No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 17
Ronan
Voilà sept heures que je suis enfermé dans un jet, à destination de Los Angeles, avec le reste du groupe. Assis, seul, de la musique dans mes tympans, je fais semblant de dormir. La vérité, c’est que je refuse de poser mes yeux sur celle qui me fait vibrer. Du moins, autant que mon fourbe de cœur me le permet.
Pour être tout à fait honnête, de temps en temps, je rouvre les paupières. Quelque chose, au fond de moi, me pousse à vérifier qu’elle va bien. Je sais qu’elle a toujours eu peur de l’avion. Je ressens encore sa main sur mon biceps alors que le groupe s’envolait pour la première fois vers le continent. C’était quelques mois avant mon départ. Tout me semblait si simple à l’époque. Aujourd’hui, tout me paraît compliqué.
Kennie ne m’a pas décroché un mot ni le moindre regard depuis cette engueulade chez son frère. J’en suis presque à regretter d’avoir passé ma nuit là-bas. En même temps, je n’avais pas trop le choix. Revenir au loft de Blue à quatre heures du mat’ ne l’aurait pas vraiment fait. J’aime bien ce gars, il est cool, mais j’ai tout de même des principes, dont celui de respecter le sommeil des autres.
Alors qu’un nouveau morceau d’Iron Maiden se diffuse dans mes tympans, je pose mes yeux sur ma sirène. Entourée des autres membres du groupe, elle rit à la blague de l’un de ses frères. Je n’ai donc pas à m’inquiéter pour elle, tout va bien de son côté.
Peut-être s’est-elle habituée à voler ?
Alors, je referme les yeux. Pas assez vite, cependant, car je capte le déplacement de Norah jusqu’à moi.
— Tout va bien ? Qu’est-ce que tu fais tout seul dans ton coin ?
Je la sens plus que je ne la voie s’asseoir dans le siège libre à mes côtés.
— Eh ! Arrête de feindre de dormir.
Elle me donne un petit coup sur l’avant-bras. J’ouvre aussitôt les paupières et porte un regard sombre sur elle.
— Pas la peine de faire tes gros yeux, Byrne. Tu ne me fais pas peur.
— Tu devrais pourtant.
Elle rit.
— Comment voudrais-tu que j’aie peur d’un gros nounours ?
Je ris.
Elle n’a pas tort. Je suis incapable de m’en prendre à elle. À aucune autre femme non plus d’ailleurs. Du moins, pas de cette manière. Des blessures, j’en ai causé, mais elles ne se voient pas. C’est le cœur que j’ai touché, autant celui de Lauren que celui de Kennedy. Toutefois, c’est celui de cette dernière que j’aimerais réparer.
— T’es amoureux d’elle, hein ?
Je fronce les sourcils et me tourne vers Norah. D’un signe du menton, elle me désigne notre chanteuse.
— Tu la bouffes des yeux chaque fois qu’elle se trouve dans la même pièce que nous, précise-t-elle.
J’ignorais que j’étais aussi transparent.
Je me contente de hausser les épaules. Je n’oublie pas qu’elle et Lauren sont amies.
— Ouais, t’es mordu… Tu veux en parler ? Enfin, je sais déjà des trucs, notamment ce que j’ai entendu chez Kenan, mais aussi ce qu’a bien voulu me confier Lauren. D’ailleurs, en parlant d’elle, tu ferais mieux de t’en méfier. Elle est plutôt du genre revancharde. C’est mon amie, mais je préfère te mettre en garde. La dernière fois qu’un mec lui a fait un coup de Trafalgar, elle a failli lui faire perdre sa place au travail. Sans gêne, elle est allée voir son boss et lui a balancé que Jared harcelait sexuellement une autre employée. Heureusement, ils se connaissaient super bien et il ne l’a pas crue.
— C’est ce que tu as raconté l’autre jour à Kennedy ?
Elle acquiesce.
— Je ne sais pas à qui de vous deux elle s’en prendra, mais elle le fera. Je l’ai entendu dans sa voix la première fois que je l’ai eu au téléphone après votre rupture… J’espère au moins que Kennie en vaut vraiment le coup.
— Ouais, elle en vaut le coup, même si rien de tout ça n’aurait dû se produire.
Compréhensive, elle hoche la tête.
— Je vais aller rejoindre les autres. Si jamais tu as besoin de te confier ou juste envie de parler, n’hésite pas à venir me voir.
Sur ce, elle me laisse seul, face à moi-même et tout ce qu’elle vient de m’annoncer. Lauren, serait-elle vraiment capable de s’en prendre à l’un de nous deux ? Je n’y crois pas une seule seconde. J’ai quand même vécu avec elle plusieurs années et je peux clairement dire que c’est un amour. Je ne l’ai jamais vue revancharde, rarement en colère, sauf lors de notre rupture. Toutefois, elle avait toutes les raisons de l’être, je lui ai menti durant des années en la laissant croire que j’étais incapable de poser des mots sur mes sentiments. Je n’imagine même pas ce qu’elle aurait pu éprouver si elle avait découvert que j’avais joué sur deux tableaux à la fois durant trois mois.
Pourquoi les ai-je trompées toutes les deux ? Qu’avais-je à y gagner ? Rien. Au contraire, j’ai tout perdu.
— T’as l’intention de rester dans ton coin, toute la tournée ? m’interpelle Kane alors que mon regard s’attarde à nouveau sur sa sœur.
— Besoin de dormir, mais vous faites trop de boucan.
Devant ma mauvaise foi, Kennedy tourne la tête dans ma direction. Sourcils arqués, elle me dévisage longuement. J’aimerais que ses yeux se fixent sur mon regard, afin de me perdre en eux. De sonder son âme. D’espérer un retour en arrière.
Oui, j’aimerais vraiment tout ça.
— Même si on doit se le coltiner toute la tournée, il peut rester à l’écart. Ça me va très bien, rétorque-t-elle en fixant son jumeau.
Sa voix n’est que colère à mon encontre. Elle m’en veut. D’avoir joué à deux reprises avec elle depuis que nous nous sommes revus ? D’avoir pris la fuite ces deux mêmes fois ?
— Je ne lui fais pas du tout confiance, ajoute-t-elle, en pivotant vers moi pour me flinguer de ses iris noisette. D’ailleurs, je ne serais pas étonnée qu’il nous lâche encore une fois avant la fin de la tournée.
Elle me cherche, là ?
Irrité, je bondis sur mes pieds, me dirige droit vers son siège, pose mes paumes sur le dossier et me penche vers elle. Ses frères m’observent. Un pas de travers et ils seront sur moi. Toutefois, je m’en fous, je ne tolérerai pas qu’elle émette ce genre de supposition sur mon compte. Ouais, c’est vrai, je suis parti une fois, mais je ne laisserai pas passer ma chance d’appartenir à cette grande famille une nouvelle fois.
— Dois-je te rappeler la raison de mon départ ? murmuré-je tout près de son oreille.
Sous mon souffle chaud qui la caresse, des capitons se dressent sur son cou. Elle aura beau me cracher toute sa haine à la tronche, les réactions de son corps me prouvent qu’il en faudrait peu de ma part pour qu’elle se glisse dans mon lit. Seulement, je ne veux pas que du cul avec elle. Si je me décide à aller plus loin, chose dont je meurs d’envie, notre relation devra être saine. Hors de question de la perdre une fois de plus. Je ne supporterai plus aucun abandon. D’accord, je l’avoue, j’ai toujours été celui qui l’a abandonnée.
Mon souffle s’éternise dans son cou sans qu’elle ne réagisse. D’un nouveau coup d’œil sur ses frangins, je remarque qu’ils restent sur le qui-vive, attendant le moindre de ses gestes pour me dégager de là. À moins que ce soient les mains de leurs femmes posées sur leurs cuisses qui les empêchent de me sauter à la gorge.
Kennedy reprend ses esprits et se tourne avec vivacité vers moi. Pleine de colère, elle m’assassine du regard.
— Et moi, dois-je te rappeler que tu n’as été qu’un con ?
— Outch ! Ça fait mal ça, se gausse Malone.
Je lui envoie tout le bien que je pense de lui à travers mon air menaçant. Il lève les paumes devant lui en signe d’apaisement.
— Évite de m’insulter devant mes potes, grogné-je à l’attention de Kennedy.
— Au cas où tu l’aurais oublié, deux de tes potes sont mes jumeaux et ils sont au courant de tout. Du coup, à mon avis, ils pensent sûrement la même chose que moi à ton sujet.
Tout ? Je déglutis difficilement, tout en fixant les doubles, tour à tour.
— Bon, je suis désolé, les gars, mais je vais devoir jouer mon rôle de manager avant que vous ne vous entretuiez. Du coup, on…
— À moins qu’il l’entraîne dans les toilettes pour…
— Ta gueule, Blue ! le coupe Kane. Tu parles de notre frangine, là.
Blue hausse les épaules.
— Bref. Tout le monde se calme, reprend Malone en jetant un œil à la ronde avant de fixer son regard sur Kennie et moi. Quant à vous deux, vous avez intérêt à régler vos comptes avant le début des concerts. Vous avez donc deux jours pour le faire.
— Tant qu’il ne m’adresse pas la parole, ça devrait le faire, déclare ma sirène sans me lâcher un seul instant de son sublime regard.
— C’est valable pour toi également. Ne me tourne pas autour et tout ira bien.
— T’es vraiment certain que c’est moi qui te tourne autour ?
— Évite de rêver, O’Connor. Dois-je te rappeler que de nous deux j’étais celui qui…
— Ça suffit ! tonne Malone qui arrive certainement à bout de patience, face à ses deux poulains récalcitrants.
Je lève les mains en signe de reddition et retourne à ma place.
Après m’être à nouveau installé dans mon siège, je ferme les yeux et, cette fois, je m’assoupis. C’est la voix de l’hôtesse de l’air qui annonce notre amorce de l’atterrissage qui me réveille. Je frotte mes yeux, puis attache ma ceinture. Encore tout ensommeillé, j’aperçois Kennie s’accrocher au bras de Malone. Ce que j’aimerais être à sa place… Comme avant.
Je me secoue pour ne pas me perdre encore dans nos souvenirs et j’attends tranquillement que l’avion se pose.
Une fois les roues bloquées au sol, nous nous levons tous et récupérons nos sacs de voyage. Je suis le dernier à quitter le jet.
Alors que nous entrons dans l’aéroport, je ne peux m’empêcher de reluquer les fesses de Kennedy, malgré les acclamations des fans qui me vrillent les tympans. Je ne suis pas habitué à ce genre d’accueil. Mon ancien groupe n’avait pas autant de succès et nous passions donc, à chacune de nos escales, pour des inconnus.
Un cordon de sécurité a été mis en place pour notre protection. Mon regard toujours braqué sur ce petit cul rebondi, trop bien mis en avant par un short minimaliste, je ferme la marche.
— Kennie ! Kennie, mon amour, je t’aime !
Je souris devant la déclaration de cet énergumène. Je ne sais pas à quoi il ressemble, mais qu’il ne rêve pas, il n’a aucune chance avec elle. Et même s’il était au goût de Kennie, je m’interposerais avant qu’il ne réussisse à la foutre dans son lit. Personne n’est en droit de la toucher hormis moi.
Cependant, mon sourire s’efface très vite quand un gars saute par-dessus le cordon de sécurité et fonce vers la chanteuse. La scène se déroule si vite que notre protection rapprochée n’a pas le temps de réagir. Le dégénéré a déjà plaqué Kennie contre le mur et essaie de lui voler un baiser de force. Mon sang ne fait qu’un tour dans mes veines alors que ma sirène se débat. Je bondis sur lui, l’empoigne par le tee-shirt et le tire loin d’elle.
— Ne touche pas à ma femme, espèce d’enfoiré ! beuglé-je alors que je le retourne face à moi pour lui en décrocher un qui lui fera perdre une ou deux dents.
Une main se pose sur mon épaule tandis que deux de nos bodyguards l’encerclent.
— Ils vont s’en occuper. TA FEMME est en sécurité, m’assure Malone.
Ce n’est qu’à cet instant que je capte ce que j’ai prononcé.
Ma femme ? Bordel ! Comment ai-je pu sortir de tels mots alors que nous ne sommes pas ensemble ? Comment l’a-t-elle pris ? D’ailleurs, est-ce qu’elle va bien ?
Je scanne les alentours jusqu’à ce que mes yeux se posent sur elle. Ses frangins l’entourent, un bras chacun sur ses épaules. Plus personne ne pourra s’en prendre à elle. Je souffle de soulagement. Néanmoins, ce que je vois ne me satisfait pas pleinement. J’aimerais être celui qui la réconforte comme j’ai été celui qui l’a libérée de cette ordure. Effacer les traces de ses lèvres sur celle de Kennie en les remplaçant par les miennes. Toutefois, je ne suis pas stupide, je sais qu’elle ne me le permettra pas. Elle n’a pas besoin de moi, juste de ses frères. Je ne suis plus rien pour elle, je ne dois pas l’oublier.
Nous quittons l’aéroport, sans plus aucun incident. Cette fois, nos gardes du corps sont plus réactifs. Je ne vais pas leur en vouloir de ne pas être intervenus plus tôt, mais un peu quand même.
Un van nous attend. Kennedy y grimpe sans perdre de temps, pendant que Malone et le reste du groupe, ainsi que les filles, débattent de ce qui vient de se passer avec les gardes. Je monte à mon tour, afin de ne pas laisser Kennedy toute seule. Elle n’a peut-être besoin de personne, cependant, je veux être auprès d’elle, juste au cas où.
La tête tournée du côté de la vitre, elle ne semble prêter aucune attention à ma présence.
— Eh ! l’interpellé-je doucement pour ne pas l’effrayer, après m’être assis près d’elle.
Pas un mot. Pas un geste.
— Kennie, réitéré-je.
Elle pivote enfin vers moi et accroche mon regard.
— Merci, lâche-t-elle dans un souffle.
— Tu n’as pas à me remercier. Je ne laisserai personne te faire de mal.
Elle tire une légère grimace. Pas besoin de mots supplémentaires pour comprendre ce qu’elle ne me dit pas : « à part toi ». Puis, elle se tourne à nouveau vers la vitre.
Plusieurs secondes s’écoulent dans un lourd silence. Seules les voix de nos amis le rompent. Mal à l’aise, je joue avec mes doigts. Là tout de suite, j’aimerais avoir ma gratte entre les mains pour laisser les notes traduire ce que je ressens. Je suis certain que la mélodie serait belle. Triste aussi, sûrement.
Sans que je ne réalise vraiment mon geste, je porte mes doigts sur sa cuisse et la caresse dans un léger frôlement. Elle se raidit, alors je retire ma paluche.
— J’aurais tellement aimé être ta femme, me surprend-elle.
Mon cœur effectue un salto arrière sous ma cage thoracique, avant de s’écraser sur le plancher de la bagnole.
Moi aussi, j’aurais aimé que tu le sois. Pouvons-nous enterrer le passé et tout recommencer à zéro ? Cette fois, je te jure que je ne partirai plus. Accorde-moi une nouvelle chance. Offre-moi ce foyer dont j’ai tant besoin. Je me suis menti pendant des années, mais je ne peux plus continuer. Tu es la seule capable de me protéger contre les démons qui rôdent autour de moi depuis que mes parents sont morts. La seule à pouvoir me faire oublier ce que j’ai vécu dans ma dernière famille d’accueil. Les coups. Le manque de nourriture. Pas Lauren, contrairement à ce que j’ai pu croire durant tout ce temps, non, juste toi.
Entend-elle ce que je lui tais ? Je ne crois pas.
Toutefois, contre toute attente, elle porte son regard sur moi et caresse ma joue avec une telle délicatesse que j’en défaille.
— Pourquoi nous sommes-nous perdus ?
Avant même que je ne décroche un mot, elle se réfugie contre moi. Je reste un instant figé, avant d’enrouler un bras autour de ses épaules.
— Aide-moi à oublier que ce type à poser ses sales pattes sur moi.
Elle relève légèrement un regard suppliant sur moi. Je pourrais profiter de cette occasion pour l’embrasser, mais je ne suis pas comme ça. Je n’abuserai pas de ce moment de faiblesse. Elle vaut tellement plus que ça. Alors même si c’est dur de ne pas me jeter sur ses lèvres, je me contente de la serrer un peu plus fort contre moi.
— Oh, ben, si j’avais su qu’il fallait un taré pour vous rabibocher, j’en aurais engagé un dès que tu as signé le contrat, se marre Malone qui vient de s’installer à mes côtés.
— Occupe-toi de ton cul, grogné-je alors que Kennie m’échappe en se redressant.
— T’inquiète pour mon cul, il va très bien, rétorque-t-il en jetant un œil vers l’extérieur où se trouve toujours Blue.
Ses joues se teintent légèrement.
Blue et lui, ensemble ? J’en suis de plus en plus persuadé…
Au moins, lui, contrairement à Kane, Kenan ou moi, n’aura aucune embûche sur sa route, prête à mettre à mal son couple, si jamais il y a vraiment un truc entre eux. À moins que… Un manager peut-il vivre une histoire avec l’un de ses musiciens ? N’y a-t-il pas une sorte de clause qui l’interdit ? Aucune idée, je ne lis mes contrats qu’à moitié.
OceanofPDF.com