Marée - Tome 3

Amanda Hocking · Chapitre 35 sur 41

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Marée - Tome 3

CHAPITRE 35 - Déterminée

CHAPITRE 35

 

Déterminée

 

L a malédiction du minotaure et Astérion restèrent dans la tête de Gemma.

Quand il avait détruit le rouleau, tous les minotaures s’étaient transformés

en cendre. C’était comme si la malédiction n’avait jamais existé.

Dès qu’ils revinrent de reconduire Harper à l’université, Gemma sut

qu’elle devait à tout prix trouver le rouleau. Cela ne la concernait plus

seulement elle ; Alex aussi avait besoin qu’elle le fasse.

Elle avait passé un peu de temps avec son père, lequel prenait le départ de

Harper plus durement que ce que quiconque aurait cru. Ils allèrent manger

au restaurant Chez Pearl en revenant, et Brian s’empêtra dans la

conversation. Il parut un peu perdu.

Après le repas, ils rentrèrent à la maison, et Gemma appela

immédiatement Thea. Son prétexte était d’aller faire une baignade tardive,

mais en réalité, elle voulait savoir ce que les sirènes tramaient et quel serait

le meilleur moment pour qu’elle puisse entrer en douce.

Thea ne fut pas intéressée, mais entre ses lamentations au sujet de Lexi et

le bavardage sur les répétitions de la pièce de théâtre, Thea lui fit une

confession : elles allaient hors de la ville le lendemain pour se nourrir. Il y

avait un moment depuis la dernière fois où Thea avait mangé, et elle

commençait à se sentir agitée.

Gemma essaya de ne pas penser à ce que cela signifiait, qu’une personne

allait devoir mourir pour nourrir les sirènes. Elle savait qu’elles devaient

manger, et le seul réconfort qu’elle y trouvait était qu’elles avaient ralenti et

qu’elles sortaient de Capri pour trouver leur nourriture.

Mais plus tôt elle trouverait le rouleau, plus tôt elle serait en mesure

d’arrêter les sirènes. À ce moment, personne d’autre n’aurait plus jamais à

mourir. Et elle avait enfin sa chance.

Gemma se réveilla jeudi matin avec un nouveau but. Elle attendit à la

maison aussi longtemps qu’elle put. Thea ne lui avait pas dit à quelle heure

les sirènes avaient prévu de partir, mais elle imaginait que Lexi et Penn

n’étaient pas exactement des filles matinales, alors elle patienta jusqu’en

début d’après-midi.

Quand elle décida enfin qu’il était suffisamment tard, elle sauta sur son

vélo et se rendit à la bibliothèque au centre de la ville. Comme elle portait

une robe, elle pédala prudemment, mais rapidement.

Elle était partie sans aviser Daniel, allant expressément à l’encontre de

leur arrangement de tout lui dire. Mais il semblait accablé par quelque

chose, et si tout se passait bien, bientôt, plus personne n’aurait à se soucier

des sirènes. Il était préférable qu’elle s’occupe de cela elle-même et

implique le moins de gens possible.

Le ciel s’était obscurci toute la matinée, et Gemma sentit quelques gouttes

sporadiques alors qu’elle pédala. Mais cela ne lui déplut pas. L’air était

lourd et chaud d’humidité, et il serait bien que la pluie vienne tout

rafraîchir.

Gemma verrouilla son vélo à l’extérieur de la bibliothèque. Quand elle en

ouvrit la porte, ce fut comme si elle pénétrait dans un réfrigérateur après

avoir été dehors. La bibliothèque était relativement bondée, grâce à la

combinaison de chaleur étouffante et d’orage imminent.

Marcy était assise au comptoir, la tête inclinée vers l’arrière alors qu’elle

tentait de faire tenir en équilibre un crayon entre sa lèvre supérieure et son

nez. Elle ne semblait pas se soucier des clients l’entourant et ne remarqua

même pas Gemma avant que cette dernière s’avance dans sa direction.

— Hé, Marcy.

Marcy perdit sa concentration, et le crayon tomba. Elle haussa les épaules

et se redressa tandis que Gemma s’appuya contre le comptoir.

— Est-ce que tu viens postuler pour l’emploi ? demanda Marcy. Parce que

nous avons un poste vacant, et une sœur Fisher vaut possiblement autant

qu’une autre.

— Ce n’est en fait pas une mauvaise idée, répondit Gemma. Rappelle-moi

de postuler quand j’aurai plus de temps.

— Tu n’as pas le temps maintenant ?

Marcy arqua un sourcil.

— Alors, que fais-tu ici ?

Gemma lui sourit.

— Je suis venue te demander un service.

— Je ne t’achète ni alcool ni cigarettes, répliqua immédiatement Marcy.

Harper me tuerait, et ce sont de mauvaises habitudes. Mais si tu veux un

tatouage, je connais un gars qui en fait à des mineurs.

— Comment connais-tu ce gars ? s’enquit Gemma, momentanément

distraite de sa mission. As-tu un tatouage ?

Marcy se mit sur ses pieds et souleva son chemisier. Elle se tourna de

côté, afin que Gemma puisse voir son tatouage juste au-dessus de sa

hanche. Il s’agissait d’Ursula, du film La Petite Sirène. Ses tentacules se

tortillaient sur la hanche de Marcy, et Ursula souriait largement de ses

lèvres rouge sang et faisait un clin d’œil.

— Tu as un personnage de Disney ? interrogea Gemma, surprise.

— C’est une sorcière de mer et une emmerdeuse, d’accord ?

Marcy redescendit son chemisier, puis se rassit sur sa chaise.

— Hé, est-ce que ça existe, les sorcières de mer ?

Gemma secoua la tête.

— Je suis assez certaine que non.

— C’est nul.

Marcy se renfrogna de déception.

— Ça aurait été génial, si tu avais pu passer un marché avec une sorcière

de mer. Enfin, tu abandonnerais ta voie pour cesser d’être une sirène ?

— En effet. Mais je ne crois pas que ce sera une option.

— La vie serait tellement plus simple, si elle fonctionnait comme dans les

dessins animés, lâcha Marcy, sa voix monotone paraissant nostalgique

pendant un instant.

— Certainement, acquiesça Gemma. Revenons au service que je veux te

demander.

Marcy plissa les yeux en regardant Gemma.

— Tu peux demander, mais je me réserve le droit de refuser.

— Évidemment. Mais ce n’est pas énorme, fit Gemma. J’ai simplement

besoin d’être amenée à la maison des sirènes.

— En haut de la falaise ?

— Ouais, ma voiture ne fonctionne pas, et je veux y aller très rapidement

avant que les sirènes reviennent, expliqua Gemma. C’est un court trajet en

voiture, mais monter la colline en vélo prendrait trop de temps.

— Où sont les sirènes ? voulut savoir Marcy.

— Je n’en suis pas certaine, dit Gemma. Thea m’a dit qu’elles quittaient

la ville pour se nourrir, et elle ne pensait pas être de retour pour la répétition

de la pièce ce soir. Je voulais avoir le plus de temps possible là-bas et je

voulais être en mesure de partir très rapidement.

— Compris. Quand voudrais-tu y aller ?

— Le plus vite possible.

— Alors, je vais devoir quitter le travail ? demanda Marcy.

— Je peux attendre jusqu’à…

— Hé, si je dois y aller, alors je dois y aller, la coupa Marcy en se levant.

Elle prit ses clés de voiture dans un tiroir. En contournant le comptoir, elle

cria par-dessus son épaule vers le bureau.

— Edie, je sors ! Je dois aider une amie. C’est une question de vie ou de

mort !

— Quand reviens-tu ? demanda Edie en sortant de son bureau à temps

pour voir Marcy et Gemma traverser la porte. Marcy ?

Durant la courte période où Gemma s’était trouvée dans la bibliothèque,

la température extérieure était déjà descendue de dix degrés. Il ne pleuvait

pas encore réellement, mais le vent s’était levé, et Gemma fut encore plus

reconnaissante que Marcy l’amène. Monter la colline en vélo contre le vent

lui aurait pris une éternité.

Même dans la Gremlin de Marcy, il fallait presque quinze minutes pour

parcourir la ville et monter la route sinueuse à travers les pins. Gemma

indiqua à Marcy de se garer un peu en retrait de la maison, près du point de

vue où Gemma avait déjà amené Alex.

— Merci, Marcy, dit Gemma en défaisant sa ceinture de sécurité. Je ne

sais pas combien de temps je serai partie, alors si tu en as marre d’attendre,

tu peux te barrer.

— Je ne vais pas me barrer, pouffa Marcy. Je devrais aller avec toi dans la

maison.

— Je ne sais pas.

Gemma secoua la tête.

— Je ne sais pas quand vont revenir les sirènes, et si elles nous trouvent

toutes les deux ici, elles seront possiblement furieuses.

— Alors, peut-être que je pourrais faire le guet ou quelque chose du

genre, suggéra Marcy. Tu ne sais pas quand elles vont revenir, alors je

pourrais te prévenir.

Gemma se mordit la lèvre, se débattant avec elle-même, alors Marcy

insista.

— Allez, Gemma. Harper va me tuer, si je laissais quelque chose t’arriver.

Tu peux au moins me laisser surveiller la porte. C’est ce que Fred et Velma laissent toujours faire à Sammy et Scooby, et si c’est suffisamment bien

pour Sammy, alors c’est suffisamment bien pour moi. C’est ma devise.

Gemma sourit à cette affirmation.

— D’accord. Mais si tu vois une sirène, reste à l’écart, particulièrement si

c’est Penn ou Lexi.

— D’accord, dit Marcy. Ma maman n’a élevé ni des imbéciles ni des

héros.

Marcy et Gemma sortirent de la voiture et se faufilèrent dans la forêt

dense séparant le point de vue de la maison des sirènes. Le vent soufflait à

travers les arbres, faisant vibrer les aiguilles des pins et produisant des

hurlements dans les branches.

La maison était au centre d’une petite clairière sur le bord de la falaise.

L’allée était vide, alors les sirènes étaient vraisemblablement parties pour la

journée. Juste pour s’en assurer, quand Gemma arriva à la porte, elle cogna,

puis sonna. Comme personne ne répondit, elle décida que la voie était libre.

La porte n’était pas verrouillée, mais Gemma s’y attendait. Penn ne

croyait pas quelqu’un oserait les voler. Même si c’était le cas, cela ne lui

importait pas, car rien ne lui appartenait vraiment. Elle pouvait tout

remplacer avec peu ou pas d’effort.

Gemma laissa Marcy à l’extérieur avec comme instruction que si une

sirène se montrait, elle devait appuyer sur la sonnette et s’enfuir à travers

les arbres. Gemma entendrait la sonnette, puis se faufilerait par la porte

arrière. Bref, c’était le plan.

Après avoir jeté un rapide coup d’œil au rez-de- chaussée, Gemma monta

vers le loft, où elle pensa qu’elles auraient pu dissimuler le rouleau, en

présumant qu’elles l’avaient dissimulé dans la maison.

L’étage était une vaste pièce, conçue comme une grande chambre

principale, mais Penn, Lexi et Thea semblaient partager l’espace. Deux très

grands lits entraient aisément dans la pièce, en plus d’un lit jumeau poussé sur un côté. Selon la petite pile de sous-vêtements rose vif trônant sur le lit

plus petit, Gemma supposa que c’était celui de Lexi.

Des puits de lumière au plafond laissèrent Gemma voir les nuages

tourbillonner. Ils étaient maintenant presque noirs, et elle alluma dans la

penderie. Elle ne voulut pas allumer dans la chambre, au cas où les sirènes

rentreraient. Elles pourraient voir la lumière de l’allée.

La penderie était vaste et débordait de vêtements. Il y en avait sur les

cintres, dans les tiroirs et en piles sur le sol. La penderie comportait de

nombreux tiroirs et d’espaces de rangement, ce qui signifiait que Gemma

avait beaucoup d’endroits à fouiller.

Les sirènes possédaient une quantité infinie de chaussures : des talons

aiguilles, des talons compensés, des talons plats, de tous les styles et de

toutes les couleurs. Elle commença à sortir les chaussures et à inspecter les

tiroirs, espérant découvrir un double fond ou un compartiment dissimulé.

Le tonnerre gronda au-dessus d’elle, et la penderie devint obscure.

Gemma se figea, craignant que quelqu’un ait éteint, puis elle réalisa que le

vent avait coupé le courant.

Il faisait trop noir pour chercher correctement dans la penderie, alors elle

alla dans la chambre à coucher. Elle s’avança vers la table de nuit et se mit à

fouiner dans le tiroir, espérant découvrir un signe du rouleau, mais elle

aurait bien aimé avoir une lampe de poche.

Un bruyant fracas contre le puits de lumière prit telle ment Gemma par

surprise qu’elle faillit crier. Elle leva les yeux vers la fenêtre et vit que la

pluie s’était enfin mise à tomber violemment. Elle frappait contre le verre et

le toit, le son résonnant dans la pièce.

Elle était sur le point de reprendre ses recherches quand elle entendit un

bruit au rez-de-chaussée. Elle resta immobile, écoutant soigneusement, mais

il était difficile d’entendre distinctement à cause de la pluie. Puis, elle entendit un bang, et cette fois, elle fut certaine qu’il ne s’agissait pas de

l’orage.

La sonnette n’avait pas retenti, mais Gemma se rendit compte trop tard

qu’il n’y avait plus d’électricité. S’il s’agissait d’une sonnette électrique,

cela voulait dire qu’elle n’émettait pas de bruit. Se déplaçant

silencieusement et lentement, Gemma se rendit vers la rampe au bord du

loft.

Ce n’est que lorsqu’elle fut sur le bord et put regarder directement en bas

qu’elle vit ce qui avait fait le bruit.

Lexi fixait Gemma. Ses longs cheveux blonds dégoûtaient en une petite

marre d’eau à ses pieds, et elle portait un bikini. Elle était entièrement dans

sa forme humaine, mis à part un doigt de sa main droite. Ses yeux turquoise

étincelaient dans la faible lumière, et son sourire était heureux et taquin,

sans aucune forme de malice, ce qui le rendait encore plus effrayant.

Sa main gauche agrippait durement la queue de cheval de Marcy, lui tirant

vivement la tête vers l’arrière. Les lunettes de Marcy étaient fracassées sur

le plancher, près de la flaque d’eau provenant des cheveux de Lexi. Une

coupure longeait son sourcil, et du sang dégoulinait sur sa tempe. Les yeux

de Marcy étaient écarquillés de peur.

Elle ne bougeait pas ni ne criait, et Gemma vit instantanément pourquoi.

La main de Lexi, autrement humaine, portait un long doigt se terminant par

une serre aussi aiguisée qu’une lame et pointait dans la jugulaire de Marcy.

Si elle bougeait ou même criait, la serre traverserait sa gorge.

— Allô, Gemma, dit gentiment Lexi de sa voix chantante. Je sais que tu

jouais à cache-cache, mais j’ai un meilleur jeu. Pourquoi ne descends-tu pas

? Je vais te montrer comment jouer.

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