No right to love you T3 : Kennedy
Chapitre 29
Kennedy
Depuis une semaine, je vis dans l’angoisse de recevoir un autre appel ou une nouvelle lettre. Malgré tout, j’essaie de prendre sur moi et d’assurer nos shows devant les milliers de spectateurs qui se déplacent pour nous voir. Parfois, j’imagine mon harceleur au milieu de la foule et ma voix se met à trembler. Ronan le réalise très vite et se place chaque fois près de moi, me protégeant quoiqu’il advienne, et m’aide à chasser mes terreurs grâce à son jeu de scène. Je me laisse emporter dans son tourbillon et j’oublie que je suis la cible d’un détraqué qui me veut pour lui seul.
Mes nuits ne sont pas plus paisibles. Sa voix me hante alors que son visage reste dissimulé dans chacun de mes cauchemars.
Mes jumeaux ignorent tout de la situation, même si je ne doute pas qu’ils ressentent mon angoisse. Il suffit de voir les rides soucieuses qui barrent leur front quand ils me sondent. Mais d’un commun accord entre Malone, Ronan, Steven et moi, nous avons décidé de ne pas ébruiter cette histoire. Steven a simplement précisé à ses hommes que le groupe avait reçu des menaces qui doivent être prises au sérieux. Rien de plus. La véritable raison ne doit jamais retomber aux oreilles de mes frères. Nous savons tous que si ça arrive, la tournée prendra fin. Jamais Kenan et Kane n’accepteront de me laisser courir le moindre risque. Ronan non plus, mais il s’est engagé dans une promesse vis-à-vis de notre manager, et est donc contraint de continuer.
Plus que quelques minutes sur scène et je pourrai enfin souffler. Me réfugier, d’ici une heure, dans ma suite, faute de pouvoir me blottir dans les bras de mon homme. C’est mon plus grand regret face à tout ça. Ne pas pouvoir être libre de l’aimer comme je le souhaite alors que nous venons tout juste de nous retrouver.
Les dernières notes résonnent, ma voix s’éteint. Un blanc s’immisce entre le public et nous avant que les ovations fusent de tous les côtés. Le jeu de lumière laisse sa place à l’obscurité. La peur me gangrène. Mon cœur cesse de battre. Là, dans le noir, tout peut arriver.
Au même titre que les autres soirs, une main vient frôler mon dos et, sous les frissons qui me traversent, je me réanime.
Je me tourne vers Ronan. La lumière jaillit, nos yeux se percutent et ne se lâchent plus. Un sourire réconfortant illumine ses traits. Il est là pour moi, avec moi, c’est ce que son regard m’affirme.
Sous la cohue de nos fans qui quittent la salle, il caresse mes lèvres, puis se penche pour me voler un baiser. C’est risqué, nous en sommes conscients, mais nous avons tous les deux besoin de ces moments, aussi fugaces soient-ils, où nous pouvons exprimer nos sentiments. L’angoisse s’estompe. À deux, nous serons toujours plus forts.
L’instant suivant, nous rejoignons le reste du groupe dans les coulisses en nous tenant à distance. Voir mes meilleures amies dans les bras de mes frères, accrochées à leurs lèvres, alors que moi je n’ai pas le droit à ce genre d’épanchement, me retourne l’estomac. Oui, je l’avoue, je suis jalouse de leur liberté. Et plus les jours passent et moins je supporte leur bonheur qui ne m’est toujours pas autorisé. D’ailleurs tous les quatre ont du mal à comprendre notre absence de démonstration. Là-dessus aussi, mes frères se posent des questions. Leur meilleur ami m’a revendiquée devant eux et ils s’attendaient à ce qu’on s’enlace et à ce qu’on s’embrasse un peu plus souvent. Parfois, je flippe que cette histoire lance un froid entre eux et Ronan. Qui me dit qu’ils ne vont pas aller s’imaginer que Ronan a encore joué avec moi, avant de fuir une fois de plus ?
Dégoûtée par cette chienne de vie qui m’empêche d’être heureuse, je me précipite vers ma loge. La porte est à peine refermée qu’elle se rouvre aussitôt. Des bras musclés s’enroulent autour de ma taille. Ici, contre ce torse, je me sens à l’abri de tout. Des larmes de lassitude roulent sur mes joues. Ronan me berce, en silence.
— Épouse-moi, entends-je.
Croyant rêver, je relève un regard égaré vers lui. À son large sourire, je comprends que ce n’est pas un songe.
— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, répliqué-je d’une voix brisée de ne pas pouvoir accéder à sa demande alors qu’une part de moi en meurt d’envie.
— Pourquoi pas ? Il te foutra peut-être la paix si tu deviens ma femme. Ça pourrait être l’idée du siècle pour le virer définitivement de ta vie.
J’échappe un ricanement amer et m’écarte de lui.
— Tu ne penses pas que ce serait plutôt l’inverse. Qui me dit qu’il ne se retournera pas contre toi ensuite, hein ?
— Et alors ? S’il te fout la paix, moi ça me convient. Je suis prêt à prendre tous les risques si ça me permet de te protéger. Tu vois, j’en ai ma claque de ne pas pouvoir être libre de t’aimer et, vu tes larmes, je ne crois pas être le seul à ne plus supporter ce sketch de merde !
Pour le coup, je ne peux que lui donner raison. Seulement, je refuse qu’il se mette en danger pour moi. Les flics doivent trouver le responsable, chose qu’ils s’évertuent à faire, d’après Malone qui les a contactés dès qu’il a appris que j’avais reçu un appel. Je doute de plus en plus de leur efficacité, ce n’est pas comme si cette affaire datait d’hier. Deux ans, bon sang !
Que s’est-il passé dans ma vie à ce moment-là ?
Voilà près d’une semaine que je me creuse la cervelle avec l’aide de Ronan et d’Aaron pour y voir plus clair. À l’époque, j’ai recommencé à fréquenter des hommes. Plus d’un s’est retrouvé dans mon lit. Qui a bien pu croire que plonger une seule fois entre mes cuisses pouvait lui donner accès à mon cœur et à l’entièreté de ma vie ? Je me souviens surtout de Steven avec lequel je me suis retrouvé plus d’une fois sous les mêmes draps, les autres ne sont que des ombres de passage. Toutefois, mon intuition me dit qu’il n’a rien à voir dans tout ça, que cet homme est trop droit pour avoir ce genre de travers. Non, je suis certaine qu’il n’est pas celui qui s’amuse à me foutre la trouille.
— Je t’entends cogiter, ma puce. J’espère que tu penses à ma proposition.
Je sors de mes cogitations, harponne son regard.
— Il y a trois ans, je t’aurais sauté au cou en hurlant « oui ». Là, j’ai besoin d’y réfléchir. Je t’aime trop pour prendre le risque de te perdre.
Sa pomme d’Adam monte et descend avec une extrême lenteur. Ma réponse n’est pas celle qu’il espérait. Déçu, je le vois à ses traits qui s’affaissent, Ronan se contente de hocher la tête.
— Nous serons à Las Vegas dans dix jours. Ça te laisse le temps de peser le pour et le contre.
J’acquiesce et ajoute dans un murmure :
— Quoiqu’il advienne, un jour, je serai ta femme. J’en rêve depuis tant d’années.
Tout sourire face à mon aveu, il se déplace jusqu’à moi, me serre dans ses bras, me vole un nouveau baiser et s’en va. Seulement ses lèvres me manquent déjà. Je refuse de le laisser partir avec ce goût de trop peu.
Ronan a tout juste franchi la porte que je l’appelle en usant de ce surnom gaélique qui lui va comme un gant. Mo shíorghrá. Mon amour éternel.
Il se fige, scrute les environs à la recherche d’un quelconque abruti qui traînerait dans les couloirs, je le vois à son crâne qu’il tourne de droite à gauche.
Dès qu’il pivote, je cours dans sa direction. Seulement un bras tendu m’interdit d’atteindre ma cible. Irritée, je fais volte-face vers l’empêcheur de tourner en rond. Steven ! J’aurais dû m’en douter. À travers ses yeux, il me réprimande de mon geste inconscient.
— C’est bon, il n’y a personne. Laisse-la, grogne mon homme.
— Putain, mais vous êtes une plaie tous les deux ! Vous ne faites jamais ce qu’on vous demande.
— Au contraire, ça fait une semaine que je fais ce qu’on me demande et je ne tiens plus, répliqué-je en le repoussant pour me jeter au cou de Ronan.
Nos lèvres fusionnent. Nos langues se caressent. Là, dans ses bras, sous son baiser plein d’ardeur, j’oublie le danger que j’encours. Il n’y a plus que lui et moi. Lui et cet amour que nous avons bien trop longtemps brimé.
Un raclement de gorge met fin à cet instant de partage. Ronan jette un œil par-dessus son épaule tandis que je découvre Kenan dans son dos.
— Malone nous a dégoté un carré VIP en boîte, ça vous branche de vous joindre à nous ?
Ronan ramène son regard vers moi. À son sourire espiègle, je saisis qu’il a de la suite dans les idées. Je penche la tête, l’interroge en silence.
— Un carré VIP signifie qu’on sera libre pendant quelques heures.
Ah oui ! Je n’y avais pas pensé.
Folle de joie devant cette expectative, je saute dans ses bras, tout en confirmant notre présence à Kenan.
— Vous allez me tuer, marmonne Steven.
****
Cette sortie en boîte m’a vraiment fait du bien. Je retourne à l’hôtel, l’esprit complètement allégé. L’ambiance dans le van qui nous ramène est à la taquinerie et c’est surtout Ronan qui en paie les frais et mes frangins qui en sont les instigateurs. Tout ça, à cause de cette petite heure où nous nous sommes éclipsés dans le second box que Malone a loué. Même si je doute qu’il l’ait fait pour nous au départ. Quand nous sommes revenus auprès des autres, Ronan et moi affichions un air béat qui n’a pas trompé mes jumeaux. Depuis, mon homme se fait chambrer par ces deux idiots qui n’ont rien trouvé de mieux à faire.
— Bande de jaloux ! réplique Ronan à la énième boutade de Kane.
— Jaloux ? Absolument pas. Vous nous faites juste rire tous les deux.
Comme souvent, il parle en son nom et en celui de Kenan.
En attendant, je ne vois pas ce qu’il y a de comique à notre sujet. Je pose mes yeux sur lui et l’interroge d’un froncement de sourcils. Mais au lieu d’obtenir une réponse, il se plie en deux, hilare. Okayyyyy ! J’ai dû rater quelque chose. Non, parce que notre situation n’a absolument rien de drôle.
— Et si vous lui foutiez un peu la paix… Vous en devenez lourds, les gars, intervient Aly.
Je lui envoie un baiser du bout des doigts pour la remercier.
Le van se gare devant l’hôtel. À cette heure, son accès est on ne peut plus facile. Aucun fan ne siège à l’entrée. Toutefois, par mesure de sécurité, notre garde rapprochée quitte le véhicule en premier, afin de veiller à ce qu’aucun détraqué ne bondisse de nulle part.
Après avoir obtenu leur autorisation, mes frères, leurs femmes, Blue et Malone sortent. Ronan et moi échangeons un dernier baiser à l’abri des regards indiscrets avant d’en faire de même.
A distance l’un de l’autre, nous entrons dans l’établissement. Seuls nos échanges de regards expriment notre lassitude face à cette situation, surtout à cet instant où nous rêvons autant l’un que l’autre de passer notre nuit sous la même couette.
— Bonne nuit, nous lance Ronan en me fixant tout particulièrement alors qu’il ouvre la porte de sa suite.
— Bonne nuit, rétorqué-je avant d’ajouter un « je t’aime » muet.
Il sourit, heureux de ces trois mots que je me suis contentée d’articuler.
Je souris à mon tour quand ses lèvres miment la même déclaration.
Quelques secondes plus tard, j’entre dans mon refuge pour la nuit. À peine ai-je franchi la porte qu’une très mauvaise impression me glace les sangs. Je ne suis pas capable de l’expliquer sur le coup, c’est juste une forme d’intuition. Une mise en garde face à un danger que mes sens auraient détecté avant moi.
Je scanne la pièce à la recherche d’un indice, mais rien ne me saute aux yeux. À part peut-être… Non. Bordélique comme je suis, c’est moi qui ai encore dû laisser traîner ma serviette sur le dossier du canapé. Rien d’inquiétant.
Je me débarrasse de ma veste que je balance sur ledit canapé, puis retire mes escarpins. Pieds nus, je me dirige vers la salle de bains, effectue une rapide toilette et me rends jusqu’à ma chambre.
Oh bon sang !
Mon souffle se coupe alors que je découvre une photo, ainsi qu’une rose noire au milieu du lit. Ce n’est pas tant la couleur de cette fleur qui m’interpelle, mais le fait que, désormais, je suis certaine que quelqu’un s’est introduit dans cette suite. Effrayée, le cœur au bord des lèvres, je franchis la distance qui me sépare de ce cauchemar.
En réalisant qu’une partie du cliché a été découpée en confetti et que la rose noire a été déposée sur cette partie-là, je me pétrifie. Ma main tremble tandis que je la guide jusqu’au morceau encore intacte. Je l’attrape du bout des doigts comme si elle pouvait me brûler et la porte sous mes yeux. Je reconnais aussitôt l’endroit où elle a été prise, tout comme l’instant. Il était tout près de nous à la sortie du concert. Cette putain de créature satanique était là quand Ronan m’a embrassée juste devant ma loge. Je n’ai pas besoin de recoller les morceaux de la seconde partie pour savoir qu’il s’agit du visage de mon mec.
Je retourne la photo et découvre son mot.
« Ceci est mon dernier avertissement. Si tu ne t’éloignes pas de lui, je serais obligé de l’éliminer. TU ES À MOI. »
Pétrifiée, je n’ose même plus bouger. Pas même lorsque des coups, de plus en plus forts, parviennent jusqu’à mes oreilles. Comment a-t-il pu nous voir ? La sécurité a été renforcée. Comment est-il entré dans ma suite ? Des flics veillent sur notre étage. Pour qu’on l’autorise à pénétrer dans nos chambres, il doit faire partie du personnel de l’hôtel. Non, faux, aucun employé n’aurait pu accéder aux loges. C’est donc un gars du staff. Mais qui ? Qui, bon sang ?
Terrifiée face à la conclusion que je viens de tirer, je m’éloigne du lit en reculant, mes yeux toujours fixés à cette menace bien trop proche désormais. Bordel, je préférerais mille fois qu’il me liquide plutôt qu’il s’en prenne à Ronan. S’il touche le moindre de ses cheveux, je jure sur la tête de mes jumeaux que je le tuerai de mes propres mains.
Je hurle au moment où des bras m’encerclent et que deux corps se blottissent contre moi.
— Chut, me berce l’un d’eux.
— C’est juste nous, me rassure l’autre.
Ma peur a été trop forte, je le réalise en reconnaissant la voix de mes frères. Ils ont senti le danger et se sont débrouillés pour me rejoindre. Là, en sécurité dans leurs bras, je m’effondre et pleure. Tous deux me consolent, me transmettent leurs forces sans un mot, et attendent que je me calme.
— Ro… Ronan, émets-je entre deux sanglots.
— Qu’est-ce qu’il t’a fait ? gronde Kane dans mon dos, prêt à se battre avec son meilleur ami, pensant sûrement que tout est de sa faute.
Je secoue la tête contre le torse de Kenan.
— Les gars ?
La voix inquiète de Lou me pousse à me dégager de l’étreinte de mes jumeaux. Aly et elle sont toutes les deux près du lit. La première tient le cliché intact entre ses mains. J’ignore si elles ont lu ce qui est inscrit au dos.
— Kane, va chercher Ronan, lui ordonne sa fiancée.
Mon frère renâcle.
— Il n’est pas responsable. Elle a besoin de lui.
— On est là, nous ! s’énerve-t-il.
— Elle a besoin de lui, insiste-t-elle, ce que je confirme dans un signe de tête quand il ramène ses yeux sur moi.
— Merde ! entends-je Kenan qui m’a lâché à peine trente secondes plus tôt. Fais ce qu’elle te demande, ça le concerne aussi.
Kane abdique et quitte la pièce.
— C’est quoi, ça ? grogne mon frère, en tendant la photo vers moi, dès que son double a refermé la porte.
— Je ne sais pas… Je… Je ne sais pas qui m’envoie ça.
— Comment ça ? Qu’est-ce que tu nous caches, Kennie ?
Je déglutis, le dévisage, puis lui relate tout. L’appel téléphonique. Les lettres dont j’ignorais l’existence jusqu’à il y a peu. Mes belles-sœurs paraissent effarées, je le vois à leurs mains qu’elles placent devant leur bouche et à leurs yeux exorbités.
— Bordel de merde ! Pourquoi tu ne nous as rien dit avant ? T’aurais dû, putain !
— Je ne souhaitais pas vous inquiéter.
Il me sonde, me scrute et secoue la tête.
— Je vais chercher Malone. Il est hors de question qu’on poursuive la tournée si Ronie et toi vous êtes en danger ! Je ne prendrai pas le risque de perdre ma jumelle et mon frère de cœur. C’est bon, j’ai assez donné avec Kane.
Il empoigne ses cheveux et tire dessus. Je n’ai pas besoin de mots pour comprendre qu’il s’est replongé dans ce passé aussi douloureux pour lui que pour moi.
— Personne ne touche à mes jumeaux, saloperie !
Sur ce, il s’éloigne, suivi par sa femme qui trottine derrière lui pour le rattraper.
— Ça va ? me questionne Aly sur un ton maternel.
Je secoue la tête. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Je me sens complètement perdue.
— Est-ce que la police est au courant ?
— Oui, mais ils ne l’ont pas trouvé. Tout ce que je viens de comprendre, c’est qu’il est très près de nous.
Mon timbre tremble sur les dernières paroles.
Des pas se font entendre. Ronan, juste recouvert d’un boxer, entre dans la pièce. Il se précipite vers moi, me serre dans ses bras, pose un baiser sur mon front.
— Je suis là, d’accord ?
J’acquiesce d’un simple mouvement de tête.
— Parfait. Bon, qu’on m’explique pourquoi j’ai été tiré de mon lit.
Kane récupère la photo et lui tend. Ronan se crispe contre moi. Je lève les yeux sur son visage devenu rouge de colère. Un éclair de haine lui traverse le regard. Il se détache alors de moi et se dirige vers la coiffeuse. Dans un geste plein de fureur, il balaie tout ce qui passe sous ses doigts.
— Calme, mon pote. Ce n’est pas en détruisant cette pièce que ça va arranger vos affaires, tente de l’apaiser Kane.
Ronan se tourne vers lui et le mitraille des yeux.
— Si vous ne m’aviez pas obligé à me tenir loin de votre sœur, rien de tout ça ne se serait produit.
Kane tique. Ça va dégénérer.
— Sérieux ? Tu vas tout nous rejeter sur le dos comme ça ? Et pourquoi, tant qu’on y est, tu n’ajouterais pas que c’est notre faute si tu t’es tapé deux nanas en même temps ? Si tu nous avais affrontés bien avant, peut-être que ce fils de pute aurait foutu la paix à ma sœur.
Donc, il sait tout si je comprends bien. Vont-ils vraiment régler leurs comptes maintenant ? J’en ai malheureusement l’impression.
— Vas-y, rappelle-moi bien que j’ai merdé sur toute la ligne. Tu crois que je ne le sais pas ? Tu crois que je ne le regrette pas ? Je suis orphelin, personne ne m’a appris à gérer mes émotions. J’ai fait ce qui me semblait cohérent pour ne pas perdre la seule famille que j’avais, quitte à me briser le cœur. Mais, ça, gros malin, tu ne peux pas le piger, toi, qui es issu d’une famille parfaite… Et maintenant que j’ose enfin me laisser aller à mes sentiments et vous envoyer chier si vous ne comprenez pas que je suis fou de votre sœur, il faut que ce connard se foute dans mes pattes, craque Ronan.
Devant sa souffrance, de nouvelles larmes inondent mes joues. Il a besoin de moi. Seulement je n’ai pas fait un pas que Kane le prend dans ses bras.
— Pardon, Ronie. Je veux juste protéger ma sœur.
— Je sais, sanglote mon homme, complètement chamboulé par tout ce que nous subissons. Moi aussi je veux la protéger. Je l’aime… Je l’aime tellement.
Aly vient me serrer contre elle alors que mon jumeau continue à soutenir son meilleur ami. Au bout de ce qui me semble une éternité, Ronan se dégage de l’accolade de Kane. Tandis qu’il se dirige vers moi, il chasse les traces de sa souffrance d’un revers du bras. Aly s’éloigne pour nous laisser toute la place dont nous avons besoin. Elle fait signe à Kane de la suivre dans la pièce voisine, ce qu’il consent à faire sans rechigner.
Dès que nous nous retrouvons seuls, Ronan prend mes mains dans les siennes, les guide jusqu’à ses lèvres pour les embrasser tour à tour.
— Cette nuit et les suivantes, tu dormiras avec moi.
— Mais… protesté-je.
— Non, il n’y a pas de « mais ». Je ne sais pas qui est ce type, mais il ne me fait pas peur. Avant que je vous rencontre, la vie m’a appris à me défendre. Il veut s’en prendre à moi. Parfait. Je l’attends de pied ferme.
— Et nous assurerons votre sécurité, à tous les deux, prononce une voix que je reconnais comme étant celle de Steven.
Je me tourne vers lui et le remercie d’un hochement de tête.
— Je crois qu’il fait partie du staff, lui avoué-je.
— Je suis du même avis.
— Qui, selon toi ? demande Malone qui vient de nous rejoindre.
Steven se retourne vers lui.
— Je n’en suis pas certain, mais j’ai déjà fait part de mes doutes au lieutenant Willis. Si mes suppositions se révèlent exactes, toute cette affaire sera bientôt de l’histoire ancienne. Il n’est pas si malin qu’il le croit. La preuve en est avec ceci, fait-il en désignant le lit du menton. Il savait que les policiers engagés pour la surveillance de l’étage partiraient à l’instant où l’équipe de sécurité reviendrait à l’hôtel après le concert. Celui qui a fait le coup ne pouvait donc pas être en boîte. Et je sais exactement qui j’ai renvoyé ici.
— Donc, ce n’est pas l’un des roadies.
— Exact.
— Du coup, on fait quoi ? demande Ronan.
— On le pousse à commettre une erreur. Et pour ça, il va falloir que vous vous montriez beaucoup plus démonstratifs dans vos sentiments.
— Aucun problème là-dessus ! s’exclame mon mec, en me rapprochant un peu plus de lui.
Du coin de l’œil, j’aperçois Malone plongé dans ses pensées.
— Donc, tu crois qu’il appartient à ton équipe ? demande ce dernier en grattant la barbe qu’il n’a pas.
Steven confirme.
— Je vais mettre sur la touche ceux à qui j’ai demandé de rentrer. Ensuite, on avisera.
Nous acquiesçons tous les trois.
— On annule les concerts ? s’inquiète Malone.
Steven entre dans ce qui me semble être une profonde réflexion.
— Rappelle-moi la suite de la tournée. Le groupe n’a pas une pause de quelques jours ?
— Si, c’est exact. Je dois interpréter un duo avec Shawn Black, le leader
des Gasthly Ride[2], dans quatre jours. Avant ça, nous devons répéter. D’après ce que tu m’as dit Malone, ces répétitions se feront dans son studio. C’est bien ça ?
— Oui, tout à fait. Et si j’ai bien compris, nous n’aurons pas besoin que ton équipe et toi interveniez chez lui, précise-t-il à Steven. Quant au prochain concert, il aura lieu trois jours après.
— Parfait. Je vous laisse. Il faut que je passe un coup de fil au lieutenant pour qu’il vienne ramasser ces nouvelles preuves.
— Je vous laisse également, nous informe Malone. Bonne nuit. Vu que vous allez dormir dans le même lit, évitez de faire des folies de vos corps. Je tiens à vous rappeler que nous décollons à huit heures.
— T’inquiète. Tenir ma femme dans mes bras me suffira amplement, lâche Ronan avant de me voler un baiser.
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