L'Indiscretion

Carolyn Jewel · Chapitre 11 sur 21

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L'Indiscretion

Chapitre 22 · Quand Sabine ouvrit les yeux, Foye était profondément

 

endormi à moins d'un mètre d'elle. Elle fut désorientée

pendant un moment et se demanda comment le marquis

avait pu entrer dans le palais du pacha, et qui plus est dans

sa chambre. Puis la mémoire lui revint. Il l'avait sortie du

palais et l'avait emmenée loin de Kilis. Ils se trouvaient à

Alep, dans une auberge, et ils venaient de faire l'amour.

Elle ne savait pas quelle heure il était, mais le jour était

levé. Il y avait suffisamment de lumière pour qu'elle puisse

voir la chambre et le visage de Foye. Elle pouvait l'étudier

sans paraître impolie ou s'inquiéter qu'il interprète mal son

regard. Il connaissait trop la manière dont les autres

trouvaient ses traits disgracieux. A côté de cela, il ne

connaissait pas suffisamment les aspects de sa personne

qui le distinguaient des autres. Il avait tiré sa courtepointe

jusqu'à son menton et glissé une main sous sa joue. La

crosse d'un pistolet dépassait de son oreiller.

Le regarder l'exaltait tout en l'angoissant un peu. Le

contempler éveillait en elle la sensation de papillons dans

son ventre et elle avait de nouveau envie de lui. Elle voulait

sentir ses bras autour d'elle, sa bouche sur elle. Il était

intéressant qu'elle ne le trouve pas disgracieux alors qu'il

n'était pas réveillé et que la force de sa personnalité ne

transparaissait pas encore sur ses traits. Sa barbe poussait, noircissait ses joues et la ligne de son menton. Ses cils

noirs et épais ombraient ses joues et ses cheveux étaient en

désordre.

Il était étendu entre elle et la porte. Prêt, elle en était sûre,

à mourir pour elle si les hommes du pacha les

découvraient. Pour quelle autre raison aurait-il fait barrière

de son corps ? Godard serait... Son oncle était mort !

D'ailleurs, le pacha avait-il joué un rôle dans sa maladie ?

Si Foye était arrivé, ne serait-ce qu'un jour plus tard, elle

était persuadée qu'elle aurait été perdue. Mais il était venu.

Sans qu'elle ait eu à lui demander. Malgré toutes les lettres

qu'elle avait écrites au consulat anglais, c'était Foye qui

était venu. Pas un représentant quelconque de la

compagnie du Levant ni une personne investie d'une

mission officielle.

Elle effleura sa joue juste au-dessus de sa barbe naissante.

Sa peau était chaude. Elle était une femme déchue. Pour de

vrai cette fois-ci. Foye était son amant. Elle retira sa main

alors que ses paupières se soulevaient.

— Bonjour, fit-elle. Ou peut-être bon après-midi.

— Sabine.

Il prit sa main et la porta à ses lèvres.

Son visage était fascinant. Elle ne le trouvait plus du tout

disgracieux. Non, il y avait trop d'intelligence, trop

d'honneur sur ce visage. Elle avait désormais trop d'images

de leur nuit d'amour pour le trouver autrement que beau. Il

rejeta les couvertures et tendit la main vers ses vêtements. Il sortit sa montre de son gilet et la consulta. Il se mit

debout, nu, et remonta le mécanisme devant la fenêtre.

Foye, pensa Sabine, était un homme superbe.

— Milieu de la matinée, fit-il.

Il jeta un coup d'œil par la fenêtre. Des clochettes

accrochées aux chameaux tintinnabulaient dans la cour

intérieure ; quelques-uns protestaient. Des voix d'hommes

se faisaient entendre, la cadence des langues locales,

l'arabe, et aussi le druze et le kurde qu'elle ne parlait pas,

mais dont elle reconnaissait la musique.

— L'heure ?

— 10 heures 13.

Il baissa de nouveau les yeux sur sa montre.

— Et 53 secondes. Je propose de s'habiller et d'aller

manger quelque chose. Je veux envoyer un ou deux

hommes voir si Barton et les autres sont arrivés. Ou le

pacha.

Quelle situation étrange d'être couchée et de converser

avec un homme qui se tenait nu devant elle, aussi

magnifique que le David de Michel-Ange. Elle connaissait

désormais son corps, la texture de sa peau, son goût, son

odeur, le son de sa voix quand il murmurait à son oreille.

Elle connaissait aussi son tempérament, savait qu'il était

calme et intelligent. Qu'il tenait ses promesses. Il était le

marquis de Foye. Un aristocrate. Et il disait l'aimer.

Il posa sur elle un regard pénétrant.

— Quand nous aurons mangé, toi et moi irons au consulat.

— Je leur ai parlé de Godard.

— Vraiment ? Avant ou après son décès ?

— Après.

— Et tu es certaine que la lettre a été remise ?

— Je l'ai confiée à Asif.

— Ils sont donc au courant de sa mort. Nous aurons besoin

des documents officiels en Angleterre. Ils auraient dû

envoyer quelqu'un. Je me demande pourquoi personne n'est

venu, fit-il en fronçant les sourcils.

— Peut-être qu'ils l'ont fait et que Nazim Pasha les a

renvoyés.

— À quoi servent-ils alors ?

Il resta debout, les mains sur les hanches.

— Inutiles ils sont. Pires qu'inutiles si c'est ce qui s'est

passé.

— Qui sait les mensonges qu'a pu leur raconter le pacha.

Est-ce que tu vas leur dire que Nazim Pasha a réclamé une

rançon ?

— Oui, ça et plus encore. Retenir une citoyenne anglaise

contre sa volonté ne va pas être vu d'un bon œil. Quelle que

soit l'opinion qu'ils puissent avoir sur le pacha.

Il s'étira longuement, puis ils se regardèrent.

— À quoi penses-tu, Sabine ? Que je manque de pudeur ?

— Non.

Elle posa son menton sur son genou.

— Tu es beau.

— Merci.

— Viens ici, Foye.

Il s'avança. Le tenir, le toucher dans la lumière radieuse du

matin la combla de bonheur. Elle le serra contre elle et

essaya de mémoriser tout ce qu'elle pouvait de lui : son

odeur, le grain de sa peau, son goût. La manière dont elle

se sentait en sécurité, adorée. Il s'écarta avec une

réticence charmante.

— J'aimerais que nous puissions rester ici toute la journée.

Nous pourrions oublier le monde et passer notre temps à

faire l'amour.

— Ce serait merveilleux.

Elle posa une main sur sa joue et son cœur s'emballa tant

elle se sentait heureuse.

— Tout à fait merveilleux.

Foye baissa la tête et l'embrassa dans le cou.

— Mmm. Sabine. Quel effet as-tu sur moi ?

Il s'étendit sur elle, s'appuya sur les mains pour la soulager

de son poids.

— Je crois que tu as le don de me rendre très dur, fit-il avec

un sourire malicieux.

— Monsieur, je trouve que vos propos sont très

inconvenants.

— Non, tout cela est très convenable, ma chère.

Ravissante, ravissante, Sabine. Tu me fais très

convenablement bander.

— Que puis-je faire pour vous soulager ?

— Je me le demande.

Il l'embrassa de nouveau dans le cou.

— Serais-tu disposée à m'apporter un peu de soulagement

?

— Je m'y efforcerai, effendi.

— Quel serviteur formidable tu fais. Rappelle-moi

d'augmenter tes gages. Maintenant, ma ravissante guide,

vas-tu me laisser te posséder une seconde fois ?

— Oh oui, je t'en prie, fit-elle avec élan.

— Avec plaisir.

Il lui écarta les cuisses et elle sut quelle position adopter au

moment où il la pénétra. Et oui, il était beaucoup plus

grand, plus puissant qu'elle et elle adorait le contraste que

formaient leurs corps. Elle aimait le sentir en elle, un pur

délice. Elle ne pensa à plus rien d'autre qu'à leurs deux

corps unis. Elle vit ses yeux étinceler. Il voulait plus encore,

mais agissait avec précaution ; pour elle.

— Foye, murmura-t-elle. Je sais que tu ne me feras pas

mal. Je le sais.

— Jamais, je ne te ferai mal. Jamais.

Elle se cambra, mais il continua de se contrôler.

— Sabine. Mon amour.

Elle le serra quand il jouit et elle sut qu'elle ne serait

jamais plus la même sans lui.

— Il est temps de t'habiller, fit Foye un moment plus tard

quand ils eurent retrouvé leur souffle. Iskenderun est à

deux jours de route. Plus tôt nous partirons, mieux nous

nous en trouverons.

— Il est temps de redevenir Pathros, tu veux dire ?

— Oui, hélas.

Il posa un baiser sur chacun de ses seins.

— Je ne vais pas pouvoir admirer ta poitrine.

Elle s'assit et il l'aida à se vêtir, puis elle l'aida à son tour à

devenir l'imposant marquis de Foye. Il l'embrassa de

nouveau quand il fut habillé et sa tendresse lui fit fondre le

cœur.

— Je ne sais pas comment je vais arriver à ne pas montrer

aux autres l'affection que j'ai pour toi, soupira Foye.

— Ne plaisante pas.

— Avant notre départ d'Alep, Sabine, le pacha ne pourra

plus rien contre nous. Plus de subterfuge. Je serai obligé de

congédier Pathros, fit-il en affichant un large sourire.

— Tu es sûr que c'est avisé ?

— Je ne crois pas que ma femme verrait d'un très bon œil

une relation avec un garçon.

Il mit les mains sur ses hanches.

— Et toi ?

Elle écarquilla les yeux.

— Tu veux dire que nous allons nous marier ? Ici ? Déjà?

— Le consul peut nous marier, Sabine. Nous n'avons rien

fait pour prévenir une grossesse, que ce soit la nuit

dernière ou ce matin. Et je n'aurais jamais autorisé une

telle chose si je n'avais pas l'intention de t'épouser, et vite,

de surcroît.

— Mais...

— Nous ne sommes pas encore en Angleterre, Sabine. Les

lois sont différentes ici. Une jeune femme sans mari et sans

parent du sexe masculin pour s'occuper d'elle se trouve dans une situation plus que délicate. Nazim Pasha a

clairement déclaré qu'il pensait que je n'avais aucun

ascendant sur toi et nullement le droit de t'emmener avec

moi. Pourquoi, crois-tu que j'ai dû recourir au kidnapping ?

Crois-moi, j'avais épuisé tous les autres moyens à ma

disposition avant d'opter pour cette solution.

— J'attends ton argument, Foye.

— Mon argument, Sabine, est que si Nazim Pasha nous

rattrapait, il pourrait bien réussir à remettre la main sur toi

et à t'enlever de nouveau. Et en me basant sur les

événements du passé, je doute que quelqu'un au consulat

proteste contre une action du pacha ou de la Sublime Porte

avant que tu te retrouves vendue ou offerte. Si nous ne

sommes pas mariés, tu n'auras personne pour protester en

ton nom.

Son regard se fit dur.

— Si ma femme devait être enlevée, je peux t'assurer que

les autorités agiraient. Sans tarder.

— Foye... fit-elle en levant un sourcil.

— Dois-je te rappeler que je suis un pair du royaume

d'Angleterre et que mon titre, tout ce que je possède, et

maintenant et dans le futur, est sujet à la primogéniture. Il

nous faut nous marier sur-le-champ. L'Angleterre est à des

semaines en bateau. Si tu es enceinte, ta grossesse sera

avancée quand nous arriverons. Crois-tu que je laisserai

quoi que ce soit t'arriver ? Tout ce que je demande, c'est

que tu ne me compliques pas la tâche. Tu peux me croire, Sabine, quand je te dis que le consulat remuerait ciel et

terre pour mon épouse et moi.

— Tu en es certain ?

— Oui.

Non qu'elle ait des doutes là-dessus, mais pour elle, leur

avenir semblait périlleux.