No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 18
Kennedy
Le soleil californien n’a rien à voir avec celui que nous avons laissé en Irlande. Il fait chaud… Très chaud.
Et être dans la piscine ne m’aide absolument pas à faire redescendre ma température corporelle. Je me demande si c’est en lien avec le blond ultra-sexy qui me reluque d’un regard gourmand depuis cinq bonnes minutes, tout en discutant comme si de rien n’était avec les autres mecs de la bande.
Mince, il est tellement canon dans son short de bain que je n’arrive pas à détourner les yeux. D’ailleurs, à ses sourires en coin, je comprends qu’il a bien saisi l’intérêt que je porte à sa plastique de rêve.
— Au lieu de le dévorer du regard, tu ferais mieux de lui parler. Il n’attend que ça, que tu fasses un pas dans sa direction, me confie Aly.
Oui, mais non.
Même si j’ai adoré qu’il m’appelle « sa femme » quand il a pris ma défense hier, que je me suis réfugiée un instant dans ses bras et que ça m’a plu, je n’oublie pas tout le mal qu’il m’a fait. Encore moins qu’il m’a trompée durant nos trois mois de relation. S’il n’y avait eu que ses fuites, j’aurais peut-être pu passer au-delà, même s’il m’a mise à terre et écrasée de tout son poids comme si je n’étais que de la vermine. Oui, ça, j’aurais pu éventuellement lui pardonner. Du moins, après une bonne explication, parce que j’ai toujours autant besoin de comprendre son silence radio du jour au lendemain. Seulement, Lauren est entrée dans l’équation, ce qui a fait pencher un peu plus la balance dans le mauvais sens. Maintenant, je n’ai plus du tout confiance en lui. Alors, je préfère me tenir à l’écart plutôt que de me jeter une nouvelle fois dans la gueule de ce loup qui me croquerait d’une simple bouchée et m’abandonnerait, encore une fois, totalement agonisante.
— Je meurs de soif. Ça vous dit d’aller au bar ? demande Lou.
Aly et moi acceptons, plutôt deux fois qu’une.
Une fois hors de l’eau, tandis que nous nous dirigeons vers les transats sur lesquels nous avons déposé nos paréos, je sens la morsure d’un regard sur moi. Je jette un œil par-dessus mon épaule. Un bout de langue coincée entre les incisives, Ronan me dévore littéralement de ses prunelles magnétiques.
Quand je le comparais à un loup prêt à me croquer, je n’étais pas loin de la vérité.
Pour bien lui faire comprendre qu’il peut continuer à se la coller derrière l’oreille, du moins avec moi, je dresse mon majeur, pose un rapide baiser dessus et le tends dans sa direction.
Cesse de rêver, Byrne. La petite parenthèse d’hier s’est refermée à l’instant où Malone est montée dans le van.
Blue et notre manager, qui ont tous les deux intercepté mon geste de gamine, chambrent Ronan. Ce dernier ne perd à aucun instant la face ni devant eux ni devant moi. Il arque les sourcils, affiche un sourire tout à fait déstabilisant et secoue la tête.
Mes frères se retournent pour comprendre ce qu’il se passe dans leur dos. Je leur envoie un baiser du bout des doigts et reprends mon avancée.
Quand je rejoins les filles, elles sont toutes les deux hilares.
— Le pauvre, se gausse Lou.
— Il l’a bien mérité.
— C’est chaud quand même. Lorsque vous allez vous retrouver, on a intérêt de tous se planquer. Ça va être explosif entre vous, se bidonne Aly.
Je lève les yeux au ciel.
— Ce n’est pas près d’arriver. Je ne sais pas si mes frères vous ont parlé, mais Ronan m’a trompée et abandonnée, ce n’est pas rien. Alors, franchement, je n’ai aucune envie de retomber dans son piège.
— Ouais, ouais, c’est ça. On va te croire, continue à se marrer Aly. Je suis certaine que s’il se jette sur toi, tu ne le repousseras pas.
— Crois ce que tu veux ! claqué-je un peu trop fort.
Mauvaise joueuse, je croise les bras et boude comme une gamine.
Ronan
Même cinq minutes après, son geste me fait toujours marrer. Elle essaie de me prouver qu’elle me déteste, mais son corps, lui, ne ment pas. Elle aura beau le nier, moi, je le vois. Se rend-elle compte qu’elle m’envoie tout un tas de signaux qui m’ouvrent grand les portes ? À mon avis, non.
Malone et Blue continuent de me chambrer. Tous les deux font vraiment la paire. Les doubles m’observent, étudient mes réactions devant les railleries de nos potes. Je ne perds pas la face. Surtout pas devant eux.
— Le jour où vous allez coucher ensemble, on a intérêt de se trouver un abri antiatomique, me chambre Blue.
— Ouep. Vaudrait mieux que vous en trouviez un. Parce que ce jour-là, il se prendra mon poing dans la gueule, gronde Kane.
Je braque mon regard sur lui. J’aperçois à travers ses iris qu’il est furax après moi.
— Ferme-la, Kane. Je te rappelle qu’on lui a promis de ne pas intervenir.
Cette fois, je porte mon attention sur Kenan qui soutient le regard de son jumeau.
— À ton avis, pourquoi je ne lui ai pas encore foutu une dérouillée ? Pourtant, si tu savais comme ça me démange.
— T’es pas le seul, mais ce n’est pas notre problème.
— Mouais. C’est notre sœur, quand même.
Sont-ils au courant de tout ce qu’il s’est passé entre nous ?
Que leur as-tu dit exactement, ma puce ? Leur as-tu précisé que je suis un véritable salopard, incapable de rester auprès de la femme que j’aime depuis toujours ? Leur as-tu dit que je t’ai trompée avec Lauren ?
Mécaniquement, je porte mon regard vers la table autour de laquelle les filles se sont installées. À cet instant, Aly se lève précipitamment. Sa main devant sa bouche, elle fonce vers l’intérieur de l’hôtel.
— Ta femme va bien ? demandé-je à Kane, inquiet, en me tournant vers lui.
Il hausse les épaules.
— Depuis quelques jours, elle n’arrête pas de vomir. Elle a dû se choper un virus.
— Une gastro !? En plein été !? s’étonne Blue.
— J’en sais rien. Elle m’a juste dit que si ça ne passait pas, elle se trouverait un médecin ici.
— Si jamais y a besoin, je passerai quelques coups de fil pour en faire venir un, intervient Malone.
— Merci.
Quelques minutes plus tard, Aly revient auprès de Kennie et Lou. Je le sais, parce que je n’ai toujours pas lâché des yeux ma sirène. J’en suis incapable. Elle est tellement envoûtante qu’il faudrait qu’un attentat se déroule à mes côtés pour que je revienne sur terre.
Toutes les trois discutent. Aly hausse les épaules après que Kennedy lui a dit quelque chose. Une légère rougeur colore les joues de la première. Lou prend la parole à cet instant. Les femmes de mes potes s’échangent un regard complice. Du moins, je l’interprète comme tel. Un sourire illumine leurs traits déjà radieux. Elles me paraissent folles de joie.
À cet instant, Kennie tourne la tête en direction de la piscine. Son regard harponne aussitôt le mien. Même à cette distance, je réalise qu’il a perdu l’éclat qui brillait encore au moment où elle m’a balancé un doigt d’honneur.
Pourquoi es-tu aussi triste, ma puce ? De quoi parlent tes belles-sœurs pour que tu perdes cette lumière qui te rend si vivante ? Accepterais-tu de passer quelques heures avec moi ? Je te promets de tout faire pour raviver ta flamme.
Kennedy
Enceintes ? Mes belles-sœurs pensent qu’elles sont enceintes. Du moins, c’est Lou qui en a parlé la première. Aly croyait qu’elle avait attrapé un virus ou était sous le coup d’une intoxication alimentaire, mais a fini par admettre que ça pouvait être une éventualité. Elles ont décidé de se rendre à la pharmacie de l’hôtel pour acheter deux tests. Et, moi, je plonge. Loin. Très loin. Dans ces profondeurs. Dans ces souvenirs qui remuent toujours autant mes entrailles. Qui me font mal.
Ma légèreté s’est envolée à l’instant même où Lou a évoqué cette possibilité. Mon regard braqué sur Ronan, je pleure à l’intérieur sur notre enfant perdu. Si j’avais pu mener ma grossesse à terme, aurait-il largué Lauren pour prendre ses responsabilités à mes côtés ? Car, je ne doute pas un seul instant que mes frères auraient tout mis en œuvre pour connaître l’identité du père de ce bébé. Ils me l’auraient alors ramené, j’en suis convaincue.
— Ça va ? T’as l’air toute triste, m’informe Lou.
Je reviens vers elle et lui offre un semblant de sourire.
— Tout va bien, t’en fais pas.
— C’est à cause de Ronie ? demande Aly, pas dupe pour un sou.
— De nos supposées grossesses ? questionne Lou à son tour.
— T’aurais souhaité un enfant de lui ?
Nouveau coup en plein cœur. Ce que ça fait mal !
— Non, non et non.
Les deux pincent les lèvres et hochent la tête. Elles savent que je raconte des balivernes, mais n’insisteront pas. Pas maintenant en tout cas, elles attendront que je souhaite me confier.
— Dites les filles, j’ai envie d’aller découvrir la ville, ça vous brancherait de m’accompagner ? propose Ronan dont je reconnais la voix.
Comme dans un film au ralenti, je porte lentement mon regard sur lui. Nos yeux s’accrochent. Nos âmes se soudent. J’aimerais qu’il lise dans la mienne mon lourd secret, celui pour lequel je le déteste autant.
— Sans moi, répond Aly qui rompt le charme entre lui et moi. Je ne suis pas très en forme.
— Sans moi, non plus. Kenan et moi avons prévu d’aller nous balader tous les deux dès qu’il voudra bien sortir de la piscine.
— Kennie ? m’interroge-t-il de sa voix rauque.
Je secoue la tête. Impossible pour moi d’envisager de passer quelques heures avec lui. Pas après que mes souvenirs sont remontés à la surface.
— Pourquoi pas ? T’as rien de très excitant à faire, il me semble, intervient Aly.
— Je suis crevée, le décalage horaire me flingue, et demain, je dois assurer.
Ronan
Crevée ? Je n’y crois pas une seule seconde. D’ailleurs, à voir la réaction de nos amies, je ne suis pas le seul à ne pas marcher dans son mensonge. Personne n’est dupe, c’est juste pour éviter de se retrouver avec moi.
Aly se lève et s’assied sur la chaise libre à côté de ma sirène. Elle se penche vers elle et lui murmure quelques mots à l’oreille. Trop bas pour moi pour que j’en saisisse le sens. Toutefois, au regard que me lance Kennie et à la couleur que prennent ses joues, je pige qu’elle parle de moi.
Je me souviens, alors, qu’Aly est dans mon camp et qu’elle m’a promis de m’aider à récupérer celle que j’aime toujours avec autant de force.
— Bon, d’accord, accepte Kennie de mauvaise grâce. Par contre, je t’avertis, Byrne, ne cherche pas à me piéger. Je ne tomberai pas dans tes bras.
Cette fois, c’est moi qui me penche au-dessus d’elle.
— Pas tout de suite, mais je suis certain que ça arrivera. Dois-je te rappeler que toi et moi sommes incapables de rester longtemps loin l’un de l’autre quand nous nous retrouvons ? glissé-je tout près de son oreille.
Mes yeux s’attardent sur ses épaules qui se sont recouvertes de chair de poule. Putain, ce que j’aime ses réactions.
Sans que je m’y attende, elle pince mon menton entre ses doigts et me force à relever la tête.
— Ce n’est pas parce que mon corps réagit toujours à ton contact que ça signifie quoi que ce soit. Je t’ai assez donné, Byrne, et pour ce que ça m’a rapporté…
Ses traits s’affaissent un instant, un très bref instant, avant qu’elle ne revête son masque, celui qui me prouve qu’elle est pleine de rancune à mon égard.
— Aurais-je mal entendu quand tu m’as dit que tu aurais aimé être ma femme ?
Pourquoi cette question ? Qu’est-ce que je cherche ? À la pousser dans ses retranchements ? Je ne suis pas là pour ça, mais pour lui redonner son sourire. Je ne pense pas que ce soit ainsi que je vais y arriver. Faut que je me calme, que je me montre correct. Courtois, peut-être aussi. Être un mec bien, pas un putain de dragueur de pacotilles. Ouais, ça serait pas mal.
Interloquée par ma question, Kennie se renfrogne dans sa chaise. Sa bouche entrouverte, elle tente de reprendre ses esprits. Je ne doute pas un seul instant que sa repartie risque de me gifler d’un instant à l’autre. Je m’apprête à parer le coup, juste au cas où.
— Ta femme ? Oui, j’aurais adoré quand je te faisais confiance. Maintenant, tout ça, c’est du passé. J’ai découvert ton véritable visage. Et, donc, tu peux me croire lorsque je te dis que plus tu te tiendras loin de moi, mieux je me porterai… Mais bon, on doit bosser ensemble, donc je vais faire des efforts pour que le reste du groupe ne pâtisse pas de mes ressentiments vis-à-vis de toi. D’ailleurs, qu’est-ce qui m’a pris d’accepter ta présence ? Le groupe n’avait pas besoin d’un second guitariste.
Lui ai-je déjà dit un jour que j’adorais qu’elle se mette en colère ? Elle est tellement sexy.
— Et arrête de sourire comme un niais ! gronde-t-elle en se levant pour me jauger de sa toute sa hauteur.
Pas de chance pour elle, je la dépasse d’une bonne tête.
— Kennie, tu devrais te calmer, lui conseille Aly.
— Me calmer ? Mais comment veux-tu que je me calme quand il est là, lui ?!
— J’aurais bien une petite idée, mais si je te le dis, tu vas me tuer, se marre sa belle-sœur.
Je cerne tout à fait son allusion et je dois dire que cette idée me plaît bien. D’ailleurs, ma queue est du même avis. Elle frétille sous mon short de bain, prête à se mettre au garde-à-vous pour satisfaire celle qui me rend fou.
— Écoute, la sirène, je te promets d’être sage comme une image. Tous les deux, on va juste aller découvrir la ville. Il y a des endroits que j’ai toujours rêvé de voir. Donc, ravale ta colère et va te changer. On se retrouve à la réception dans une demi-heure, ça te va ?
J’ai débité ma tirade à vive allure, histoire de ne pas perdre de temps. J’ai besoin de m’éloigner d’ici au plus vite avant que ma queue ne gonfle beaucoup trop et que ma trique n’échappe à personne.
— Comment tu m’as appelée ?
Sérieux ? C’est tout ce qu’elle a écouté de mon discours ? Ouais, on dirait bien. Elle semble avoir buggé sur un surnom que je lui ai donné sans même percuter. Parce que je ne me souviens même plus de ce que j’ai dit.
— Byrne, je t’ai posé une question ! s’énerve-t-elle.
Je vais finir par m’en prendre une, mais je suis mort de rire.
— Je sais plus.
— Tu te fous de moi ?!
Je cherche, tout de même, de l’aide en jetant un œil sur Aly et Lou.
— La sirène, articule la première sans émettre le moindre son.
— Tu ne t’en sortiras pas comme ça ! vocifère Kennie dont le regard navigue entre sa belle-sœur et moi.
— Calme ! J’ai simplement eu un trou de mémoire. Si tu veux vraiment savoir, je t’ai appelé la sirène. Mais va pas me demander pourquoi, je ne te répondrai pas ou alors plus tard quand on sera juste tous les deux.
Ses billes roulent sur leurs orbites.
— D’accord. Donc, en bas, dans une demi-heure. Et t’as intérêt d’être vraiment là. Cherche pas à me faire un sale coup, cette fois. Parce que, sinon, je te jure de remuer ciel et terre pour te débusquer et te faire passer l’envie de te foutre encore une fois de ma gueule ! Et évite de rire, ça m’énerve !
Je me mords la joue pour ne pas me marrer à nouveau. Soudain, sans qu’elle puisse intercepter mon geste à temps, j’enroule mon bras à sa taille et la plaque contre mon torse. Mauvaise idée pour ce qui se trame sous mon short de bain, mais tant pis, j’irai me branler sous la douche après. J’ai juste un truc à lui dire avant de lui foutre la paix durant une demi-heure.
— Tu n’auras pas besoin de remuer ciel et terre, car je ne partirai plus. Que tu le veuilles ou non, ici (j’attrape sa main et la pose sur mon cœur), tu es ma femme. J’ai peut-être été le roi des idiots, mais je l’ai enfin compris. Alors crois-moi, je vais tout mettre en œuvre pour racheter chacune de mes erreurs.
— Dans ce cas, tu vas devoir ramer un sacré moment, car l’addition est extrêmement salée.
Sur ce, elle s’échappe de mon étreinte et s’enfuit à toutes jambes à l’intérieur du bâtiment.
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