Mystères

Knut Hamsun · Chapitre 6 sur 23

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Mystères

Chapitre VI

 

 

Le lendemain matin Nagel se trouvait de parfaite et joyeuse humeur. Cela lui était venu tandis qu’il était couché dans son lit, c’était comme si le plafond de sa chambre avait brusquement monté, s’élevant de plus en plus jusqu’à l’infini, et était devenu une lointaine et claire voûte céleste. Et il per-çut tout à coup sur son corps une brise douce et molle, comme s’il était couché dehors dans l’herbe. Les mouches bourdonnaient aussi alentour dans la chambre : c’était une chaude matinée d’été.

Il s’habilla en un tour de main, quitta l’hôtel sans man-ger et sortit flâner en ville. Il était alors onze heures.

De maison en maison résonnaient déjà les pianos ; à tra-vers les fenêtres ouvertes se faisaient entendre des mélodies, différentes selon les quartiers, et, dans la rue, un chien éner-vé répondait à hauts aboiements prolongés. Nagel se sentit envahi d’une sensation de clair bien-être, il se mit involontai-rement à chanter à mi-voix pour lui-même et, en passant de-vant un vieil homme qu’il salua, il trouva l’occasion de lui mettre une piécette dans la main.

Il arriva à une grande maison blanche. Une fenêtre s’ouvre au premier étage, une fine main blanche accroche le loquet. Le rideau s’agite encore, la main s’attarde sur le lo-quet et Nagel eut l’impression que quelqu’un se tenait der-rière le rideau et l’observait. Il s’arrêta et leva les yeux, il res-ta fixe à son poste plus d’une minute, mais personne ne se laissa voir. Il lut sur la plaque de la porte : F. M. Andresen, consulat de Danemark.

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Nagel allait justement partir, mais quand il se retourna, Mademoiselle Fredrikke tendit dehors son visage allongé et distingué, et le suivit de ses yeux étonnés. Il s’arrêta de nou-veau, leurs regards se rencontrèrent, les joues de la jeune fille commencèrent à se colorer ; mais, comme par bravade, elle remonta un peu les manches de sa robe et s’accouda à la fenêtre. Elle resta longtemps ainsi, sans qu’aucun change-ment survînt et Nagel fut contraint à la longue d’en finir et de s’en aller. Au même moment une question singulière surgit dans sa tête. « Je me demande si la jeune dame était age-nouillée de l’autre côté de la fenêtre ? En ce cas, pensa-t-il, ce n’est pas très haut de plafond dans l’appartement du con-sul, car la fenêtre a à peine six pieds de haut et il n’y a qu’un pied entre sa partie supérieure et l’avant-toit. » Il dut rire de lui-même à propos de cette idée saugrenue ; qu’avait-il à faire avec l’appartement du consul Andresen !

Il continua sa flânerie.

En bas, au quai, le travail battait son plein. Ouvriers des entrepôts, douaniers et pêcheurs se croisaient, chacun occu-pé de son travail. Les treuils ferraillaient, deux vapeurs sifflè-rent presque en même temps, annonçant leur départ. La mer était absolument calme, le soleil brillait et faisait de l’eau une seule plaque d’or dans laquelle navires et barques s’enfonçaient, comme fondus, jusqu’au milieu de la carène. D’un énorme trois-mâts, loin en mer, on entendait un pauvre orgue de Barbarie et, quand les sirènes et les treuils se tai-saient un moment, sa triste mélodie résonnait comme une voix de jeune fille, une voix tremblante, expirante, qui n’en pouvait plus. À bord du trois-mâts on faisait aussi des blagues avec l’orgue de Barbarie et on se mit à danser la pol-ka sur ses airs touchants.

 

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Nagel remarqua un enfant, une toute petite fille, debout, qui serrait un chat dans ses bras ; le chat pendait tout droit, très patiemment, de telle sorte que ses pattes de derrière re-posaient presque sur le sol et il ne faisait pas un mouvement. Nagel caressa la joue de la fillette et lui parla :

— Est-ce que c’est ton chat ?

— Oui. Deux, quatre, six, sept.

— Ah ! ah : tu sais aussi compter ?

— Oui. Sept, huit, onze, deux, quatre, six, sept.

Il continua sa marche. Dans la direction du presbytère, un pigeon blanc ivre de soleil tanguait de biais au ras du ciel et disparut derrière les cimes des arbres ; il avait l’air d’une flèche d’argent étincelante qui tomba à terre dans le lointain. Un bref coup de feu, presque sans bruit, partit quelque part, et un peu après, un panache de fumée bleue monta de la fo-rêt de l’autre côté de la baie.

Quand Nagel fut arrivé au dernier môle et qu’il eut mar-ché plusieurs fois de long en large sur le quai désert, il gravit la pente sans y penser et se rendit dans la forêt. Il marcha une bonne demi-heure, s’enfonçant toujours de plus en plus dans la forêt et s’arrêta enfin dans un petit sentier. Tout était tranquille, on ne voyait pas même un oiseau, et il n’y avait pas un nuage au ciel. Nagel se retira encore quelques pas à l’écart, chercha une place sèche et s’étendit tout de son long sur le dos. À sa droite il avait le presbytère, à sa gauche la ville, et au-dessus de soi l’immense mer du ciel bleu.

Hein ! si l’on était là-haut, si l’on errait parmi les soleils, si l’on sentait les queues des comètes vous éventer le front ! Comme la terre était minuscule et les hommes petits ; une

 

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Norvège avec deux millions de 14 Sætersdöler et une banque hypothécaire avec des secours alimentaires ! À quoi cela res-semblait-il d’être un homme pour si peu de chose ? On se frayait un chemin en jouant des coudes à la sueur de son front durant quelques pauvres années de poussière, pour, en-suite, périr tout de même, tout de même ! Nagel se frotta la tête. Oh ! il en arriverait à s’expédier hors du monde, pour en finir ! Réaliserait-il jamais sérieusement cette idée ? Oui. Et par le Dieu du ciel, oui ; il ne reculerait pas ! Et dans ce mo-ment il était absolument ravi d’avoir en réserve cette issue si simple ; les larmes lui vinrent aux yeux, d’enthousiasme, et on pouvait presque entendre sa respiration. Il était déjà ber-cé sur la mer du ciel et pêchait avec un hameçon d’argent, en chantant. Et la barque était de bois odoriférant et les rames étincelaient comme des ailes blanches ; quant à la voile, elle était de soie bleu pâle et taillée en croissant de lune…

Une joie frémissante le parcourut, il s’oublia totalement, se sentit transporté et se blottit dans le rayonnement furieux du soleil. Le silence l’enchantait, une satisfaction absolue le possédait, rien ne venait le déranger ; seul, là-haut dans l’air, bruissait un son moelleux, le son de l’énorme pilon broyeur, Dieu qui faisait tourner sa roue. Alentour la forêt ne remuait pas une feuille, pas une aiguille. Nagel se recroquevilla d’aise, remonta les genoux sous lui, et s’ébroua parce que tout était si bon. Une voix l’appela et il répondit : oui ; il se leva sur son coude et regarda autour de soi. Il n’y avait per-sonne. Il dit : oui, encore une fois, et prêta l’oreille, mais per-sonne ne se montra. C’était pourtant étrange, il avait si dis-tinctement entendu quelqu’un l’appeler ; mais il n’y réfléchit

 

14 Paysans-du Sætersdal.

– 80 – pas davantage, ce n’était peut-être qu’un jeu de son imagina-tion, en tout cas il ne voulait pas se laisser déranger. Il était dans un état mystérieux, plein d’une euphorie psychique ; chacun de ses nerfs était éveillé, il percevait de la musique dans son sang, se sentait en famille avec toute la nature, le soleil et les montagnes et tout le reste, le sentiment de sa personnalité l’enveloppait comme un souffle issu des arbres, des mottes de terre et des herbes. Son âme devenait grande et sonore comme un orgue au fond de lui-même et jamais il n’oublia comment la suave musique fluait et refluait positi-vement dans son sang.

Il resta étendu encore quelque temps, à jouir de sa soli-tude. Puis il entendit des pas en bas sur le sentier, des pas réels auxquels il ne pouvait se tromper. Il leva la tête et vit un homme qui venait de la ville. L’homme portait sous le bras un long pain et menait une vache derrière soi avec une corde ; il essuyait constamment la sueur de son visage et il était en bras de chemise à cause de la chaleur, mais il portait néanmoins une épaisse écharpe de laine rouge faisant deux fois le tour de son cou. Nagel resta sans bouger à observer le paysan. C’était bien lui ! C’était le Sæterdöle, le Norvégien, héhé, oui, c’était l’indigène, avec la galette sous le bras et la vache sur les talons ! Ah ! c’était une vision ! Héhéhéhéhé ! Dieu t’assiste, vaillant Viking de Norvège, si tu desserrais un peu ton écharpe et lâchais tes poux ! Tu ne pourrais pas vivre, cela te donnerait de l’air frais et tu en mourrais. Et la presse déplorerait ton décès prématuré et en ferait toute une histoire ; mais pour éviter le retour de pareils accidents le député libéral Vetle Vetlesen déposerait un projet de loi ten-dant à la rigoureuse protection de la vermine nationale.

Dans le cerveau de Nagel d’amères joyeusetés naissaient l’une après l’autre. Il se leva et rentra chez lui de mauvaise

– 81 – humeur et surexcité. Ah ! il avait absolument raison, ce

n’était partout que poux et gammelost15 et catéchisme de Lu-ther. Et les hommes étaient des citoyens de taille moyenne dans des huttes à deux étages ; ils mangeaient et buvaient le strict nécessaire, se régalaient de grogs et de politique élec-torale et commerçaient jour à jour dans le savon noir, les peignes de cuivre et le poisson. Mais la nuit, quand il tonnait, ils étaient couchés et, par pure anxiété, lisaient Johan

Arendt 16. Ah, procurez-nous une seule et unique exception, voyez si c’est possible ! Apportez-nous, par exemple, un crime bien conduit, un péché éminent ! Mais foin de cette ri-dicule et bourgeoise erreur d’ABC, plutôt la rare et horri-fiante débauche, la délicate perversité, le péché royal, plein de la brutale magnificence de l’enfer. Non, tout était mes-quin. Que pensez-vous des élections, Monsieur ? J’ai la plus grande crainte pour Buskerud…

Mais quand Nagel repassa par les quais et qu’il vit au-tour de soi la vie affairée, son humeur s’éclaircit petit à petit, il redevint joyeux et se remit à chanter. Il ne faisait pas un temps à être triste, il faisait beau, un bon temps, une pétil-lante journée de juin. Toute la petite ville s’étalait et res-plendissait au soleil comme une cité enchantée.

Quand il entra dans la porte de l’hôtel, Nagel avait déjà depuis longtemps oublié toute son amertume ; son cœur était sans rancune, de nouveau rayonnait dans son âme l’image d’une barque de bois odoriférant et d’une voile de soie bleu pâle, taillée en croissant de lune…

 

15 « Vieux fromage ». Sorte de fromage très fort et nauséabond.

16 Piétiste auteur de livres édifiants.

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Il conserva sa bonne humeur toute la journée. Il sortit de nouveau vers le soir, prit de nouveau le chemin vers la mer et retrouva les mille petites choses qui le mettaient dans le ravissement. Le soleil déclinait, la brutale et brûlante lumière s’estompait et s’épandait moelleusement sur l’eau ; il n’était pas jusqu’au vacarme venu des navires là-bas qui ne réson-nât plus calmement. Nagel vit que l’on hissait des pavillons ça et là sur la baie, sur plusieurs maisons de la ville aussi on-doyaient des drapeaux et, peu après, le travail s’arrêta sur tous les quais.

Cela n’éveilla en lui aucune idée, il remonta dans la fo-rêt, flâna de long en large, alla jusqu’aux communs du pres-bytère et regarda dans la cour. De là il rentra dans la forêt, s’enfonça dans l’endroit le plus sombre qu’il put trouver et s’assit sur une pierre. Il appuya sa tête sur une main, de l’autre, il tambourinait sur son genou. Il demeura ainsi un long moment, peut-être toute une heure, et quand enfin il se leva et s’en alla le soleil était tout à fait couché. La première teinte de crépuscule avait recouvert la ville.

Une grande surprise l’attendait. En sortant de la forêt il avait découvert une quantité de feux allumés alentour sur les hauteurs, peut-être vingt brasiers qui brûlaient comme de pe-tits soleils dans toutes les directions. Là-bas sur l’eau c’était un fourmillement de barques et, dans ces bateaux, on frottait des allumettes qui brillaient d’une flamme rouge et verte. Et même, de l’un des bateaux où chantait un quatuor vocal, quelques fusées montèrent dans le ciel. Beaucoup de gens étaient sur pied, là-bas sur le quai des vapeurs c’était noir de monde assis ou marchant.

Nagel poussa une petite exclamation de surprise.

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Il s’adressa à un homme et lui demanda ce que signi-fiaient les feux et les drapeaux. L’homme le regarda, cracha, le regarda de nouveau et répondit que c’était le 23 juin, c’était la nuit de la Saint-Jean. Bah ! c’était la nuit de la Saint-Jean ! Au fait, c’était exact, il n’y avait pas à s’y trom-per, cela concordait aussi avec la date. Pensez, la nuit de la Saint-Jean, ce soir, les bonnes choses s’accumulaient, c’était la nuit de la Saint-Jean par-dessus le marché ! Nagel se frotta les mains de contentement et il s’en alla flâner, lui aussi, sur le quai des vapeurs et plusieurs fois il répéta à part soi que c’était une chance non pareille qui lui arrivait.

Dans un groupe de dames et de messieurs il vit de loin l’ombrelle rouge sang de Dagny Kielland et quand il décou-vrit aussi le docteur Stenersen dans le groupe il ne réfléchit pas, mais alla vers lui. Il salua, serra la main du docteur et continua à rester tête nue un long moment. Le docteur le présenta à la société ; Madame Stenersen aussi lui tendit la main et il s’assit à côté d’elle. La dame était pâle et avait un teint cendreux qui la faisait paraître maladive ; mais elle était très jeune, à peine plus de vingt ans. Elle était chaudement vêtue.

Nagel remit sa casquette et dit, en s’adressant à tous :

— Je vous prie de m’excuser de m’introduire dans votre société, de venir ainsi en intrus…

— Mais non, vous nous faites plaisir, interrompit la dame aimablement. Vous pourriez peut-être aussi organiser un chœur !

— Non, j’en suis incapable, répondit-il, je suis aussi peu doué pour la musique que possible.

 

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— Au contraire, c’est très bien que vous soyez venu ; nous étions justement en train de parler de vous, déclara le docteur… Pourtant, vous jouez du violon ?

— Non, répondit de nouveau Nagel en secouant la tête ; et il sourit aussi. Je n’en fais rien. » Mais soudain, sans aucun motif, il se lève et dit, cependant que ses yeux deviennent tout à fait brillants : « Ah ! je suis heureux aujourd’hui. Il a fait un temps si délicieux toute la journée, depuis que je me suis éveillé ce matin ; j’ai marché dans le plus beau des rêves dix heures durant. Pensez donc ; je suis littéralement hanté par l’idée de me trouver dans une barque de bois odoriférant avec une voile de soie bleu pâle, taillée en forme de croissant de lune. N’est-ce pas beau ? Je ne puis décrire le parfum de la barque, j’en serais incapable, quel qu’en fût mon désir, quelle que fût mon habileté à trouver le mot juste. Mais pen-sez, il me semble que je suis en train de pêcher et que j’emploie un hameçon d’argent. Excusez-moi, ne trouvez-vous pas, vous, en tout cas, mesdames, que cela est… Ah ! non, je ne sais pas.

Aucune des dames ne répondit, elles échangeaient des regards embarrassés et s’interrogeaient mutuellement des yeux : que devaient-elles faire ? Finalement elles se mirent à rire, l’une après l’autre ; elles ne montraient aucun ménage-ment, mais riaient aux éclats de toute cette histoire.

Les regards de Nagel allaient de l’une à l’autre, ses yeux étaient encore brillants et, visiblement, il pensait encore à la barque à la voile bleue. Mais, bien que son visage fût calme, ses mains tremblaient un peu.

Le docteur vint à son secours et dit :

— Oui, c’est une sorte d’hallucination qui…

 

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— Non, pardon, répondit Nagel. Oui, d’ailleurs, volon-tiers ; pourquoi pas ? Peu importe comment vous appelez ce-la. J’ai été délicieusement ensorcelé toute la journée, que ce soit ou non une hallucination. Cela a commencé ce matin alors que j’étais encore au lit. J’entendis bourdonner une mouche, ce fut mon premier fait de conscience après que je me fus éveillé ; ensuite je vis le soleil s’infiltrer par un trou du rideau et tout d’un coup un état d’âme délicat et clair na-quit en moi. J’eus dans mon âme la perception de l’été : ima-ginez un suave murmure dans l’herbe et que ce murmure traverse votre cœur. Hallucination… oui c’en pouvait être une, je n’en sais rien ; mais remarquez que je dois avoir été dans un état donné de réceptivité, que j’ai entendu la mouche juste au bon moment, qu’à ce moment j’avais besoin de telle sorte et de telle quantité de lumière, soit un seul rayon de soleil à travers un trou du rideau, et ainsi de suite. Mais, plus tard, quand je me fus levé et que je sortis, je vis d’abord une belle dame à une fenêtre… en même temps il regarda Mademoiselle Andresen qui baissa les yeux… en-suite je vis un grand nombre de navires, puis une petite fille qui tenait un chat dans ses bras, et ainsi de suite, toutes choses qui chacune firent leur impression sur moi. Peu après j’entrai dans la forêt et c’est là qu’il me fut donné de voir la barque et le croissant de lune, rien qu’en restant couché sur le dos et bayant au ciel.

Les dames continuaient à rire ; le docteur aussi semblait près de céder à la contagion de leur ricanement, il dit avec un sourire :

— Alors, c’était avec un hameçon d’argent que vous pê-chiez ?

— Oui, avec un hameçon d’argent.

 

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— Hahaha !

Alors le sang monta soudain au visage de Dagny Kiel-land et elle dit :

— Je puis très bien comprendre qu’une telle image… Pour ma part, je puis voir si distinctement la barque et la voile, ce croissant de lune bleu… et, pensez, un hameçon d’argent, tout blanc, qui descend comme cela dans l’eau ! Je trouve que c’est beau.

Elle ne put en dire davantage, elle bégaya et demeura coite ; elle baissa les yeux et regarda le sol.

Nagel la délivra aussitôt :

— N’est-ce pas ? Je me suis dit aussi à moi-même tout d’un coup : fais attention, ceci est un rêve blanc, un avertis-sement. Que ceci te soit une admonition : pêche avec des hameçons purs, avec des hameçons purs ! Vous demandiez, docteur, si je joue du violon ? Je ne joue pas, pas du tout ; je trimballe une boîte à violon, mais il n’y a même pas de vio-lon dedans, la boîte est pleine de linge sale, hélas ! Je trou-vais simplement que cela devait avoir bon air d’avoir une boîte à violon parmi ses bagages, c’est pour cela que je me la suis procurée. Je ne sais pas si cet aveu vous a donné de moi une trop mauvaise impression ; mais il n’y a rien à y faire, quoique cela me fasse de la peine. C’est d’ailleurs l’hameçon d’argent qui est cause de tout.

Les dames, étonnées, ne riaient plus ; même le docteur, le suppléant Reinert – le suppléant du juge cantonal – et le professeur restaient là tous trois, bouche bée. Tous regar-daient Nagel ; visiblement le docteur ne savait ce qu’il devait penser. Que diable lui prenait-il, à cet individu, cet étranger tombé du ciel. Quant à Nagel, il s’assit tranquillement et ne

– 87 – fit pas mine d’en vouloir dire davantage. Le pénible silence ne semblait pas devoir prendre fin. Mais Madame Stenersen vint à la rescousse. Elle était l’amabilité personnifiée, elle était comme une mère pour tous et veillait à ce que personne ne fût molesté. Elle s’appliqua à plisser le front pour se faire plus vieille qu’elle ne l’était, rien que pour pouvoir donner plus de poids à ses paroles.

— Vous venez de l’étranger, Monsieur Nagel ?

— Oui, Madame.

— De Helsingfors, a dit, je crois, mon mari.

— Oui, de Helsingfors. C’est-à-dire, de Helsingfors en dernier lieu. Je suis agronome, j’ai été quelque temps là-bas à l’école.

Pause.

— Et comment vous plaît la ville ? demanda de nouveau la dame.

— Helsingfors ?

— Non, celle-ci.

— Oh ! c’est une ville excellente, un endroit enchanteur ! Je ne veux plus partir d’ici, non, réellement je ne le veux plus. Héhé ! ne vous laissez pas trop effrayer, du reste, je partirai peut-être tout de même un jour, cela dépend des cir-constances… À propos, dit-il alors en se relevant, si je vous ai dérangés en venant ici, je vous en demande infiniment pardon. Le fait est que je serais très content de pouvoir m’asseoir ici et rester dans votre société. Je n’ai, à vrai dire, que fort peu de personnes que je puisse fréquenter et je suis étranger pour tous, aussi me suis-je habitué à parler beau-

– 88 – coup trop avec moi-même. Vous me ferez plaisir en oubliant complètement que je me trouve parmi vous et en continuant à causer entre vous comme avant mon arrivée.

— Vous avez pourtant vraiment apporté quelque diver-sion depuis votre arrivée, dit Reinert, d’un ton haineux.

À quoi Nagel répondit :

— Oui, à vous, monsieur le suppléant, j’ai une excuse particulière à demander et je veux vous donner toute satis-faction que vous puissiez exiger ; mais pas maintenant. N’est-ce pas ? Pas maintenant ?

— Non, cela n’est pas de mise ici, dit aussi Reinert.

— Je suis d’ailleurs joyeux aujourd’hui, continua Nagel, et un chaud sourire voltigea sur son visage. Ce sourire ren-dait son visage plus clair, il eut, un moment, l’air d’un en-fant… C’est une soirée merveilleuse que nous avons et bien-tôt s’allumeront les étoiles. Des feux brûlent du haut en bas des collines et, là-bas, en mer, nous entendons des chants. Écoutez donc ! Ça n’est pas si mal. Je ne m’y entends pas le moins du monde ; mais n’est-ce pas assez bien ? Cela me rappelle un peu une nuit en Méditerranée, sur la côte de Tu-nisie. Il y avait bien cent passagers à bord, un chœur vocal qui venait de quelque part en Sardaigne. Je n’appartenais pas à la société et ne savais pas chanter, j’étais simplement assis sur le pont à écouter pendant que le chœur chantait en bas dans le salon. Cela dura presque toute la nuit ; je n’oublierai jamais la belle résonance de ce chant dans la nuit étouffante. Je fermai en cachette toutes les portes du salon, j’enfermai hermétiquement le chant, pour ainsi dire, et ce fut comme si le son venait du fond de la mer, comme si le navire eût dû entrer dans l’éternité au son de la musique. Imaginez

 

– 89 – quelque chose dans le genre d’une mer pleine de chant, d’un chœur infraterrestre.

Mademoiselle Andresen, qui était assise le plus près de Nagel, dit spontanément :

— Ah ! Dieu ! comme ce devait être délicieux !

— Je n’ai entendu qu’une fois quelque chose de plus beau, et c’était en rêve. Mais il y a maintenant longtemps que j’ai rêvé cela, c’était quand j’étais enfant. On ne fait plus d’aussi beaux rêves quand on devient grand.

— Vraiment non ? dit la demoiselle.

— Oh ! non. Ah ! c’est naturellement une exagération, mais… Je me rappelle encore si distinctement mon dernier rêve : Je vis un vaste marais… Excusez-moi d’ailleurs, je parle tout le temps et je vous importune en vous forçant à m’écouter. Cela peut devenir par trop ennuyeux à la longue. Je ne parle pas toujours autant.

Alors Dagny Kielland ouvrit la bouche et dit :

— Il n’est certes personne ici qui ne préfère vous écou-ter que de raconter soi-même quelque chose… Et, se pen-chant vers Madame Stenersen, elle murmura : Ne pouvez-vous l’amener à continuer ? Dites, faites-le. Écoutez seule-ment la voix qu’il a.

Nagel dit avec un sourire :

— C’est bien volontiers que je continuerai à divaguer. Somme toute je suis dans cette disposition ce soir, Dieu sait ce qui me prend… Bah ! du reste, ce petit rêve n’était rien. Je vis donc un vaste marais sans arbres, avec seulement toute une masse de racines qui s’étendaient alentour de tous les

– 90 – côtés comme des serpents étrangement contorsionnés. Un fou errait parmi toutes ces racines tortues. Je le vois encore, il était pâle et avait une barbe brune, mais la barbe était si maigre et clairsemée que partout son visage apparaissait au travers. Il fixait tout autour de soi des yeux grands ouverts, remplis de souffrance. J’étais caché derrière une pierre et je l’appelai. Tout à coup il regarda vers la pierre, sans un mou-vement de surprise en découvrant d’où venait l’appel ; c’était comme s’il eût bien su que je me tenais précisément à cet endroit, quoique je fusse bien caché. Il continuait à fixer la pierre tout le temps. Je pensai : il ne me trouvera tout de même pas et, au pis aller, je puis bondir et me sauver s’il vient vers moi. Cela ne me plaisait guère qu’il me regardât, je l’appelai de nouveau pour le taquiner. Il fit quelques pas vers moi, il avait la bouche ouverte, prête à mordre ; mais il n’avança pas, les racines s’amoncelèrent devant lui, il fut ac-cablé à terre sous les racines et ne put bouger de place. J’appelai encore ; j’appelai plusieurs fois de suite, pour l’exaspérer de la belle manière, et il se mit à travailler pour se débarrasser des racines, il les rejetait à pleines brassées et faisait d’énormes efforts pour me joindre ; mais c’était en vain. Il commença aussi à gémir, si haut que le bruit s’en fai-sait entendre jusqu’à moi et ses yeux étaient fixes, de dou-leur. Mais, quand je vis que j’étais si parfaitement en sécuri-té, je me levai, agitai ma casquette et me montrai à lui de toute ma hauteur et l’agaçai en lui criant : Hallo ! sans re-lâche, en frappant la terre du pied et criant encore : Hallo ! Je m’approchai même de lui pour l’irriter encore plus cruel-lement, je tendis les doigts en le montrant et criai : Hallo ! à proximité outrageante de son oreille, pour le faire sortir de ses gonds encore un peu plus, si possible ; là-dessus je recu-lai et le laissai là à constater que j’avais été si près de lui. Mais il n’abandonna pas encore tout espoir, il continua à lut-

 

– 91 – ter avec les racines, endurci par la douleur, il peina pour les écarter, s’écorcha au sang, se frappa le visage, se dressa sur les orteils et poussa des cris vers moi. Oui, imaginez-vous, il se tenait tout droit sur ses orteils, me regardait et criait. Et son visage était ruisselant de sueur et contracté par une ef-froyable souffrance parce qu’il ne pouvait pas m’attraper. Je voulus le pousser encore un peu plus à bout, je m’approchai encore, fis claquer mes doigts droit devant son nez et dis : Ti hi hi hi hi ! avec la plus cruelle dérision. Je lançai une racine sur lui, je l’atteignis à la bouche, je réussis à le faire presque culbuter ; mais il se contenta de cracher du sang, porta la main à sa bouche et se remit à batailler avec les racines. Alors je pensai que je pouvais oser, j’étendis la main pour l’atteindre, je voulais lui poser le doigt en plein sur le front, puis me retirer. Mais au même moment il me saisit. Grand Dieu ! comme c’était terrifiant quand il me saisit ! Il fit une prise furieuse et se cramponna à ma main. Je poussai un cri ; mais il se contenta de me tenir par la main, puis il me suivit. Nous sortîmes du marais, les racines ne lui voulaient plus aucun mal après qu’il m’avait pris la main, et nous arrivâmes à la pierre où je m’étais caché d’abord. Quand nous arri-vâmes là l’homme se jeta à terre et baisa le sol où j’avais marché ; il était à genoux devant moi, sanglant et déchiré, et me remerciait d’avoir été bon envers lui, il me bénissait aussi et priait Dieu de me bénir en récompense. Ses yeux étaient francs et pleins de bonnes prières à Dieu pour moi et ce n’était pas ma main qu’il baisait, ni même mon soulier, mais la terre où avaient marché mes souliers. Je dis : « Pourquoi baises-tu la terre précisément là où j’ai marché ? – Parce que, dit-il, parce que ma bouche saigne, et je ne veux pas salir tes souliers. » Il ne voulait pas salir mes souliers ! Alors je dis encore : « Mais pourquoi me remercies-tu, alors que je t’ai fait du mal et que je t’ai causé de la souffrance ! – Je te re-

 

– 92 – mercie, dit-il, de ne pas m’avoir causé plus de souffrance, d’avoir été bon envers moi et de ne pas m’avoir martyrisé encore davantage. – Oui, dis-je alors, mais pourquoi as-tu crié vers moi et ouvert la bouche pour me mordre ? – Je ne voulais pas te mordre, répondit-il, j’ouvrais la bouche pour te demander secours ; mais je ne suis pas arrivé à parler et tu ne m’as pas compris. Alors j’ai crié à cause de ma très grande souffrance. – Était-ce pour cela que tu criais ? de-mandai-je de nouveau. – Oui, c’était pour cela !… Je regardai le fou, il crachait encore du sang mais n’en priait pas moins Dieu pour moi ; je compris que je l’avais déjà vu et que je le connaissais ; c’était un homme entre deux âges avec des cheveux gris et une petite barbe misérable… c’était Minûte.

Nagel se tut. Une commotion parcourut le groupe. Le suppléant Reinert baissa les yeux et regarda par terre un long moment.

— Minûte ? Était-ce lui ? demanda Madame Stenersen.

— Oui, c’était lui, répondit Nagel.

— Oh ! vous me donnez presque des idées sinistres.

— Pensez, je le savais ! dit Dagny Kielland tout à coup… Je l’ai reconnu, dès le moment où vous avez dit qu’il s’agenouillait et baisait la terre. Je vous assure que je l’ai re-connu. Avez-vous causé un peu longuement avec lui ?

— Oh ! non, je ne l’ai rencontré que deux ou trois fois… Mais, dites, il semble que j’ai gâté votre bonne humeur ; Ma-dame, vous êtes toute pâle ! Que diable… mais ce n’était qu’un rêve !

— Non, ceci ne va pas ! dit le docteur, à son tour. Que diable nous fiche que Minûte… laissez-le baiser toutes les

 

– 93 – racines de Norvège, pour ce qui est de ça. Voyez, voilà même Mademoiselle Andresen qui pleure. Hahahah !

— Je ne pleure pas du tout, répondit-elle ; cela ne me viendrait pas à l’idée. Mais j’avouerai volontiers que ce rêve m’a impressionnée. Et je crois d’ailleurs qu’il vous a impres-sionné aussi.

— Moi ? cria le docteur. Pas la moindre trace, naturel-lement ! Hahaha, je crois que vous devenez fous. Allons, marchons un peu. Tout le monde debout ! L’air commence à s’agiter. As-tu froid, Jetta ?

— Non, je n’ai pas froid, restons assis, répondit la dame.

Mais le docteur était enragé pour marcher ; il voulait ab-solument marcher ; l’air s’agitait, dit-il encore une fois, et quand bien même il serait seul, il voulait se donner du mou-vement. Nagel se leva et l’accompagna.

Ils parcoururent le quai de long en large plusieurs fois, fendant la foule, bavardant et répondant au salut des gens. Ils marchèrent peut-être une demi-heure de cette manière, puis Madame Stenersen leur cria :

— Allons, revenez donc, à la fin !… Savez-vous ce que nous avons inventé en votre absence ? Nous avons décidé de donner une grande soirée chez nous demain. Et vous, Mon-sieur Nagel, il faut absolument que vous veniez ! Mais vous saurez que, par une grande soirée chez nous, on n’entend pas autre chose que le moins possible de nourriture et de boisson…

— Et le plus possible de tapage, interrompit le docteur gaiement. Oui, je connais cela. Mais ce n’est pas une mau-vaise invention ; tu as fait pis que cela, Jetta… Le docteur

 

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était tout à coup devenu de bonne humeur et il rit avec bon-homie, de tout son visage, à la perspective de cette soirée. « – Mais ne venez pas trop tard, dit-il, et plaise à Dieu qu’on ne m’appelle pas auprès d’un malade.

— Mais, puis-je me présenter dans ce costume ? deman-da Nagel. Je n’en ai pas d’autre.

Tout le monde rit et Madame Stenersen répondit :

— Naturellement. C’est tout à fait amusant.

En rentrant, Nagel se tint à côté de Dagny Kielland. Il n’avait fait aucun effort pour arriver à se trouver là, cela s’était fait absolument par hasard ; la demoiselle ne fit rien non plus pour l’éviter. Elle venait justement de dire qu’elle se réjouissait déjà de la soirée de demain parce que c’était tou-jours si agréable et peu guindé chez les « Docteur », c’étaient des gens si charmants, ils s’entendaient si bien à rendre les choses amusantes… alors Nagel dit tout à coup à voix basse :

— Puis-je espérer, Mademoiselle, que vous m’avez par-donné ma terrible extravagance de l’autre fois dans la forêt !

Il parlait avec véhémence, presque dans un murmure, et la jeune fille fut forcée de répondre.

— Oui, dit-elle, maintenant je comprends mieux votre conduite de ce soir-là. Vous ne devez pas être tout à fait comme tous les autres hommes.

— Merci ! murmura-t-il. Ah ! oui, je vous remercie comme jamais je n’ai remercié dans ma vie ! Ah ! pourquoi ne suis-je pas comme les autres hommes ? Sachez, Made-moiselle, que j’ai fait des efforts toute la soirée pour adoucir l’impression première que vous avez dû avoir de moi. Je n’ai

– 95 – pas dit un mot qui ne fût à votre intention. Que dites-vous de cela ? Songez-y, je vous avais grandement offensée et il me fallait essayer quelque chose. Je confesse que j’ai vraiment été dans un état d’âme un peu insolite toute la journée ; mais je me suis fait toutefois sensiblement pire que je ne suis et j’ai joué un rôle suspect presque tout le temps. Il s’agissait en effet pour moi de vous amener à croire que je suis réelle-ment un peu capricieux, que j’ai l’habitude de commettre de bizarres inconvenances ; par là j’espérais vous amener à m’excuser d’autant plus facilement. C’est aussi pour cela que je me suis imposé en temps et lieu inopportuns avec mes rêves, que j’ai montré mon faible au sujet d’une boîte à vio-lon, que j’ai volontairement dévoilé une de mes extrava-gances, ce que je n’étais pas obligé de faire…

— Pardon ! interrompit vivement la jeune fille, mais pourquoi me racontez-vous tout ceci et gâtez-vous de nou-veau les choses ?

— Non, je ne les gâte pas. Vous le comprendrez quand je vous raconterai que l’autre fois dans la forêt j’ai cédé à une impulsion de méchanceté, en courant après vous. Ce n’était qu’un besoin subit de vous effrayer parce que vous vous sau-viez. Cette fois-là, il est vrai, je ne vous connaissais pas. Mais si je vous raconte maintenant que je suis exactement comme les autres hommes, vous le comprendrez aussi. Ce soir je me suis rendu ridicule et j’ai étonné toute une société par la conduite la plus excentrique, uniquement dans le dessin de vous radoucir assez pour que vous consentiez en tout cas à m’écouter quand j’en viendrais à m’expliquer. J’ai atteint ce résultat, vous m’avez écouté et vous avez tout compris.

 

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— Non, je dois vraiment avouer que je ne vous com-prends pas tout à fait. Mais peu importe, je ne vais pas me casser la tête là-dessus…

— Non, naturellement, pourquoi vous mettriez-vous à étudier cette question ? Mais, n’est-ce pas, cette soirée de demain a été décidée parce que vous croyiez tous que j’étais un monsieur anormal dont on pouvait attendre bon nombre de choses singulières ? Je vais peut-être vous décevoir, je di-rai peut-être seulement : « ah » et « oui », peut-être ne vien-drai-je pas. Dieu seul le sait.

— Si, il faut venir, naturellement.

— Le faut-il ? dit Nagel, et il regarda Dagny, qui n’en dit pas davantage. Ils continuèrent à marcher côte à côte. Ils étaient arrivés au chemin du presbytère. Mademoiselle Kiel-land s’arrêta. Elle éclata de rire et dit :

— Non, jamais je n’ai entendu chose pareille ! Et elle se-coua la tête.

Elle se mit à attendre le reste de la société qui était de-meurée en arrière. Nagel voulait demander s’il pouvait l’accompagner jusque chez elle ; il était sur le point de l’oser, mais au même moment, la jeune fille se détourna de lui et cria au professeur :

— Venez donc, professeur, venez donc ! Et elle agita vi-vement la main pour le faire presser.

 

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