Marée - Tome 3

Amanda Hocking · Chapitre 33 sur 41

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Marée - Tome 3

CHAPITRE 33 - Brisé

CHAPITRE 33

 

Brisé

 

G emma savait que son père travaillait sur sa voiture à titre de pénitence,

pas qu’il ait quoi que ce soit à expier. C’était un adulte, et il avait tous les

droits de mettre un terme à son mariage, particulièrement puisqu’il avait des

raisons évidentes de le faire.

Gemma n’aurait pas dû s’en sentir blessée, mais elle l’était. Brian le

savait, alors il faisait ce qu’il pouvait pour rendre sa vie un peu plus aisée. Il

avait aussi probablement compris qu’elle avait suffisamment eu d’ennuis

cet été et il avait promis de réparer sa voiture chaque fois qu’elle cessait de

fonctionner.

Normalement, ce n’était pas une grosse corvée, mais avec la chaleur

accumulée depuis les derniers jours, tout temps passé à l’extérieur était

désagréable. Le soleil frappait fort, et l’humidité était étouffante.

— Crois-tu pouvoir la réparer ? l’interrogea Gemma.

Elle était appuyée contre la porte fermée du garage tandis que son père

avait la tête sous le capot de sa voiture.

— Ouais.

Il avait tourné quelque chose de sa main droite, mais maintenant, il était

simplement penché, fixant l’abysse défectueux.

— Mais j’aurai besoin d’une pièce.

— Désolée.

Un silence embarrassant s’installa entre eux, alors elle le questionna.

— Est-ce que Harper est presque prête ?

— Oh, qui sait ? grommela son père.

— N’es-tu pas allé voir ?

— Ouais.

Brian grogna.

— Elle a dit qu’elle descendrait dans une minute, mais je suis sorti, alors

je ne sais pas.

— Oh.

Elle ne comprit pas de quoi il s’agissait, mais Brian ne parut pas vouloir

en parler.

— Merci d’avoir jeté un coup d’œil à ma voiture, papa.

— Pas de problème.

Il se redressa et essuya l’huile de ses mains sur une guenille.

— Hé, que penses-tu de ce Daniel ?

— Daniel ? C’est un garçon bien.

— Il traite ta sœur correctement ?

Brian tourna la tête vers Gemma, l’observant.

— Ouais.

Gemma hocha la tête.

— Autant que je sache, il la traite très bien.

— Bien.

Il se frotta plus énergiquement les mains.

— Est-ce qu’ils sont sérieux, tu crois ?

Elle haussa les épaules.

— Peut-être. Je sais que Harper l’aime vraiment beaucoup.

— Ah, merde.

Il soupira, puis enfouit la guenille dans sa poche arrière.

— Je savais que ça finirait par arriver.

— Quoi ?

— Vous deux, sortir avec des garçons.

Brian plissa les yeux vers les rayons du soleil, afin de ne pas avoir à

regarder sa fille.

— J’ai toujours un peu espéré qu’au moins l’une de vous finirait vieille

fille.

Elle sourit en coin.

— Désolée, papa.

— Et voici encore d’autres ennuis.

Il fit un signe vers la porte voisine, et Gemma regarda et vit Alex se

diriger vers eux.

Il portait ses vêtements habituels, au lieu de sa salopette de travail, mais

son t-shirt de Boba Fett paraissait un peu trop petit. Ce n’était pas le cas

quelques semaines plus tôt, mais maintenant, il était trop ajusté à la poitrine

et aux biceps.

Ses mains étaient enfouies dans les poches de son jean, et il garda la tête

baissée. Ses cheveux épais cascadaient sur son front.

— Allô, Alex, lança Brian, la voix ferme, sans être dur. Je ne t’ai pas vu

au boulot ces derniers jours.

— Ouais, je ne me sentais pas bien.

Il jeta un coup d’œil à Brian, mais seulement pour une seconde, puis se

tourna vers Gemma.

— Hé, Gemma, est-ce que je peux te parler une minute ?

Elle se redressa, mais demeura appuyée contre la porte de garage.

— Certainement.

— Gemma ? dit Brian, les étudiant tous les deux. Je peux rester ici à

examiner quelques trucs sur ta voiture.

— Non, ça va, papa. Ça ira.

Elle essaya de lui sourire de manière rassurante.

Brian hésita avant de hocher la tête.

— Très bien. Je vais aller voir Harper, mais nous allons devoir partir.

— D’accord. Merci, papa, dit Gemma.

Ils demeurèrent silencieux jusqu’à ce que Brian soit entré dans la maison.

Alex leva enfin la tête et la regarda. Elle aurait aimé repousser les cheveux bruns de son front, afin de chercher dans ses yeux la chaleur qu’elle y avait

déjà vue.

Mais elle ne fit rien, pas parce qu’elle craignait la manière dont il réagirait

si elle le touchait, mais parce qu’elle craignait de ne plus trouver aucune

chaleur en lui.

— J’ai besoin que tu sois honnête avec moi, commença Alex.

— D’accord. Je vais essayer.

— Non, Gemma, claqua-t-il. Pas essayer. Complète ment honnête. Si tu

m’as un jour aimé, j’ai besoin que tu sois honnête.

Elle déglutit.

— D’accord.

— Je t’ai aimée, dit Alex, et elle ne put le regarder. Et je crois que je t’ai

aimée pendant un long moment. En fait, peut-être que tu m’as plu pendant

un long moment, mais dès que nous avons commencé à sortir ensemble, je

suis tombé amoureux fou de toi.

— Je ne sais pas pourquoi tu me dis ça. Je n’ai pas à être honnête…

— Parce que je t’ai aimée avec tout mon être. Maintenant, je ne peux pas

te tolérer, fit Alex. Mis à part que ce n’est même pas vrai. C’est comme si

j’étais censé te détester. Mais je ne crois pas que je le peux réellement.

— Je suis désolée, murmura Gemma.

— J’y ai pensé et encore pensé. Mais je n’arrive pas à trouver une seule

raison pour laquelle mon amour s’est transformé en haine. Je ne me

souviens même pas d’avoir rompu avec toi. Toi, tu t’en souviens ?

— Bien sûr que oui, dit-elle, même si c’était un mensonge, en quelque

sorte.

Alex n’avait pas rompu avec elle. Ce dont elle se souvenait, et elle s’en

souvenait parfaitement, était qu’elle avait utilisé son chant de sirène, afin de

jeter un sort à Alex et le convaincre qu’il ne l’aimait pas. Elle y pensait tous les jours. Même si elle savait que cela le gardait en sécurité, elle aurait aimé

pouvoir défaire le sort.

— Qu’est-ce que j’ai dit ? Quelles étaient mes raisons ? interrogea Alex.

— Tu… tu as dit…

Gemma bredouilla, essayant de trouver une raison pour laquelle il avait

rompu.

Jusqu’à il y avait quelques jours, Alex n’avait jamais demandé à savoir

pourquoi. Il ne lui avait même pas parlé durant des mois. Alors, elle n’avait

jamais eu à inventer une excuse concernant la raison sur le fait que leur

relation se soit terminée.

— Je n’ai pas rompu avec toi, n’est-ce pas ? demanda Alex. Rien de tout

ça n’était mon idée. Tu as utilisé ton chant sur moi.

— Non, je…

— Gemma ! cria Alex, l’air exaspéré. Je sais que tu l’as fait. Je veux

simplement te l’entendre dire.

Elle baissa les yeux vers l’allée, mais elle sentit ses yeux la fusiller.

— C’était pour ton bien.

— Pour mon bien ?

Il rit lugubrement.

— Tu n’avais pas le droit de faire ça. Pas le droit ! Pas le droit de

manipuler mes sentiments, de jouer avec mon cœur et ma tête. Comprends-

tu ce que tu m’as fait ? Je n’arrive plus à aimer. Je suis tout le temps

misérable. Tu as pris tout l’amour que j’avais en moi.

— Ce n’est pas ce que je voulais.

Elle leva les yeux vers lui, refoulant ses larmes.

— Je voulais seulement que tu cesses de m’aimer, afin d’être en sécurité

et que les sirènes ne te pourchassent plus. Je n’ai jamais voulu te faire de

mal.

— Peu importe ce que tu voulais ! cria-t-il, ce qui la fit tressaillir. M’as-tu

demandé si je le voulais ? M’en as-tu même parlé avant de le faire ?

— Non, je savais ce que tu dirais.

Il railla.

— Tu savais ce que je dirais et tu l’as quand même fait ?

— Je ne pouvais pas te laisser te faire blesser ou tuer à cause de moi !

— Gemma, je préférerais mourir plutôt que de me sentir comme

maintenant. Comprends-tu ça ?

Il s’inclina vers elle, son visage à quelques centimètres du sien, ses yeux

foncés enflammés par la rage.

— La mort serait beaucoup mieux que ne plus jamais être capable d’aimer

à nouveau.

— Je ne savais pas que ça serait ainsi, dit-elle. Je croyais que tu

m’oublierais. Alex, je n’ai jamais voulu te faire de mal.

— Que suis-je censé faire, maintenant ? demanda Alex. Comment suis-je

censé vivre le reste de ma vie ?

— Je ne sais pas.

Elle secoua la tête.

— Peut-être que je pourrais chanter encore et défaire ça.

— Non.

Ses yeux s’agrandirent.

— C’est ce qui m’a brisé initialement ! Ne t’approche pas de moi avec ce

chant. Tu n’as aucune idée de la manière de l’utiliser. Tu pourrais finir par

me tuer.

Elle hocha la tête, se sentant secrètement soulagée. Alex avait raison. Elle

ne savait pas entièrement comment utiliser le chant. Après la façon dont elle

avait fait mal à Nathalie, elle ne voulait pas essayer avec Alex. Si elle le

blessait davantage, jamais elle ne pourrait se le pardonner.

— Je sais, je suis désolée, dit-elle encore.

— Être désolée ne suffit pas, Gemma !

Incapable de maîtriser sa colère plus longtemps, Alex se déchaîna et

frappa la porte de garage près du visage de Gemma. Elle tressaillit, mais ne

bougea pas.

— As-tu peur de moi ?

— Non.

Elle scruta ses yeux bruns profonds, et derrière l’angoisse et la confusion,

il y avait une lueur vacillante de chaleur, une pointe de l’Alex qu’elle aimait

encore désespérément.

— Est-ce que je le devrais ?

— Le pire dans tout ça est que même si je suis furieux et que je te déteste,

je suis d’une certaine façon encore amoureux de toi aussi, admit-il

doucement. Il y a des parties de moi que même ton chant de sirène ne peut

pas toucher.

Il s’inclina et l’embrassa. Gemma s’était attendue à ce que ce nouveau et

furieux Alex soit dur et puissant, mais ce ne fut pas le cas. Mais s’il ne fut

pas aussi doux qu’il avait déjà été, c’était parce qu’il y avait une certaine

urgence dans ce baiser, comme s’il comprenait qu’il n’y avait que quelques

précieuses secondes avant que le mur ne s’effondre, avant qu’il puisse

réellement l’aimer et l’étreindre de nouveau.

Elle enroula les bras autour de son cou, mais cela lui fit reprendre ses

esprits. Il prit les bras de Gemma et les plaqua contre la porte. Le souffle

d’Alex était irrégulier, et il la fixa avec un mélange de désir ardent et de

mépris.

— Je ne peux pas faire ça, dit finalement Alex.

Il la libéra et recula.

— Je vais trouver une manière de t’aider, dit Gemma.

Elle s’éloigna de la porte de garage, mais ne le suivit pas.

— Je vais arranger ce gâchis que j’ai fait.

Alex se détourna, puis courut jusque chez lui. Gemma laissa échapper un

profond soupir et s’appuya à nouveau contre la porte. Elle ne savait pas

comment, mais elle ferait tout ce qu’elle pouvait pour réparer ce qui lui était

arrivé.

Harper, Daniel et Brian sortirent de la maison quelques minutes plus tard,

et apparemment, Gemma s’était suffisamment remise, car personne ne

commenta son état émotif. Daniel monta dans la voiture de Harper, et

Gemma s’assit dans un silence inconfortable avec son père dans la

camionnette.

Quand ils arrivèrent à l’Université de Sundham, Gemma se sentit quelque

peu étrange. Tous les autres étudiants paraissaient installés dans leur

résidence universitaire, et Harper avait une petite caravane de gens

transportant ses quelques biens devant eux jusqu’à sa chambre.

Tous les gros meubles étaient fournis par le dortoir ou loués, alors Harper

n’avait amené que ses effets personnels. Elle avait choisi un lit superposé

avec une table de travail en dessous, et même s’il avait été livré, il n’était

pas assemblé.

La colocataire de Harper était déjà dans la chambre en train d’accrocher

au mur une affiche de Florence and the Machine quand Gemma entra avec

Harper. Elle leur faisait dos, et ses longs cheveux bouclés étaient levés en

un chignon lâche. Pendant que Brian et Daniel se démenaient pour

assembler le lit, elle vint se présenter à eux.

— Tu dois être ma nouvelle colocataire, dit la fille.

Ses yeux bruns étaient grands et étonnamment naïfs, mais quelque chose

dans son sourire mit Gemma mal à l’aise.

— Je commençais à croire que tu ne viendrais pas.

— Ouais, ça m’a pris un petit moment.

Harper sourit honteusement.

— Eh bien, ce n’est pas grave.

La fille sourit largement.

— Ma grand-mère disait toujours que les meilleures choses dans la vie

valent la peine d’être attendues.

— Eh bien, je l’espère, dit Harper. Je suis Harper Fisher, et voici ma petite

sœur, Gemma.

— Allô, fit Gemma en prenant la main tendue de la colocataire de Harper.

Heureuse de te rencontrer.

— Je suis Olivia Olsen, mais mes amis m’appellent Liv, dit-elle en

souriant encore plus largement. Et j’espère que nous serons amies.

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