Marée - Tome 3

Amanda Hocking · Chapitre 13 sur 41

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Marée - Tome 3

CHAPITRE 13 - Hésitation

CHAPITRE 13

 

Hésitation

 

A près être entrée de sa répétition de théâtre, Gemma insista pour que

Harper vienne nager avec elle. Harper avait refusé autant qu’elle avait pu,

mais elle savait que Gemma irait sans elle.

À cause de la transformation qui se produisait chaque fois qu’elle touchait

l’eau salée, Gemma préférait nager le soir, quand il y avait moins de

témoins, et Harper ne pouvait pas l’en blâmer. Alors, elle enfila son maillot

de bain et amena Gemma à la baie.

Elles dépassèrent leur place, là où le sable doux devenait des pierres

irrégulières délimitant le rivage. Le stationnement pavé pour la foule était

remplacé par une forêt de cyprès. Harper se gara sur la route poussiéreuse

aussi près de l’eau qu’elle put.

Gemma ouvrit la marche, posant délicatement les pieds d’une pierre à une

autre, et Harper suivit prudemment ses pas, afin d’éviter de trébucher ou se

couper le pied sur une pierre pointue. Quand elles atteignirent l’eau,

Gemma plongea la première, et en quelques secondes, Harper vit les rayons

de la lune scintiller sur sa queue.

Elle était beaucoup plus rapide que Harper, mais elle l’attendit, nageant

littéralement en cercle autour d’elle. Harper ne se sentait jamais aussi

maladroite que lorsqu’elle nageait avec Gemma. Sa manière de nager

habituellement élégante ressemblait davantage au barbotage d’un chien

empoté, comparé à Gemma, qui glissait sur l’eau.

Elle détestait l’avouer, mais il y avait quelque chose de merveilleux dans

le fait de nager avec Gemma quand elle était une sirène. La grâce et la

beauté de Gemma étaient véritablement renversantes.

— Harper, attends, ordonna Gemma, flottant devant elle dans l’eau.

— Quoi ?

Harper se mit à faire du surplace dans l’eau près d’elle.

— Attrape mes épaules, dit Gemma, et comme Harper hésitait, elle

insista. Allez. Fais-moi confiance. Agrippe-toi à mes épaules.

Gemma fit dos à Harper. Avec hésitation, Harper s’accrocha aux épaules

humides de sa sœur.

— Et maintenant ? demanda Harper.

— Maintenant, retiens ton souffle, dit Gemma en riant et en plongeant

dans l’eau, entraînant Harper avec elle alors qu’elle nageait rapidement.

Juste au moment où Harper se mit à craindre de se noyer, Gemma

remonta à la surface, hors de l’eau et à l’air, avant de replonger.

Être dans l’océan avec Gemma, la voir alors qu’elle se trouvait dans son

réel élément, brisait le cœur de Harper. Elle savait que Gemma avait

complètement trouvé sa place et qu’elle ne pouvait pas réellement y rester.

La soirée était peut-être magique, mais Harper savait que ce n’était pas

seulement cela, la malédiction. Si cela avait été le cas, elle aurait avec

plaisir laissé Gemma s’y prélasser pour le reste de sa vie. Mais ce n’était

pas le cas.

Le lendemain, autant Harper que Gemma se réveillè rent avec un

enthousiasme renouvelé qu’elles allaient trouver le rouleau. Gemma n’avait

peut-être pas réussi à s’introduire dans la maison des sirènes ou d’avoir une

seconde seule avec Thea hier, mais elle était déterminée à faire sa fouille

aujourd’hui. Elle ne voulut pas dire à Harper de quoi il s’agissait, mais elle

lui assura qu’elle avait un plan pour pénétrer seule dans la maison.

De son côté, Harper avait passé la plus grande partie de sa journée au

travail à chercher tout ce qu’elle pouvait sur les sorts, les sirènes et les

rouleaux anciens. La bibliothèque publique de Capri n’était pas aussi bien

nantie en livres sur l’occulte que la librairie Cherry Lane, alors elle n’avait

encore rien trouvé.

Mais elle était certaine qu’elles trouveraient quelque chose bientôt. Elles

le devaient. Mais jusqu’à ce qu’elles y parviennent, Harper ne pouvait pas

partir pour l’université. Elle devait aller au bout de tout cela. Mais si elle

n’allait pas à l’université, elle allait devoir le dire à son père.

Quand elle entra du travail, elle nettoya la maison. Harper regarda par la

fenêtre de la cuisine pendant qu’elle faisait la vaisselle. Elle fixa la maison

d’Alex, mais son esprit se trouvait à des millions de kilomètres de là. Elle

entendit la porte avant s’ouvrir, puis se refermer, ensuite le martèlement des

bottes de son père sur le plancher. Une minute plus tard, Brian apparut

derrière elle dans la cuisine.

— Hé, ma puce, dit Brian, fouillant distraitement dans le courrier qu’avait

laissé Harper sur la table.

— Hé, papa.

Harper termina de rincer la dernière assiette, puis ferma le robinet et se

retourna, afin de lui faire face.

— Comment s’est passé le travail ?

— Comme d’habitude.

Il haussa les épaules et ouvrit une facture.

— Comment s’est passée ta journée ?

— Plutôt bien, je suppose.

Elle s’appuya contre le comptoir et l’observa lire la facture. Il jura entre

ses dents et secoua la tête.

— C’est grave ?

— Ne t’en fais pas.

Brian la déposa, leva les yeux vers Harper et lui sourit.

— Que disais-tu à propos de ta journée ?

— Rien, en fait.

Elle lissa sa queue de cheval et lui sourit.

— As-tu faim ? Veux-tu quelque chose à manger ?

— Je ne suis pas au primaire, Harper, répondit-il, déconcerté. Je n’ai pas

besoin d’une collation.

Elle rit, mais nerveusement.

— Je sais.

— As-tu besoin de quelque chose ? demanda Brian en plissant les yeux

pour la regarder. On dirait que tu as besoin de quelque chose.

— Non.

Elle secoua vivement la tête.

— Euh, non. Hum, eh bien, je suppose… Je me demandais comment ça se

passait avec Alex.

Il ouvrit le frigo et prit une bouteille de bière avant de lui répondre.

— Tu veux dire sur les docks ?

— Ouais, je me demandais juste comment il se débrouillait, fit Harper,

espérant que son père ne perce pas à jour sa tentative de bavardage.

Elle ne pouvait pas simplement lui parler de ses changements de plan pour

son avenir dès qu’il franchissait la porte.

— C’est un bon travailleur.

Brian dévissa sa bière et prit une longue gorgée.

— Il ne me parle pas beaucoup. Il ne l’a jamais vraiment fait, mais

maintenant encore moins. Il a toujours été un jeune silencieux et étrange.

C’est encore le cas. Juste plus silencieux et plus étrange.

— Il n’est pas étrange, dit Harper. Il est simplement… réservé.

Brian s’appuya contre la table de la cuisine.

— Sais-tu pourquoi Gemma et Alex ont rompu ?

Harper baissa les yeux et secoua la tête avec tant de vigueur que sa queue

de cheval fouetta son visage.

— Non.

— J’ai l’impression que c’était quelque chose de grave, fit Brian. Quelque

chose s’est produit entre eux.

— Peut-être que c’est juste… je ne sais pas.

Elle secoua à nouveau la tête.

Il l’observa pendant un moment, puis ajouta.

— J’ai pensé qu’elle t’en avait peut-être parlé.

— Non, c’est des trucs d’adolescents.

Elle haussa les épaules.

— Tu sais comment elle est cachottière.

— Ouais.

Il prit une autre gorgée de sa bière.

— Est-ce qu’elle en a parlé à sa mère ?

— Quoi ?

Harper leva les yeux, surprise d’entendre Brian faire allusion à Nathalie.

— Je ne sais pas.

Il détourna le regard, mais pas avant que Harper remarqua à quel point ses

yeux bleus parurent douloureux.

— Elle a toujours aimé parler à sa mère, alors je me suis demandé si

Gemma lui disait encore des choses.

— Hum. Ouais, lâcha-t-elle enfin en hochant la tête. Parfois, je crois

qu’elle le fait. Elle sait que maman gardera ses secrets.

— Ouais, Nathalie les gardera. Qu’elle le veuille ou non.

Il prit une profonde respiration, puis s’éloigna de la table.

— Il y a quelque chose dont je veux te parler. Pourquoi ne t’assois-tu pas

?

Il fit un geste vers une chaise.

— C’est une discussion pour laquelle je dois être assise ? questionna

Harper en s’affolant déjà.

— Assis-toi simplement, dit Brian, prenant lui-même place d’un côté de

la table. Je voulais d’abord te parler, avant ta sœur. Elle a une répétition ce

soir, c’est ça ?

— Ouais, jusqu’à vingt heures environ.

Harper s’assit en face de lui, littéralement sur le bout de son siège.

— Papa, tu me fais réellement peur. Pourrais-tu juste cracher le morceau ?

Est-ce que nous allons perdre la maison ?

— Quoi ?

Brian parut troublé, puis effaré.

— Non, nous ne perdrons pas la maison. Où as-tu été pêché cette idée ?

— Je ne sais pas ! Ça semble grave.

— Ce n’est pas grave. Tu t’inquiètes trop. Tu sais que tu t’inquiètes

davantage à dix-huit ans que moi à quarante et un ans ? Tu vas te donner un

ulcère ou une crise cardiaque, si tu ne fais pas attention.

— Papa ! lâcha Harper, à peine capable de contenir son anxiété plus

longtemps.

— D’accord, d’accord.

Il leva la main et prit une profonde respiration.

— Hum… je crois que j’ai besoin de voir ta mère.

Harper attendit un instant, fixant son père d’un air ahuri.

— Tu veux rendre visite à maman ? C’est ça, ta mauvaise nouvelle ?

— Je t’ai dit que ce n’était pas une mauvaise nouvelle, mais…

Brian ne l’avait pas regardée quand elle avait parlé, et cela ne l’aida pas à

alléger les craintes de Harper.

— J’ai réfléchi à beaucoup de choses dernièrement et j’ai besoin de la

voir encore avant de prendre certaines décisions.

— Quel genre de décisions ? De quoi parles-tu ? voulut savoir Harper.

— Harper, je t’ai dit que tu ne devais pas t’inquiéter. Je veux voir

Nathalie. Je veux y aller avec toi et ta sœur. Est-ce que vous y allez toutes

les deux, ce samedi ?

— Hum…

Elle réfléchit.

— Ouais, je crois que oui.

— D’accord, alors. Est-ce que je peux venir avec vous ? demanda Brian

en levant enfin les yeux vers elle.

— Ouais, bien sûr que tu peux. Tu peux aller lui rendre visite quand tu

veux. C’est ta femme.

— Je sais ça.

Il commença à déchirer l’étiquette de sa bouteille de bière et répéta plus

doucement :

— Je sais.

— C’est tout ce dont tu voulais parler ? demanda Harper, ne comprenant

pas pourquoi il voulait qu’elle s’assoie pour parler de quelque chose de

relativement facile.

— Ouais.

Il hocha la tête, puis leva la tête.

— À moins que toi, tu aies besoin de dire quelque chose.

— En fait, oui.

Elle prit une respiration pour se donner du courage avant de poursuivre.

— Il y a quelque chose dont je dois te parler…

— Tu n’es pas enceinte, n’est-ce pas ? demanda Brian en l’interrompant.

— Papa ! Quoi ? Non. Bien sûr que non.

Les yeux de Harper s’agrandirent.

— Oh, mon Dieu, papa. Daniel et moi sommes ensemble depuis… Non.

Nous ne faisons même pas… Papa. C’est non.

Elle ne put s’en empêcher et se mit à rougir.

— Bien, parce ce qu’avoir des bébés, c’est magnifique, mais pas avant

d’être prêt, lâcha Brian, soulagé. C’est beaucoup de travail, et tu as toutes

ces études devant toi.

Elle vit sa chance, alors elle se lança.

— C’est de ça que je voulais te parler.

— L’université ?

— Ouais, je pensais peut-être attendre une autre année.

— Harper Lynn Fisher, tu vas à l’université, dit fermement Brian.

— Je sais, papa. Je pense juste que ce n’est peut-être pas le bon moment.

— Est-ce que c’est à cause de Daniel ?

Il plissa les yeux, et son expression se durcit.

— S’il te retient, je vais me débarrasser de lui.

— Papa, arrête. Te débarrasser de lui ? Fais-tu partie de la mafia ?

demanda Harper, incrédule. Et ça n’a rien à voir avec Daniel. Je n’ai jamais

laissé un garçon interférer avec mon avenir auparavant. Pourquoi ça‐

changerait-il maintenant ?

— Alors, de quoi s’agit-il ? fit Brian, sa voix vacillant entre la confusion

et l’irritation.

— Je crois seulement que ce n’est pas le bon moment, répondit-elle

simplement.

La véritable raison, celle que Gemma était une sirène, elle ne pouvait pas

la dire à son père. Jamais il ne la comprendrait ou la croirait. Et même s’il

le faisait, qu’est-ce que cela amènerait de bon ? Harper se tourmentait déjà

à s’en rendre folle. Brian n’avait pas besoin de cela, lui aussi, par lorsqu’il

ne pouvait rien faire.

— Si c’est à cause de l’argent, Harper, nous pouvons y arriver.

Il s’inclina sur la table.

— Tu as tes bourses d’études. Tu vas les perdre, si tu n’y vas pas. J’ai un

peu d’argent mis de côté, et tu auras des prêts. Nous y parviendrons. Tu n’as

pas à t’inquiéter.

— Non, ce n’est pas à cause de l’argent.

— Alors, donne-moi une bonne raison pour laquelle tu ne devrais pas y

aller, dit Brian.

— Gemma.

Harper donna la réponse la plus honnête qu’elle put.

— Il y a quelque chose qui se passe avec elle.

— Je suis content que tu aimes autant ta sœur, mais ce n’est pas ton

enfant. Elle n’est pas ta responsabilité. C’est la mienne. Je vais m’occuper

d’elle. La seule chose dont tu dois te préoccuper est de te préparer pour

partir pour l’université. Nous irons bien.

Elle soupira.

— Il y a des choses que tu ne comprends pas.

— Alors, comprends ça. Je n’ai pas travaillé plus de quarante heures par

semaine depuis les dernières dix-neuf années pour que tu gâches ton avenir.

Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour que toi et Gemma ayez une meilleure

vie que ce que votre mère et moi avons eu. C’est ce que nous avons tous les

deux voulu pour vous et c’est ce que tu veux pour toi. Je me moque des

raisons pour lesquelles tu ne veux pas y aller. Il n’y en a aucune de

suffisamment bonne.

— Mais, papa…, commença-t-elle, mais elle abandonnait déjà tout espoir

de le convaincre.

— Il n’y a pas de mais, Harper. Tu vas à l’université. Un point c’est tout.

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