No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 24
Kennedy
— J’arrête ! J’en ai marre !
— Qu’est-ce qui te prend, Kennedy ?! On était presque au point, gronde l’ingénieur du son, mécontent que je sabote son travail.
Je me contrefiche de son humeur. Ce n’est pas lui qui doit supporter les regards lourds de sens de Ronan. Non, c’est juste moi et ça me trouble tant que je ne suis plus capable de maintenir une note.
Cette situation m’épuise. Je rêve de rentrer en Irlande, de me lover dans les bras d’Aaron. Je voudrais qu’il m’aide à oublier que mes nuits sont peuplées de rêves érotiques dont Ronan en est le héros. Qu’il me soutienne quand je perds la force de lutter contre mes sentiments. Qu’il me rassure en me disant que je ne suis pas responsable de tout ce fiasco. C’est tellement plus facile de garder les distances avec quelqu’un que l’on juge coupable.
Seulement, depuis qu’il a quitté ma suite, il y a quinze jours déjà, mais surtout depuis que j’ai parlé à mes jumeaux, toutes mes certitudes ont vacillé. Je crois que ce qui m’a fait le plus mal, c’est le regard que Kane a posé sur moi quand il a compris que je leur avais caché ma grossesse. Selon lui, je suis responsable de cette distance entre Ronan et moi. Il aurait suffi d’un simple mot de ma part pour qu’il discute de tout ça avec son meilleur ami et qu’il le ramène à la raison, c’est exactement ce qu’il m’a dit. D’autant plus qu’il connaît les peurs de Ronan pour avoir subi quasiment les mêmes et les subir encore parfois. J’ai eu beau lui dire que je n’avais pas voulu mettre Ronan en porte-à-faux avec eux, il n’a pas voulu en démordre. Je sais aussi que mes jumeaux se sentent en partie responsables de notre éloignement. S’ils ne lui avaient pas infligé ce code d’honneur, nous n’en serions pas là.
Bref. L’ambiance est assez tendue au sein du groupe. Seule Norah arrive encore à maintenir notre dynamique. Elle se montre pétillante, rassemble les esprits dès que nous nous égarons. Je ne la connaissais pas, mais c’est une fille vraiment géniale.
Quant à Blue, il ne se mêle pas de nos affaires. Parfois, j’ai l’impression qu’il est bien trop préoccupé pour s’intéresser à nos vies. D’ailleurs, il ne sort même plus quand nous nous rendons en boîte après certains concerts Je suppose qu’il traîne avec notre manager, puisque lui aussi a décidé de bouder nos soirées de décompression.
— T’as l’intention d’aller où ?
La voix de Malone me renvoie à la réalité. Je réalise alors que j’ai déjà quitté la scène, malgré les protestations de l’ingénieur du son.
Je relève les yeux vers notre manager. Les bras croisés sur son torse, un sourcil arqué, il attend ma réponse.
— J’ai besoin de me reposer, râlé-je.
— Te reposer ? Tu ne te fous pas un peu de ma gueule ?! Tu passes la majorité des journées enfermée dans tes suites et n’en ressors que lorsque c’est strictement nécessaire.
— Et alors ?!
— Et alors ? Par ton comportement, tu alimentes la presse à scandale. Certains se demandent ce qu’il s’est passé avec tes frères pour qu’ils ne t’aperçoivent plus avec eux. D’autres se questionnent sur une éventuelle relation cachée entre Blue et toi qui aurait mal fini.
— Mais qu’ils aillent se faire foutre ! Ça ne les concerne en rien !
Probablement excédé par ma réaction virulente, Malone souffle lourdement.
— T’as raison, ça ne les regarde pas. En revanche, moi, ça me concerne. Je n’ai pas envie que cette tournée devienne un désastre et je tiens moins à ce que R nous plante.
— Je n’ai rien à voir dans cette histoire, alors garde tes commentaires pour toi, Malone ! se défend le beau guitariste dans mon dos.
— Rien à voir ? T’en es sûr ? lui demande Malone en me contournant pour monter sur scène et s’ériger devant Ronan.
Je me tourne. Au moment où mon regard croise celui de ce dernier, mon cœur s’affole. J’aimerais tellement ne plus rien éprouver pour lui… ou juste de la colère comme avant. Ça me convenait très bien.
— J’attends, R ! Dois-je te rappeler que tu as raté plusieurs accords sur scène lors des deux concerts précédent ? Tu veux vraiment qu’on te catégorise comme le pire guitariste de tous les temps ? T’as envie de te faire virer ?
Mes frères s’agitent. Cette situation leur déplairait au plus haut point. Leur meilleur ami est revenu et ils n’ont plus envie de le lâcher. Ce que je comprends dans un sens, le groupe, c’est nous quatre, avant tout le reste.
— Tu veux vraiment ma réponse ? Très bien, la voilà !
Ronan dresse son majeur sous le nez de notre manager.
— Parfait ! Vous deux, suivez-moi dans la loge, nous ordonne-t-il en nous désignant tour à tour. Quant à vous autres, continuez les balances.
— C’est bon, Malone, lâche-nous la grappe ! grogne Ronan qui ne semble pas ravi de devoir se retrouver avec moi.
Du moins, c’est ainsi que j’interprète le regard qu’il pose sur moi. Mes frères m’ont assuré que Ronan me laissait juste de l’espace, mais que ça ne changeait rien à ses sentiments. À cet instant précis, je n’en suis pas convaincue. Mais alors, pas du tout.
— Je suis peut-être ton pote depuis une décennie, mais là, tout de suite, c’est à ton manager que tu as affaire. Donc, bouge, c’est un ordre !
De mauvaise grâce, Ronan pose sa guitare et descend de scène.
Cinq minutes plus tard, Ronan à un bout de la pièce, moi à l’autre, nous observons Malone faire les cent pas devant nous. Aucun mot n’est échangé, nous attendons simplement que notre manager brise le silence.
— Vous faire bosser ensemble n’était peut-être pas l’idée du siècle, finit-il par lâcher.
— Tu crois ? ironise Ronan, ce qui lui vaut aussitôt un regard noir de Malone.
Ce dernier se gratte la tempe et semble se perdre dans de nouvelles réflexions intenses.
— Pas vraiment, en fait. Je me souviens de vos débuts, de vos jeux de scène et tout… Vous formiez un duo parfait. Quelques moments inoubliables de cette époque me prennent en traître en remontant à la surface, sans que je ne leur ai demandé quoi que ce soit. Quand je porte mon regard vers Ronan, je constate à son léger sourire que je ne suis pas la seule à me remémorer nos premières scènes.
— J’aimerais beaucoup que vous retrouviez votre complicité.
— C’est impossible, rétorqué-je.
— Elle a raison, confirme Ronan.
— Je ne sais pas ce qui s’est passé entre vous, et le manager que je suis à cet instant s’en fiche comme de l’an quarante. Par contre, vous allez devoir faire un effort, car, je me répète, je n’ai aucune envie que vous plantiez votre tournée. Pour être plus concis, je ne tiens absolument pas à réparer vos conneries par la suite, c’est compris ?! tonne-t-il.
Comme deux enfants en train de se faire réprimander, nous baissons la tête et confirmons.
— Très bien. Alors, démerdez-vous comme vous voulez, mais cessez de vous faire la gueule. Rapprochez-vous et retrouvez-moi votre putain de complicité ! Et si jamais l’un de vous a besoin de se confier à un ami, vous pouvez venir me voir quand vous le souhaitez. Je ne suis pas les O’Connor, je n’en défendrai pas plus l’un au détriment de l’autre.
Un téléphone sonne. Ce n’est pas le mien, vu que je l’ai laissé à l’hôtel.
— Malone Kavanagh, j’écoute, annonce-t-il en décrochant le sien.
Il fronce les sourcils et nous informe d’un signe de la main qu’il revient.
À peine a-t-il quitté la loge que j’entends le bruit caractéristique d’une clé qu’on tourne dans la serrure.
— Je rêve ou il nous a enfermé ?!
— Tu ne rêves pas, répond Ronan, en affichant un sourire en coin qui me déroute.
Oh bon sang ! Pourquoi a-t-il fait ça ? J’espère qu’il va vite venir nous ouvrir. Il est hors de question que je passe plus de temps que nécessaire auprès de Ronan. Je ne le supporterai pas. Ni mon cœur. Ni ma raison. Encore moins ma libido.
Qu’est-ce que je raconte ? Que viennent faire mes hormones dans cette histoire ? Rien. Absolument rien… Enfin, presque rien si je veux être honnête avec moi-même. Ça fait un moment que je n’ai pas couché avec un homme et j’avoue que depuis quelques jours, je commence à être en manque. À moins que ce soit à cause de… À moins que rien du tout !
Un lourd silence s’abat sur la pièce. Le temps s’écoule dans une lenteur insoutenable. Plus les minutes défilent et plus j’ai l’impression que Malone s’est absenté depuis une éternité. Quand rapplique-t-il, bon sang ? Sérieusement, ce n’est plus drôle !
Alors que j’ai le regard baissé, à observer ma manucure, j’aperçois l’ombre de Ronan un peu trop près de moi. Je me redresse aussitôt et ses yeux rencontrent les miens.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je me suis dit qu’il y avait peut-être une caméra dans la loge et que Malone nous surveillait. Alors, je lui obéis. Si je me rapproche de toi comme il me l’a demandé, il viendra peut-être nous libérer.
Pas bête !
— Et tu penses qu’on devrait se rapprocher à quel point ?
Il effectue quelques pas supplémentaires, ce qui réduit énormément la distance entre nous, au point où nos bustes entrent presque en contact. Une vague de chaleur s’empare de mon bas-ventre. Le regard de Ronan se trouble de désir.
— Tu crois que si je reste là, c’est suffisant ? demande-t-il d’une voix rauque.
Je hausse les épaules.
— Ou je peux aussi me coller à toi… Toutefois, je ne ferai rien que tu pourrais regretter. Je n’ai pas envie que tu m’en veuilles encore plus… D’ailleurs, est-ce que c’est toujours le cas ? Et pour notre bébé ?
— Je t’en veux surtout de ne pas avoir été là quand je l’ai perdu.
Il ferme les yeux. Quand il les rouvre, je peux y lire toute sa peine.
— Mais c’est aussi ma faute. J’aurais dû en parler aux doubles et ne pas attendre toutes ces années.
— Alors, même sur ça, nos fautes sont réparties à égalité ? demande-t-il en ramenant une mèche derrière mes oreilles avec délicatesse.
— Qu’entends-tu par « même sur ça » ?
— Tu le sais très bien.
Il s’approche encore d’un pas. Nos chaussures butent les unes contre les autres. Je m’embrase instantanément. À cet instant, il n’est plus l’homme que j’ai détesté, mais celui que j’ai désiré des années durant.
— Non, dis-moi.
Ma voix n’est plus que murmure.
— Toutes les filles avec lesquelles j’ai baisées face aux mecs avec lesquels tu es sortie. Lauren face à…
— Tous ceux avec lesquels j’ai couché, le coupé-je.
Il grimace.
— J’allais dire Aaron, mais soit… Tu t’es vraiment envoyé en l’air avec plein de types, ces dernières années ? m’interroge-t-il, visiblement perturbé et agacé par ma révélation.
— Tu ne croyais tout de même pas que j’allais t’attendre jusqu’à la fin de ma vie ?
— Non, mais ce n’était pas vraiment ton genre. Tu as toujours préféré les histoires sérieuses.
Son visage s’approche lentement du mien. Ma raison me souffle de fuir. Qu’encore une fois, je vais me faire berner. Mais comment y parvenir face à l’homme de ma vie ?
— La dernière en date m’a laissé un goût amer. Et pour tout dire, mon cœur appartient déjà à un autre, même si je le déteste d’avoir fui sans me parler, répliqué-je alors que ses lèvres ne sont plus qu’à quelques millimètres des miennes.
— Et il en est vraiment désolé.
Je m’apprête à donner le change, mais il ne m’en laisse pas l’occasion. Ses lèvres entrent en contact avec les miennes et j’en oublie tout. Encore une fois. Le mal que nous nous sommes fait. Ma colère. Tout s’envole pour ne laisser place qu’aux sensations merveilleuses qui m’enveloppent d’une chaleur de plus en plus vive. Sa langue s’enroule à la mienne. Toutes deux dansent sur la musique qu’il compose. Notre baiser nous enflamme, comme chaque fois que nos corps se retrouvent. Pour ça, nous n’avons pas changé.
Ses mains remontent sous ma jupe, attisant un peu plus les braises dans mon bas-ventre. Dans un mouvement de va-et-vient du bassin, son érection se frotte contre ma cuisse. Je vais mourir s’il me laisse dans cet état… ou pire si Malone entre dans la pièce à cet instant… Ce qu’il vient de faire, d’ailleurs.
— Oups. Bon, je n’avais pas prévu que vous vous rapprochiez de cette façon, mais peu importe… C’est pas mal aussi. Au moins, vous allez pouvoir bosser. Au fait, désolé de vous avoir enfermé, ce n’était pas volontaire de ma part, se marre cet imbécile.
Morte de honte, je me camoufle dans le cou de Ronan. Lui rigole de cette situation.
— Si ça ne tenait qu’à moi, vous pourriez rester ici toute la nuit, mais les techniciens vous attendent pour finir la prise de son. Donc, au boulot, tous les deux !
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