No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 23
Ronan
Putain ! C’est quoi ce boucan ? Pourquoi Kenan s’éclate-t-il sur sa batterie ? Quelle heure peut-il bien être ? Aucune idée, mais ce dont je suis certain, c’est qu’il est bien trop tôt pour qu’il s’adonne à sa passion. Qu’il arrête, bon sang ! Ou je jure que je vais les lui faire bouffer ces fûts.
Dans ma confusion, j’ai l’impression de percevoir des voix. Si la première me semble indéfinissable, ce n’est pas le cas de la seconde, si douce, si mélodieuse, je la reconnaîtrais entre mille. À elle toute seule, elle est un putain de baume pour mes tympans, qui souffrent le martyre.
Excédé par cette cacophonie qui persiste, je bondis dans mon lit, prêt à aller en découdre avec celui qui maltraite mon crâne… Ou pas. Je me suis à peine assis que je me retrouve sur un manège à sensation, pire que ceux où nous sommes montés Kennedy et moi à Disneyland.
Comme si tout ça n’était pas suffisant, mon estomac se révulse. Génial, il manquerait plus que je dégobille dans le lit. Les femmes de ménage seront sûrement très ravies de changer mes draps.
Mais, bon sang, qu’ai-je fait hier soir pour être dans un tel état aujourd’hui ? Au vu de la clarté dans la pièce, je suis certain que la nuit est passée. À moins que ceux qui parlaient tout à l’heure se soient éclatés à allumer toutes les ampoules de ma piaule.
Suis bien dans ma chambre, non ?
Ouais, sûrement. À part là, je ne vois pas où je pourrais être d’autre. Par contre, j’ai un gros trou de mémoire. J’ai beau me creuser les méninges, je ne me rappelle plus notre retour à l’hôtel. Juste quelques flashs, bien trop fugaces pour que je puisse les interpréter. Où avons-nous fini la soirée après le concert ?
Putain de mal de crâne !
Me triturer la cervelle n’est absolument pas bon pour moi. D’autant plus que Kenan se démène toujours autant sur sa batterie. Ou alors…
Je suis rentré complètement torché, non ? Mouais. Possible. Tous mes symptômes ont l’air de concorder avec ceux d’une murge carabinée.
Au moment où j’entends des bruits de pas, j’ouvre une nouvelle fois les paupières. Mon foutu cerveau embrumé me fait halluciner. Je frotte mes yeux, les pose sur cette apparition angélique… frotte encore et reste concentré sur cette divinité qui m’observe du pas de la porte. Mon cœur palpite et mon sang irrigue rapidement mon muscle le plus sensible qui se déploie instantanément.
— Je suis contente de voir que tu es réveillé. Tu vas pouvoir dégager de ma chambre, maintenant !
Sa chambre ? Qu’est-ce que je branle dans sa chambre ? Impossible ! Ses frangins ne m’auraient jamais ramené jusqu’ici et je suis certain que j’étais au moins avec l’un des deux… Ouais, c’est bien le cas. Je me souviens que Kenan m’a suivi quand j’ai décidé d’aller noyer ma lâcheté et mon écœurement à mon encontre dans pas mal de verres. Bien trop sûrement au vu de mon état lamentable aujourd’hui. Je me rappelle aussi les raisons pour lesquelles je me sentais aussi merdique. Notre bébé. La discussion que j’ai eue avec elle remonte à la surface et m’explose à la tronche. Je ne suis qu’un putain de minable.
Bref.
Tout ça n’explique pas comment j’ai atterri dans ce lit… juste recouvert d’un tee-shirt et de mon boxer. Qui m’a déshabillé ? A-t-elle dormi contre moi ? L’ai-je tenue dans mes bras ? Ou bien a-t-elle préféré passer le restant de la nuit ailleurs ? Cette dernière éventualité me semble la plus probable. Je ne l’imagine pas s’étendre à mes côtés après ce qu’elle m’a dit quand je l’ai rejointe dans sa loge.
Ouais. Non. Impossible.
Seulement, ça n’explique pas pourquoi je suis si peu fringué.
— Tu peux me dire comment j’ai atterri dans ton lit ?
Après un roulement de billes de sa part, elle s’approche un peu plus. Apparemment, je l’énerve. Génial !
Elle n’est plus qu’à quelques pas de moi quand je remarque le verre qu’elle tient dans la main. Au vu des bulles, je suis certain qu’il contient du paracétamol effervescent. Quoi d’autre ?
— Je n’ai aucune envie d’en parler… En fait, je n’ai aucune envie de te parler. Alors, avale ça (elle me tend ce que je pense être un médoc) et retourne dans ta chambre.
J’attrape son poignet afin qu’elle ne m’échappe pas. Mes questions nécessitent des réponses d’urgence. Je dois comprendre pourquoi je n’ai plus mon jean. Savoir si j’ai dépassé les bornes, si on a fait quelque chose qu’elle pourrait regretter.
— On a couché ensemble ?
C’est clair et concis. Pas besoin d’emprunter trente-six mille chemins pour connaître la vérité.
Ma sirène éclate de rire, échappe à ma prise et s’éloigne de quelques pas. Le verre à la main, j’attends qu’elle m’explique, tout en la bouffant du regard. En même temps, si elle ne souhaitait pas que je la reluque, elle aurait dû enfiler d’autres fringues que ce short qui lui fait des jambes d’enfer. Je deviens fou juste en les matant. J’ai tellement envie de les remonter en les couvrant de baisers.
— Tu penses vraiment que je souhaite coucher avec toi ?! gronde-t-elle.
Des flashs d’elle et moi durant notre petite sortie me pousseraient à répondre par l’affirmative, mais à sa façon de me jauger, je sais qu’elle attend un non de ma part. Du coup, je hausse les épaules. Autant ne pas me mouiller pour éviter de me prendre ses foudres. Je n’ai aucune envie de l’entendre s’égosiller alors que mon mal de crâne va me faire virer barge.
— La réponse est non, nous n’avons pas couché ensemble.
— Alors, qu’est-ce que je fiche dans ta chambre ? demandé-je après avoir avalé le médoc.
— Tu ne te souviens de rien ?
Je secoue la tête, penaud.
— Je m’en doutais ! s’énerve-t-elle. Tu te rappelles au moins notre discussion ?
Une douleur foudroyante me comprime le cœur lorsque je pense encore à ce bébé que j’ai laissé derrière moi. Il n’a peut-être pas vu le jour, mais à mes yeux, c’est du pareil au même. Putain, ce que je m’en veux !
— Ouais, je m’en souviens très bien. Je me souviens aussi que Kenan n’était au courant de rien. Je suppose que tu n’as rien dit non plus à Kane. Pourquoi tu ne leur en as pas parlé ? Je n’ai jamais coupé les ponts avec eux. Si tu les en avais informés, je ne l’aurais pas appris des années plus tard !
Le déchirement sous ma poitrine me rend mauvais, j’en ai conscience.
Elle me flingue du regard.
— Peut-être ai-je eu envie de te protéger, qu’en penses-tu ?
Je me lève et m’approche d’elle.
— Que tu n’es qu’une menteuse, répliqué-je en soutenant son regard.
— Crois ce que tu veux. Mais sache que je l’ai vraiment fait pour toi. Je ne voulais pas briser votre amitié. Même si j’ignorais tout ce que tu m’as dit l’autre jour, j’ai toujours su que mes frères comptaient beaucoup pour toi. Alors, oui, je ne leur ai rien dit pour te protéger… Parce que je t’aimais !
Sa réplique me coupe le souffle. L’entendre utiliser le passé pour me parler de ses sentiments me fait un mal de chien. Et savoir qu’elle m’a protégé me fait me sentir encore plus lamentable. Les mots me manquent. Les larmes me brûlent les rétines. Hors de question, toutefois, que je me laisse abattre. Pas alors que nous sommes en tournée. Je me connais, je serais capable de fuir… encore.
— Quant à ce que tu fais dans ma chambre, tu n’as rien voulu entendre quand Kenan t’a dit de bouger pour qu’il te raccompagne dans la tienne. Tu es arrivé dans le couloir en hurlant mon nom. Lorsque tu m’as vue, tu es venu me voir, tu m’as embrassée et tu m’as demandé mille fois pardon en tombant à genoux. On a bien essayé par la suite de te faire entendre raison pour que tu ailles te coucher dans ton lit, mais toi, tout ce que tu désirais, c’était de me faire un autre bébé. Alors avec mon frère, on a décidé de te coucher ici. Mais, ne t’en fais pas, je n’ai pas dormi avec toi. Je ne suis pas maso. Je n’ai aucune envie de me souvenir à quel point, c’était bon de passer mes nuits dans tes bras. Je te le répète, nous deux, c’est terminé… Ne dis rien, je t’en prie, ajoute-t-elle alors que je m’apprêtais à prendre la parole. Je te rappelle que c’était ton choix et non le mien. C’est toi qui as décidé de partir sans même te retourner.
Sur ce, elle me laisse digérer seul tout ce qu’elle vient de me balancer. Je déglutis difficilement à plus d’une reprise, tente tant bien que mal de remonter à la surface. Affligé, je recule jusqu’à cogner mes mollets contre le lit sur lequel j’échoue. Comment revenir en arrière ? Comment effacer ces dix années qui n’ont permis à aucun de nous deux d’en ressortir indemne ? Si seulement j’étais magicien, il suffirait que j’énonce une formule magique, mais je ne le suis pas. Dommage. J’aurais aimé changer tellement de choses. À commencer par cet accord passé avec ses frangins.
Je me montrerais, aussi, correct vis-à-vis d’elle en ne me tapant pas toutes ces filles qui m’ont aidé à oublier, le temps de quelques minutes, mes sentiments pour cette brune si parfaite. Je sais que mon comportement de queutard l’a blessée. Je me souviens de la peine dans ses yeux chaque fois que je me vantais de mes performances au plumard auprès de ses frères. Seulement je préférais ne pas m’y attarder. C’était le mieux que je pouvais faire pour en sortir presque indemne.
Cependant, qu’elle le veuille ou non, elle aussi m’a déchiré en sortant avec ces mecs qui me volaient ma place. Combien de fois ai-je rêvé de les dégommer ? De leur hurler qu’elle était à moi ?
Une larme m’échappe. Je déteste cette faiblesse qui s’empare de moi chaque fois qu’il s’agit d’elle. Je la chasse du revers de la main et me relève.
Après m’être rhabillé, je me dirige vers le salon. Je reste un moment figé à admirer celle que j’ai perdue. Assise en tailleur sur le sofa, son téléphone entre ses mains, elle ne prête aucune attention à ma présence.
— Je vais y aller, lui signifié-je.
— Oui, c’est ça, répond-elle sans même relever la tête.
J’aurais aimé qu’elle me regarde, même pour me renvoyer toute sa colère à la gueule. Tout sauf cette ignorance. Seulement je dois me faire une raison, aucun retour en arrière n’est envisageable. Je me suis monté des films en croyant que je pourrais revenir vers elle.
— Dommage que nous n’ayons pas de reset, lâché-je alors que j’appuie sur la poignée. J’ai commis des erreurs, mais j’aurais adoré te prouver que je pouvais aussi être un gars de confiance. Malheureusement, on ne peut pas effacer le passé.
— Ronan, arrête, me supplie-t-elle d’une voix tremblante.
Surpris par son intervention, je me retourne et la découvre en larmes. Je me retiens d’aller la prendre dans mes bras. Elle le refuserait. Alors pour ne pas me laisser tenter plus que nécessaire par le diable, je quitte sa suite sans un mot supplémentaire.
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