No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 2
Ronan
Rob, notre producteur, se fait clairement désirer. Voilà une bonne vingtaine de minutes que nous nous sommes installés dans son bureau au sein du label. Sa secrétaire a prétexté un rendez-vous de dernière minute pour excuser son absence.
Assis sur le canapé en cuir, Lauren, qui se ronge les ongles sur mes genoux, j’observe la décoration de la pièce. Plusieurs disques d’or ornent les murs, tout comme des photos des meilleurs groupes produits par la maison. Contrairement aux OC3, les Flying Woman n’ont pas leur place ici. Ce qui ne m’étonne pas plus que ça. Nous n’avons jamais pu décoller, pas même lorsque nous assurions la première partie du groupe chouchou de Rob.
Bien malgré moi, je m’attarde sur ce cliché de mes amis. Kenan et Kane, tout sourires entourent leur jumelle, chacun un bras sur ses épaules. Mon cœur s’emballe alors que je détaille les courbes de cette dernière que je connais encore par cœur. En plus de l’angoisse de ce qui nous attend ici, voilà que le spleen m’enserre de nouveau la gorge. Pour le chasser au plus vite, je détourne légèrement la tête et pose mon regard sur celui qui a pris ma place parmi eux.
Bien que mon attention soit fixée ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de me remémorer tout ce que j’ai vécu auprès de cette jolie brune. Nos moments de flirts durant quatre ans sans que nous ne dépassions les limites que je m’étais imposées même si j’en crevais d’envie. Notre toute première fois. Si belle. Si magique. Jamais je n’avais pris un tel pied. Mais pas de chance pour elle, je n’ai pas été capable d’assumer. J’avais alors agi comme un gros connard en prenant la fuite. Résultat des courses : elle s’est trouvé un mec et moi j’ai agonisé pendant des mois jusqu’à ce qu’elle m’offre une nouvelle nuit irréelle. Cependant, ça s’est encore mal fini, mais cette fois, ce n’était pas ma faute. Je l’ai surprise dans sa loge, le lendemain, allongé sur le divan, son mec au-dessus d’elle, en plein baiser J’ai cru qu’on m’arrachait la poitrine. Et dire que j’étais prêt à tout avouer à ses frangins. À leur cracher d’aller se torcher avec leur putain de bro code. Mort à l’intérieur, j’ai quitté le groupe. Je ne pouvais plus la voir, c’était beaucoup trop difficile.
Pendant plus d’un an, je me suis tenu loin d’elle, mais Rob a placé mon nouveau groupe en première partie des OC3. Et j’ai craqué. Une fois… Rien qu’une seule fois, je me l’étais promis. D’autant plus que je commençais juste à sortir avec Lauren. Ma belle bassiste qui redonnait des couleurs à mon monde.
Puis il y a eu Kane et sa descente aux enfers. Je m’étais juré de rester à l’écart. Seulement quand Kennie m’a contacté en pleurs, car cet épisode l’avait anéantie, j’ai rappliqué la queue entre les jambes comme un chien sifflé par son maître.
Trois mois.
Trois mois merveilleux.
Avant que je décide de mettre un terme définitif à notre histoire, en abandonnant mon cœur à ses pieds. Je n’ai pas été très clean dans ma façon de procéder, mais je n’aurais jamais été capable de lui dire en face que c’était terminé. Il aurait suffi d’une seule de ses larmes pour que je revienne sur ma décision.
Comment ai-je pu briser ce qui m’arrivait de plus beau dans ma vie ? Une prise de conscience foudroyante, le jour du mariage de Kenan. Malgré tout l’amour que me portait sa sœur, elle ne m’offrait pas la sécurité dont j’avais besoin. Seule Lauren parvenait à me rassurer. Normal, puisque je ne suis pas amoureux d’elle. Du coup, elle ne pourra jamais me détruire comme pourrait le faire (comme l’a fait même !) Kennie. Sans compter que je n’ai pas besoin de me battre contre mes meilleurs amis pour avoir le droit d’être avec elle, au contraire d’une histoire avec Kennedy.
Cette dernière me caresse le visage, ce qui me tire loin de mes souvenirs. De ses magnifiques iris bruns, elle harponne les miens et me transmet tous les sentiments qu’elle éprouve à mon égard. Une bulle se forme autour de nous et m’imprègne d’une douce chaleur.
Je ne crains rien, voilà ce qui me traverse l’esprit alors qu’à mon tour, j’effleure l’arrondi de son visage.
— Bon, j’en ai marre ! S’il ne ramène pas son derche dans moins d’une minute, j’me casse, que ça lui plaise ou non ! peste Mady qui interrompt avec un peu trop de hargne ce moment de tendresse entre Lauren et moi.
— Tu devrais te trouver un mec, il saurait peut-être te faire redescendre un peu sur terre. Non, parce que là, tu deviens vraiment lourde, la rembarre sèchement Norah.
Lauren lâche un léger ricanement et je souris, tout aussi amusé qu’elle.
— Pff. Si ton idée est qu’un mec me mate, je t’avertis, ce n’est pas près d’arriver.
— Franchement, si tu veux mon avis, Mady, intervient ma copine, ce n’est pas un mal pour la gent masculine. Sérieux, qui voudrait d’une fille qui se la pète plus haut que son cul ?
Outch ! Ça fait mal, ça ! Bien visé, ma belle.
— Vas-y, répète ! T’as dit quoi, là ? s’énerve Mady, en bondissant sur ses pieds pour venir en découdre avec elle.
Pas de bol pour cette garce, je tiens suffisamment à Lauren pour la protéger de toute attaque. C’est d’ailleurs ce que je fais en menaçant Mady du regard et en créant un rempart autour du corps de cette femme sublime que je tiens dans mes bras.
— Assieds-toi, Mady ! ordonne notre manager d’une voix froide. Ce n’est pas le moment de te la jouer starlette.
Quelque chose dans son timbre m’interpelle. Une sorte de prémonition m’envahit. Nous n’attendons pas Rob pour rien, je suis persuadé que ce qu’il va nous dire ne va pas nous plaire. En même temps, si c’était une bonne nouvelle, il serait déjà là pour nous l’annoncer, non ?
— Starlette ? Tu m’as bien regardée ? Je suis loin d’être une starlette. S’il y en a une dans ce label qui se la pète, ce n’est certainement pas moi.
Bonjour, la mauvaise foi !
— Tiens, prends ta petite protégée, enchaîne-t-elle, en désignant la photo des OC3 d’un signe du menton. Elle, c’est le parfait exemple de la grosse tête.
Je tique. Genre vraiment méchant.
J’imagine la tronche de notre leader encastrée dans le mur. Rob pourrait, alors, se vanter de posséder un superbe trophée. Ben quoi ? Mon idée est nase ? Ouais, clairement, mais c’est tout ce que mériterait cette pimbêche pour avoir insulté celle qui me fait toujours vibrer malgré les années qui nous séparent.
— Tu te sens bien ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ? me demande Lauren dans un chuchotement. T’es tout crispé.
Je n’en doute pas une seconde. D’ailleurs, je constate que, comme un gros idiot, j’ai enfoncé mes doigts dans les hanches de Lauren. Faut absolument que je me détende avant de tout exploser. En même temps, si Kennie ne m’obnubilait pas autant depuis ce matin, j’y arriverais peut-être plus facilement. La faute à la radio qui a eu la bonne idée de passer l’un des derniers morceaux du groupe, à peine m’étais-je levé.
— Quoi ? Personne ne répond ! C’est que j’ai raison, non ? Kennedy O’Connor est une…
— Kennedy est la frangine de mes potes, la coupé-je sèchement. Elle est donc un peu comme ma sœur (prononcer ce mot m’arrache la gorge). Alors, ferme ta gueule, Mady, sinon je ne réponds plus de rien !
— C’est ma pote également, intervient Malone. Donc si tu n’as pas envie de te retrouver encastrée dans le mur, écoute R !
Tiens, les grands esprits se rencontrent.
— Vous… Vous… balbutie Mady, rouge de colère.
— Nous, quoi ? demandé-je, en haussant les sourcils.
— Vous n’êtes que des connards ! Vous ne valez pas mieux que les O’Connor et leur pote.
Putain, je vais me la faire ! C’est quoi son foutu délire ? D’où se permet-elle d’insulter mes amis ? Elle est jalouse de leur succès ou quoi ? Non, mais sérieux !
Vénère, je repousse Lauren pour me lever. Il est temps que j’en termine avec celle qui me gonfle depuis des lustres. Ouais, je suis patient, mais j’ai des limites, qui ont clairement été dépassées cette fois.
Seulement, avant que l’ambiance tourne vraiment au vinaigre, la porte s’ouvre et m’interrompt dans ma lancée. Rob avance jusqu’à son bureau comme si de rien n’était pendant que je retourne à ma place.
— J’ai été informé des problèmes rencontrés par les Flying Woman, commence-t-il en s’asseyant. Je suis passé plus d’une fois dessus, en me disant que Malone finirait par remettre tout le monde sur le droit chemin. Ce qui, malheureusement, n’est pas le cas. Je vais donc devoir prendre quelques mesures drastiques pour que cela n’entache pas la réputation de notre label.
Ça chlingue !
Grave, même.
D’ailleurs, je ne suis pas le seul à le penser. Je le vois dans les iris bruns de ma nana.
À quelle sauce allons-nous être mangés ? Mes rêves de gamin sont-ils sur le point de s’écrouler ? Je n’ose pas imaginer mon avenir si je n’ai plus la musique.
— Je suppose que vous voyez ce dont je parle.
Norah, Lauren et moi hochons tous les trois la tête, parfaitement conscients que les caprices de diva de Mady sont devenus trop chiants à gérer pour mon pote.
— Non. Absolument pas, nie la principale concernée.
Elle ne pouvait pas se la boucler, sérieusement ? Ne voit-elle pas que nous sommes sur le point de sauter, pieds joints, dans la merde ?
En plus d’être garce, elle est complètement cruche. Comment ai-je pu la supporter autant d’années ? Est-ce que mon besoin d’appartenir à un groupe justifiait que je ferme les yeux sur toutes ces conneries ? Ouais. Non… Je n’en sais rien. De toute façon, le résultat aurait été le même.
— Pourtant, tu devrais savoir mieux que les autres de quoi je parle, puisque tu es celle qui met le groupe dans une position délicate… Pour rappel, dans le contrat que vous avez signé, une clause stipule que si la tête de l’un de mes poulains gonfle un peu trop, au point de nuire à l’image du label, je suis en droit de rompre ledit contrat.
Merde, merde, merde !
Alarmés, nous nous échangeons un regard affolé. Tout comme moi, elle a compris que notre carrière est sur le point de s’arrêter.
— Mais… Donc…, balise Norah en nouant et dénouant ses doigts.
Rob nous observe tour à tour. Qu’attend-il pour nous achever ? Qu’il parle, putain !
Son regard s’arrête enfin sur Mady, qui ne semble toujours pas percuter. On peut posséder certains talents et avoir un pois chiche à la place de la cervelle.
— Donc, Mady, tu dégages ! Le label ne veut plus de toi.
— Et nous ? ne puis-je m’empêcher de demander du tac au tac.
— Deux minutes. Je veux d’abord régler le problème avec Mady et ensuite, seulement, nous discuterons de votre avenir.
Je hoche la tête et boucle ma gueule pendant que Rob vire proprement Mady du label.
Carrément hors d’elle de se faire traiter comme une moins que rien, elle peste, grogne. Hurle même à présent, tout en menaçant Rob de lui coller un procès. Bonne chance !
Excédé, notre producteur souffle lourdement. Puis il se lève, se rend jusqu’à elle et pose un bras sur ses épaules. Sa prise empêche notre ancienne leader (je peux le dire, non ?) de se rebiffer alors qu’il l’accompagne à la porte. Une fois qu’elle n’est plus parmi nous, il revient derrière son bureau. Avant de s’asseoir, il boutonne sa veste.
— Voilà, une bonne chose de faite, déclare-t-il en s’installant confortablement dans son siège hors de prix.
— Ouep. Elle devenait vraiment incontrôlable, avoue mon pote, sur lequel je porte aussitôt mon regard.
Son soulagement n’est pas feint. Ai-je été aveuglé au point de ne pas remarquer qu’il en avait plus que sa claque de nous gérer ? Enfin, elle, surtout. N’empêche, quel con ! Pourquoi ne m’en a-t-il jamais parlé ? Même si ce n’est pas mon rôle, j’aurais pu lui filer un coup de main, au lieu de rester sagement dans mon coin.
— Bon, maintenant que ça s’est fait, je dois discuter avec Malone. Je vous prie de bien vouloir nous attendre un moment dans le couloir.
Nous acquiesçons tous les trois en chœur. Déboussolé pour ma part par ce qu’il vient de se produire.
Après avoir quitté le bureau de Rob, je réalise que je ne suis pas le seul à être perdu. Visiblement anxieuse, Norah se ronge les ongles tandis que Lauren s’accroche à mon cou. Son geste me rappelle celui d’un naufragé qui s’agrippe à une bouée de sauvetage.
Je ne comprends pas pourquoi Rob ne nous a pas congédiés. Qu’envisage-t-il pour nous ? Nous coller un autre leader ?
Les minutes, longues et étouffantes, s’égrènent dans un lourd silence. Aucun de nous ne semble vouloir prendre la parole. Pour ma part, je suis bien trop effrayé à l’idée de devoir ranger définitivement ma gratte… Du moins, façon de parler.
La porte du bureau du producteur s’ouvre enfin après une bonne grosse demi-heure. D’un signe de la main, Malone nous enjoint de les rejoindre avant que Rob nous invite à nous asseoir à nouveau.
Comme tout à l’heure, Lauren s’installe sur mes genoux. Je glisse mes bras autour de sa taille et pose mon menton sur son épaule, dans l’attente de connaître la sauce à laquelle Rob a décidé de nous manger.
— Je sais que cette nouvelle ne doit pas vous plaire et que vous vous demandez ce que vous allez devenir, débute-t-il, cernant parfaitement ce qui se passe entre nos deux oreilles… Alors, déjà, je tiens à ce que vous sachiez que vous êtes tous les trois d’excellents musiciens et que ce serait regrettable que vous nous quittiez. Malone et moi venons donc de négocier vos nouveaux contrats. Bien sûr, il faudra que vous les acceptiez. Je ne vous impose rien. Mais comme je viens de le dire, ce serait regrettable que des talents tels que vous quittent le label.
Un ange passe, moment durant lequel mon regard alterne entre Lauren et Norah. Cette dernière continue à se ronger les ongles. Quatre ans que je la connais et c’est bien la première fois que je la vois aussi stressée.
— Ronan ? m’interpelle Rob.
Je ramène mes iris sur lui.
— Ouep.
— Je sais que tu as pas mal travaillé avec Kenan O’Connor sur les précédentes chansons des OC3.
— Pas faux !
— Leurs dernières chansons n’obtiennent pas le succès que le groupe mérite. J’aimerais donc savoir si tu accepterais de collaborer à nouveau avec lui. Je sais que tu les as quittés, il y a un bout de temps, et que tu as tes raisons, mais ça les aiderait vraiment.
Je fronce les sourcils, pas très certain de bien cerner sa demande. Je suis un bon compositeur et, avec Kenan, on s’accordait super bien. Toutefois, j’ai pris goût à la scène et je ne suis pas sûr que ça me plaise des masses de rester dans l’ombre. J’ai besoin d’être dans la lumière pour exister. Sûrement, parce que j’ai passé toute mon enfance et adolescence dans l’ombre.
— Juste avec Kenan ?
Poser cette question me paraît une évidence avant même d’envisager de lui fournir une quelconque réponse. Je dois, avant tout, savoir si Kennedy fera partie de mon nouveau paysage. Je ne suis pas certain d’être capable de la côtoyer tous les jours.
— Écoute, Ronie… commence Malone.
Je me tourne vers lui et fais face à son air contrit.
OK, je vois. Pas besoin d’être devin pour piger ce qui se trame dans ce bureau. Si j’accepte, je vais me faire piéger. Aussitôt, je me retrouve plongé dans un nouveau dilemme. Écouter ma raison qui me dit que c’est une superbe opportunité sur laquelle je dois sauter ou mon cœur qui me supplie de refuser, parfaitement conscient de sa faiblesse face à son unique amour.
— Et nous ? interroge ma copine avant même que j’ouvre à nouveau la bouche, visiblement impatiente de connaître son sort.
Son intervention m’enlève une sacrée épine du pied. Du moins, elle m’offre surtout le temps de réfléchir un peu plus posément.
Rob fixe Malone qui hoche la tête.
— Disons que j’aimerais que vous intégriez le groupe, en particulier Norah. Les OC3 n’ont pas de claviériste et je pense que ce serait un plus pour eux. Quant à toi, Lauren, si tu es d’accord, tu pourrais remplacer Kane lorsque cela s’avère nécessaire.
Ce qu’il ne dit pas, mais que j’ai déjà parfaitement compris, c’est qu’ils ont aussi l’intention de me réintégrer au groupe en tant que guitariste. Sinon, il ne m’aurait certainement pas demandé si j’acceptais de bosser avec Kenan.
— Donc, en gros, moi, je peux dire adieu à la scène, rétorque l’intéressée, avec une pointe de déception dans la voix.
Je la serre un peu plus fort contre moi pour lui prouver que je reste près d’elle.
— Je n’ai pas dit ça, mais pour le moment, nous n’avons pas envisagé de mettre deux bassistes sur scène.
— Et un deuxième guitariste ? demande-t-elle en me jetant un bref coup d’œil avant de reporter son regard devant elle.
Malone et Rob paraissent mal à l’aise. Pourquoi ? Aucune idée. Est-ce en raison de Kennie ? Encore et toujours elle.
— On avait plutôt pensé que Ronan reprendrait son statut de guitariste principal. À la base, les OC3, ce sont les triplés et lui, explique Malone.
Je lève les yeux sur lui, à la fois surpris et vénère. C’est du grand n’importe quoi ! Blue est leur guitariste, désormais. Hors de question que ça change !
— Qui a imaginé que ça puisse être le cas ? Ça fait presque quatre ans que je ne fais plus partie du groupe. Je ne vais pas piquer la place de Blue.
— Beaucoup de groupes ont deux guitaristes, ça ne devrait pas poser de problème que vous jouiez ensemble. D’autant plus que vous avez tous les deux votre style. Je crois d’ailleurs, fait Rob en grattant sa barbe, que les deux mélanges pourraient donner quelque chose de très bon.
Dépité, je secoue la tête.
— Donc, si je résume. D’abord, tu me demandes d’aider Kenan à créer de nouveaux morceaux, mais en fait tu souhaites que je réintègre le groupe, en guitariste principal. J’ai bon jusque-là ?
J’en fais des caisses, je l’avoue. Depuis le début de cette conversation, je savais plus ou moins ce qui m’attendait. Seulement, l’entendre rend les choses beaucoup plus concrètes. En plus, je prends conscience de ce que cela implique. Je vais devoir travailler des jours durant avec Kennedy et j’ai la trouille. Depuis trois ans, j’ai donné une certaine stabilité à ma vie. Chose que je risque de foutre en l’air avec sa simple présence à mes côtés.
Rob acquiesce.
— Pourquoi tourner autour du pot si ta véritable demande était cette dernière ? grogné-je.
Plus mauvais joueur que moi, tu crèves.
— Parce qu’on avait la trouille que tu refuses, m’informe Malone.
Je lâche un rire amer, avant de pivoter vers mon pote.
— OK, je vois. Dis-moi juste, j’ai le choix ? Si je refuse, est-ce que la proposition tient toujours pour Lauren et Norah ?
— Pour Norah, oui. Je l’ai dit, une claviériste serait un plus dans le groupe, répond Rob. Mais pour Lauren…
Il n’a pas besoin de finir sa phrase. Lauren ne pourra intégrer ce groupe que si j’accepte.
— Qu’est-ce que je vais devenir ? se demande ma copine dans un léger chuchotement.
Comment réagiras-tu lorsque tu découvriras ce qui me lie à leur chanteuse ? À quel point m’en voudras-tu de t’avoir menti sur mes véritables sentiments ? Et lorsque tu apprendras que je t’ai trompé avec elle ? Oh, je ne parle pas de ces trois moi, cet été magique, passés près d’elle, non, mais de toutes les fois où je ne serai plus capable de brider mon désir pour elle. Car cela arrivera encore, je le sais, c’est plus fort que moi. Dès qu’elle partage mon espace, je ne suis plus capable de me contrôler. C’est beaucoup trop difficile. Sais-tu ce que c’est que d’aimer à ce point ?
— Accepte, s’il te plaît, Ronan, m’implore Norah.
Je me tourne vers elle, déglutis difficilement à plusieurs reprises, avant de ramener mes yeux sur Rob et de demander d’une voix nouée :
— Ils en pensent quoi, eux ? À moins qu’ils ne soient pas au courant ?
— Je viens d’envoyer un message groupé pour les en informer, sans leur détailler les raisons de l’explosion de votre groupe. Kane et Kenan m’ont répondu qu’ils avaient hâte de rejouer avec toi, m’informe Malone. D’ailleurs si vous acceptez, je les contacte et leur ordonne de ramener leurs miches ici. Eux aussi devront signer les nouveaux contrats.
— Blue et Kennedy en pensent quoi, eux ? demandé-je.
Lèvres pincées, Malone m’adresse un semblant de sourire.
— Blue trouve que c’est une bonne opportunité. Quant à Kennie… (il hausse les épaules). Elle n’a pas répondu. Elle doit être occupée.
Ouais, j’imagine bien comment une fille aussi belle et sexy qu’elle passe son temps libre. Encore des putains de souvenirs qui me fracassent. Elle, moi et un scénario digne d’un porno. La fusion de nos âmes alors que nos corps s’unissent.
— Ronie !
À mon nom, je reviens à la réalité. Qui m’a appelé ? Aucune idée. Je me fiche même de le savoir. De toute façon, ils semblent tous attendre une réponse de ma part. Alors, je me remémore notre discussion.
— J’en sais rien, finis-je par admettre.
Mauvaise réponse, mon gars. T’aurais dû accepter si tu ne voulais pas que Lauren et Norah te poussent dans tes retranchements en te suppliant.
Comment résister quand deux nanas géniales s’y mettent pour que j’abdique ?
Je suis beaucoup trop faible devant elle. Je devrais lutter avec un peu plus d’acharnement. Confesser mes erreurs à Lauren pour qu’elle comprenne ma position et se range de mon côté. Bien qu’à mon avis si elle apprenait toute la vérité, elle me balancerait une torgnole dans la tronche et se casserait sans demander son reste. Sauf que je n’ai pas assez de couilles pour avouer ce qui s’est passé entre Kennedy et moi, ces dix dernières années. Encore moins pour annoncer à celle qui me tient la tête hors de l’eau depuis que nous sommes ensemble que je l’ai trompée pendant trois mois. Un laps de temps merveilleux, mais qui m’a endommagé encore plus que je ne l’étais déjà.
— D’accord, m’entends-je accepter, bien malgré moi.
— Très bien. Je les appelle, je vais les convoquer ici immédiatement.
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