Marée - Tome 3

Amanda Hocking · Chapitre 20 sur 41

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Marée - Tome 3

CHAPITRE 20 - Achéloos

CHAPITRE 20

 

Achéloos

 

E n regardant tous les livres éparpillés dans sa chambre, Gemma dut

refouler son envie de crier. Sa frustration ne semblait qu’accroître sa faim.

La veille, lors de la répétition, elle avait à peine pu se contenir près

d’Aiden, mais elle avait réussi à ne pas le tuer ni à l’embrasser, alors elle

considérait cela comme une victoire.

Cela la faisait aussi sentir un peu coupable, car cela se passait sous les

yeux de Kirby, et Gemma venait juste de rompre avec lui. Mais c’était

réellement le cadet de ses soucis.

Lexi lui avait dit qu’elles allaient bientôt la tuer et la remplacer, et le seul

indice qu’elle avait était celui que Lexi avait échappé : « Dès que tu

apprendrais qui était son père, cela devenait comme évident. »

Depuis qu’elle avait entendu cela, Gemma avait passé tout son temps à

fouiller dans les livres de mythologie et sur Internet pour tout

renseignement concernant le père de Penn, Achéloos. Au cours des derniers

mois, Gemma avait cru avoir déjà tout appris sur lui, et au bout du compte,

c’était probablement le cas.

Les livres le décrivaient comme un vieil homme avec une grosse barbe

grise et occasionnellement avec une corne. Pas grand-chose d’autre n’était

dit à son sujet, mis à part qu’il était le père des sirènes. Hercule l’avait

prétendument vaincu pour l’amour d’une femme, mais Gemma n’était pas

certaine si cela signifiait le décès d’Achéloos ou non.

Mais elle n’avait rien trouvé. C’était pour cette raison qu’elle s’était

rendue à la répétition d’hier soir. Son cerveau avait commencé à se

transformer en bouillie, une vilaine migraine la taraudait constamment, et sa

faim s’aggravait. Elle avait besoin de prendre une pause de ses recherches,

afin de s’éclaircir les idées.

Évidemment, dès son retour à la maison, elle s’y était remise. Et malgré

tout, elle était là, sans être plus proche de trouver le rouleau que la journée

précédente.

Elle faisait les cent pas dans sa chambre, tentant de voir ce qu’elle devait

faire. La porte principale claqua au rez-de-chaussée, et elle entendit Harper

et Marcy parler.

— Merde, murmura Gemma entre ses dents.

Elles avaient décidé d’échanger leurs idées ce soir après que Harper et

Marcy eurent terminé leur journée de travail, et cela était complètement

sorti de la tête de Gemma jusqu’à maintenant. Ce n’était pas comme si elle

pouvait les rabrouer sans alerter Harper sur le sérieux de la situation.

Elle n’avait pas avisé Harper de ce que Lexi lui avait raconté au sujet du

rouleau. Cela faisait partie de son plan de garder Harper à l’écart de tout, à

partir de maintenant. Il n’y aurait aucune raison d’inquiéter Harper ou de la

faire paniquer, pas si ni l’une ni l’autre ne pouvait faire quoi que ce soit

pour prévenir sa mort.

Si Gemma ne pouvait pas survivre à cela, elle ne voulait pas que Harper

perde la vie pour laquelle elle avait travaillé si dur. Si Gemma ne pouvait

plus être avec Harper, elle voulait savoir que Harper aurait un avenir sans

elle.

Elle devait passer du temps avec Harper et Marcy, afin que Harper ait

l’impression de faire quelque chose et ne réalise pas que Gemma lui cache

des choses. Gemma devait prétendre que tout allait bien.

— Gemma ? l’appela Harper du rez-de-chaussée. Es-tu là ?

— Ouais, je suis dans ma chambre !

Elle se pressa à fermer tous les livres et les mit de côté. Harper savait

qu’elle les consultait, mais Gemma ne voulait pas laisser voir à quel point

ses recherches étaient devenues effrénées.

— Non, Marcy, je ne crois pas que le vendredi 13 devrait compter comme

une fête nationale, disait Harper.

Les marches craquèrent sous ses pieds tandis qu’elle les montait.

Marcy souffla.

— Mais Pâques est une fête.

— Pâques est une fois par année et à peu près à la même date, répondit

Harper.

Elle atteignit le palier et roula les yeux en regardant Gemma, lui montrant

ce qu’elle pensait de la dernière théorie de Marcy.

— Et les gens célèbrent vraiment cette fête.

— Je célèbre le vendredi 13 ! riposta Marcy.

Harper avait amené des canettes de Coca-Cola à la cerise du frigo. Elle se

dirigea dans sa chambre, située de l’autre côté du couloir en face de celle de

Gemma. Marcy mastiquait bruyamment un morceau de carré au riz soufflé

que Harper avait fait plus tôt dans la semaine en la suivant.

— D’accord, très bien, écris à ton membre du congrès à ce sujet, dit

Harper en déposant les boîtes de soda sur son bureau.

— C’est ce que je vais faire, dit Marcy la bouche emplie de nourriture en

s’effondrant sur le lit de Harper.

Gemma traversa dans la chambre de sa sœur, car elle était plus vaste et

comportait plus d’endroits où s’asseoir. Harper avait son lit, la chaise

devant son bureau et une berceuse usée rembourrée dont Nathalie s’était

servie quand les filles étaient bébés.

— Alors, comment s’est passé le travail ? demanda Gemma en s’assoyant

dans la vieille berceuse près de la fenêtre.

— Super, répliqua Harper distraitement. Je t’ai pris une canette de Coca-

Cola à la cerise, si jamais tu en veux.

— Certainement, je vais en prendre, dit-elle, et Harper s’avança, afin de la

lui tendre.

— Le travail n’était pas super, dit Marcy. C’était totalement nul. Nous

avons dû travailler un jour de fête.

— Ce n’est pas encore une fête, dit Harper.

Elle s’assit à son bureau et secoua la tête.

— Du moins, pas tant que tu n’auras pas écrit au congrès.

— On dirait que vous avez passé une chouette journée.

Gemma sourit en coin et prit une gorgée de son soda.

— Mais je n’ai…

Elle regardait par la fenêtre de la chambre de Harper. Elle laissa sa phrase

en suspens quand elle vit Alex garer sa voiture dans son allée.

Habituellement, il travaillait jusqu’après seize heures, comme son père.

Quand il sortit de la voiture, elle vit qu’il portait un jeans déchiré et un t-

shirt, et non pas sa salopette habituelle. Il marcha vers sa maison d’une

démarche pénible et il avait vraiment une sale gueule.

— As-tu parlé à Alex dernièrement ? demanda Gemma, les yeux toujours

fixés sur la maison voisine, même si Alex avait déjà disparu à l’intérieur.

— Pardon ? fit Harper. Pourquoi ?

— Il vient d’entrer chez lui, dit Gemma. Et il n’a pas l’air trop en forme.

— Ouais, hum…

Harper soupira.

— Je crois qu’il est resté chez Daniel hier soir.

— Pourquoi ?

Gemma détourna les yeux de la maison et fit face à sa sœur.

— Est-ce qu’ils passent du temps ensemble ou quoi ?

— Eh bien. Quelque chose du genre.

Harper baissa les yeux.

— Non, pas réellement. Alex… Nous l’avons rencontré hier soir, et il se

faisait jeter d’un bar.

— Alex ? voulut savoir Marcy, véritablement surprise. Le petit intello

Alex d’à côté ?

Gemma secoua la tête.

— Alex ne boit pas.

— Il a bu hier soir, lâcha Harper.

— Eh bien, lui as-tu parlé ? insista Gemma. Qu’est-ce qu’il a dit ? Est-ce

qu’il va bien ?

— Pas réellement, Gemma, admit Harper. Je pensais ne pas t’en parler,

mais… ce que tu lui as fait pour le protéger l’a vraiment perturbé. Il sait

qu’il est censé t’aimer et il dit que c’était comme si une part de lui était

manquante.

Gemma ne dit rien. Elle se retourna et regarda par la fenêtre à nouveau.

La chambre d’Alex se trouvait directement en face de celle de Harper, mais

son store était baissé. Gemma n’entrevit même pas ce qu’il était en train de

faire.

— Peut-être devrais-tu lui parler, suggéra doucement Harper.

— Je ne peux pas, fit Gemma.

— Il souffre réellement, et je crois que tu devrais peut-être considérer de

le délivrer.

— Je ne peux pas, Harper, fit Gemma, mais plus fermement, cette fois. Je

ne pense pas que ça soit possible, même si je voulais et je ne veux pas.

C’est dangereux pour lui de me fréquenter.

— Je sais ce que tu ressens, dit Harper. Mais s’il connaît les risques, tu

dois le laisser faire son choix.

— Laisse tomber.

Gemma secoua la tête et baissa les yeux vers sa boîte de soda.

— Je ne peux pas parler de ça en ce moment.

— Est-ce que vous avez trouvé des plans de substitution ? demanda

Marcy en changeant de sujet.

Elle se redressa sur le lit et s’assit en croisant les jambes sous elle.

— Que veux-tu dire ?

Harper se tourna, afin de lui faire face.

— La manière dont je vois ça, il y a trois possibilités à ce scénario.

Marcy leva trois doigts et les baissa un à un en listant les options.

— Une, Gemma trouve le rouleau. Deux, les sirènes ont si bien caché le

rouleau que personne ne peut le retrouver. Trois, elles n’ont pas le rouleau.

— Gemma n’a pas encore eu la chance de réellement chercher le rouleau,

dit rapidement Harper. On peut écarter ça.

Marcy secoua la tête.

— Je ne dis pas de l’écarter. Je dis d’explorer d’autres pistes.

— C’est sans doute une bonne idée, acquiesça Gemma. Mais Lydia

semble penser qu’elles ont le rouleau. C’est important pour leur existence.

— Mais peut-être l’ont-elles laissé à quelqu’un en qui elles ont plus

confiance qu’elles-mêmes, suggéra Marcy.

— Comme qui ? questionna Harper.

— Quand j’ai loué mon appartement, le propriétaire ne me faisait pas

confiance, alors j’ai dû demander à une autre personne de signer avec moi.

Marcy attendit une seconde pour que Harper et Gemma pigent.

— Mes parents, finit-elle.

— Tu crois que les parents des sirènes sont encore en vie ? demanda

Harper.

— Je ne sais pas.

Gemma secoua la tête, réfléchissant à ce que Lexi avait dit.

— Je ne crois pas.

— Leurs parents ne sont pas immortels ? demanda Marcy.

— Leur père, oui, mais je ne sais pas en ce qui concerne leur mère, dit

Harper. Cette partie m’a un peu embrouillée.

— Qui est leur mère ? fit Marcy.

— Hum, une muse, dit Gemma en réfléchissant. Ou plutôt deux muses, en

fait. Thea et Penn ont des mères différentes. Je suis presque certaine que les

muses sont immortelles aussi. Mais elles ne sont pas des déesses. Alors, je

crois que dans leur vie normale, avant d’être des sirènes, Thea et Penn

étaient immortelles.

— Mais leurs deux parents étaient immortels, c’est ça ? demanda Marcy.

Les enfants d’immortels ne sont pas aussi immortels ?

— Non, je crois que pour être immortel en venant au monde, les deux

parents doivent être un dieu et une déesse, expliqua Gemma. Comme

Hercule était mortel. Et les muses ont reçu leur immortalité par Zeus sous

forme de bénédiction, alors elles ne peuvent pas la transmettre.

— Mais leur père était un dieu ? demanda Marcy, et Gemma hocha la tête.

Alors, il est assurément vivant.

— En fait, pas assurément, mais probablement, acquiesça Harper.

— Je ne crois pas réellement qu’il l’est.

Gemma secoua la tête.

— Pourquoi pas ? demanda Harper. Je sais que certains livres insinuaient

que Hercule l’avait tué, mais ils racontaient aussi que les sirènes étaient

mortes, alors je ne leur accorderais pas trop de crédit.

— Je sais, c’est juste…

Gemma laissa sa phrase en suspens. Quand elle avait dit à Lexi qu’elle

avait rencontré le père de Penn, Lexi avait ri et dit qu’il était décédé, mais

Gemma ne voulut pas expliquer ça à Harper.

— C’est juste un sentiment que j’ai. » Et même s’il était encore en vie,

Penn le déteste réellement, poursuivit Gemma. Et elle n’avait rien de gentil

à dire au sujet de sa mère. Quand je suis devenue une sirène, Thea a en fait

traité les muses de prostituées.

— Donc il est peu probable qu’elles se soient fiées à eux, dit Harper,

finissant la pensée de Gemma.

— Et si elles l’ont fait, ils sont probablement plus puissants que les

sirènes. De là le titre de « dieu », fit Gemma. Et je doute fortement qu’ils

nous aident à tuer leurs filles.

— On ne sait jamais, dit Marcy.

Les trois demeurèrent assises en silence pendant quelques minutes,

méditant à ce dont elles avaient discuté. Gemma tortilla la languette de sa

boîte de soda, se demandant si Marcy pouvait avoir raison. Elle n’avait pas

encore eu beaucoup de temps pour chercher le rouleau, mais même si cela

avait été le cas, il ne serait pas mauvais d’avoir un plan de secours.

— Vous savez qui voudrait les détruire ? demanda enfin Harper, et

Gemma leva la tête dans sa direction. Déméter.

— La fille qui a formulé la malédiction ? demanda Marcy.

— Ce n’est pas une nana, la corrigea Harper. C’est une déesse et elle

déteste les sirènes.

— Pourquoi les déteste-t-elle déjà ? fit Marcy.

— Penn, Thea et les deux autres sirènes originales étaient les servantes de

la fille de Déméter, Perséphone, expliqua Gemma. Elles étaient censées

veiller sur elle, mais à la place, elles s’amusaient, nageaient, chantaient et

flirtaient avec des hommes.

— Donc les sirènes étaient comme des gardiennes ? demanda Marcy.

— Je suppose.

Gemma haussa les épaules.

— Je crois qu’elles ont dit que leur père leur avait trouvé cet emploi.

D’après ce que j’ai compris, leurs mères demeuraient avec les personnes

qu’elles « inspiraient », alors les sirènes n’avaient pas de domicile à partir

d’un jeune âge.

— Alors, elles ont obtenu un travail de gardienne de Perséphone et elles

se sont barrées, dit Marcy, rapportant l’histoire au point de départ.

— C’est ça, dit Gemma. Et ensuite, Perséphone a été enlevée par Hadès et

emmenée aux Enfers pour devenir sa femme.

— Mais si ce que Lydia a dit est vrai, soit que ce n’était que des humains

puissants, et non des divinités, alors Hadès ne serait pas le maître des

Enfers, remarqua Marcy. Un humain, même très puissant, ne serait pas

responsable de l’Au-delà. Alors, où l’a-t-il emmenée ?

Harper baissa les yeux quand elle comprit.

— Il ne l’a emmenée nulle part. Il l’a violée et tuée.

— Ouais, si j’étais Déméter, je serais en furie aussi, dit Gemma.

— Alors, pourquoi les rendre immortelles ? fit Marcy. Si elle les détestait

autant, pourquoi leur donner des pouvoirs et des habiletés ?

— L’enfer est la répétition, dit Harper. Elle voulait qu’elles fassent les

mêmes choses qu’elles adoraient encore et encore jusqu’à ce que les choses

qu’elles aimaient le plus deviennent les choses qu’elles détestent.

— Croyez-vous qu’elle voudrait défaire le sort qu’elle a créé ? demanda

Gemma.

— Peut-être. Si nous pouvons la retrouver, dit Harper. Elle pense peut-être

qu’elles ont eu un parcours suffisamment long.

— Comment la retrouver ? questionna Marcy. Ou leur père ? Ou une des

muses ?

— Je peux commencer par faire plus de recherches, mais je ne sais pas

s’il existe quoi que ce soit sur les sirènes que je n’ai pas déjà lu au moins

une centaine de fois, lâcha Harper.

— Je pourrais demander à Thea, mais elle ne voudra peut-être pas trop en

divulguer, commença Gemma. Elle n’aime pas parler de son passé et elle

déteste réellement ses parents.

— Je pourrais…

Marcy laissa sa phrase en suspens.

— Je ne sais pas. Que voudriez-vous que je fasse ?

— Tu pourrais parler à Lydia, suggéra Harper. Elle semble avoir une

connexion avec le surnaturel parallèle. Elle saura probablement quelque

chose de l’endroit où trouver une muse ou un dieu.

— Et je vais continuer de chercher le rouleau, dit Gemma en poussant un

lourd soupir.

— As-tu une répétition de la pièce ce soir ? demanda Harper. Tu pourrais

en parler à Thea.

— Ouais.

Gemma jeta un coup d’œil en direction du réveil de Harper, lequel

indiquait qu’il n’était que quinze heures quinze.

— Elle commence dans environ une heure. Je vais parler à Thea.

— Bien.

Harper hocha la tête, comme si cela renforçait les choses.

— Alors, nous avons un genre de plan d’action. C’est une bonne chose.

— D’accord, alors je demande à Lydia de chercher quoi ?

Marcy tendit la main, et prit un calepin et un crayon sur le bureau de

Harper.

— Je dois les prendre en note, afin d’être certaine de bien les écrire. Ces

noms grecs sont ridicules.

— Déméter, dit Harper avant d’épeler le nom à voix haute. N’importe

quelles muses. Je ne connais pas leurs noms à toutes, mais les mères de

Penn et de Thea sont Terpsichore et Melpomène.

— D’accord, tu vas devoir épeler ces noms très lentement, dit Marcy.

— Et il y a leur père, dit Harper après avoir épelé les noms.

— Qui c’est ? demanda Marcy.

— Achéloos, répondit Harper.

— Comme la rivière ?

Harper hocha la tête.

— Ouais, c’était un dieu d’eau douce, je crois.

— Enfin un dieu dont je peux épeler le nom, lâcha Marcy.

Et cela la frappa enfin. La rivière Achéloos se trouvait à environ huit

kilomètres au nord de la ville. Elle avait été nommée ainsi par le même

homme provenant de Grèce et ayant fondé Capri, alors Gemma n’avait rien

pensé de ce nom jusqu’à maintenant.

Mais Lexi avait dit : « Dès que tu apprendrais qui était son père, cela

devenait comme évident. » Et la rivière portait le nom du père de Penn.

Si Lydia avait raison et que les sirènes transportaient le rouleau avec elles,

alors cela avait du sens qu’elles le dissimulent tout près. Et une rivière

nommée en l’honneur de son père ? Le narcissisme de Penn ne passerait pas

à côté de cela.

— Je dois y aller, dit Gemma en se levant soudainement.

— Quoi ? demanda Harper. Pourquoi ? Où vas-tu ?

— J’ai oublié que la répétition commençait plus tôt ce soir, mentit

Gemma. C’est une bonne chose. Ça me donnera plus de temps pour parler à

Thea.

— D’accord, dit Harper, mais elle parut troublée. Veux-tu que je te

conduise ?

— Non, ça ira, mais merci.

Gemma lui sourit.

— À plus tard.

Elle descendit l’escalier pratiquement en courant et prit son vélo. Mais

avant, elle tira son portable de sa poche. Elle envoya précipitamment un

texto à Daniel, afin qu’il la couvre si Harper lui posait des questions au

sujet de la répétition.

Lors des répétitions du soir et à travers des textos, Gemma informait

Daniel de la situation, comme elle l’avait accepté lors de leur marché. Il

donnait à Harper un peu d’information sur Gemma, afin qu’elle ne devienne pas méfiante, comme lui dire que Gemma avait rompu avec Kirby et que

maintenant, elle flirtait avec Aiden.

Mais il omettait les détails plus importants, comme le fait que Thea ne

voulait pas l’aider ou que les sirènes avaient trouvé une remplaçante

potentielle. Daniel l’avait encouragée à en parler à Harper, mais Gemma ne

pouvait pas. C’était à son tour de protéger Harper, pour une fois.

En outre, il n’y aurait peut-être pas de raison de lui en parler. Elle

réussirait peut-être à mettre un terme au sort.

Pédalant plus rapidement que jamais, Gemma arriva à la baie

d’Anthemusa en un temps record. Elle laissa son vélo à travers les cyprès,

ainsi que son portable, ses souliers et son short. Pour une fois, elle ne portait

pas de bikini sous ses vêtements, alors elle devait nager en soutien-gorge,

mais elle s’en moquait.

Malgré le fait qu’elle nageait très vite, cela lui parut prendre une éternité

avant d’atteindre l’embouchure de la rivière. Elle ne goûta même pas la

sensation de l’eau ou le courant passant sur sa queue de sirène. Tout ce sur

quoi elle parvint à se concentrer était d’arriver et de trouver le rouleau.

Lydia avait dit que le papier ne pouvait pas être endommagé par l’eau,

alors Gemma pensa que les sirènes l’avaient sans doute caché quelque part

sous l’eau, possiblement sous une pierre, dans une boîte ou quelque chose

d’autre enfoui dans le sol de la rivière.

Suivant son instinct, elle commença par nager dans la rivière Achéloos,

retournant les pierres et saisissant tout ce qui se trouvait dans le lit de la

rivière et paraissait ne serait-ce qu’un peu intéressant. Elle n’était pas

rendue bien loin quand une chose étonnante commença à lui arriver.

Il lui devint plus difficile de respirer, et les écailles de sa queue se

transformèrent en peau, mais seulement en d’étranges plaques. En premier,

Gemma se mit à paniquer, supposant qu’elle était en train de mourir. Elle s’empressa de nager en direction de l’océan, et les changements inquiétants

cessèrent. Elle était à nouveau une sirène.

C’est à ce moment que Gemma comprit que la rivière était d’eau douce,

ce qui n’avait aucun effet sur elle. C’était pour les mêmes raisons qu’elle ne

se transformait pas en sirène dans la piscine ou sous la douche. Seule l’eau

de l’océan provoquait la transformation.

Ce qui signifiait que les sirènes n’étaient probablement pas allées aussi

loin dans la rivière. Alors, Gemma concentra ses recherches aux endroits où

elle pouvait nager, demeurant en grande partie près de l’embouchure de la

rivière. Alors que la soirée s’entamait, Gemma nagea de plus en plus en

amont.

Quand la lune fut haute dans le ciel, Gemma sortit près d’une plage

sablonneuse à proximité de la rivière. Elle demeura suffisamment dans

l’eau pour que l’eau recouvre ses nageoires et que les vagues l’éclaboussent

jusqu’à la taille.

Les étoiles étincelaient au-dessus d’elle, et elle leva la tête, afin de les

observer. Ses mains étaient douloureuses d’avoir creusé le sol de la rivière

et de l’océan. Sa queue lui faisait mal d’avoir tant nagé, et la faim fit

gronder son estomac.

Gemma avait fouillé partout où elle pouvait. Le rouleau n’était pas là. Soit

n’y avait-il jamais été, soit les sirènes l’avaient retiré. Peu importait laquelle

des deux options s’avérait juste. Tout ce que cela signifiait réellement était

que Gemma devait trouver un plan d’attaque différent, car celui-ci ne

fonctionnait pas.

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