No right to love you T3 : Kennedy

Dana L. · Chapitre 6 sur 34

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No right to love you T3 : Kennedy

Chapitre 5

 

Ronan

Mon regard suit le chemin que les doigts de Lauren dessinent sur ma cuisse. Lentement et avec sensualité, ils remontent vers ma queue. En arrière-fond, la télé diffuse une romance que ma copine m’a forcé à visionner. Je relève légèrement la tête et verrouille mes iris aux siens. Le sourire sensuel qu’elle affiche me prouve que je l’intéresse bien plus que le film qui continue à me roussir les tympans. Je n’ai jamais entendu une daube pareille. C’est tellement mièvre.

Avec délicatesse, je caresse sa joue. C’est ma façon à moi de m’excuser d’être incapable de la combler depuis deux jours, même si elle ignore tout de ce qui se trame derrière mon crâne. Comment lui dire que je ne peux plus bander depuis que j’ai revu Kennedy ?

Lorsque nous sommes rentrés avant-hier, j’avais vraiment pour idée d’oublier ces quelques minutes passées près de celle qui captive mon palpitant, mais mon sexe en a décidé autrement. Jamais je ne m’étais retrouvé avec une demi-molle face à Lauren. Pour éviter qu’elle le réalise, je l’ai comblée d’une tout autre manière, en plongeant mon nez dans sa féminité. Juste après, je l’ai invitée au resto, avant de prétexter être trop fatigué pour un round dans lequel elle m’aurait mis K.O. à son tour. Hier, je lui ai balancé la plus débile des excuses, celle que beaucoup de nanas sortent quand elles n’ont pas envie de s’envoyer en l’air : une bonne grosse migraine. C’est passé crème. Mais aujourd’hui, je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir inventer pour m’extraire de cette situation. Peut-être que si je fais un effort, je parviendrai à obtenir une érection.

Sa main emprisonne mes couilles. Elle les malaxe avec dextérité. Je ferme les yeux afin de décupler les sensations.

Mais rien.

Que dalle !

Nada !

Pourquoi, bordel ?

Que m’as-tu fait, Kennedy ? Quel genre de sort m’as-tu jeté pour que je ne puisse plus satisfaire Lauren ?

Avant qu’elle glisse sa main dans mon boxer et prenne pleinement conscience qu’elle ne me fait plus d’effet, je me redresse et l’allonge sur le canapé. Je l’embrasse avec fièvre, essayant de m’enflammer au passage… Pour toujours ce putain de même résultat !

Furax contre ce corps qui a décidé de ne plus m’obéir, je bondis en arrière et me lève. Tout en arpentant notre salon, je tire sur les cheveux et grogne de frustration.

— Ça va ? Qu’est-ce qu’il t’arrive, mon petit tigre du Bengale ?

Je ne sais plus d’où lui vient ce foutu surnom, mais clairement là, je n’en ai rien à carrer. Ce n’est pas lui qui va m’aider à me calmer.

Je tourne la tête vers elle, le regard empli de ténèbres.

Je sais qu’elle n’y est pour rien, que je suis le seul coupable, mais j’ai besoin d’une cible sur laquelle braquer ma rage.

Assise à présent en tailleur, elle me dévisage, visiblement inquiète. Ses yeux coulissent vers mon entrejambe et sa perspicacité m’explose à la tronche :

— Tu as des problèmes érectiles, c’est ça ?

Sa question me scie en deux. Quel mec apprécierait que sa nana réalise qu’il n’est plus foutu de bander ? Je n’en connais aucun. Merde, il s’agit quand même de notre virilité !

À son tour, elle se lève et franchit la distance qui nous sépare. Ses paumes se plaquent sur mon torse. Je garde la tête haute pour ne pas plonger dans ses iris noisette. Je refuse qu’elle puisse y lire que je souffre de cette situation. Je refuse encore plus qu’elle découvre les raisons de ce problème majeur au niveau de mon anatomie.

— Tu sais, ce n’est pas grave. Ça arrive à plein de mecs. Tu es peut-être fatigué en ce moment ou bien tu couves un virus. Hier, tu avais mal à la tête. Je suis certaine que, dans quelques jours, ce sera de l’histoire ancienne.

Je m’apprête à lui répondre que ce n’est pas très fréquent chez les mecs de mon âge (Je n’ai que vingt-sept ans, putain !) lorsque mon téléphone me sauve de ce qui pourrait bien se révéler une discussion sans fin. Elle, essayant de me rassurer sur mon manque de performance. Quand moi, obstiné, je lui prouverais que ça n’aurait jamais dû se produire.

— Ouais ? fais-je, bien trop sec, après avoir décroché.

— Wow ! Calme ta joie, R. T’as bouffé du lion ou quoi, ce soir ? demande Malone à l’autre bout de la ligne.

Je pince l’arête de mon nez et souffle. Faut que je me reprenne dare-dare. Mon pote n’a pas besoin de connaître mon état de nerfs.

— Désolé. J’étais en train de me taper un truc qui me prenait la tête.

— À cette heure-ci, je pensais plutôt que tu me dirais que tu étais en train de te taper ta nana qu’un truc prise de tête.

Il se marre, mais il n’est pas le seul. Au son du rire que j’entends derrière lui, je sais qu’il se trouve avec l’un des doubles. Lequel ? Aucune idée.

— Pourquoi tu m’appelles ?

— Je suis avec les jumeaux au QG (comprenez par là, le bar dans lequel nous avons débuté et que nous avons élu comme quartier général par la suite). Ça te branche de venir descendre une bière avec nous ?

Je jette un coup d’œil à Lauren qui, sourcils arqués, attend que je mette un terme à cette communication. A-t-elle l’intention de reprendre notre discussion pile là où nous l’avons laissée ?

— J’en sais rien. J’étais tranquille devant la télé avec Lauren.

— En fait, il faut qu’on parle. C’est au sujet de Kennie.

Pourquoi le fait d’entendre son nom provoque-t-il une montée de lave en fusion dans mon organisme ? Pourquoi des images d’un passé révolu défilent-elles devant mes yeux ? Pourquoi ma traîtresse de queue frétille-t-elle face à tout ce qui me traverse le crâne ?

Saleté de corps !

De plus en plus mal à l’aise face à mes réactions primaires de mâle, je me détourne afin que Lauren ne remarque pas que je commence à bander. Je me vois mal lui expliquer que je bande alors qu’à l’autre bout de la ligne, c’est Malone.

— OK, j’arrive.

Sortir m’aidera à me remettre les idées en place. Puis je suis curieux de découvrir ce qu’il a d’important à me dire. En général, quand quelqu’un dit « il faut qu’on parle », on peut s’attendre au pire. Et le pire dans notre cas serait que Kennedy ait refusé notre présence dans leur groupe. Même si je la comprends.

Depuis l’autre jour, je n’arrête pas de me demander comment je pourrais bosser avec elle. La voir, sentir son parfum, l’entendre sans jamais la toucher serait une telle épreuve que je ne suis pas certain d’en ressortir vivant. Si elle a refusé comme je l’imagine, je pourrai souffler et peut-être même satisfaire Lauren sur tous les plans.

— C’était qui ? demande Lauren, à peine ai-je raccroché.

Je me tourne vers elle et lui souris, histoire de la mettre en confiance, d’autant plus que je m’apprête à lui dire que je sors rejoindre mes amis dans un bar. Il ne faudrait pas qu’elle s’imagine tout et n’importe quoi. Je veux qu’elle garde confiance en moi, même si je ne le mérite pas.

— Malone. Lui et les jumeaux veulent que j’aille prendre un verre avec eux.

— À cette heure-ci ?

Je hoche la tête et hausse les épaules. Après tout, il n’est pas si tard que ça. Juste vingt-deux heures, ce n’est pas la mer à boire.

Elle reste silencieuse quelques secondes. Plusieurs expressions que j’aurais aimé ne jamais voir dans ses yeux passent à travers son regard. Le doute. La peur.

— Quand tu dis jumeaux, est-ce que tu l’englobes, elle aussi ?

Mes lèvres s’étirent d’un côté quand je capte la pointe de jalousie qui émane de sa question.

Je m’approche d’elle et j’encadre son visage de mes paumes.

— Quand je parle des jumeaux, je parle de Kenan et Kane. J’aurais plutôt employé« triplés » si elle avait été avec eux, lui souris-je.

— Mais s’il y avait eu un de ses frères et elle, tu aurais bien dit « jumeaux » pour que ce soit grammaticalement parlant correct, non ?

Pas faux !

— Peu importe. Tout ce que tu dois savoir, c’est qu’elle n’est pas avec eux… Pourquoi ai-je l’impression que tu ne me fais pas confiance ? ajouté-je devant sa mine qui s’assombrit.

— Parce que depuis que tu as revu tes amis et surtout elle, tu n’es plus tout à fait le même. Sans compter, tes problèmes d’érection.

— T’as pas tort. J’ai un peu la tête à l’envers, mais, fais-moi confiance, elle ne prendra pas ta place. Je me demande juste comment je vais me défaire d’elle si nous devons bosser ensemble. Elle a tendance à être un peu envahissante.

Ça, je peux clairement le dire. Car, depuis longtemps, elle m’a complètement envahi, prenant en otage mon cœur, mon âme et mes pensées au passage. Me sentant plonger là où je ne devrais pas me rendre, faute de m’y embourber, je vole un baiser à Lauren et lui annonce mon départ imminent.

— Je ne reviens pas trop tard, lui promets-je en enfilant une tenue décente.

 

Une quarantaine de minutes après, je suis assis à la même table que mes potes, une Guinness posée devant moi. J’attends que l’un d’eux aborde la véritable raison de ma présence ici. Jusqu’à maintenant, ils se sont contentés d’aborder des sujets sans grand intérêt.

— Bon, les gars. Je suis super content de passer du temps avec vous, mais j’ai promis à Lauren de rentrer assez tôt. Alors, est-ce que l’un de vous veut bien me dire pourquoi je suis ici ? Quel rapport avec Kennie ?

Les trois se dévisagent d’une drôle de manière. À croire qu’aucun d’eux n’ose aborder le véritable problème. Ben, merde ! Depuis quand mes potes ont-ils perdu leurs langues devant moi ?

— Kennie a accepté, mais… commence Kenan.

— Wouah ! génial ! m’exclamé-je sans attendre la seconde partie de sa phrase.

Chose que j’aurais dû faire sans aucun doute pour éviter que je me pose des centaines de questions désormais, dont la principale : pourquoi Rob ne nous a-t-il tout simplement pas convoqués ? Du coup, je fronce les sourcils. Il y a clairement anguille sous roche.

— Tu devrais attendre la suite avant de sauter de joie, me conseille Malone.

— Ouais, c’est vrai, ça. Et je suppose que la suite va beaucoup moins me plaire.

Leur air contrit ne laisse aucune place au doute.

Tu as accepté, ma puce, mais à quelle condition ?

— On n’a rien pu faire. Elle a négocié avec Rob sans même nous en parler, me confie Kane avant même de me dire de quoi il en découle.

— Je suppose qu’il a accepté ?

Les trois mecs devant moi hochent simultanément leur tête.

— D’accord… Et donc je suppose qu’elle est OK pour les filles, mais pas pour moi, c’est ça ?

— Aurais-tu des choses à te reprocher, Ronie ? relève aussi sec Kenan. Pourquoi notre sœur ne voudrait pas de toi ?

Mis au pied du mur, j’attrape mon demi et je me planque derrière, le temps de trouver des réponses adéquates à ses questions.

— Ce n’est pas toi qu’elle a négocié, enchaîne Malone qui me sauve la mise.

Surpris, j’avale une longue rasade de liquide brun pour cacher mon incompréhension. J’aurais parié qu’elle m’avait éjecté d’office.

— Alors quoi ? demandé-je en reposant mon verre.

— Ta meuf, me répond Kane en plantant un regard dur dans le mien.

— Quoi, ma meuf ? Qu’est-ce que Lauren à avoir là-dedans ?

Je suis loin d’être saoul, mes synapses sont en bon état de fonctionnement, mais je crois que je n’ai pas envie de voir plus loin que le bout de mon nez. D’où, cette question un peu stupide, je l’admets.

— Kennie a accepté que Norah et toi nous rejoigniez, mais…

— Pas Lauren, complété-je pour Kane.

Un lourd silence s’abat sur la table tandis que je tente de digérer cette information.

— Mais pourquoi, putain ?!

Encore une fois ma question n’a pas lieu d’être. J’en connais parfaitement la raison. J’ai grave merdé avec elle et Lauren va en subir les conséquences. J’imagine déjà sa tristesse quand elle saura qu’elle ne fera pas partie de cette nouvelle aventure. Et tout ça, par ma faute ! Comment réparer mes putains d’erreurs ?

— Je crois que tu es plus à même que nous de répondre à ta question. Qu’as-tu fait à notre sœur ? m’interroge Kenan, en plantant un regard sombre dans le mien, pour bien me faire piger qu’il sait que j’ai déconné. Bien plus que ce que j’ai bien voulu déballer à Kane.

Pour éviter que ça tourne au vinaigre en ramenant ma gueule, j’avale le restant de mon verre cul sec et je me lève. Direction la sortie. J’ai besoin d’être seul, de trouver une foutue solution. Je refuse d’être celui qui brisera les rêves de ma copine. Je n’en aurais pas la force. D’autant plus, que si elle cherche vraiment à comprendre pourquoi elle a été mise à l’écart, elle finira par découvrir ce que je lui ai tu toutes ces années. Elle me haïra alors.

Je ne suis peut-être pas amoureux d’elle, mais j’ai besoin d’elle. Depuis que je me suis installé dans son appart, Lauren est devenue un repère solide. Une nouvelle constante dans ma vie. Je ne peux pas la perdre.

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