Obscuritas
Chapitre 14
14
Jonas Beijer n’avait jamais trompé sa femme, pas vraiment. Certains jours, pourtant, il aspirait à une aventure, une aventure qui puisse faire un peu palpiter son cœur. Dans la cuisine, ses fils se disputaient. Linda cria :
— Je me fiche de qui c’est la faute, arrêtez, c’est tout.
Il n’en pouvait plus. Le dimanche n’était-il pas censé être une journée de repos ? Désormais, il passait tous ses week-ends à attendre le lundi – non que le travail soit particulièrement réjouissant lui non plus, mais parce qu’il constituait malgré tout une sorte de normalité, un ratage plus paisible.
Cela faisait presque dix mois que Kabir avait été assassiné, et l’enquête était en perte de vitesse. Ce n’était pas si étonnant que ça, mais personne d’autre dans l’équipe ne paraissait avoir compris que quelque chose ne tournait absolument pas rond. Falkegren, cet imbécile dégoulinant de graisse, continuait à rabâcher : « Les Américains vont nous aider, je les connais », et bien sûr, ça avait semblé prometteur au début.
Des représentants de la CIA et de la police militaire de Kaboul avaient appelé et parlé longuement. Mais qu’avait réellement appris l’équipe ? Pas grand-chose. Ce n’était que lorsque, de son propre chef, Jonas avait contacté directement la police locale de la ville qu’il avait compris que Kabir n’était certainement pas un simple joueur de foot doué qui organisait des tournois. Il semblait aussi être fou à lier.
Fallait-il qu’il aille aider sa femme à la cuisine ? Bah, ça pouvait attendre. Il allait bientôt conduire Samuel à l’équitation. Il gagna la chambre, s’assit sur le lit et feuilleta son carnet d’adresses noir, mais sans trouver personne qu’il ait envie d’appeler – encore moins une amante potentielle. Il songea à nouveau à Micaela et à cette flamme qu’elle avait apportée à l’enquête. Comme s’il suffisait qu’elle passe près de lui pour qu’il ait envie de se secouer et de travailler plus dur. N’était-ce pas après son départ que tant de choses étaient devenues beaucoup plus ennuyeuses ? La porte s’ouvrit à la volée.
Linda entra et l’engueula de rester là à traîner sans rien faire.
Julia finit son cappuccino puis plongea au fond des prunelles noires et ardentes de Micaela.
Allait-elle vraiment lui raconter ?
Il ne le fallait pas, bien sûr.
Elle aurait dû la fermer, dire qu’elle avait sûrement mal compris. Mais, justement pour cette raison, parler était tellement tentant, et peut-être voulait-elle vraiment se venger : faire payer à son père d’avoir été un idiot à ce point imbu de lui-même, qui avait fait passer sa dépression avant tout le reste. Elle leva les yeux et sourit à Micaela. Je ne suis pas aussi sage que tu crois, pensa-t-elle.
— C’était une prison américaine.
Micaela la regarda comme si elle ne comprenait pas.
— Hein ?
— Un des sites secrets de la CIA.
— Vous plaisantez ?
— Non, je vous promets. C’était un de ces établissements mis sur pied en catastrophe après le 11 Septembre pour y enfermer des terroristes présumés.
Micaela parut encore plus choquée, et Julia craignit d’en avoir trop dit, mais, quelque part, elle éprouva aussi brièvement un sentiment de puissance : savait-elle quelque chose que même les enquêteurs ignoraient ?
— C’était ce qu’affirmait papa, et ça semblait rendre Magnus nerveux. Papa lui a mis la pression.
Micaela secoua la tête, abasourdie.
— Les Américains ne torturent quand même pas les gens de cette façon ?
— Je crois…, commença Julia sans savoir ce qu’elle allait dire.
— Enfin, Kabir était complètement bousillé, quoi ! poursuivit Micaela avec indignation. Il avait des marques de chaînes aux poignets, comme s’il était resté au fond d’un cachot médiéval. D’après le rapport d’autopsie, son corps portait des traces d’abus sexuels. Sa mâchoire avait été brisée.
Julia considéra la concentration grave du visage de Micaela en se demandant ce qu’elle venait de mettre en branle. Et pourtant… l’excitation ne disparaissait pas. Elle regrettait même de ne pas en avoir davantage à dire pour entretenir cette colère incandescente dans les yeux de Micaela.
— Papa était furieux, je m’en souviens, déclara-t-elle.
— Mais bordel, pourquoi ne nous a-t-il rien dit ?
Micaela lui saisit la main. Julia aurait voulu aller demander conseil à son père, mais cela reviendrait à se démasquer. Elle eut soudain une vive envie de fumer un joint.
— Je crois qu’il est tenu par plusieurs contrats de confidentialité.
Micaela la fixa avec indignation, comme si tout ça était sa faute, et Julia recula instinctivement.
— Il ne peut quand même pas entraver une enquête pour meurtre à cause de ça, cracha Micaela.
— Je suis convaincue que…
Mais Julia n’eut pas le temps d’aller plus loin. Micaela se leva. Julia la regarda, fascinée par la soudaine résolution de son corps.
— Qu’allez-vous faire ?
— Je dois lui parler.
— Attendez… peut-être qu’il dort.
Cela ne servit à rien. Micaela avança droit devant elle, portée par une détermination nouvelle – et Julia la suivit, avec une excitation redoublée.
Hans Rekke était dans son lit, devant le vieil enregistrement du match au stade de Grimsta. Chaque fois que Kabir apparaissait à l’image, il se penchait en avant en plissant les yeux. Comment les mouvements de Kabir ne l’avaient-ils pas interpellé plus tôt ? Ses gestes avaient l’air tellement étranges et empruntés. Mais aussi, assez paradoxalement, curieusement familiers, comme un écho d’un monde qui lui avait été proche, raison pour laquelle il n’en avait dit mot : il soupçonnait son trouble maniaque de l’avoir égaré.
Cependant, aujourd’hui… à présent qu’il avait plongé au creux de la vague, que voyait-il ? La même chose ? Peut-être. Mais surtout, rien. Son regard était mort, et sa seule réflexion distincte était la suivante : avait-il une seule fois couru comme ces joueurs sur le terrain ? Avait-il exulté ou s’était-il effondré ainsi pour rien – une balle tirée dans un but, de la pluie, une faute jamais sifflée ? Il lui semblait que non. Il avait l’impression d’avoir vécu une vie dénuée de ce qui préoccupait ou réjouissait tous les autres.
Angoissé, la respiration hachée, il écouta la circulation en essayant de déterminer si la fréquence des voitures qui passaient au-dehors lui disait quelque chose du jour ou de l’heure. Mais non… la ville était muette. Tout était à la fois muet et bruyant. Ou alors ?…
Des pas arrivaient vers lui, des pas déterminés. Boiteux ? Oui, très légèrement. Un pas sur deux frappait un peu plus fort le sol : badam, badam. L’avait-il entendu, l’autre fois, à Djursholm ? Il ne le pensait pas, ce devait être occasionnel et presque insensible. Elle apparut alors dans l’embrasure de la porte, et il l’embrassa du regard, de ses yeux jusqu’à l’accroc d’un de ses bas.
— Votre hanche, dit-il.
— Quoi, ma hanche ?
Il comprit aussitôt qu’il l’avait blessée. Ce n’était pas une blessure de la nuit dernière, mais une ancienne fracture mal guérie qu’elle ne pensait plus visible. Peut-être même représentait-elle un trauma. La jeune femme descendit la main vers son flanc gauche dans un réflexe machinal, qu’elle ne remarqua sûrement pas puisqu’elle était – il le voyait clairement à présent – furieuse.
— Rien, répondit-il. Je peux faire quelque chose pour vous ?
— Écoute-la, décréta Julia en se pointant derrière elle.
— J’écoute.
— Jamal Kabir a-t-il séjourné dans une prison américaine à Kaboul ?
Il ferma les yeux en songeant : Cette idiote n’en a quand même pas parlé ? Il aurait aimé être loin, loin, dans le sommeil.
— Je ne peux rien dire.
— Mais si, putain. Puisque je le sais déjà, moi, cracha Julia.
— Ah oui ?
— Je t’ai entendu discuter avec Magnus ce jour-là.
Il ouvrit alors les yeux. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire, au fond, et qu’est-ce qu’il avait à perdre ? Rien.
— Oui, oui, bon… il y a séjourné, concéda-t-il.
— Pourquoi on n’a rien su, nous, bordel ? cria Micaela.
— Parce que personne ne savait à l’époque – à part quelques personnes choisies au sein de l’administration américaine, et quelques-unes au ministère des Affaires étrangères. Mais ils n’ont pas estimé nécessaire d’en parler, parce que tout semblait indiquer un coup de folie du père d’un joueur sous l’emprise de l’alcool.
— Mais c’est n’importe quoi !
— Non. C’est la vérité.
— Comment est-on censés faire notre boulot sans disposer de toutes les infos ?
— C’était aussi mon avis. Raison pour laquelle j’ai appelé votre chef, Martin Falkegren, pour lui transmettre l’information. Mais il semble qu’il l’ait tout simplement gardée pour lui.
— Putain…
— Je suis désolé.
— Mais, vous, les Américains vous ont quand même informé, visiblement.
— Non, non, absolument pas. Ils ont démenti les faits et m’ont menacé de la plus charmante façon.
— Comment l’avez-vous su, alors ?
— Mortui vivos docent.
— Hein ?
— « Les morts enseignent aux vivants. »
— Qu’est-ce que vous racontez ?
Il inspira profondément en pensant : Là, ça passe ou ça casse. Révélons-leur la nature de mes activités et le genre de vérité sombre que je détiens et suis forcé de taire.
Rekke posa son ordinateur sur la table de nuit et les fixa d’un regard qui sembla s’éclaircir. Ses lèvres sèches bougeaient sans bruit, comme s’il essayait pour lui-même quelques mots silencieux.
— J’ai obtenu en janvier 2000 un poste de professeur à Stanford, dit-il. C’était sans doute mes travaux sur l’intuition qui m’avaient valu cette nomination. Mais ce que j’avais écrit sur les techniques d’interrogatoire en période de guerre avait aussi joué un rôle et éveillé un intérêt non seulement universitaire, mais aussi au sein de la CIA.
— War and The Art of Telling The Truth, glissa Micaela. J’ai lu ce livre.
— Ah bon ? Dieu me pardonne certains passages. Cet ouvrage ainsi que quelques interventions au profit de la police de San Francisco m’ont conféré la réputation de m’y connaître en aveux. J’étais même considéré comme le grand expert en la matière. Alors, après le 11 Septembre… comme vous vous en doutez… le ciel est un peu tombé sur la tête des services de renseignement. La CIA avait un besoin criant d’expertise et m’inondait de dépositions de témoins, la plupart en provenance du camp de Guantánamo.
— Des interrogatoires de terroristes, donc, lança Micaela.
Rekke sourit discrètement pour lui-même.
— Oui, certains d’entre eux étaient vraiment des terroristes. Mais la plupart de ces interrogatoires étaient tellement dingues que j’ai déclaré forfait, à moins d’être davantage informé du contexte. C’était… comment dire ? Comme d’entendre des voix qui sonnaient faux sans comprendre si cela était dû à un manque de talent ou à une main sur la gorge. À force d’insister, après diverses péripéties, j’ai effectivement été mieux informé. J’ai alors entendu parler de ce qu’ils appellent si joliment des techniques d’interrogatoire avancées : enhanced interrogation techniques.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un euphémisme pour dire « torture ». Ça a commencé quand le président Bush a défini les individus soupçonnés de terrorisme comme des combattants illégaux, se considérant dès lors en droit de contourner la convention de Genève et les lois antitorture de son propre pays. J’étais bien sûr au courant de tout cela. Mais je n’avais aucune idée de l’ampleur du phénomène et n’avais pas eu assez d’imagination pour me représenter l’escalade qui se produit inévitablement quand on porte atteinte à un principe fondamental.
— Quelle escalade ?
— La normalisation graduelle et la montée en puissance de la torture. Je dois dire que j’ai été stupéfait. D’un autre côté, j’ai beaucoup appris sur le sujet : principalement sur la torture blanche, comme on l’appelle – haut niveau sonore, forte intensité lumineuse en permanence, privation de sommeil, froid et obscurité extrêmes. Mais aussi brutalités plus classiques, simulacres de noyade, humiliation sexuelle – pénétration anale, lavement rectal. Tout ça est assez atroce, mais en même temps, comment dire, caractéristique.
— Comment ça ?
— Les interrogateurs semblaient tous sortis de la même école, et j’ai appris à reconnaître leurs méthodes et leurs schémas, leur culture, pourrait-on dire. Le mode opératoire différait, bien entendu. Mais il y avait toujours un dénominateur commun, une méthode fondée sur quelques documents de base, et je m’y suis intéressé. J’étais déjà relativement éclairé en la matière et savais évidemment que la torture elle aussi a ses caractéristiques culturelles, ses empreintes digitales. Il est possible de repérer non seulement son auteur, mais le contexte dans lequel il agit. L’idéologie sous-jacente laisse aussi ses traces sur le corps torturé.
Rekke saisit un verre sur la table de nuit, vide, mais qu’il porta pourtant à ses lèvres comme pour boire de l’air. Micaela se demanda s’il fallait qu’elle aille lui chercher de l’eau, puis rejeta l’idée et l’interrogea avec impatience :
— De quelle façon ?
— Les talibans, par exemple, se sont très tôt complu à organiser des procès spectacles. Ils remplissaient des stades, comme vous le savez, pour exécuter et mutiler en public. Leurs méthodes étaient par conséquent plus visibles : fouet, clous plantés dans les mains, amputation… Tandis que les États-Unis, cela va de soi, se voyaient comme la grande démocratie qui ne torture pas ses prisonniers. La torture américaine était donc plus discrète, calibrée pour ne pas se remarquer. Assez tôt, j’ai trouvé que les marques sur le corps de Kabir – surtout les engelures sur sa poitrine – sentaient plus la CIA que le mollah Omar, ce qui collait bien mieux à ma théorie d’origine.
— À savoir ?
— S’il te plaît, Julia, pourrais-tu aller me chercher un peu d’eau ? demanda-t-il en levant à nouveau le verre vide sur sa table de nuit.
Julia grimaça un peu théâtralement en se tournant vers Micaela.
— Voilà comment il est. Habitué à se faire servir en permanence.
— J’ai honte, bien sûr, dit-il.
— Et après, il a tout le temps honte.
Julia alla à la cuisine et revint avec une bouteille de Ramlösa dont elle lui servit un verre. Il but avidement puis regarda Micaela, toujours avec la même mélancolie.
— Vous disiez que cela collait mieux à votre théorie d’origine, le relança-t-elle.
— Je n’arrivais pas à saisir l’histoire de Kabir, et je crois que les autres non plus. Je connaissais assez bien la paranoïa des services secrets pour comprendre qu’ils n’auraient jamais laissé tranquille un type pareil. J’étais convaincu qu’il avait été interrogé en long, en large et en travers – sinon ici, du moins ailleurs. Pour cette raison, j’ai lu tous les documents de l’Office des migrations le concernant, j’ai consulté le rapport d’autopsie cinq, dix fois et, peu à peu, j’ai été sûr de mon fait : ce type avait séjourné dans une prison de la CIA.
— Et c’est pour ça qu’après tu as appelé Magnus, glissa Julia.
— Oui. Je supposais que Magnus était au courant des faits, et pas seulement parce qu’il devait s’agir d’une affaire diplomatiquement sensible. Les cicatrices sur le poignet droit de Kabir me donnaient des frissons. Vous vous en souvenez, Micaela ?
— Bien sûr, répondit-elle. Je viens d’en parler. Des marques légèrement nacrées, visiblement laissées par une lourde chaîne.
— Exact, et ces marques semblaient me chuchoter quelque chose à l’oreille. Elles me faisaient un peu penser à d’autres que j’avais déjà observées sur une scène de crime, et j’ai compris instinctivement qu’elles étaient liées aux traces d’engelures. J’ai donc fait mes recherches. C’est devenu une obsession, et j’ai fini par comprendre. J’avais vu des cicatrices et des engelures comparables sur un autre mort.
— Qui ?
— Un prisonnier nommé Gulman Ghazali. Ils l’avaient enchaîné, nu en dessous de la ceinture, dans une pièce glaciale. Ghazali s’était plaint d’avoir si froid qu’il n’arrivait plus à penser. Ils avaient alors décidé de le pousser à bout, à force de douches froides et de privation de sommeil. Le 20 novembre 2002, il a été retrouvé mort de froid dans sa cellule, avec aux poignets le même genre de lésions que Kabir.
— Mon Dieu.
— Oui, et l’établissement où il était interné est situé au nord de Kaboul, c’est ce qu’on appelle un black site, un lieu secret utilisé pour les opérations les plus clandestines de la CIA. L’endroit a pour nom de code Salt Pit ou Kobolt. Mais comme la méthode de torture la plus connue y est de maintenir les prisonniers dans l’obscurité totale, ces derniers ont donné un autre surnom à cette prison.
— Prison of Darkness, dit Micaela.
— Ou encore Dark Prison. Il m’est également arrivé de voir le nom Music Prison à son sujet. Les gardiens diffusent souvent du hard rock ou du hip-hop à fond toute la journée autour des cellules. Les prisonniers deviennent fous. Pour eux, il n’y a plus de jour ni de nuit, juste un trou noir, le néant. Souvent, ils sont entravés par leurs chaînes de façon à ne pouvoir ni marcher ni s’asseoir.
— Et les États-Unis approuvent ?
— Hélas, oui.
Micaela était songeuse. Non qu’elle eût la moindre illusion au sujet de la CIA, après ce que son père lui avait raconté. Mais tout de même…
— C’est une histoire de fous, reprit-elle.
— Oui, et ce que je dois ajouter, c’est que Magnus était extrêmement réticent à me confirmer que Kabir avait bien séjourné dans cette même prison. L’affaire avait tourné au vinaigre. Vous savez…
Rekke hésita, affichant un petit sourire de découragement.
— Magnus lui-même était mouillé.
— De quelle façon ?
— Il a donné son approbation pour que des Suédois soupçonnés de terrorisme soient exfiltrés du pays et torturés à l’étranger pour le compte de la CIA. De ce fait, il est comme un chien de garde sur cette question et, quand nous nous sommes retrouvés au Sturehof, la fois où vous nous avez vus, Micaela, il s’est montré menaçant, de façon un peu puérile.
— Je comprends.
Mais elle ne l’écoutait plus vraiment. Elle imaginait Kabir, transi de froid et enchaîné, plongé dans l’obscurité totale, non loin de Kaboul. Elle avait déjà envisagé le même scénario à peu de chose près, mais pas avec la CIA dans le rôle du tortionnaire.
— C’est un sujet politiquement explosif, n’est-ce pas ?
— C’est le moins qu’on puisse dire, et Magnus est bien sûr loin d’être le seul prêt à tout pour étouffer l’affaire.
Elle frémit en y songeant, mais une autre conclusion s’imposa d’elle-même.
— Donc Kabir était un terroriste présumé plutôt qu’un héros du peuple.
— Oui, apparemment, répondit Rekke.
Il leva les yeux vers le tableau au mur représentant un petit garçon en train de jouer.
— Nous pouvons supposer qu’il était innocent, puisqu’il a été relâché.
— Oui, c’est clair.
— Mais en réalité, je m’interroge à ce sujet.
— Et pourquoi ?
— Il est à peu près impossible de faire sortir des gens de ce trou – coupables ou non.
— Et donc, votre conclusion ?
— Ma conclusion…, commença-t-il d’une voix traînante, est que Kabir avait quelques amis inattendus. Mais aussi…
— Quoi ?
— Beaucoup d’ennemis.
— Pourquoi dites-vous ça ?
Parce que je suis encore capable de tirer des conclusions sur les gens, pensa Rekke.
— Comme ça, dit-il. Juste comme ça.
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