No right to love you T3 : Kennedy

Dana L. · Chapitre 11 sur 34

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No right to love you T3 : Kennedy

Chapitre 10

 

 

Ronan

Ça fait à peine cinq minutes que je suis monté dans la bagnole d’Aly et Lauren me bombarde déjà de SMS. Elle veut savoir si notre absence va s’éterniser. Si nous sommes toujours tous les trois.

En gros, elle me saoule.

J’ai presque envie de lui rétorquer que Kennie nous a rejoints, de me foutre la paix, que je suis bien trop occupé à embrasser la seule femme que j’aime pour prendre le temps de lui répondre.

Au moins, sa jalousie aurait lieu d’être. Jusqu’à présent, ce n’est pas le cas, alors qu’elle arrête un peu son cinéma ! Tout ce qu’elle risque de gagner, c’est que je me barre, même si je ne le désire pas.

Elle représente toujours la stabilité dont j’ai besoin dans ma vie. Celle avec qui je partage mon quotidien. Mes rêves et mes espoirs, mais aussi mes coups de cafard. Elle pourrait s’apparenter à une meilleure amie avec des avantages en nature, bien que j’en profite beaucoup moins depuis que j’ai revu Kennie.

Cependant, au lieu de répondre à ses messages, je range mon téléphone dans la poche de mon jean. Qu’il vibre autant qu’il le souhaite, je ne m’abaisserai pas à entrer dans son jeu. On en rediscutera quand on sera face à face.

Quand la radio diffuse la dernière chanson des OC3, Lou se penche vers l’autoradio et augmente le son. Les deux femmes de mes potes se mettent alors à chanter les paroles à tue-tête.

Bordel, elles vont me tuer tellement c’est faux !

Plutôt que de supporter cette cacophonie, je ferme les yeux et me concentre uniquement sur la voix de Kennie. Toujours aussi puissante. Toujours aussi juste. Son timbre m’envoûte. Me fait vibrer.

Je nous imagine sur scène, ma gratte entre mes mains, nos regards plongés l’un dans l’autre… comme avant que tout déraille.

Aurais-je dû me battre bien plus tôt pour ne jamais la perdre ?

La question ne se pose même pas. La réponse, je la connais par cœur.

Affirmatif, mon capitaine.

Si je n’avais pas été aussi lâche, si je n’avais pas eu la trouille de me retrouver seul, de replonger dans l’horreur qu’est la perte d’un être cher, alors nous serions sûrement heureux tous les deux. C’est elle qui m’aurait passé une laisse autour du cou. Le pire, c’est que je l’aurais accepté sans broncher. Pas comme Lauren. Avec elle, j’ai de plus en plus de mal à ce qu’elle me flique en permanence. J’ai hâte qu’on parte en tournée, même si ce n’est pas pour tout de suite.

D’après ce que j’ai compris, Malone en a organisé une qui devrait débuter dans un mois et demi. Il espère que Norah et moi serons prêts. Mais si ce n’est pas tout à fait le cas, nous n’aurons qu’à jouer les morceaux que nous maîtrisons. C’est ce qu’il nous a dit, pas plus tard qu’avant-hier, quand il nous a réunis tous les deux pour en discuter.

Quelqu’un frappe à la vitre passager. Surpris, je bondis sur le siège et ouvre les yeux. Je réalise alors que nous sommes arrivés et que les filles sont déjà sorties. Je frotte mes yeux pour revenir à la réalité, puis tourne la tête vers l’intrus. Aly se tient tout près de la portière, un air railleur accroché sur son visage de poupée.

— On a cru que tu t’étais endormi, me chambre-t-elle, au moment où j’ouvre.

— Ouais… Non. J’étais juste plongé dans mes pensées.

— C’est ce que je lui ai dit, mais elle n’a pas voulu me croire, déclare Lou, en souriant à son amie, genre de dire « j’avais raison, nananère. »

Ouais, bon, d’accord, le dernier mot est peut-être de trop. Mes deux amies ne sont plus des gamines depuis longtemps.

— Il aurait pu s’endormir aussi. Ils ont dû bosser comme des malades aujourd’hui. Et hier, ils étaient déjà en train de travailler ce nouveau morceau. D’ailleurs, vous avancez bien ? J’ai tellement hâte de l’entendre.

— Ouep. On se débrouille plutôt pas mal. Je suis super content de remettre les textes de Kenan en musique. Je l’avoue, ça m’avait manqué.

— Nous, c’est toi qui nous as manqué. Les OC3, sans toi, ce n’est pas tout à fait la même chose, me sourit Aly, avant de m’offrir un câlin digne de ce nom.

Dès qu’elle me relâche, elle s’accroche à mon bras et m’entraîne ainsi vers les portes du supermarché.

Lou nous rejoint quelques secondes après, en poussant un chariot.

Pendant qu’elles le remplissent, passant de rayon en rayon, j’endosse le rôle de figurant. J’en viens même à me demander pourquoi elles ont réclamé ma présence. Visiblement, elles n’ont pas du tout besoin de moi.

— Franchement, les filles, vous pouvez me dire à quoi je sers ? finis-je par leur demander alors que Lou pose un deuxième pack de six dans le chariot.

Penchée au-dessus du caddie, elle s’immobilise. Seul son regard se montre encore actif quand il va à la rencontre de celui d’Aly.

— Vous n’aviez pas vraiment besoin de moi. C’est un piège, c’est ça ?

Si j’en crois leur attitude, elle semble avoir des choses à me dire, mais aucune des deux ne sait comment aborder le sujet.

— C’est au sujet de Lauren ?

Les deux secouent la tête, mais pas dans le même sens. Lou, qui s’est redressée, confirme quand sa copine infirme.

Super, je suis bien barré comme ça ! Ça ne va pas vraiment me faire avancer.

— Vous savez que vous pouvez tout me dire. Je vous rappelle qu’on se connaît depuis des années. Et même si on ne s’est pas trop vu ces derniers temps, ça ne change rien à notre amitié. Donc, balancez ce que vous avez à me dire qu’on en finisse.

Les deux jettent un coup d’œil autour d’elles. Que cherchent-elles ? L’absence d’oreilles indiscrètes ? Certes, il y a foule à cette heure et j’ai bien remarqué certains chuchoter sur le passage des filles, mais je ne pense pas que quelqu’un s’immisce dans notre conversation.

— Kennie dîne avec nous, commence Lou.

Super ! Ça risque d’être chaud chez mes potes. Lauren a intérêt à se tenir tranquille. Peut-être devrais-je revenir sur ma décision.

— T’as pas envie de la voir, c’est ça ? demande Aly.

— Quoi ?!

— Ta grimace. T’as pas l’air enchanté qu’elle soit présente.

— Ce n’est pas ça.

— Alors, quoi ? rebondit Lou, en me dévisageant.

Mal à l’aise, je fixe un point imaginaire sur ma gauche.

— C’est… Je…

Les mots restent coincés dans ma gorge. Que puis-je leur dire sans me faire griller ? Comment réagiront-elles quand elles apprendront que j’ai agi comme le pire des salopards avec leur belle-sœur ?

— Tu sais ce qu’elle a voulu savoir quand je l’ai invitée ? demande Lou.

Je secoue la tête de droite à gauche. Comment le pourrais-je ?

— Si tu serais présent. Tout comme toi, elle n’avait pas l’air d’être enchantée de se retrouver à la même table que toi.

— Du coup, que s’est-il passé entre vous ? me questionne Aly.

Lèvres pincées, je joue avec les muscles de ma mâchoire.

— Nous ne sommes pas ses frères, tu peux tout nous dire.

— Mais vous êtes leurs meufs, répliqué-je du tac au tac.

Synchros, elles haussent toutes les deux leurs sourcils, probablement surprises de ma répartie.

— Tu crois vraiment qu’on ne sait pas tenir notre langue ? s’insurge Lou.

— Est-ce qu’on t’a déjà prouvé qu’on était des balances ? Tu veux que je te rafraîchisse la mémoire ? Si les doubles se sont toujours doutés qu’il y avait quelque chose entre vous, je suis la seule au courant de vos petites excursions pour aller voir River. Et Lou et moi sommes les seules à savoir que vous avez déjà couché ensemble. Alors, oui, tu peux nous faire confiance. En revanche, j’espère pour toi que tu n’as pas fait le con avec elle…

Sa menace ne m’échappe pas. Si elle apprend que j’ai blessé sa meilleure amie, Aly me tombera dessus et me fera regretter mon erreur. Lou, dont les yeux naviguent entre nous, certainement aussi.

— Ça ne vous regarde pas, grogné-je face à la culpabilité qui s’empare de moi.

— Très bien… Réponds juste à ma question, dans ce cas. Y a quoi exactement entre Lauren et toi ? Non, parce que tu vois, Kenan et Kane sont loin d’être cons. Ils ont bien remarqué la manière dont Kennie et toi vous vous regardiez les deux fois où vous vous êtes trouvés dans le bureau de Rob.

J’étouffe un rire.

— Et ils ont vu quoi, au juste ?

— Deux ex prêts à s’entretuer ou à se sauter dessus.

— C’est texto ce qu’ils nous ont dit, précise Lou.

— Sans compter, tes petites confidences à Kane qu’il s’est fait un plaisir de me rapporter. D’ailleurs, méfie-toi, il ne va pas te lâcher.

De plus en plus mal à l’aise, je glisse mes doigts dans mes cheveux.

— Je tiens à Lauren, avoué-je dans un chuchotement.

— Mais tu ne l’aimes pas… J’ai raison, n’est-ce pas ? demande celle qui me connaît le mieux, en accrochant son regard vert foncé au mien.

Je secoue imperceptiblement la tête.

— Non, lâché-je dans un souffle.

— Et Kennie ? me demande à son tour Lou.

— J’en suis toujours aussi dingue, leur confié-je en détournant la tête, honteux de leur révéler mes sentiments.

Un lourd silence s’abat entre nous. Seul le brouhaha des clients se fait encore entendre. Les filles m’observent, je le perçois à la brûlure de leurs regards sur mon visage.

— D’accord, reprend Aly. Je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, mais je veux bien t’aider si tu désires être avec elle. Mais il va falloir que tu sois honnête avec Lauren et que tu rompes avec elle. Quant à Kenan et Kane et au fait qu’ils acceptent que leur meilleur pote sorte avec leur frangine, Lou et moi nous chargerons de leur faire accepter.

— Ce n’est pas si simple que ça. Non seulement je flippe à mort de me retrouver seul, mais en plus j’ai grave merdé. Kennie me déteste.

Les deux me flinguent du regard.

— J’espère pour toi que ce n’est pas irrécupérable, grogne Aly.

— Mais ça ne change rien au fait que si tu veux être avec elle, tu peux compter sur nous. Maintenant, c’est à toi de voir si tu veux vivre une vraie histoire comme tes deux meilleurs amis ou si tu préfères te cacher dans tes mensonges avec Lauren.

— Ouais, Lou a raison. Le seul truc que je te demande, c’est de ne plus jamais déconner avec Kennie. Sinon, crois-moi, que je ne laisserai pas passer et que je me ferai un plaisir de tout rapporter à Kane.

Incapable de répondre, je me contente de bouger les épaules et la tête un peu dans tous les sens. J’ai besoin de réfléchir à ce que je désire réellement. Continuer à suivre ma tête ou enfin écouter mon cœur. Cœur qui saigne depuis si longtemps, maintenant.

— De toute façon, même si je quitte Lauren, rien ne me dit qu’elle voudra encore de moi. Je n’oublie pas qu’elle a déjà un mec, pensé-je à haute voix.

Au moment où je réalise que j’ai parlé tout haut, je jette un œil à mes complices de courses. Occupées à remplir à nouveau le caddie, elles ne m’ont pas entendu.

Ouf !

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