Marée - Tome 3

Amanda Hocking · Chapitre 10 sur 41

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Marée - Tome 3

CHAPITRE 10 - Librairie Cherry Lane

CHAPITRE 10

 

Librairie Cherry Lane

 

H —

eu…

Gemma ne sut pas comment répondre à cela et parut embarrassée.

— Ouais, je suppose que c’est moi.

— Super.

Lydia lui fit un grand sourire.

— Je n’ai jamais rencontré de sirène.

— Eh bien, me voilà.

Gemma haussa les épaules.

Lydia se mordit la lèvre, et ses yeux se mirent à étinceler.

— Tu ne voudrais pas chanter pour moi ?

— Non, ce n’est pas une bonne idée, répondit rapidement Harper.

— Ouais, ce n’est pas très sécuritaire, acquiesça Gemma. Ça peut

rapidement dégénérer.

— Je comprends. Je sais que c’est extrêmement dangereux.

Lydia écarta l’idée de la main.

— Je n’aurais pas dû le demander. On pourrait croire que j’ai appris ma

leçon après le loup-garou.

Elle repoussa son chemisier et révéla sa mince épaule. Une cicatrice rouge

en forme de morsure de chien l’enveloppait. Harper se contenta de la

regarder d’où elle se tenait, mais Gemma et Marcy s’avancèrent pour mieux

voir.

— Super, dit Marcy.

— Alors, est-ce que ça signifie que tu es un loup-garou maintenant ?

demanda Gemma après que Lydia eut replacé son chemisier.

— Ouais, je suis… « roaaar ».

Lydia plaça ses mains en forme de griffes et fit semblant de grogner, mais

se mit à rire presque aussitôt, un léger tintement qui rappela à Harper un

carillon bruissant dans le vent.

— Non, non, ce n’est pas ainsi que les loups-garous fonctionnent. C’est

un tout autre processus.

— Réellement ? questionna Gemma. Comment devient-on loup-garou ?

— Eh bien, c’est…

Lydia commença à expliquer, puis vit l’expression contrariée de Harper et

s’arrêta.

— Désolée. Vous n’êtes pas venues ici pour parler de loup-garou, n’est-ce

pas ?

— Je ne suis pas venue ici pour ça, mais j’en ai maintenant envie, depuis

que tu as commencé, dit Gemma, son ton un peu boudeur, car elle savait

que Harper n’approuvait pas ce sujet de conversation.

— Tu ne manques rien, dit Marcy. Les loups-garous sont tellement

ennuyants.

Lydia s’avança et baissa la voix, comme si elle leur disait un secret.

— C’est un peu vrai.

— Tu vois ? fit Marcy.

— En tout cas, tu en as assez d’être une sirène et désires mettre un terme à

la malédiction. Est-ce que j’ai bien compris ? s’enquit Lydia. Ou bien est-ce

que l’une d’entre vous veut devenir une sirène ?

— Non, non, non, dit Harper en agitant les mains. Pas d’autre sirène.

Aucune.

— Ouais, on veut indéniablement briser la malédiction, dit Gemma.

— Et ne pas créer d’autres sirènes. En fait, si nous pouvions trouver une

manière de tuer les sirènes déjà existantes, ça serait super.

— Vous ne savez pas comment tuer les sirènes ?

Lydia leva un sourcil.

— Donc tu ne sais pas comment tu peux mourir ?

— Je connais quelques façons, dit Gemma. Mais je ne sais pas comment

on peut me tuer.

Lydia croisa les bras sur sa poitrine, se pencha vers l’arrière et se mit à

étudier Gemma. Elle le fit pendant si longtemps que Gemma devint mal à

l’aise et se mit à se tortiller.

— Ça te rend vulnérable aux attaques, n’est-ce pas ? demanda Lydia.

— Ouais, c’est vrai, admit Gemma.

— Nous n’avions pas pensé à ça avant, mais merci de me le mettre à

l’esprit maintenant, grommela Harper.

— Sais-tu comment tuer les sirènes ? demanda Gemma.

— Malheureusement, non, je ne sais pas.

Lydia parut sincèrement triste et secoua la tête.

— Si je peux être honnête avec toi, je ne sais pas grand-chose sur les

sirènes.

— Alors, que sais-tu ? voulut savoir Gemma.

— Que tu peux chanter un chant des plus captivants et enchanter les

marins, mais je présume que ça s’étend pour tous les gens et pas

uniquement ceux opérant des navires, dit Lydia.

— C’est exact, fit Harper.

Elle s’appuya contre une étagère, observant Lydia parler.

— Et que les sirènes peuvent se transformer en femme poisson ou en

oiseau, dépendant des livres consultés.

— Les deux, en fait, dit Gemma.

Les yeux de Lydia s’écarquillèrent.

— Tu peux faire les deux ? Wow !

Elle éclata à nouveau de rire et tapa des mains.

— C’est incroyable. Ça doit être tellement excitant.

— Ça a tout de même ses inconvénients, fit Gemma, refusant de se laisser

entraîner par l’exubérance de Lydia.

— Oh, tu veux dire la partie du cannibalisme ?

Lydia plissa le nez.

— Ce doit être dégoûtant.

Harper lança un regard vers sa sœur, et Gemma déglutit avec peine en

baissant les yeux. Basé sur les faits que les sirènes avaient déchiré Bernie

McAllister et Luke, l’ami d’Alex, Harper avait compris que les sirènes les

avaient mangés au moins en partie.

En plus, elle avait lu au sujet du cannibalisme dans les livres de

mythologie. Mais comme Gemma ne l’avait jamais mentionné, Harper n’en

avait jamais parlé. Elle ne croyait pas que Gemma avait fait du mal à

quiconque. Gemma ferait tout ce qu’elle devait faire pour survivre, mais pas

au détriment de quelqu’un d’autre.

— Ouais, c’est la partie que j’évite, fit doucement Gemma.

— Je ne dis pas ça pour être déplaisante, mais si tu ne sais pas grand-

chose sur les sirènes, comment peux-tu nous aider ? demanda Harper.

— Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux person nellement vous aider,

mais je pourrais vous diriger vers de l’information, dit Lydia.

— Où ? demanda Harper.

— Alors, d’accord.

Lydia leva les mains.

— Laissez-moi expliquer. Autrefois, il y avait tous ces êtres puissants et

magiques qui erraient librement sur terre. » La population de mortelles

normales, comme toi et moi, dit Lydia en désignant Harper et elle-même,

s’agrandit plus rapidement que celle de ces autres êtres. Je suppose que

c’est pour cette même raison que les fourmis se multiplient plus rapidement

que les rorquals bleus. Nous étions petits et facilement remplaçables, au bas

de la chaîne alimentaire. Nous mourrions tout le temps. » Plusieurs de ces autres êtres étaient immortels, ou du moins apparaissaient ainsi aux

humains. En fait, les humains normaux s’étaient mis à nommer ces êtres

plus puissants, et souvent ces noms incluaient les termes « dieu » ou «

déesse ».

Lydia agita les mains.

— De toute façon, les humains avaient le chic pour irriter ces prétendues

divinités. Alors, les dieux et les déesses leur faisaient des choses comme les

piéger ou leur jeter un sort. Mais pour rendre un sort réel ou effectif, les

termes d’un sort devaient être écrits.

— Les termes d’un sort ? fit Gemma.

— Ouais, comme lorsque tu loues une voiture ou tu cliques dans la boîte «

oui » pour accepter les termes du service d’iTunes, expliqua Lydia. Afin

qu’il soit valide, il devait y avoir un contrat.

— Donc tu dis que quelque part, les particularités du sort des sirènes sont

écrites ? demanda Gemma.

— Exact, tout doit être écrit, dit Lydia. Comme ce qu’une sirène peut ou

ne peut pas faire, comment tuer une sirène et comment mettre un terme au

sort. Vous savez quoi ? Je vais vous en montrer un.

Lydia se glissa entre Gemma et Harper et avança plus profondément dans

l’allée. À la place d’une échelle, Lydia préférait apparemment grimper aux

étagères, utilisant les rayons comme barreaux.

— As-tu besoin d’aide ? offrit Harper, puisqu’elle était au moins quinze

centimètres plus grande que Lydia.

— Ne t’inquiète pas, répondit joyeusement Lydia. J’y arrive.

Lydia saisit quelque chose sur le rayon du haut, puis sauta sur le sol. Elle

tenait un livre mince et usé. La couverture avait disparu, et il tenait

ensemble grâce à un élastique.

— Voilà celui pour Dracul, et il énonce le sort des vampires, dit Lydia en

retirant l’élastique et en ouvrant le livre.

Harper s’avança, afin de regarder. Les pages tombaient, et les caractères

s’étaient tellement estompés que c’était presque illisible. Le texte était en

une écriture cursive, que Harper ne comprit pas, mais il y avait quelques

dessins en marge montrant un pieu traversant un cœur.

— Je n’arrive pas à lire, remarqua Gemma.

— Bien sûr que non. C’est en roumain, fit Lydia. Mais ce ne sont pas les

vampires, ton problème, n’est-ce pas ?

— Non, dit Gemma paraissant plutôt abattue.

— Bien. Alors, tu n’as pas besoin de lire ceci, répondit Lydia en

parcourant le livre.

— Qui a écrit ceci ? demanda Harper en pointant vers les pages

défraîchies.

— Celui-ci exactement, je ne sais pas.

Lydia secoua la tête.

— Mais le sort original a été conçu par Horace, je crois, parce que ce

type, Vlad, apparemment l’emmerdait réellement.

— Donc ce texte explique comment briser le sort ? demanda Harper.

— En fait, non.

Lydia ferma le livre, et se retourna, afin de faire face à Harper, à Gemma

et à Marcy.

— Il n’y a aucun moyen de briser le sort des vampires, à l’exception de

les tuer.

— Attends, attends. Tu as dit que pour que le sort fonctionne, il doit être

écrit quelque part ? questionna Harper.

Lydia hocha la tête.

— Exact.

— Alors, pourquoi les vampires ne détruisent-ils pas ce livre ? demanda

Harper. Il n’y aurait plus de sort.

— D’accord, premièrement, tous les vampires ayant plus de cent ans se

transformeraient en cendres, si le sort était soudainement levé, expliqua

Lydia. Le sort a rallongé leur vie naturelle, et sans lui, ils seraient tous

morts il y a des années.

» Et deuxièmement, si tu détruis ce livre, ça ne changera rien, car il y

existe au moins une douzaine d’autres livres exactement comme celui-ci,

conclut-elle.

Harper réfléchit, puis poursuivit.

— Et si on détruit tous les livres ?

— On ne peut pas, dit Lydia. On pourrait probablement détruire la plupart

d’eux, mais l’original, celui sur lequel Horace a écrit le sort, aura été écrit

sur quelque chose d’indestructible, car il ne voulait pas que son sort se lève

aussi facilement.

— Quelque chose d’indestructible ? fit Gemma. Comme quoi ? Une

tablette en pierre ?

— Non. La pierre peut être brisée, broyée en poudre, lâcha Lydia. Ça

serait quelque chose à laquelle il aurait donné des propriétés indestructibles.

— Donc… du papier magique ? questionna Harper.

Lydia lui lança un regard.

— Si tu veux simplifier à l’excès, alors, oui, du papier magique.

— Pourquoi est-ce que ce n’est pas écrit sur du papier magique ?

Gemma pointa vers le livre de vampire que Lydia tenait.

— Ce n’est pas nécessaire, car l’original est maintenu dans un lieu sûr,

expliqua Lydia. Quand on regarde des sorts plus communs, comme ceux

des vampires ou des zombies, ou comme des sorts de base réellement

communs, comme transformer quelqu’un en crapaud…

— D’accord, ouais, disons que tout le monde le connaît…, marmonna

Harper.

— C’est dans environ un millier de grimoires, déclara Lydia. Quelque

part, il y a un grimoire maître, et tous les sorts et toutes les malédictions y

sont écrits sur du « papier magique ». Mais plus le sort est précis, moins il y

a d’exemplaires.

— Donc quand nous parlons de quelque chose comme les sirènes,

combien d’exemplaires crois-tu qu’il existe ? demanda Harper.

— Considérant le fait qu’il ne peut pas y avoir plus de quatre sirènes en

vie en même temps ? s’enquit Lydia. Je dirais qu’il n’y a qu’un seul

exemplaire.

Gemma soupira.

— Et tu ne l’aurais pas, par hasard ?

— Non, je ne l’ai pas. Mais je peux supposer qui l’a.

Lydia sourit vivement.

— Elles.

— Tu crois que les sirènes l’ont ? questionna Harper.

— Bien sûr. Ma compréhension est que les sirènes sont relativement

difficiles à tuer. Elles ne veulent pas que les instructions sur la manière de

les détruire traînent quelque part. Je suis certaine que c’est la sirène en chef

qui l’a.

— Mais elles sont partiellement aquatiques, fit remarquer Gemma. Elles

se déplacent dans les eaux. Comment peuvent-elles transporter du papier

avec elles sans qu’il soit détruit ?

— C’est du « papier magique », tu te souviens ? lui rappela Lydia. Il a

reçu des propriétés le rendant indestructible, ce qui signifie qu’il ne peut pas

être détruit ni par l’eau, ni par le feu, ni par un holocauste nucléaire.

— As-tu vu Penn avec un livre quelconque ? demanda Harper à Gemma.

— Non, je ne crois pas.

Gemma fronça les sourcils.

— Quand j’ai emménagé avec elles au début, Lexi transportait un grand

sac, mais je n’ai jamais vu ce qu’il contenait.

— Ce n’est probablement pas un livre, dit Lydia. Enfin, les sirènes

viennent de Grèce ? Disons du deuxième ou troisième siècle ? Je crois que

vous cherchez un rouleau, probablement fait de papyrus.

— Donc ce que tu dis, c’est que ce que nous devons trouver est un rouleau

fait de papyrus magique, écrit en grec ancien, qui est peut-être ou non en

possession d’une sirène sanguinaire ne voulant pas que nous le trouvions ?

demanda sèchement Harper.

— Je n’ai jamais dit sanguinaire. Sont-elles sanguinaires ?

Cela parut, pour une quelconque raison, exciter Lydia.

— Wow ! C’est fou. J’ai toujours pensé que les sirènes étaient gentilles.

— Elles ne le sont pas, lâcha Harper.

— Même si nous le trouvons, il n’existe peut-être pas de manière de briser

le sort, fit remarquer Gemma. Comme le sort des vampires, il n’y a pas de

manière, à part la mort.

— C’est vrai. C’est une possibilité, dit Lydia.

— Et si nous trouvons le rouleau ? Est-ce que ça déferait le sort ?

demanda Harper.

— En théorie, oui, répondit prudemment Lydia. Mais vous n’y

parviendrez pas.

— Je peux essayer, insista Harper.

— Oui, tu peux, acquiesça Lydia avec réticence. Mais de nombreuses

personnes ont essayé dans les dernières… eh bien, depuis le début des

temps. Et presque personne n’y est parvenu.

— Presque personne, souligna Harper. Donc quelqu’un y est parvenu ?

— Il existe toujours une exception à une règle, dit Lydia. Mais je n’ai

aucune idée comment ils y sont parvenus ou comment détruire celui-ci.

— Y a-t-il quoi que ce soit d’autre que tu peux nous dire au sujet des

sirènes ? fit Gemma.

— Pas de but en blanc, non. Mais je vais garder les yeux ouverts, déclara

Lydia.

— Merci, Lydia, dit Marcy. Tu as été d’une grande aide.

— Oui, merci beaucoup.

Harper lui sourit avec gratitude.

— Nous en sommes vraiment reconnaissantes.

— Pas de problème.

Elle sourit.

— Repassez quand vous voulez. Vous toutes.

— Merci, dit Gemma, mais elle semblait plus découragée que lorsqu’elles

étaient arrivées.

— Oh, hé, Marcy, lança Lydia alors qu’elles les raccompagnaient à la

porte. Si ton oncle obtient d’autres photographies du monstre du Loch Ness,

fais en sorte qu’elles viennent par ici.

— Oui, promit Marcy, et elles sortirent.

Après la pénombre de la boutique, le soleil parut presque trop vif. La

chaleur était aussi un peu déroutante. Harper n’avait pas remarqué à quel

point il faisait froid à l’intérieur de la librairie jusqu’à ce qu’elle ressente la

chaleur à l’extérieur.

— Comment se fait-il que tu connaisses Lydia ? demanda Harper à

Marcy.

Marcy haussa les épaules.

— Je connais simplement des gens.

Quand elles furent dans la voiture, Harper laissa échapper un long soupir.

Elle n’était pas certaine de ce qu’elle ressentait après cette visite, mais au

moins, elles avaient un plan d’action. Elles cherchaient quelque chose de

précis. Elles pouvaient le trouver. Elles pouvaient résoudre le sort. Mettre un terme à toute cette histoire de sirènes semblait être une réelle possibilité

pour la première fois depuis longtemps.

— Ça s’est assez bien passé, je crois, dit Harper.

— Je suppose, répondit Gemma sur la banquette arrière, mais elle parut

terriblement renfrognée.

— Est-ce que quelque chose ne va pas ?

Harper se retourna, afin de la regarder.

— Non, tout va bien. Je crois que c’est la mélodie de l’eau qui m’énerve,

répondit Gemma.

Elle détourna les yeux vers la fenêtre d’un air absent.

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