Poursuivre

Alain Veinstein · Chapitre 1 sur 19

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Poursuivre

Chapitre 1

1

 

« Excusez-moi de ne pas pouvoir me retenir de rire… » Je me souviens que la jeune fille riait tout le temps. J’osais à peine la regarder. Je ne cessais d’entendre son rire résonner. Puis elle me pria de m’asseoir et, après avoir écouté l’objet de ma visite, elle m’assura avoir ce qu’il me fallait. Je ne pourrais pas trouver mieux. « Vous voulez visiter ? » me demanda-t-elle entre deux éclats de rire. Je cherchais une sorte de pied-à-terre, de garçonnière, comme on disait autrefois. Quelque chose de très modeste, en tout cas, mais du genre à porter bonheur. La jeune fille avait tendance à faire les questions et les réponses. Elle donnait l’impression d’avoir étudié mon problème depuis longtemps et de ne plus attendre que ma venue pour me communiquer la solution. J’aurais voulu lui demander de plus amples informations, mais manifestement c’était trop tard, elle me fixait un rendez-vous pour la visite avec une courtoisie qui n’excluait pas la plus grande fermeté. Je lui donnai mon accord sans me départir de mon air absent ni de ma mine sombre, cultivés depuis des années, et qui semblaient la faire rire d’un rire fracassant, sans entraves.

Le jour dit, à l’heure convenue, elle faisait son apparition à l’endroit indiqué, devant le 28 de la rue Brézin, dans le XIV e arrondissement de Paris, presque à l’angle de la place du marché, qui s’appelle maintenant place Jacques-Demy. Elle avait un beau visage fin. On sentait qu’elle pouvait devenir prédatrice à tout moment. Elle m’adressa un sourire aguicheur qui me fit penser à la Jeune Fille à la fenêtre de Rembrandt. Je la trouvais vraiment jolie, mais ce n’était pas le sujet, je n’avais pas à m’attarder sur ce genre de considération. Je peine parfois à dissimuler, je veux dire à me dissimuler, ce qu’on peut nommer une attirance dès que les regards se rencontrent. J’imagine aussitôt une vie possible, une autre vie que la mienne. Rien ne vient à bout de ma fascination pour ces occasions de vies possibles dont je resterai toujours à l’écart. Je n’ai pas pour autant l’habitude de franchir les limites de la décence conventionnelle au gré de mes attirances passagères. Je me contentai donc de la saluer d’un air las, ce qui la fit encore une fois éclater de rire à gorge déployée. À moins que ce ne soit parce que j’avais une Pléiade de Kafka sous le bras… « Voilà la clef, me dit-elle en me la tendant. Je vous laisse monter, c’est au dernier étage et l’escalier est dangereux pour quelqu’un chaussé comme moi de talons aiguilles. Vous verrez, ce n’est pas un hôtel particulier digne de l’avenue Foch, avec une piscine sur le toit où vous pourriez vous baigner tout nu. Regardez, prenez votre temps, retrouvons-nous à l’agence… » La suite de sa phrase se perdit dans un éclat de rire. Elle sortit de son sac une bouteille d’eau. Quand elle la porta à sa bouche, j’aperçus ses aisselles, non épilées. Je pensai que si je louais l’appartement, j’aurais peut-être la chance de la revoir.

Au retour, descendant l’escalier privé de lumière où le moindre faux pas pouvait m’être fatal, je me décidai malgré tout à refuser l’offre. Ce que j’avais vu était ni plus ni moins une invitation à se jeter par la fenêtre. Je n’en voulais à aucun prix. C’était exactement ce que je cherchais à éviter, étant en quête d’un lieu qui aurait un aspect intime et rassurant et ne serait pas chargé de la vacuité d’une succession de vies plus mornes les unes que les autres. Je voulais un ermitage, une cachette où se jouerait ma vraie vie, mon territoire, quelque chose comme le poêle de Descartes… Le coin où je trouverais le repos, un livre sous les yeux, l’un de ces livres dont j’attends tout et qui touchent au cœur. Or le peu de temps que j’étais resté dans cet espace si restreint que la jeune fille me proposait, j’avais eu l’impression d’être au fond d’une forêt dont je ne verrais jamais la fin, derrière une porte verrouillée de l’extérieur. Il me serait impossible d’en sortir, d’échapper à la noirceur due aux arbres de plus en plus resserrés sur eux-mêmes. J’ai presque envie d’écrire que c’était un endroit oublié par la mort. Ou qui survivait dans la mort. Un lieu sombre comme une forêt, quoi qu’il en soit, on ne peut qu’hésiter à l’habiter. Il suscite bien évidemment de l’appréhension. Peut-être aurait-il eu un certain charme aux yeux d’un étudiant un peu bohème et illuminé. Raskolnikov aurait pu s’en contenter. Mais j’avais malheureusement passé l’âge de m’y sentir bien.

Je m’empressai de sortir. Dans la descente, je m’accrochai fermement à la rampe d’une main, de peur de tomber. Je n’avais pas assez de toutes mes forces pour tenir l’équilibre sur les marches. Parvenu au rez-de-chaussée, je regardai vers le sommet de l’escalier en me demandant comment quelqu’un de normalement constitué pouvait le gravir et le descendre en tant que de besoin.

Lorsque j’arrivai à l’agence, quelques minutes plus tard, il n’y avait personne. Je voulus partir, mais j’avais fait du bruit en entrant, quelqu’un m’avait sûrement entendu, c’était déjà trop tard. Je m’assis devant le bureau de la jeune fille pour attendre son retour. J’étais sur le point de m’endormir quand je sentis deux mains me toucher les épaules. C’était elle, évidemment. Elle avait laissé ses longs cheveux détachés. En me retournant, alors qu’elle ouvrait grand la bouche sous l’effet d’un éclat de rire, je constatai qu’elle sentait l’alcool. Elle avait dû aller boire un verre pendant que je l’attendais, peut-être deux. En fait, son rire cachait, comme souvent, une profonde tristesse. D’ailleurs, elle ne riait plus, les yeux perdus vers je ne savais quel horizon. Son mascara avait coulé. Elle entortillait une mèche de cheveux entre ses doigts. J’essayai de la réconforter, ou au moins de me montrer sympathique, ce qui, sur mes interlocuteurs, produit généralement l’effet inverse. Je me déteste dans ce cas-là. Je suis on ne peut plus maladroit sans très bien savoir comment réparer les dégâts. Pour me racheter, et compte tenu de sa tristesse qui me fendait le cœur, je lui annonçai, avec un sourire figé, que je prenais l’appartement. Voilà, c’était dit, ce que je regrettai immédiatement. Je m’engageais décidément dans la mauvaise direction. Une fois de plus, je me fourvoyais. Il ne me restait plus qu’à attendre que tourne la chance.

Je remontai à « mon » sixième étage après avoir effectué les formalités. Une fois devant « ma » porte, j’eus du mal à faire tourner la clef dans la serrure. Je ne pus m’empêcher d’y voir un signe. Fallait-il rebrousser chemin tant qu’il en était encore temps ? La nuit était tombée. Les volets de la cuisine étaient fermés et la lumière qui venait de la rue, de l’autre côté de la cour, était de couleur orange avec des stries vert olive. Je voyais mon ombre projetée sur le mur parmi les clignotements des néons des enseignes. La fenêtre, mieux valait ne pas l’ouvrir avant la nuit : elle donnait sur un puits où se réfugiaient les corneilles. De l’appartement voisin parvenait une musique sinistre, plutôt effrayante. Je voulus quitter les lieux sans attendre, descendre en hâte l’escalier, mais la minuterie s’éteignit presque aussitôt. L’escalier était sombre. On n’y voyait vraiment rien. Je tâtonnais en m’appuyant au mur. Arrivé aux dernières marches, les mains tendues comme un aveugle, j’en ratai une et me retrouvai par terre, les lèvres en sang, la main droite dans un pot de cactus.

J’étais de nouveau sur place le lendemain à la première heure. La bonne affaire que j’avais découverte ? J’ignorais comment la nommer. Une mansarde ? Une tanière ? Une ruine ? Un trou à rats ? Un terrier ? C’eût été encore trop beau. En termes moins imagés, c’était un hybride de grenier et de chambre de bonne. En piteux état. Avec des fenêtres prenant jour sur une courette encombrée de poubelles. Deux pièces dévastées par le temps, au plancher usé dissimulé sous un linoléum rouge passé, envahies par la poussière et les toiles d’araignée. Deux pièces ? C’était beaucoup dire. Une seule en fait, séparée en deux par une cloison en placoplâtre qui révélait le bricolage et dont la peinture écaillée n’avait rien à envier à celle des autres murs, certains recouverts de papier peint ringard. Pour tout dire, planait une odeur d’humidité et de malheur. Moi qui cherchais juste un endroit digne et correct, j’allais m’enfermer entre les murs d’un espace défraîchi au point de présenter un aspect de décrépitude avancée : le lieu idéal pour méditer l’imminence de la mort. Or pareille méditation, au moins dans l’immédiat, n’était pas à mon programme.

Ma résidence secrète devait être un refuge pour mes enfants et moi chaque week-end, un lieu accueillant où être ensemble et dormir. Un lieu de vie où je puisse avoir vraiment l’impression d’être avec eux après notre douloureuse séparation. J’avais hâte d’être enfin chez nous. Et, le cas échéant, chez moi. Maintenant que je possédais une table et une bibliothèque, j’avais l’intention de me retrancher là dans la solitude, quand la radio (j’avais créé le programme Nuits magnétiques en 1978) m’en laisserait le loisir. Dès le premier jour, je posai sur la table, contre le mur, ma machine à écrire, une vieille Remington. Un objet qui faisait bien dans le décor chez quelqu’un qui se voulait écrivain. Je fais partie de ces auteurs dont les livres se vendent peu et dont la presse parle à peine, voire pas du tout. On les trouve parfois chez des soldeurs et ils encombrent les entrepôts des éditeurs avant d’être pilonnés. L’important, c’est de les écrire. J’ai toujours pensé que Goethe n’avait pas tort de faire observer que le but du voyage n’est pas la destination mais le voyage lui-même. Giacometti n’aurait sans doute pas dit le contraire. Toujours s’impose à moi la nécessité de poursuivre. « Poursuivre, écrit Roger Laporte au début de Suite – avant-dernière séquence d’une série de neuf, regroupées plus tard sous le titre Une vie. Biographie –, poursuivre, il le faut, mais pourquoi ? » Plus loin, Laporte pose une autre question qui contient la réponse : « Perdre l’écriture, ne serait-ce pas perdre la vie ? » Roger Laporte était l’un des auteurs qui m’importaient dans ces années-là. Sans doute parce que ses livres rendaient compte d’une expérience absolue, en dehors de laquelle je ne voyais pas de quoi un écrivain pouvait parler, dont l’enjeu était l’identification de l’écriture et de la vie.

Ça n’a pas beaucoup changé depuis, mais c’était exclusivement à la main que j’écrivais alors les innombrables versions de mes textes, la machine ne jouant son rôle qu’à la fin, lorsqu’il fallait soumettre à l’éditeur une copie à peu près lisible, laborieusement tapée avec un seul doigt. Or je voulais me remettre rapidement au travail. J’avais des poèmes en cours, laissés de côté par la force des choses depuis trop longtemps. Le rythme était perdu. Il était temps de le retrouver. D’essayer d’en être capable, « à fonds perdu » pour citer encore Roger Laporte.

Pour la décoration, outre la Remington, il y avait par terre un vieux téléviseur, récupéré chez ma mère en prévision des longues soirées d’hiver, quand nous resterions terrés là, dans notre grenier, un havre que j’espérais protégé de toute forme de menace. Peu représentatif du dernier état de la technologie, ce téléviseur (noir et blanc) avait une histoire. Je l’avais acheté en juillet 1969 pour suivre les premiers pas sur la Lune d’Armstrong, Collins et Aldrin…

La cuisine était équipée d’un évier, d’un réchaud à un seul feu et d’une bouilloire grâce à laquelle nous pourrions nous préparer des boissons chaudes, le chauffage se réduisant à un convecteur, qui n’était pas lui non plus de la première jeunesse. Le mobilier était à l’image du reste : des lits un peu courts (mes pieds, je m’en souviens, dépassaient, ce qui provoquait des fous rires), une lampe qui jetait une lumière crue, un fauteuil en rotin déglingué, et une caisse de vin qui me servait de table de nuit, sur laquelle je n’avais la place de ne mettre qu’un livre et mon réveil aux aiguilles fluorescentes. Pas de placards pour ranger les vêtements.

En attendant, ça serait bien la première fois de ma vie que j’aurais un lieu à moi. Je constituai mon « trousseau », achetai le nécessaire dans des brocantes en fonction de mes seuls goûts, de mon seul désir. Pendant mes années de mariage, qui avaient pris presque immédiatement le relais de ma vie de jeune homme, le choix de tout ce qui entrait dans notre appartement devait être validé par ma femme. Après la séparation, ma nouvelle compagne m’avait accueilli chez elle. Tout était donc déjà en place, je n’avais plus, si je peux m’exprimer ainsi, qu’à mettre les pieds sous la table. D’ailleurs, je n’avais pas accès à la cuisine : selon elle, peu portée vers le féminisme, ce n’était pas un lieu pour un homme… Seules quelques étagères de penderie avaient été libérées pour que je puisse y mettre mes affaires, réduites en fait à très peu de choses. J’étais parti sans rien – quelques jours plus tard, ma première femme m’avait déposé une valise avec des effets personnels au Rouquet, le café du boulevard Saint-Germain où je rejoignais souvent mon ami Claude Royet-Journoud. Mon désir, de toute manière, était de repartir de zéro, de me délester au maximum de ce qui avait fait jusque-là ma vie. J’aspirais à me sentir enfin dans ma peau, à retrouver l’intégrité de mon moi. À être un homme neuf. En finir, en tout cas, avec cette période de dérive. Ce qui est plus facile à prétendre qu’à réaliser, j’aurais souvent l’occasion de le vérifier.

 

Nous étions au tout début des années 1980. Cette histoire date donc d’un temps fou, qui a passé à la vitesse de l’éclair. J’en suis désarçonné et suis aussi impatient d’en retrouver le moindre détail. De toucher la vérité de près. Pas de triche, même si la mémoire me joue des tours et s’il m’arrive de me perdre dans la chronologie. Peu importe, du moment que je retombe finalement sur mes pieds. Je n’oublie pas ces mots de Philip Roth : « Le roman fournit à celui qui l’invente un mensonge par lequel il exprime son indicible vérité. »

D’ailleurs, je ne sais pas mentir. Mon père ne m’a pas appris à le faire. Il m’a plutôt enseigné la retenue. Et le silence. Ce qui ne nous avance pas. Parfois, j’envie les bavards. Comment font-ils pour avoir toujours leur mot à dire ? Quand, par miracle, je réussis à exprimer quelque chose, en privé ou en public, je pense aussitôt qu’il aurait mieux valu que je me taise. Généralement, je fais un flop. Mes mots atterrissent dans le vide. On est si peu habitué à m’entendre parler que lorsque j’essaye tant bien que mal, et plutôt mal que bien, de démentir ma réputation, on ne fait même plus semblant de m’écouter. Tout se passe comme si je n’avais rien dit.

Mais l’écriture prend ici le dessus, ce qui modifie les choses. Surtout celles dont il est difficile de parler ou dans lesquelles on ne souhaite pas entrer. J’écris. L’écrivain me fait penser à quelqu’un qui, tant que le croque-mort n’aura pas planté le quatrième clou pour fermer le cercueil, garderait une lueur d’espoir. Écrire permet de se bercer d’illusions à peu de frais. C’est toujours arriver plus ou moins après la bataille, qu’on s’imagine pourtant pouvoir encore gagner. J’écris. Je mets bout à bout des souvenirs isolés que ma mémoire a sauvés sous forme de fragments. Les pans d’une histoire, des morceaux disjoints qui se bousculent dans mon esprit, toujours prompt à tenter de donner une cohérence à ce qui n’en a pas. Je peine à faire la différence entre vrais et faux souvenirs. Mais ce que j’écris n’est pas une fiction. Je n’ai à aucun moment eu un tel projet. Je pars toujours de faits réels. Au risque de me cogner aux murs lorsque je veux aller plus loin. Et de finir par ne plus savoir si je me situe dans un monde à part ou dans celui qui était le nôtre à l’époque. Je songe à ces lignes de Blanchot, beaucoup lu dans mes jeunes années. Elles sont dans L’Attente l’oubli, et pas si éloignées de la citation de Roth rappelée plus haut : « Quelque chose lui est arrivé, et il ne peut dire que ce soit vrai, ni le contraire. Plus tard, il pensa que l’événement consistait dans cette manière de n’être ni vrai ni faux. »

 

À l’appartement de la rue Brézin il fallait d’abord donner une apparence plus séduisante. Je ne parviendrais sans doute pas à faire de cet endroit dévasté un havre de charme, mais je pouvais essayer d’améliorer les choses. Je n’avais jamais appris à peindre quoi que ce soit, mais restais confiant. L’expérience viendrait tandis que je me ferais la main. Cependant, c’était à n’y rien comprendre : la situation ne cessait de se détériorer. Un vent de panique soufflait de plus en plus fort. Je n’avais pas mesuré l’ampleur de la dévastation. Alors que j’entreprenais un premier lessivage, le crépi des murs et du plafond de l’entrée, surtout du plafond du court couloir qui faisait fonction d’entrée, s’écaillait par pans. Des plaques de plâtre se détachaient, collaient à mon éponge. Sous le papier peint, les fissures étaient insolemment là. Elles donnaient même l’impression de s’amplifier à vue d’œil. À certains endroits elles se rejoignaient. Les murs se désagrégeaient. Je demeurais impuissant, les bras ballants, parmi les gravats mêlés aux plâtras et aux décombres. Comme pris au piège. Mon vaisseau prenait l’eau de toute part. Un monde s’écroulait. Je feignais d’attendre que quelque chose se passe. Quoi ? J’étais incapable de le dire. C’étaient les mots, peut-être, qui pourraient me le dire. Tout avait pourtant l’air si simple quand on ne faisait que l’imaginer ! La lumière de la cour se déversait par la fenêtre dans la cuisine. Des voix s’élevaient. À un moment, je fus surpris par des cris de joie. Des rires. Je pensai aussitôt à la jeune fille de l’agence immobilière qui rejoignait peut-être chaque soir cette bande de fêtards. Peut-être un jour serais-je l’un des leurs…

Bien que je n’aie pas vu le temps passer, beaucoup de choses sont survenues depuis les épisodes de ce récit. Mises ensemble, elles composent une vie, un long chemin souvent vers d’autres murs. De ma rencontre avec Joerg ne subsistent aujourd’hui que des lambeaux. Des bribes et des raccords de rythme. C’est tout. C’est peu pour essayer de retrouver un lieu, une époque, des événements que j’ai depuis longtemps recouverts de peinture blanche, ou noire, je ne sais pas, sans brillant en tout cas, loin de la laque et de son effet miroir.

Circonstance aggravante : il n’y avait pas de téléphones portables à cette époque que je tente de me rappeler ici. Je n’ai rien photographié, comme on le fait aujourd’hui à tout-va. Je ne possédais pas d’appareil photo. Nulle trace de ces instants n’a été conservée. Aucune vue du chantier, de ses reculs et de ses avancées. Pas même une image de la fresque imaginée par Joerg, vraisemblablement perdue à jamais.

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