Marée - Tome 3
CHAPITRE 10 - Librairie Cherry Lane
CHAPITRE 10
Librairie Cherry Lane
H —
eu…
Gemma ne sut pas comment répondre à cela et parut embarrassée.
— Ouais, je suppose que c’est moi.
— Super.
Lydia lui fit un grand sourire.
— Je n’ai jamais rencontré de sirène.
— Eh bien, me voilà.
Gemma haussa les épaules.
Lydia se mordit la lèvre, et ses yeux se mirent à étinceler.
— Tu ne voudrais pas chanter pour moi ?
— Non, ce n’est pas une bonne idée, répondit rapidement Harper.
— Ouais, ce n’est pas très sécuritaire, acquiesça Gemma. Ça peut
rapidement dégénérer.
— Je comprends. Je sais que c’est extrêmement dangereux.
Lydia écarta l’idée de la main.
— Je n’aurais pas dû le demander. On pourrait croire que j’ai appris ma
leçon après le loup-garou.
Elle repoussa son chemisier et révéla sa mince épaule. Une cicatrice rouge
en forme de morsure de chien l’enveloppait. Harper se contenta de la
regarder d’où elle se tenait, mais Gemma et Marcy s’avancèrent pour mieux
voir.
— Super, dit Marcy.
— Alors, est-ce que ça signifie que tu es un loup-garou maintenant ?
demanda Gemma après que Lydia eut replacé son chemisier.
— Ouais, je suis… « roaaar ».
Lydia plaça ses mains en forme de griffes et fit semblant de grogner, mais
se mit à rire presque aussitôt, un léger tintement qui rappela à Harper un
carillon bruissant dans le vent.
— Non, non, ce n’est pas ainsi que les loups-garous fonctionnent. C’est
un tout autre processus.
— Réellement ? questionna Gemma. Comment devient-on loup-garou ?
— Eh bien, c’est…
Lydia commença à expliquer, puis vit l’expression contrariée de Harper et
s’arrêta.
— Désolée. Vous n’êtes pas venues ici pour parler de loup-garou, n’est-ce
pas ?
— Je ne suis pas venue ici pour ça, mais j’en ai maintenant envie, depuis
que tu as commencé, dit Gemma, son ton un peu boudeur, car elle savait
que Harper n’approuvait pas ce sujet de conversation.
— Tu ne manques rien, dit Marcy. Les loups-garous sont tellement
ennuyants.
Lydia s’avança et baissa la voix, comme si elle leur disait un secret.
— C’est un peu vrai.
— Tu vois ? fit Marcy.
— En tout cas, tu en as assez d’être une sirène et désires mettre un terme à
la malédiction. Est-ce que j’ai bien compris ? s’enquit Lydia. Ou bien est-ce
que l’une d’entre vous veut devenir une sirène ?
— Non, non, non, dit Harper en agitant les mains. Pas d’autre sirène.
Aucune.
— Ouais, on veut indéniablement briser la malédiction, dit Gemma.
— Et ne pas créer d’autres sirènes. En fait, si nous pouvions trouver une
manière de tuer les sirènes déjà existantes, ça serait super.
— Vous ne savez pas comment tuer les sirènes ?
Lydia leva un sourcil.
— Donc tu ne sais pas comment tu peux mourir ?
— Je connais quelques façons, dit Gemma. Mais je ne sais pas comment
on peut me tuer.
Lydia croisa les bras sur sa poitrine, se pencha vers l’arrière et se mit à
étudier Gemma. Elle le fit pendant si longtemps que Gemma devint mal à
l’aise et se mit à se tortiller.
— Ça te rend vulnérable aux attaques, n’est-ce pas ? demanda Lydia.
— Ouais, c’est vrai, admit Gemma.
— Nous n’avions pas pensé à ça avant, mais merci de me le mettre à
l’esprit maintenant, grommela Harper.
— Sais-tu comment tuer les sirènes ? demanda Gemma.
— Malheureusement, non, je ne sais pas.
Lydia parut sincèrement triste et secoua la tête.
— Si je peux être honnête avec toi, je ne sais pas grand-chose sur les
sirènes.
— Alors, que sais-tu ? voulut savoir Gemma.
— Que tu peux chanter un chant des plus captivants et enchanter les
marins, mais je présume que ça s’étend pour tous les gens et pas
uniquement ceux opérant des navires, dit Lydia.
— C’est exact, fit Harper.
Elle s’appuya contre une étagère, observant Lydia parler.
— Et que les sirènes peuvent se transformer en femme poisson ou en
oiseau, dépendant des livres consultés.
— Les deux, en fait, dit Gemma.
Les yeux de Lydia s’écarquillèrent.
— Tu peux faire les deux ? Wow !
Elle éclata à nouveau de rire et tapa des mains.
— C’est incroyable. Ça doit être tellement excitant.
— Ça a tout de même ses inconvénients, fit Gemma, refusant de se laisser
entraîner par l’exubérance de Lydia.
— Oh, tu veux dire la partie du cannibalisme ?
Lydia plissa le nez.
— Ce doit être dégoûtant.
Harper lança un regard vers sa sœur, et Gemma déglutit avec peine en
baissant les yeux. Basé sur les faits que les sirènes avaient déchiré Bernie
McAllister et Luke, l’ami d’Alex, Harper avait compris que les sirènes les
avaient mangés au moins en partie.
En plus, elle avait lu au sujet du cannibalisme dans les livres de
mythologie. Mais comme Gemma ne l’avait jamais mentionné, Harper n’en
avait jamais parlé. Elle ne croyait pas que Gemma avait fait du mal à
quiconque. Gemma ferait tout ce qu’elle devait faire pour survivre, mais pas
au détriment de quelqu’un d’autre.
— Ouais, c’est la partie que j’évite, fit doucement Gemma.
— Je ne dis pas ça pour être déplaisante, mais si tu ne sais pas grand-
chose sur les sirènes, comment peux-tu nous aider ? demanda Harper.
— Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux person nellement vous aider,
mais je pourrais vous diriger vers de l’information, dit Lydia.
— Où ? demanda Harper.
— Alors, d’accord.
Lydia leva les mains.
— Laissez-moi expliquer. Autrefois, il y avait tous ces êtres puissants et
magiques qui erraient librement sur terre. » La population de mortelles
normales, comme toi et moi, dit Lydia en désignant Harper et elle-même,
s’agrandit plus rapidement que celle de ces autres êtres. Je suppose que
c’est pour cette même raison que les fourmis se multiplient plus rapidement
que les rorquals bleus. Nous étions petits et facilement remplaçables, au bas
de la chaîne alimentaire. Nous mourrions tout le temps. » Plusieurs de ces autres êtres étaient immortels, ou du moins apparaissaient ainsi aux
humains. En fait, les humains normaux s’étaient mis à nommer ces êtres
plus puissants, et souvent ces noms incluaient les termes « dieu » ou «
déesse ».
Lydia agita les mains.
— De toute façon, les humains avaient le chic pour irriter ces prétendues
divinités. Alors, les dieux et les déesses leur faisaient des choses comme les
piéger ou leur jeter un sort. Mais pour rendre un sort réel ou effectif, les
termes d’un sort devaient être écrits.
— Les termes d’un sort ? fit Gemma.
— Ouais, comme lorsque tu loues une voiture ou tu cliques dans la boîte «
oui » pour accepter les termes du service d’iTunes, expliqua Lydia. Afin
qu’il soit valide, il devait y avoir un contrat.
— Donc tu dis que quelque part, les particularités du sort des sirènes sont
écrites ? demanda Gemma.
— Exact, tout doit être écrit, dit Lydia. Comme ce qu’une sirène peut ou
ne peut pas faire, comment tuer une sirène et comment mettre un terme au
sort. Vous savez quoi ? Je vais vous en montrer un.
Lydia se glissa entre Gemma et Harper et avança plus profondément dans
l’allée. À la place d’une échelle, Lydia préférait apparemment grimper aux
étagères, utilisant les rayons comme barreaux.
— As-tu besoin d’aide ? offrit Harper, puisqu’elle était au moins quinze
centimètres plus grande que Lydia.
— Ne t’inquiète pas, répondit joyeusement Lydia. J’y arrive.
Lydia saisit quelque chose sur le rayon du haut, puis sauta sur le sol. Elle
tenait un livre mince et usé. La couverture avait disparu, et il tenait
ensemble grâce à un élastique.
— Voilà celui pour Dracul, et il énonce le sort des vampires, dit Lydia en
retirant l’élastique et en ouvrant le livre.
Harper s’avança, afin de regarder. Les pages tombaient, et les caractères
s’étaient tellement estompés que c’était presque illisible. Le texte était en
une écriture cursive, que Harper ne comprit pas, mais il y avait quelques
dessins en marge montrant un pieu traversant un cœur.
— Je n’arrive pas à lire, remarqua Gemma.
— Bien sûr que non. C’est en roumain, fit Lydia. Mais ce ne sont pas les
vampires, ton problème, n’est-ce pas ?
— Non, dit Gemma paraissant plutôt abattue.
— Bien. Alors, tu n’as pas besoin de lire ceci, répondit Lydia en
parcourant le livre.
— Qui a écrit ceci ? demanda Harper en pointant vers les pages
défraîchies.
— Celui-ci exactement, je ne sais pas.
Lydia secoua la tête.
— Mais le sort original a été conçu par Horace, je crois, parce que ce
type, Vlad, apparemment l’emmerdait réellement.
— Donc ce texte explique comment briser le sort ? demanda Harper.
— En fait, non.
Lydia ferma le livre, et se retourna, afin de faire face à Harper, à Gemma
et à Marcy.
— Il n’y a aucun moyen de briser le sort des vampires, à l’exception de
les tuer.
— Attends, attends. Tu as dit que pour que le sort fonctionne, il doit être
écrit quelque part ? questionna Harper.
Lydia hocha la tête.
— Exact.
— Alors, pourquoi les vampires ne détruisent-ils pas ce livre ? demanda
Harper. Il n’y aurait plus de sort.
— D’accord, premièrement, tous les vampires ayant plus de cent ans se
transformeraient en cendres, si le sort était soudainement levé, expliqua
Lydia. Le sort a rallongé leur vie naturelle, et sans lui, ils seraient tous
morts il y a des années.
» Et deuxièmement, si tu détruis ce livre, ça ne changera rien, car il y
existe au moins une douzaine d’autres livres exactement comme celui-ci,
conclut-elle.
Harper réfléchit, puis poursuivit.
— Et si on détruit tous les livres ?
— On ne peut pas, dit Lydia. On pourrait probablement détruire la plupart
d’eux, mais l’original, celui sur lequel Horace a écrit le sort, aura été écrit
sur quelque chose d’indestructible, car il ne voulait pas que son sort se lève
aussi facilement.
— Quelque chose d’indestructible ? fit Gemma. Comme quoi ? Une
tablette en pierre ?
— Non. La pierre peut être brisée, broyée en poudre, lâcha Lydia. Ça
serait quelque chose à laquelle il aurait donné des propriétés indestructibles.
— Donc… du papier magique ? questionna Harper.
Lydia lui lança un regard.
— Si tu veux simplifier à l’excès, alors, oui, du papier magique.
— Pourquoi est-ce que ce n’est pas écrit sur du papier magique ?
Gemma pointa vers le livre de vampire que Lydia tenait.
— Ce n’est pas nécessaire, car l’original est maintenu dans un lieu sûr,
expliqua Lydia. Quand on regarde des sorts plus communs, comme ceux
des vampires ou des zombies, ou comme des sorts de base réellement
communs, comme transformer quelqu’un en crapaud…
— D’accord, ouais, disons que tout le monde le connaît…, marmonna
Harper.
— C’est dans environ un millier de grimoires, déclara Lydia. Quelque
part, il y a un grimoire maître, et tous les sorts et toutes les malédictions y
sont écrits sur du « papier magique ». Mais plus le sort est précis, moins il y
a d’exemplaires.
— Donc quand nous parlons de quelque chose comme les sirènes,
combien d’exemplaires crois-tu qu’il existe ? demanda Harper.
— Considérant le fait qu’il ne peut pas y avoir plus de quatre sirènes en
vie en même temps ? s’enquit Lydia. Je dirais qu’il n’y a qu’un seul
exemplaire.
Gemma soupira.
— Et tu ne l’aurais pas, par hasard ?
— Non, je ne l’ai pas. Mais je peux supposer qui l’a.
Lydia sourit vivement.
— Elles.
— Tu crois que les sirènes l’ont ? questionna Harper.
— Bien sûr. Ma compréhension est que les sirènes sont relativement
difficiles à tuer. Elles ne veulent pas que les instructions sur la manière de
les détruire traînent quelque part. Je suis certaine que c’est la sirène en chef
qui l’a.
— Mais elles sont partiellement aquatiques, fit remarquer Gemma. Elles
se déplacent dans les eaux. Comment peuvent-elles transporter du papier
avec elles sans qu’il soit détruit ?
— C’est du « papier magique », tu te souviens ? lui rappela Lydia. Il a
reçu des propriétés le rendant indestructible, ce qui signifie qu’il ne peut pas
être détruit ni par l’eau, ni par le feu, ni par un holocauste nucléaire.
— As-tu vu Penn avec un livre quelconque ? demanda Harper à Gemma.
— Non, je ne crois pas.
Gemma fronça les sourcils.
— Quand j’ai emménagé avec elles au début, Lexi transportait un grand
sac, mais je n’ai jamais vu ce qu’il contenait.
— Ce n’est probablement pas un livre, dit Lydia. Enfin, les sirènes
viennent de Grèce ? Disons du deuxième ou troisième siècle ? Je crois que
vous cherchez un rouleau, probablement fait de papyrus.
— Donc ce que tu dis, c’est que ce que nous devons trouver est un rouleau
fait de papyrus magique, écrit en grec ancien, qui est peut-être ou non en
possession d’une sirène sanguinaire ne voulant pas que nous le trouvions ?
demanda sèchement Harper.
— Je n’ai jamais dit sanguinaire. Sont-elles sanguinaires ?
Cela parut, pour une quelconque raison, exciter Lydia.
— Wow ! C’est fou. J’ai toujours pensé que les sirènes étaient gentilles.
— Elles ne le sont pas, lâcha Harper.
— Même si nous le trouvons, il n’existe peut-être pas de manière de briser
le sort, fit remarquer Gemma. Comme le sort des vampires, il n’y a pas de
manière, à part la mort.
— C’est vrai. C’est une possibilité, dit Lydia.
— Et si nous trouvons le rouleau ? Est-ce que ça déferait le sort ?
demanda Harper.
— En théorie, oui, répondit prudemment Lydia. Mais vous n’y
parviendrez pas.
— Je peux essayer, insista Harper.
— Oui, tu peux, acquiesça Lydia avec réticence. Mais de nombreuses
personnes ont essayé dans les dernières… eh bien, depuis le début des
temps. Et presque personne n’y est parvenu.
— Presque personne, souligna Harper. Donc quelqu’un y est parvenu ?
— Il existe toujours une exception à une règle, dit Lydia. Mais je n’ai
aucune idée comment ils y sont parvenus ou comment détruire celui-ci.
— Y a-t-il quoi que ce soit d’autre que tu peux nous dire au sujet des
sirènes ? fit Gemma.
— Pas de but en blanc, non. Mais je vais garder les yeux ouverts, déclara
Lydia.
— Merci, Lydia, dit Marcy. Tu as été d’une grande aide.
— Oui, merci beaucoup.
Harper lui sourit avec gratitude.
— Nous en sommes vraiment reconnaissantes.
— Pas de problème.
Elle sourit.
— Repassez quand vous voulez. Vous toutes.
— Merci, dit Gemma, mais elle semblait plus découragée que lorsqu’elles
étaient arrivées.
— Oh, hé, Marcy, lança Lydia alors qu’elles les raccompagnaient à la
porte. Si ton oncle obtient d’autres photographies du monstre du Loch Ness,
fais en sorte qu’elles viennent par ici.
— Oui, promit Marcy, et elles sortirent.
Après la pénombre de la boutique, le soleil parut presque trop vif. La
chaleur était aussi un peu déroutante. Harper n’avait pas remarqué à quel
point il faisait froid à l’intérieur de la librairie jusqu’à ce qu’elle ressente la
chaleur à l’extérieur.
— Comment se fait-il que tu connaisses Lydia ? demanda Harper à
Marcy.
Marcy haussa les épaules.
— Je connais simplement des gens.
Quand elles furent dans la voiture, Harper laissa échapper un long soupir.
Elle n’était pas certaine de ce qu’elle ressentait après cette visite, mais au
moins, elles avaient un plan d’action. Elles cherchaient quelque chose de
précis. Elles pouvaient le trouver. Elles pouvaient résoudre le sort. Mettre un terme à toute cette histoire de sirènes semblait être une réelle possibilité
pour la première fois depuis longtemps.
— Ça s’est assez bien passé, je crois, dit Harper.
— Je suppose, répondit Gemma sur la banquette arrière, mais elle parut
terriblement renfrognée.
— Est-ce que quelque chose ne va pas ?
Harper se retourna, afin de la regarder.
— Non, tout va bien. Je crois que c’est la mélodie de l’eau qui m’énerve,
répondit Gemma.
Elle détourna les yeux vers la fenêtre d’un air absent.
OceanofPDF.com