No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 16
Kennedy
Driiing !
Déjà ?
Mon réveil m’extrait d’une nuit reposante. Après ces derniers jours intenses, à répéter sans relâche afin d’être prête pour notre grand départ la semaine prochaine, j’en avais bien besoin. Aujourd’hui, c’est journée entre filles. La dernière avant de nous envoler pour les États-Unis. Nous avons prévu tout un programme, à commencer par une séance chez l’esthéticienne où nous nous ferons masser, avant d’aller déjeuner dans un resto sympa que nous affectionnions quand nous étions à Trinity College, et pour finir on s’installera devant un film français. Ce qui fera super plaisir à Lou.
Tel un chat, je m’étire pour dénouer chacun de mes muscles, puis je me lève. Mes deux pieds au sol, je me rends jusqu’à la fenêtre et ouvre les volets. Le temps est encore au beau fixe et je suppose que les températures seront tout aussi clémentes que ces derniers jours.
Je me dirige vers mon armoire et hésite un instant quant au choix de ma tenue. Une jupe ? Qui me dit que je ne tomberai pas sur Ronan en ramenant Lou chez elle. Mon frère et lui travaillent sur les chansons de notre prochain album. Certes, ils auront presque un an pour rendre quelque chose de correct, mais je crois que les deux sont dans une phase d’inspiration. Bref. Tout ça pour dire que je n’ai pas envie qu’il me rejoue la même scène que la dernière fois chez Malone. Encore une fois, il a réveillé mes sentiments pour mieux me les jeter à la figure en prenant à nouveau la fuite. Il ne m’a même pas laissé le temps de lui expliquer que je n’étais plus avec Aaron depuis longtemps. D’ailleurs, même si nous travaillons plusieurs fois par semaine ensemble, je n’ai pas trouvé l’occasion de le lui avouer, puisqu’il m’ignore. C’est à peine s’il me salue du bout des lèvres quand on se voit.
Si vous ne savez pas comment passer d’un désert aride à la banquise, faites appel au guitariste des OC3. Le grand, le beau, l’énigmatique Ronan Byrne.
Ça ferait, sans aucun doute, un superbe slogan publicitaire, mais moi, ça ne me fait pas du tout rire.
N’empêche qu’il faudrait peut-être que je cesse de cogiter et que je m’habille, si je ne veux pas être à la bourre chez Lou. C’est moi qui suis censée la récupérer avant qu’on rejoigne Norah et Aly chez l’esthéticienne. Toutes les deux n’habitant pas très loin du salon, elles nous attendront là-bas.
J’arrête enfin mon choix sur une robe longue, un peu bohème, qui me rendra féminine sans trop en dévoiler sur mes formes. Ainsi, si monsieur le roi de la cavale siège chez mon frangin, par le plus grand des hasards, il ne sera pas tenté par ma tenue qui n’a rien de trop sexy. En somme, pas comme l’autre jour.
Une fois prête, je me rends dans la cuisine. Aaron m’a laissé un mot pour me prévenir qu’il rentrerait tard ce soir, de ne pas l’attendre pour le dîner, car il a un rencard. Je souris en l’imaginant au bras d’une fille. Il y en a au moins un de nous deux qui a droit à un minimum de bonheur.
Je me prépare un café et me dépêche de l’avaler. Enfin autant que possible sans me brûler la langue. Puis je retourne dans ma salle de bain pour me brosser les dents.
Prête, je quitte la maison, monte dans ma voiture et en route !
Une demi-heure plus tard, je me gare devant la villa de mon frère, où trois autres véhicules stationnent déjà. Une alarme se déclenche instantanément sous mon crâne. D’autant plus que je connais le propriétaire de cette caisse en trop. Du moins, par déduction, je me doute qu’il s’agit de Ronan, car cette Ford Puma n’appartient à aucun des autres amis de Lou ou de Kenan, encore moins à nos parents.
Croisons les doigts pour qu’ils soient en train de travailler dans le studio. Ainsi, je n’aurais pas à le voir.
J’inspire profondément et, mécaniquement, jette un œil sur mon rétro. Pour voir quoi ? Aucune idée, mais je me surprends à vérifier que mon maquillage n’a pas coulé et à replacer les mèches de mes cheveux derrière mes oreilles.
Serais-je devenue folle ? Bien possible.
Je me gifle mentalement pour remettre un peu d’ordre dans mon esprit et surtout pour rappeler à mon cœur que je ne l’autorise plus à battre aussi vite qu’en ce moment pour cet homme qui a trop pris la tangente avec moi.
Une fois mes pulsations cardiaques apaisées, je sors de la voiture. Je gravis les quelques marches qui mènent à la porte et sonne. Chose que je n’ai pas faite devant le portail, puisque celui-ci était ouvert. Et j’attends… Encore… Et encore.
Au bout de quelques minutes, j’appuie à nouveau sur la sonnette. Si tout le monde est au studio, ils ne m’ont peut-être pas entendue, même si un amplificateur permet à Kenan d’entendre la venue d’un visiteur lorsqu’il s’y enferme. Dans le cas où personne ne viendrait m’ouvrir d’ici deux minutes, je contournerai la villa et j’irai les rejoindre.
Du coup, j’attends encore.
La porte s’ouvre soudain sur une vision qui me coupe le souffle. Je ne dois pas être loin de baver quand je découvre ces abdominaux ciselés dans du marbre, encore mieux dessinés que la dernière fois qu’il m’a permis de les caresser du bout des doigts et de les couvrir de baisers.
— Tu devrais arrêter de me reluquer comme ça. Je ne crois pas que t’aies envie que je te montre l’effet que tu me fais.
Premier constat : il ne m’ignore plus.
Second constat, alors que je le découvre les cheveux en bataille, probablement tout juste sorti du lit : il semble vraiment avoir envie de moi, ce qui augmente aussitôt ma température interne.
Qu’a-t-il donc fait de sa colère à mon encontre ?
— Je viens d’émerger d’un rêve très agréable dont tu étais l’héroïne principale. On pourrait peut-être faire une trêve le temps que tu me prodigues les mêmes caresses, lâche-t-il avec arrogance.
— Du sexe, hein ?
— Quoi d’autre ? Tu n’as jamais rien eu de mieux à me proposer. Ton cul, oui, mais ton cœur appartient à un autre.
Finalement, sa colère ne semble pas avoir disparu. J’aurais dû m’en douter.
— Conneries !
Il me dévisage, avant d’éclater de rire. Un rire sournois qui me tire des frissons désagréables.
Il est plus que temps que je lui dise la vérité pour qu’il cesse de me prendre de haut. J’en ai marre d’être considérée comme unique coupable à ses yeux. Certes, je suis loin d’être blanche, j’aurais dû arrêter Aaron avant de me retrouver sous lui, couverte de ses baisers. Mais à ce que je sache, ça n’a pas empêché Ronan de revenir. À plusieurs reprises, d’ailleurs.
Plus de mensonges entre nous, c’est ce que je désire. Pour moi, mais aussi pour le groupe. Travailler dans la tension va vite gonfler mes frères, Malone également.
Alors, je vais tout lui dire. Enfin, presque tout. Car je refuse de lui avouer que j’ai porté son enfant. À quoi cela servirait-il ? À part raviver ma douleur qui ne s’est jamais vraiment atténuée. Je ne crois pas que ça le touche outre mesure. Après tout, il ne s’est jamais soucié de moi après son départ, ne s’est jamais demandé s’il avait pu me mettre enceinte, même en sachant que nous ne nous protégions pas à chaque fois. Trop enflammés pour penser au préservatif.
Néanmoins, avant de tout lui déballer, je m’enquiers de la présence de Lou. Je n’oublie pas que je suis là pour elle.
— Occupés à te faire un neveu ou une nièce, lâche le guitariste hyper sexy qui me fait face. C’est d’ailleurs un peu la faute de mon pote si tu t’es glissée dans mon rêve. S’ils avaient été moins bruyants…
Sidérée, je lève les yeux au ciel.
— T’as l’air vraiment en manque.
— Je vais te confier un petit secret.
Il s’approche de moi et se penche au-dessus de mon oreille. Il s’attarde quelques secondes dans cette position, laissant son souffle chaud balayer la peau sensible de mon cou. Il m’électrise.
— Par ta faute, je n’ai pas touché une seule femme depuis plusieurs semaines. Alors, ouais, je suis en manque.
Sa voix rauque m’émoustille. Le doigt qu’il laisse courir le long de ma jugulaire, pendant qu’il se redresse, embrase mon bas-ventre.
Quelle sorte de vengeance cherche-t-il à orchestrer pour me mettre dans tous mes états ?
— J’aime que tu sois toujours aussi réceptive, jubile-t-il, un petit sourire plein d’arrogance sur ses lèvres.
— Pour info, tu es bel et bien réveillé. Alors, cesse de rêver. Tu n’es pas le seul à avoir été vacciné.
Il m’adresse un clin d’œil appuyé, preuve qu’il n’est pas dupe.
— Maintenant, si tu veux bien, j’aimerais entrer. Je ne vais pas attendre Lou sur le pas de sa porte. J’ai aussi un truc à te dire, mais nous serons mieux à l’intérieur.
Ronan se décale. J’en profite pour franchir le seuil. Puis sans perdre de temps, je me dirige vers la cuisine. Une nouvelle dose de caféine ne me fera pas de mal avant d’attaquer les choses sérieuses. Du moins, s’il m’en laisse l’occasion. Rien ne me dit qu’il va me suivre.
Pour le moment, alors que je fais dos à la porte, il m’est impossible de le savoir.
Toutefois, je réalise très vite qu’il ne m’a pas lâché d’une semelle quand il me déclare :
— J’aime beaucoup ta robe.
Bon sang ! Et dire que je l’ai mise justement pour éviter de l’allumer. Le résultat n’est pas du tout celui que j’escomptais.
Je ne me retourne pas. Hors de question que je lui montre que ses mots me perturbent.
Ce n’est qu’une fois mon café en main que je rassemble mes forces pour l’affronter à nouveau. J’inspire profondément et je pivote.
Appuyé avec nonchalance contre le chambranle, bras et jambes croisés, il ne se gêne pas pour me reluquer.
— Arrête ton petit jeu, Byrne !
— Je ne joue pas, O’Connor.
— Bien sûr que si ! Qu’est-ce que tu attends de moi, sérieux ?!
— Peut-être de voir si tu es toujours aussi fidèle à ton mec quand j’entre dans l’équation, ironise-t-il.
Alors, c’est maintenant que je dois dire la vérité ? Très bien.
— Aaron n’est pas mon mec.
Il se redresse et réduit la distance entre nous à une allure vertigineuse. Ses yeux ne sont plus que deux fentes à travers lesquelles un orage déchaîné gronde. Il ne me croit pas et il est furax.
Je recule jusqu’à buter contre le plan de travail. Ronan est à présent si près que son aura m’écrase. Seule ma tasse fait encore barrage entre nous. Néanmoins, ça ne l’empêche pas de coincer mon menton entre son index et son pouce pour me forcer à relever mon visage.
— Je déteste qu’on me prenne pour un con ! gronde-t-il, ses billes vertes fermement ancrées aux miennes.
— Parfait ! Tu veux que je te dise un petit secret ? Moi aussi, je déteste être prise pour une conne.
Il tique.
— Attends, je n’ai pas fini… Tu vois, moi, contrairement à toi, j’étais tout à fait libre, il y a trois ans. Parce que… tiens-toi bien, scoop du jour : j’ai rompu avec Aaron le jour où tu as quitté le groupe…
Son ricanement amer m’interrompt un instant, mais j’enchaîne très vite :
— Si tu étais resté deux minutes de plus devant la porte, tu aurais vu que je l’avais repoussé et que je mettais un terme à cette relation. Mais, toi, tu t’es barré. Tu as quitté le groupe. Et moi, pauvre naïve, j’ai cru que tu reviendrais. Alors, je n’ai rien dit, je n’ai pas cherché à te comprendre. Voilà la seule chose que tu peux me reprocher !
Assommé, sans aucun doute par mes mots, il me relâche et recule de plusieurs pas, tout en secouant la tête.
— Tu mens, émet-il faiblement.
D’un regard sincère, je lui fais comprendre que ce n’est pas le cas.
— Tu mens ! Il vit avec toi et je vous ai vus ici même. Le parfait petit couple modèle.
Son visage passe par une multitude de couleurs et affiche tout autant d’émotions contradictoires. Elles disparaissent si vite que je n’ai pas le temps de toutes les décrypter. Seule la colère reste.
— Qu’est-ce que tu cherches, Kennedy, en me balançant ce genre de merde ? Me faire culpabiliser ? Ouais, je l’avoue, je n’ai pas été honnête avec toi ni avec Lauren, mais…
— Oh, calme, mon pote ! Qu’est-ce qui se passe ici ? On vous entend beugler depuis notre chambre, intervient mon jumeau que je n’ai pas vu arriver.
Sa main sur l’épaule de Ronan, Kenan attend une explication de sa part.
— Ta sœur me prend pour un con, voilà ce qui se passe.
Le regard de mon frère navigue entre nous, avant de s’arrêter sur moi. Il me demande en silence s’il est en droit de rompre sa promesse pour intervenir. Je secoue la tête. Ce n’est pas son problème, c’est juste entre lui et moi.
— Comment ça ? demande Lou qui vient de nous rejoindre.
Contrairement à son mari, elle n’est liée par aucun engagement à mon égard. Kenan se dégage donc de toutes responsabilités vis-à-vis de ce qui va se dérouler dès maintenant en levant les mains en signe d’innocence dans ma direction.
— Cette garce veut me faire croire qu’elle n’est plus avec Aaron, réplique Ronan, toujours sous le coup de la colère.
— Petit conseil, vieux : évite d’insulter ma jumelle devant moi. Ne pas me mêler de ses histoires ne signifie pas que je laisserai un mec la dénigrer.
Lou capte le regard de son mari. Un échange silencieux se déroule entre eux. J’ai presque l’impression qu’ils se parlent par télépathie. Elle l’apaise.
— Ouais. Désolé, je retire, s’excuse Ronan. Ce n’est peut-être pas une garce, mais une belle menteuse.
Kenan gronde en guise d’avertissement.
— Elle ne t’a pas menti, rétorque Lou.
— Ah ouais ? Et c’est pour ça qu’ils vivent ensemble ? Qu’il la prend dans ses bras dès qu’il en a l’occasion ou qu’il l’embrasse ?
— Qu’il l’embrasse ? Quel genre de baisers ? Parce que moi, je ne les ai jamais vus s’embrasser sur la bouche. Du moins pas depuis quatre ans.
— T’es jaloux ou quoi, Ronie ? questionne mon jumeau, limite railleur.
Ce qui lui vaut un regard noir de la part de son frère de cœur et un doigt d’honneur.
Kenan explose de rire devant l’attitude bougonne de Ronan.
— Oui, tu as raison, je vis avec lui, déclaré-je. Mais, je ne mens pas quand j’ai dit que j’ai rompu avec lui, il y a quatre ans. Aaron est mon meilleur ami. Rien de plus.
Ronan déglutit difficilement et blêmit.
Ronan
Non, je n’y crois pas. Je ne veux pas y croire.
Tant que j’étais persuadé que je n’étais pas le plus fautif des deux, je pouvais encore garder la tête haute. Lui reprocher autant qu’à moi cette distance entre nous.
Putain, je suis tellement dingue d’elle !
La preuve en est, je n’ai pas pu m’empêcher de jouer avec son désir. D’ailleurs, j’ai eu beaucoup de mal à maîtriser le mien, à ne pas lui sauter dessus. Elle était là, si belle, si tentante, totalement à ma merci. Je ne lui ai pas menti quand je lui ai annoncé que j’avais rêvé d’elle. Depuis plusieurs jours, elle s’invite dans chacun de mes rêves. Nue, sous moi alors que je la vénère.
J’aimerais tellement que ce soit à nouveau notre réalité, mais comment combler ce fossé entre nous ? Fossé que j’ai creusé moi-même durant toutes ces années.
Pourquoi n’ai-je pas réagi ce jour-là dans sa loge ? Pourquoi ne lui ai-je pas signalé ma présence ? Pourquoi ai-je fui ? Pourquoi ai-je autant flippé, il y a trois ans ?
Un vague souvenir se dessine dans mon crâne. Je devais être un peu dans le brouillard, certainement sous le coup de l’alcool ingurgité au cours de la soirée donné pour le mariage de mon pote, pour ne pas réussir à le visualiser mieux que ça. Va falloir que je creuse, j’ai besoin de cerner ce qui m’est vraiment passé par la tête. Car je suis persuadé que c’est à cause de lui que j’ai eu ce déclic qui m’a poussé à la larguer sans un mot.
Est-ce trop tard pour rattraper le mal que nous nous sommes fait ? Que je lui ai fait.
Comment puis-je remonter le temps ? Me faire pardonner ?
Qu’on m’envoie une solution, et vite si possible !.
Je la veux plus que tout. Elle est mon phare dans la nuit. Mon ancre. Mon foyer.
Durant dix ans, j’ai été trop froussard pour l’admettre, mais j’en prends de plus en plus conscience. C’est d’elle dont j’ai besoin à mes côtés, pas d’une autre Lauren.
Kenan se racle la gorge. Revenu à ici et maintenant, je réalise que tout le monde m’observe.
Face à tous ces regards qui me dévisagent et qui s’attendent à je ne sais quelle réaction de ma part, j’ai l’impression de perdre la partie.
Échec et mat.
Elle a toujours été plus forte que moi quand il s’agissait de nous. Celle qui me poussait à déposer ma carapace pour mettre à nu mes sentiments devant elle.
Pourtant, encore une fois, mon manque de courage me rattrape. La peur aussi.
Alors, je fais ce dont je suis le plus capable, je fuis.
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