No right to love you T3 : Kennedy

Dana L. · Chapitre 23 sur 34

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No right to love you T3 : Kennedy

Chapitre 22

 

Kenan

Je plaaaane !!!

Je vais être papa, bon sang !

Je n’arrive pas à y croire !

Six ans d’amour, trois ans de mariage et un bébé à la clé.

Mais le top du top, c’est que je vais aussi être tonton.

Comment ne pas être sur un petit nuage après toutes ses nouvelles ? Ouais, bon d’accord, j’ai dû atterrir quelques minutes, afin d’aider Kane à reprendre pied face à cette nouvelle. Mais maintenant tout va pour le mieux et j’ai hâte d’aller célébrer cet événement, seul avec ma femme.

De retour dans le vaste espace qui dessert chacune des loges, je cherche Lou des yeux. En quelques secondes à peine, je la retrouve. Toujours au même endroit, en compagnie de Norah.

Je m’arrête et contemple de longues secondes mon soleil, celui autour duquel je gravite depuis qu’elle est apparue dans ma vie.

Ce qu’elle est belle !

Ébloui par sa beauté, je souris comme un niais.

Munie de je ne sais quel sens qui nous relie en permanence, elle relève la tête. Nos yeux se croisent. Il me suffit de ces quelques secondes où son regard capture le mien pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond.

Le bébé ?

Non ! Notre enfant ne peut pas être une fausse joie. Je ne veux pas y croire.

Kane ? A-t-elle pu flairer qu’il allait mal ? Impossible. Seuls Kennie et moi pouvons ressentir quand l’un de nous se trouve sur la pente descendante.

Alors quoi ?

D’ailleurs, j’y pense, où est ma jumelle ? Pourquoi n’est-elle pas venue nous retrouver dans la loge de Kane ? Elle a bien dû percevoir sa crise, non ?

Lou accourt vers moi. Bientôt, j’aurai ma réponse.

— Y’a un problème, lâche-t-elle de but en blanc, avant même que j’aie pu ouvrir la bouche pour m’en enquérir.

Je l’invite à poursuivre d’un haussement de sourcil interrogateur.

Alors qu’elle tourne légèrement la tête, je suis son regard. Là-bas, adossé au mur, Ronan se frotte les yeux.

Il chiale ?

— Quand tu es parti voir Kane, ta sœur s’est mise à pleurer. Elle n’a rien voulu me dire. J’ai demandé à Ronan d’aller la rejoindre et il est ressorti de sa loge complètement bouleversé. Lui non plus n’a pas jugé bon de se confier à moi. Norah a bien essayé de le faire parler, mais elle a aussi fait chou blanc.

Merde !

Est-ce que Kennie va bien ?

Trop concentré sur Kane, je n’ai rien ressenti la concernant. Rien de bizarre là-dedans, notre lien a toujours été moins fort que celui qui me relie à mon double.

Que s’est-il passé entre eux ? Enfin, je veux dire là, tout de suite. Parce que le reste de l’histoire, je la connais et j’ai promis de ne pas m’en mêler.

— Je m’en charge.

Je pose un baiser sur les cheveux de ma femme et me dirige vers mon pote.

— Eh, Ronie, l’interpellé-je.

Il lève son regard rougi dans ma direction. Puis, sans que j’en comprenne l’élément déclencheur, sa peine s’estompe pour laisser place à une sombre colère. Il bondit sur moi, empoigne le col de mon débardeur et me plaque au mur.

— Pourquoi ? Pourquoi vous ne m’avez rien dit ? Je vous prenais pour mes frères ! Je croyais que vous étiez mes meilleurs potes, putain ! Mais, la vérité, c’est que notre amitié n’allait que dans un sens ! crache-t-il, haineux.

Décidément, c’est la soirée. Après mon frangin, c’est au tour de mon meilleur ami de péter les plombs. Ne puis-je pas juste profiter de mon bonheur ? Je veux bien gérer les emmerdes, mais ce soir j’aurais bien aimé être tranquille avec ma femme. C’était trop demandé ?

— Calme, mon pote, tenté-je de l’apaiser, tout en posant mes mains sur ses avant-bras pour qu’il me relâche.

Ce qu’il ne fait pas bien entendu. Il se contente de fixer mes doigts une fraction de seconde, avant de ramener ses yeux vers les miens.

— Ton pote ? Je ne suis pas ton pote, sinon tu ne me l’aurais jamais caché !

— Je comprends que dalle à ce que tu balances. De quoi tu parles ?

Il me toise durement.

— De quoi je parle ?! Putain, et en plus il me prend pour un con !!

Tout en secouant la tête d’un air dégoûté, il recule de plusieurs pas, tire sur ses cheveux et hurle de rage.

— Tu me files la gerbe, O’Connor, vomit-il mon nom en plantant à nouveau ses yeux pleins de haine dans les miens.

— Si tu me disais de quoi tu parles, peut-être que je pourrais m’expliquer.

Ma voix se veut aussi douce que possible. Dans ce genre de cas, ce n’est pas la peine d’élever le ton. Ça ne sert à rien, hormis attiser un peu plus les foudres de celui qui nous fait face.

Un lourd silence s’installe entre nous alors qu’il essuie ses larmes à l’aide de son avant-bras. Nous nous connaissons depuis dix ans et c’est bien la première fois que je le vois dans un tel état.

Mes méninges s’activent. Je finis par en déduire que la seule responsable ne peut être que Kennie. Sinon qu’on m’explique pourquoi elle aussi pleurait. Qu’ai-je pu cacher à mon frère de cœur la concernant ? Rien. Franchement, je ne vois pas. Jusqu’à peu, je n’avais même pas eu vent de leur histoire.

— Tu n’aurais pas dû me cacher un tel truc. Je te jure que je serais revenu pour eux (pour eux ?). Tu me crois, hein ? sanglote-t-il.

Je hoche la tête. Il a juste besoin que je confirme que je lui fais confiance, même si je reste toujours autant à côté de la plaque.

N’empêche que l’atterrissage est sacrément corsé. Moi qui planais il y a cinq minutes à peine, je suis obligé de cogiter à une allure vertigineuse pour cerner le problème.

Réactivation des méninges.

Voilà ce que je constate :

1 - il est furax après Kane et moi, car il pense qu’on lui a caché quelque chose de super important au sujet de… Kennie ? Sûrement.

2 - il vient de dire qu’il serait revenu non pas pour elle, mais pour eux, ce qui sous-entend une tierce personne.

3 - Kennie s’est mise à pleurer après mon départ. Je venais d’apprendre la grossesse de Lou.

Bon sang !

Atterré par ce qui se profile sous mon crâne, j’écarquille les yeux. Les jambes légèrement vacillantes, je me retiens au mur derrière moi.

Impossible ! Je ne peux pas croire que j’ai raison. Elle n’a pas pu être enceinte de lui. Pourquoi ne nous a-t-elle rien dit si c’était le cas ? Pourquoi n’avons-nous rien vu ? Un ventre rebondi, ça se voit, non ?

— Si ce dont tu parles est bien ce que j’imagine, alors, je te jure que je l’ignorais, lui confié-je.

— Tu… Tu l’ignorais ? Tu ignorais que ta sœur avait porté mon gamin ?

Au moins, cette fois, c’est clair. Plus aucun doute n’est permis.

— Ouais, tu viens de me l’apprendre. Tu peux me croire que si on l’avait su, que ce soit Kane ou moi, on serait allé te chercher pour te foutre une putain de branlée, avant de te ramener à elle par la peau du derche… Mais, merde, R, pourquoi tu ne nous as jamais dit que tu l’aimais ?

Parce que c’est le cas. J’en suis convaincu. Par contre, je ne saisis pas pourquoi il s’est mis en couple avec Lauren.

Il éclate de rire. À croire que je viens de lui sortir la meilleure blague du monde.

— T’en as pas une petite idée ?

Je hausse les épaules.

— Vous ne m’avez pas trop laissé le choix avec votre putain de pacte. C’était vous ou elle.

— De quel pacte tu parles ?

Ne me dites pas qu’il parle de ce fichu bro code qu’on lui a imposé alors que nous n’étions que des gosses. Bon, c’est vrai que par la suite, Kane et moi sommes restés méfiants dès qu’il s’approchait un peu trop de notre frangine, prêts à le remettre à sa place. Mais la faute à qui, hein ? S’il nous avait dit qu’il était dingue d’elle au lieu de devenir un queutard qui culbutait tout ce qui possédait une paire de nibards, nous aurions sûrement revu notre jugement.

— Je suis sûr que tu sais.

— Possible. Mais, nous étions des gamins à l’époque. Ça fait longtemps qu’il n’est plus d’actualité.

Ronan lâche un rire sarcastique… Vraiment désagréable.

— Va dire ça à ton double. Lui n’est pas du même avis que toi… De plus, ça ne change rien. Elle m’a bien fait comprendre qu’elle ne voulait plus jamais de moi.

Sur ce, il tourne les talons et se dirige vers sa loge.

Je reste là à fixer la porte jusqu’au moment où je sens une douce caresse sur mon avant-bras. Ma femme. Je porte alors toute mon attention sur elle.

— Ça va ? demande-t-elle.

Je secoue la tête.

— Kennie a porté son enfant. Il vient de l’apprendre.

— Oh mon Dieu ! Mais… Mais comment ça se fait qu’elle ne nous l’ait jamais dit ?

Je hausse les épaules.

— Aucune idée… Tu sais, il est fou de ma sœur.

— Oui. Ça ne nous a jamais échappé, à Aly et moi, mais on a préféré ne rien vous dire à Kane et toi. Vous ne l’auriez pas accepté… Elle aussi l’aime… Depuis toujours.

Lou fixe ma pomme d’Adam, alors que celle-ci descend et monte très lentement. Kane et moi avons grave merdé sur ce coup-là.

— Je vais aller voir Kennie. Je pense qu’elle a besoin de moi… Et toi, tu devrais rester avec Ronie, m’indique-t-elle alors qu’il ressort de sa loge, les épaules voûtées, complètement abattu.

— Ouais, t’as raison. Il a besoin de moi. On fêtera ce bel événement plus tard, annoncé-je en posant ma main sur son ventre.

****

Depuis près de deux heures, nous nous trouvons dans un bar animé, tout près de l’hôtel dans lequel nous logeons jusqu’à demain. Ronan enquille les verres les uns après les autres. Si au début, il me relatait son histoire avec ma frangine (j’ai grincé des dents plus d’une fois), à présent, il pleurniche au sujet de cet enfant qu’il considère avoir abandonné. Il s’en veut à mort.

— Quel genre de père laisse son gamin de côté ?!

C’est au moins la dixième fois qu’il me pose cette question…

— Cesse de radoter. Tu aurais été présent pour lui. Kane et moi aurions veillé au grain dès qu’on se serait rendu compte de l’état de Kennie.

… Et la dixième fois que je lui balance la même réponse.

— Bordel ! Je sais pourtant ce que ça fait de vivre dans un foyer et de ne pas avoir de parents, lâche-t-il pour la dixième fois également de sa voix devenue pâteuse sous l’effet de l’alcool sans rien entendre de ce que je lui raconte.

J’ai découvert, entre deux verres, qu’il était orphelin. Je ne comprends pas pourquoi il ne nous l’a jamais avoué avant. Je n’ai pas relevé, je ne suis pas là pour poser de questions, mais pour le soutenir.

— Il n’aurait pas vécu ton histoire. Je t’ai déjà dit pourquoi, mais je vais te le redire encore une fois pour que ça rentre bien dans ton crâne (même si j’en doute au vu de son état) : Kennie a une famille, nous aurions élevé cet enfant, s’il vous était arrivé quelque chose. Alors, arrête avec tout ça.

Il attrape son verre, le fait rouler entre ses doigts. D’un coup, il le repose et bondit sur ses pieds. Avant même que je puisse l’anticiper, il se dirige vers la sortie. Je fonce à sa suite et le rattrape alors qu’il s’apprête à franchir la porte.

— Tu vas où comme ça ? m’enquiers-je en retenant ladite porte.

Il me dévisage lourdement.

— Veux voir ma femme.

Durant toute la soirée, il a usé de ce mot pour me parler de ma frangine.

— Tu sais qu’on ne peut pas se barrer d’ici sans avoir payé au préalable ?

— M’en fous ! Veux ma femme. Vais lui faire un autre bébé.

Okayyyyy !

— Attends-moi, je vais régler et on rentre.

Je me dépêche d’aller à la caisse, peu sûr qu’il m’écoute vraiment.

Quand je reviens sur mes pas, Ronan a disparu. C’est bien ce que je craignais.

Fais chier !

Je me magne de sortir et pousse un soupir de soulagement au moment où je l’entends hurler le prénom de ma frangine. Il ne me faut pas une éternité pour le retrouver à quelques pas de là, assis au milieu du trottoir.

— T’es où, Kennie ? Kennedyyyyy ! l’appelle-t-il sans prêter attention à tous ceux qui le reluquent.

Je me précipite vers lui et l’aide à se relever.

— Ma sœur est à l’hôtel. Viens, on y va.

— J’aime ta sœur, dit-il en pointant son index sur moi. C’est ma femme.

Comme si je ne l’avais pas encore compris après toutes les fois où il me l’a répété…

— Je sais, mon vieux. Et je suis certain qu’elle t’aime aussi.

— Tu crois ? demande-t-il en levant sur moi un regard plein d’espoir.

— Ouep. Allez, aide-moi à te ramener jusqu’à l’hôtel.

Notre retour ne se fait pas sans mal. Plus d’une fois, je suis obligé d’user de toutes mes forces pour maintenir Ronie jusqu’à bon port.

Je pousse un soupir de soulagement lorsque nous regagnons notre étage. Plus que quelques pas à effectuer et je n’aurai plus qu’à l’allonger dans son lit.

Seulement, tout ne se passe pas comme prévu. Nous sortons à peine de l’ascenseur qu’il hurle à nouveau le prénom de ma frangine.

Putain !

S’il continue, il risque de réveiller tout l’étage. Heureusement, il n’y a que le groupe et les membres du staff qui occupent cette partie. Malone n’aura pas à gérer plus d’embrouilles que nécessaire.

— Kennedyyyyy, t’es où ? Kennedyyyyy !

Sous ces appels répétitifs, les portes s’ouvrent les unes après les autres.

— Kennedyyyyy, mon amour. Veux te parler.

— C’est quoi, ce bordel ? demande un des assistants qui, vu sa tête, devait dormir.

— Y en a qui roupille, bordel ! grogne un des agents de sécurité.

Je distingue un mouvement sur ma droite et constate, en me tournant, qu’il s’agit de mon double.

— Qu’est-ce qu’il lui arrive ? Qu’est-ce qu’il veut à Kennie ? me questionne-t-il une fois à ma hauteur.

— Je t’expliquerai plus tard. Aide-moi juste pour le moment à le ramener dans sa chambre.

Kane se place de l’autre côté de Ronan afin de le soutenir lui aussi.

— Kennedyyyyy !

Il hurle une nouvelle fois alors que nous tentons tant bien que mal de le conduire jusqu’à la bonne porte.

— Mais, putain, lâchez-moi ! Veux voir ma femme.

Mon jumeau me jette aussitôt un coup d’œil. Pas besoin de notre lien pour comprendre que ce dernier mot l’interpelle. Ça aussi, je lui expliquerai plus tard. Pour le moment, la priorité, c’est de raccompagner ce poids presque mort jusqu’à son lit.

Nous ne sommes plus qu’à une porte de celle de Ronie quand ma sœur apparaît sur le pas de la sienne. Ronie nous échappe pour se précipiter vers elle… Enfin, autant que ses jambes flageolantes le lui permettent.

— Enfin, Kennedy, souffle-t-il.

Avant même que l’un de nous réalise ce qui se passe, il colle ses lèvres à celle de ma frangine. Probablement surprise, elle ne réagit pas sur le coup. Mais elle finit par le repousser.

— Ne me touche pas, Ronan !

— Veux faire à toi un autre bébé.

Kane me jette un coup d’œil. Il a sûrement compris ce que ça sous-entendait.

— Laisse-les, c’est leur histoire.

— Hors de question qu’il la touche ! gronde-t-il.

Au moment où il s’avance, un air menaçant accroché sur ses traits, je m’interpose entre eux.

— T’en mêles pas. Ce n’est pas ton problème. Tant que Kennie ne nous demande pas d’intervenir, on ne bouge pas.

— Tu te fous de moi ! C’est notre frangine, putain ! claque-t-il.

— Kane, l’appelle Aly sur un ton plein de douceur.

Je tourne la tête vers elle et d’un simple regard, elle me fait comprendre qu’elle gère mon double.

— Quoi ?!

— Je sais que cette situation ne te plaît pas, mais accorde-leur la chance de se retrouver.

Il fait « non » en secouant la tête.

— Tu aurais aimé que ta sœur m’empêche de m’approcher de toi quand je suis revenue, à cause de cet instinct de protection que vous avez entre vous ?

Il frotte sa gueule. Il sait qu’elle connaît sa réponse. Moi aussi, d’ailleurs : il aurait détesté ça. Il lui aurait même dit de se mêler de son cul comme il l’a plus ou moins fait lorsque nous évoquions ses problèmes de drogue.

— Ils s’aiment tous les deux, mais ils se sont fait beaucoup de mal… Comme nous.

Je lis dans ses yeux l’instant précis où il abdique.

— OK. Mais je jure sur la tête de notre futur bébé que s’il lui fait le moindre mal, je lui éclate la tronche.

— D’accord. En attendant, viens, les draps sont froids sans toi.

Il lui sourit avec tendresse, puis glisse son bras sur ses épaules et la ramène vers leur chambre.

Je me retourne alors pour observer ce qui se passe dans mon dos. Ronan est à genoux devant Kennie.

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