ce pas ?
Elle secoua la tête. Qui avait-il chez Foye qui lui fasse
perdre-tous ses moyens ?