Slaughter Karin - A Froid
Chapitre 6
Lena était couchée sur le dos, elle fixait le plafond, elle essayait de respirer et de se détendre, comme Eileen, sa monitrice de yoga, le leur avait demandé. Elle était capable de tenir n'importe quelle pose de yoga plus longtemps que quiconque au sein de la classe, mais quand on en arrivait à la phase de détente, c'était l'échec total. Le concept de « lâcher prise » allait contre sa religion personnelle, qui consistait à se maîtriser dans l'existence à tout instant, surtout quand il s'agissait de son corps.
Dès leur première séance de thérapie, Jill Rosen avait recommandé à Lena de commencer le yoga pour s'aider à se relaxer et à mieux dormir. Durant leur brève période de cure, Jill lui avait donné pas mal de conseils pour l'aider à s'en sortir, mais c'était le seul hameçon auquel elle avait vraiment mordu. Après son agression, son problème tenait pour une part à ce qu'elle ne sentait plus son corps comme étant le sien. Elle avait toujours dès son plus jeune âge eu une activité athlétique et son corps n'était pas habitué à une vie oisive passée à se morfondre et à s'apitoyer sur soi. Quelque chose, dans le fait d'étirer et de solliciter son corps, de voir ses biceps et ses mollets retrouver leur fermeté normale, lui avait redonné espoir, l'impression de peut-être parvenir à se retrouver. Ensuite quand était venue la phase de relaxation, elle s'était sentie aussi angoissée que lois de son premier cours de maths à l'école.
Elle ferma les yeux, se concentra sur le creux de ses reins, tâchant de relâcher la tension, mais cet effort suffit à lui faire remonter les épaules jusqu'aux oreilles. Son corps était aussi tendu qu'un élastique, et elle ne comprenait pas pourquoi Eileen insistait pour présenter cette partie du cours comme la plus importante de toutes. Dès que l'on avait baissé la musique et qu'on leur avait demandé de s'allonger sur le dos et de respirer, tout le plaisir que Lena avait eu à effectuer ses étirements s'évapora. Au lieu de se représenter un torrent sinueux ou les rouleaux de l'océan, tout ce qu'elle était parvenue à voir, c'était le tic-tac d'une pendule, et les millions de choses dont elle aurait à s'occuper dès qu'elle aurait quitté la salle de sport, alors que c'était son jour de congé.
— Respirez, leur rappela Eileen de son ton de voix irritant, monocorde et satisfait.
C'était une jeune femme d'environ vingt-cinq ans, avec le genre de caractère joyeux qui donnait à Lena l'envie de lui flanquer un coup de poing.
— Relâchez le dos, suggéra Eileen, d'une voix réduite à un chuchotement, censée inspirer l'apaisement.
Quand Eileen appuya sur le ventre de Lena, ses yeux se rouvrirent d'un coup. Ce simple contact eut pour effet de la contracter encore plus, mais la monitrice ne parut pas le remarquer. « C'est mieux », affirma-t-elle, son petit visage étroit fendu d'un large sourire.
Avant de refermer les yeux, Lena attendit que la jeune femme s'éloigne. Elle ouvrit la bouche, laissant échapper l'air en un flux régulier, et elle commençait tout juste à sentir que cela risquait de marcher quand Eileen frappa dans ses mains.
— C'est bien, approuva Eileen, et Lena se releva si vite que le sang lui monta à la tête.
Le reste des élèves s'échangeaient des sourires ou embrassaient l'instructrice toute guillerette, mais Lena attrapa sa serviette et se dirigea vers le vestiaire.
Elle rentra la combinaison de son cadenas, contente d'avoir le vestiaire pour elle toute seule. Depuis son agression, elle avait arrêté de se regarder dans un miroir, mais pour une raison ou une autre, aujourd'hui, elle se sentait attirée par son reflet. Ses yeux étaient cerclés de noir, et ses pommettes étaient plus saillantes que d'ordinaire. Elle maigrissait trop, parce que tous les jours, ou presque, la simple idée de la nourriture suffisait à la rendre malade.
Elle retira la barrette qui lui maintenait les cheveux, laissa les longues mèches brunes retomber autour de son visage et dans sa nuque. Ces derniers temps, elle se sentait plus à l'aise avec les cheveux détachés, comme un rideau tiré devant son visage. De savoir que personne ne serait en mesure de vraiment la regarder, elle se sentait plus en sécurité.
Quelqu'un entra, et elle retourna vers son casier, se sentant idiote de se faire surprendre ainsi, devant le miroir. Un type maigrichon se tenait à côté d'elle, il sortait son sac à dos du casier voisin du sien. Il était si proche qu'elle sentit ses cheveux se dresser dans sa nuque. Elle se retourna et attrapa ses chaussures au vol, se disant qu'elle les enfilerait dehors.
— Salut, fit-il.
Lena attendit. Il lui barrait l'accès à la porte.
— Ce truc de s'embrasser avec la monitrice, franchement, ironisa-t-il, en secouant la tête comme si c'était entre eux un constant sujet de plaisanteries.
Lena le considéra de la tête aux pieds, certaine de ne jamais avoir adressé la parole à ce gamin de sa vie. Pour un garçon, il était petit, juste un peu plus petit qu'elle. Il avait un corps nerveux, pas très carré, mais sous le t-shirt noir à manches longues, on voyait ses bras et ses épaules bien découplés. Il avait les cheveux coupés ras, dans le style militaire, et ses chaussettes couleur citron vert étaient si éclatantes qu'elles faisaient presque mal à regarder.
Il lui tendit la main.
— Ethan Green. J'ai rejoint le cours il y a deux semaines.
Lena s'assit sur le banc pour enfiler ses chaussures. Ethan s'assit à l'autre bout.
— Vous êtes Lena, exact ?
— Vous avez lu ça dans les journaux ? lui lança-t-elle, en s'acharnant sur un nœud de ses lacets, songeant que ce putain d'article qu'ils avaient sorti sur Sibyl lui avait rendu l'existence encore plus difficile qu'elle ne l'était déjà.
— Nooon, se récria-t-il, en étirant le mot. Je veux dire, ouais, je vous connais, mais j'ai entendu Eileen vous appeler Lena, donc j'ai fait le rapprochement. Il eut un bref sourire nerveux. Et j'ai reconnu la photo.
— Malin, comme garçon, lâcha-t-elle, renonçant à défaire son nœud. Elle se leva, introduisit le pied dans la chaussure de force.
Il se leva, lui aussi, en maintenant son sac à dos tout contre lui. Il n'y avait que trois ou quatre garçons qui prenaient des cours de yoga et, après la séance, ils finissaient invariablement dans le vestiaire, à déblatérer sur la raison qui les amenait ici, le yoga qui leur permettait de retrouver le contact avec leurs sensations et d'explorer leur être intérieur. C'était un fameux stratagème, et Lena en conclut que les élèves de yoga devaient trouver plus souvent de quoi baiser que tous les autres gars du campus.
— Il faut que j'y aille, dit-elle.
— Attendez une minute, insista-t-il, un demi-sourire aux lèvres. C'était un gamin séduisant, probablement habitué à voir les filles se disputer sa compagnie.
— Quoi ? Elle le regarda, elle attendit. Une petite goutte de sueur dégoulinait de sa tempe, dépassa une cicatrice bifide qu'il avait juste au-dessous de l'oreille. Il avait dû laisser entrer des saletés dans la blessure avant qu'on ne la lui referme, parce que la cicatrice avait une couleur foncée qui la faisait ressortir par rapport au maxillaire.
Il sourit encore, l'air nerveux.
— Ça vous dirait d'aller prendre un café ?
— Non, lui répliqua-t-elle, espérant que cela en resterait là.
La porte s'ouvrit, et un flot de filles fit irruption, ouvrant et fermant des portes de casier dans un concert de claquements.
— Vous n'aimez pas le café ? reprit-il.
— Je n'aime pas les gamins, rétorqua-t-elle, elle empoigna son sac et sortit avant qu'il ait rien pu ajouter d'autre.
En sortant de la salle de gym, elle se sentait complètement secouée, et en rogne de s'être laissé prendre au dépourvu par ce gosse. Même après le difficile moment de la relaxation, elle se sentait toujours plus calme quand elle ressortait du cours de yoga qu'en arrivant. Maintenant, c'était terminé. Elle se sentait de nouveau tendue, bousculée. Elle allait peut-être poser son sac dans sa chambre, se changer, et sortir courir un bon coup, jusqu'à ce que son corps soit si fatigué qu'elle passe ensuite tout le reste de la journée à dormir.
— Lena ?
Elle se retourna, s'attendant à revoir le gamin. C'était Jeff.
— Quoi ? s'exclama-t-elle, sentant instantanément toutes ses défenses se déployer. Quelque chose, dans sa façon de se tenir assez près d'elle, les jambes écartées, les épaules carrées, lui souffla que ce n'était pas une visite de politesse.
— J'ai besoin que tu m'accompagnes au poste. Elle éclata de rire, mais ce faisant, elle savait qu'il ne plaisantait pas.
— Il y en a pour une minute. Il fourra ses mains dans ses poches. J'ai quelques questions à te poser au sujet d'hier.
— Tessa Linton ? lança-t-elle. Elle est morte ?
— Non. Il regarda par-dessus son épaule, et elle aperçut Ethan, à une quinzaine de mètres derrière lui. Jeffrey se rapprocha encore. Nous avons trouvé tes empreintes digitales dans l'appartement d'Andy Rosen, lui annonça-t-il à voix basse.
Elle ne put dissimuler sa surprise.
— Dans son appartement ?
— Pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu le connaissais ?
— Parce que je ne le connaissais pas, lâcha-t-elle sèchement. Elle commença de s'éloigner, mais il lui posa la main sur le bras. Il ne la maintenait pas fermement, mais elle savait qu'il avait de la poigne, quand il le fallait.
— Tu sais que nous pouvons tester l'ADN de tes sous-vêtements.
Lena ne se rappelait pas avoir été jamais choquée à ce point.
— Quels sous-vêtements ? s'écria-t-elle, trop surprise par ce qu'il venait de dire pour réagir à son contact physique.
— Les sous-vêtements que tu as laissés dans la chambre d'Andy.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
Il relâcha son étreinte sur son bras, mais pour elle, cela eut l'effet opposé.
— Allons-y, ordonna-t-il.
Elle lui répondit ce que n'importe qui d'un peu sensé dirait à un flic qui la regardait comme il la regardait à cette seconde.
— Je ne te crois pas.
— Juste quelques minutes. Il prit une voix amicale, mais elle avait travaillé avec lui suffisamment longtemps pour savoir quelles étaient ses intentions véritables.
— Je suis en état d'arrestation ?
Il parut prendre sa question comme une insulte.
— Bien sûr que non !
Elle tâcha de conserver une voix calme.
— Alors laisse-moi partir.
— Je veux juste te parler.
— Prends rendez-vous avec ma secrétaire particulière. Il referma la main sur son bras, et aussitôt elle tenta de se défaire de son emprise. La panique monta en elle. Arrête, siffla-t-elle, en essayant de se dégager le bras d'un coup sec.
— Lena..., fit-il, comme si elle réagissait de manière excessive.
— Laisse-moi partir ! cria-t-elle, en se débattant si fort qu'elle tomba sur le trottoir. Son coccyx heurta le ciment comme un marteau-piqueur, la douleur la lança dans toute la colonne vertébrale.
Subitement, il bondit en avant. Elle crut qu'il allait retomber sur elle, mais à la dernière minute il se rattrapa, en faisant deux grandes enjambées pour la contourner.
— Qu'est-ce que... ? Elle en resta bouche bée, de surprise. Ethan avait poussé Jeffrey dans le dos.
Il se reprit rapidement et se retrouva face à Ethan, avant même qu'elle ait compris ce qui se passait.
— Qu'est-ce qui vous prend, bordel ! grommela Tolliver.
— Va te faire foutre ! lâcha Ethan d'une voix sourde. Le gamin maladroit à qui elle avait parlé dans le vestiaire s'était transformé en homme, version pitbull, et méchant avec ça.
Le policier brandit son insigne à quelques centimètres du nez du jeune homme.
— Qu'est-ce que tu viens de dire, mon garçon ? Ethan regardait fixement Tolliver, ignorant l'insigne.
Les muscles de son cou saillaient en relief, et une veine, près de l'œil, palpitait assez fort pour que cela devienne un tic nerveux.
— J'ai dit va te faire foutre, espèce de porc de flic. Jeffrey sortit ses menottes.
— Comment tu t'appelles ?
— Témoin, lâcha Ethan, d'un ton dur et égal. A l'évidence, il en connaissait assez côté législation pour savoir qu'il avait du répondant. Témoin oculaire.
Jeffrey éclata de rire.
— Et de quoi ?
— Vous venez de culbuter une femme par terre. Ethan releva Lena en lui tendant le bras, dos à Jeffrey. Il tapa sur le pantalon de la jeune femme, pour en retirer la saleté, toujours en ignorant Jeffrey. Allons-y, lui dit-il.
Lena restait tellement sous le choc, devant l'autorité de son ton de voix, qu'elle se mit à le suivre.
— Lena, fit Jeffrey, comme s'il était le seul individu raisonnable du trio. Ne complique pas les choses plus que nécessaire.
Ethan se retourna, les poings serrés, prêt à se battre. Lena se dit qu'il était non seulement stupide, mais cinglé. Jeffrey pesait facilement vingt-cinq kilos de plus que le garçon, et il savait en faire usage. Sans compter qu'il portait une arme.
— Allez, dit-elle, en tirant Ethan par le bras, comme elle aurait tiré sur une laisse. Quand elle osa regarder derrière elle, par-dessus son épaule, Tolliver restait là où ils l'avaient laissé, et l'expression de son visage signifiait bien que c'était loin d'être terminé.
Ethan posa deux mugs en faïence sur la table, du café pour Lena, du thé pour lui.
— Sucre ?, demanda-t-il, tout en sortant deux sucres emballés de sa poche de pantalon. Il était redevenu le gamin un peu maladroit et plutôt brave d'avant. La transformation était si complète qu'elle n'était pas certaine de savoir à qui elle avait eu affaire, tout à l'heure. Cette journée était tellement merdique, elle n'était pas très sûre de pouvoir se fier à sa mémoire.
— Non, dit-elle, regrettant qu'il ne lui offre pas plutôt du whisky. Indépendamment de ce que Jill Rosen lui avait demandé, Lena respectait des règles, et l'une d'elles consistait à ne jamais boire avant huit heures du soir.
Ethan s'assit en face d'elle, sans qu'elle ait eu le temps de le prier de s'en aller. D'ici une minute, elle allait rentrer chez elle, une fois qu'elle aurait surmonté le choc de cet épisode avec Jeffrey. Elle en avait encore le cœur battant, et ses mains tremblaient contre le mug. Elle n'avait jamais rencontré Andy Rosen de sa vie. Pourquoi avait-on décelé ses empreintes digitales dans cet appartement ? Peu importaient les empreintes digitales - pourquoi Jeffrey s'imaginait-il qu'Andy détenait des sous-vêtements qui lui appartenaient ?
— Les flics, lâcha Ethan, sur le même ton qu'il aurait pu dire « les pédophiles ». Il sirota une gorgée de thé, en secouant la tête.
— Tu n'aurais pas dû t'en mêler, lui reprocha-t-elle. Et tu n'aurais pas dû mettre Tolliver en pétard. La prochaine fois qu'il te croisera, il s'en souviendra.
Il haussa les épaules.
— Je ne m'inquiète pas pour ça.
— Tu devrais, insista-t-elle, songeant qu'il s'exprimait comme n'importe quel voyou de banlieue résidentielle mal embouché, dont les parents étaient trop occupés à organiser leurs rendez-vous de golf pour enseigner à leurs gosses le respect de l'autorité. S'ils s'étaient trouvés dans la salle d'interrogatoire du poste, elle lui aurait balancé ce mug à la figure. Tu aurais dû écouter Tolliver.
Un éclair de colère lui enflamma le regard, mais il se maîtrisa.
— Comme tu l'as fait ?
— Tu vois ce que je veux dire, reprit-elle, en prenant une autre gorgée de café. Le breuvage était assez chaud pour lui brûler la langue, mais elle le but quand même.
— Je n'allais pas rester planté là et le regarder te pousser comme ça.
— Tu es qui, mon grand frère ?
— Non, mais c'est les flics, s'écria-t-il, en jouant avec le cordon de son sachet de thé. Uniquement parce qu'ils portent un insigne, ils s'imaginent avoir le droit de vous bousculer.
Lena prit ombrage de sa remarque et, incapable de se retenir, elle évoqua ce qui venait de se passer.
— Ce n'est pas facile d'être flic, surtout à cause de gens comme toi, qui ont cette attitude de merde.
— Hé ! ça va ! Il se défendit, les deux mains levées, l'air décontenancé. Je sais que tu étais des leurs, mais tu dois reconnaître que ce type te bousculait.
— Il ne me bousculait pas, corrigea-t-elle, espérant qu'il saisisse bien, au ton de sa voix, que personne ne la bousculait, jamais. Pas avant que tu ne te pointes. Elle laissa cette précision faire son effet. Et, en parlant de ça, pour qui tu te prends, bordel ! à porter la main comme ça sur un flic ?
— Je me prends pour personne, pas plus, pas moins que lui, riposta-t-il, avec de nouveau cet éclair dans les yeux. Il les baissa sur son mug, retrouvant un peu son calme. Quand il les releva, il souriait, comme si cela devait tout aplanir. Quand un flic commence à s'en prendre à toi comme ça, il te faut toujours un témoin.
— T'as pas mal d'expérience en ce domaine ? s'enquit-elle. Tu as quel âge, douze ans ?
— J'en ai vingt-trois, rectifia-t-il, mais il ne parut pas saisir sa question dans le sens où elle l'entendait. Et je connais les flics parce que je les connais.
— Ouais, d'accord. Comme il se contentait de hausser les épaules, elle poursuivit. Laisse-moi deviner, tu es passé au tribunal des mineurs pour avoir renversé des boîtes aux lettres ? Non, attends, ton prof d'anglais a trouvé de l'herbe dans ton cartable ?
Il sourit encore, sans rire tout à fait. Elle s'aperçut qu'une de ses dents de devant était légèrement ébréchée.
— Je me suis laissé embringuer dans une histoire, mais maintenant c'est fini. D'accord ?
— Tu as un sale caractère, observa-t-elle, mais c'était plus une remarque qu'une critique. Les gens n'arrêtaient pas de répéter à Lena qu'elle s'emportait vite, mais comparée à Ethan Green, elle était mère Teresa.
— Je ne suis plus comme ça, protesta-t-il.
Elle haussa les épaules, car elle se moquait vraiment du genre de personne qu'il était. Ce qui lui importait, à cet instant, c'était de savoir pourquoi Jeffrey s'imaginait qu'elle avait un rapport avec Andy Rosen. Jill Rosen lui avait-elle raconté quelque chose ? Comment Lena pourrait-elle s'en assurer ?
— Donc, reprit-il, comme s'il était content d'avoir réglé la question, tu le connaissais bien, Andy ?
Elle se sentit de nouveau sur ses gardes.
— Pourquoi ?
— J'ai entendu ce flic te parler de tes culottes.
— Premièrement, il n'a pas parlé de « culottes ».
— Et deuxièmement ?
— Deuxièmement, bon sang ! ça ne te regarde pas.
De nouveau, il sourit. Soit il pensait que cela le rendait charmant, soit il était atteint d'une variante bizarre de la maladie de Gilles de la Tourette.
Elle le regarda fixement, sans rien ajouter. Ethan était petit, mais il avait réussi à compenser sa taille en développant jusqu'au moindre muscle de son corps. Les muscles de ses bras n'étaient pas gonflés comme ceux de Chuck, mais quand il jouait avec le sachet de thé qui pendait à l'intérieur de sa tasse, ses deltoïdes ressortaient. Son cou avait l'air fort, sans être épais. Même son visage était dans le ton, avec une mâchoire solide et des pommettes proéminentes, comme des blocs de granit. Il y avait quelque chose de fascinant dans la manière qu'il avait de perdre et de retrouver sa maîtrise de lui-même et, en un tout autre jour, Lena se serait sentie tentée de voir si elle parvenait à le pousser à bout.
— Tu es comme un porc-épic, observa-t-il. Personne ne te l'a jamais dit ?
Lena ne répondit pas. En fait, Sibyl lui répétait tout le temps la même chose, très exactement. Comme d'habitude, penser à Sibyl lui fit venir les larmes aux yeux, et elle baissa la tête, tourna le café dans le mug, regarda la mousse refluer vers le pourtour.
Quand elle estima avoir réussi à suffisamment masquer ses émotions, elle releva les yeux. Ethan avait choisi l'un des nouveaux cafés à la mode situés aux abords du campus. Ce petit espace était bourré à craquer, même à cette heure de la journée. Elle se retourna, croyant que Jeffrey serait là, à l'observer. Elle sentait encore sa colère, mais au-delà, ce qui l'avait blessée, c'était sa façon de la regarder, comme si elle avait été trop loin. Ne plus être flic, c'était une chose, mais entraver le cours d'une affaire - et peut-être même avoir une implication dans cette affaire, et lui mentir à ce sujet -, voilà qui allait carrément la faire figurer sur sa liste noire. Tout au long de ces années, elle avait foutu Tolliver en rogne plus souvent qu'à son tour, mais aujourd'hui elle savait sans l'ombre d'un doute qu'elle avait perdu la seule chose qu'elle s'était crevé le cul à obtenir : son respect.
Elle réfléchissait à tout cela, et elle sentit une sueur glaciale sourdre de tout son corps. Jeffrey la considérait-il vraiment comme une suspecte ? Elle l'avait déjà vu travailler, mais elle ne s'était jamais trouvée de l'autre côté, en face de lui, lors d'un interrogatoire. Elle comprenait à présent que quelqu'un puisse aisément parler, après s'être retrouvé en cellule, ne fût-ce que deux nuits, le temps pour Jeffrey d'en tirer quelque chose. Elle ne supporterait pas de se retrouver enfermée dans une cellule, même une seconde. Être un flic ou un ex-flic en prison, c'était dangereux. Qu'est-ce qu'il avait en tête ? Quelle pièce à conviction possédait-il ? Il était impossible que l'on ait trouvé ses empreintes dans l'appartement d'Andy Rosen. Elle ne savait même pas où habitait ce gosse.
Ethan l'interrompit dans ses pensées.
— Ça concerne la fille qui a été poignardée, hein ?
Elle le regarda, l'air interrogateur.
— Qu'est-ce qu'on fait ici ?
Il parut surpris par sa question.
— Je voulais juste te parler.
— Pourquoi ? lui demanda-t-elle. Parce que tu as lu cet article dans le journal ? Pour toi, je suis passionnante parce qu'on m'a violée ?
Il jeta un coup d'œil inquiet autour de lui, probablement parce qu'elle avait élevé la voix. Elle pensa à baisser d'un ton, mais tout le monde dans cette salle savait qu'elle s'était fait agresser. Elle ne pouvait pas se payer un Coca ou aller au cinéma sans qu'un petit trou-du-cul, derrière la caisse ou au comptoir, observe brièvement les cicatrices de ses mains. Personne ne voulait lui en parler, mais ils étaient tous plus que ravis d'en parler avec quelqu'un d'autre dans son dos.
— Qu'est-ce que tu veux savoir ? lui demanda-t-elle, en s'efforçant de rester sur le ton de la conversation. Tu prépares un exposé sur le sujet, à la fac ?
Il tâcha de prendre cela à la légère.
— Ce serait plus du domaine de la sociologie. Moi, je suis en science des matériaux. Les polymères. Le métal. Les composites. Les tribomatériaux.
— On m'a clouée au sol. Elle lui montra ses mains, les retourna, afin qu'il puisse voir l'endroit où les clous les avaient traversées de part en part. Si elle avait encore été pieds nus, elle les lui aurait montrés, aussi. Il m'a droguée et m'a violée pendant deux jours. Qu'est-ce que tu veux savoir d'autre, maintenant ?
Il secoua la tête, comme si tout cela n'était qu'un immense malentendu.
— Je voulais juste t'emmener boire un café.
— Eh bien, maintenant, tu peux rayer ça de ta liste, lui lança-t-elle, en vidant sa tasse d'une seule gorgée. Quand elle reposa le mug, qui frappa la table avec un claquement sec, le liquide très chaud lui brûlait encore la poitrine, et elle se leva. Au plaisir.
— Non.
Rapide comme l'éclair, il tendit la main et referma vigoureusement les doigts autour de son poignet gauche. La douleur était presque intolérable, une succession de décharges brutales dans les nerfs, qui remontaient dans son bras. Elle resta debout, conservant une expression neutre, alors que la douleur lui soulevait le cœur.
— Je t'en prie, ajouta-t-il, la main toujours agrippée à son poignet. Reste encore, juste une minute.
— Pourquoi ? demanda-t-elle, tâchant de garder une voix égale. S'il lui serrait un tant soit peu plus le poignet, ses os allaient probablement se rompre.
— Je ne veux pas que tu croies que je suis ce genre de type.
— Quel genre de type tu es ? lança-t-elle, en se risquant à baisser les yeux sur sa main.
Il attendit une fraction de seconde, avant de lui lâcher le poignet. Elle ne put réprimer le petit hoquet de soulagement qui s'échappa de ses lèvres. Elle laissa sa main ballante, sans essayer de solliciter les muscles et les tendons pour vérifier d'éventuels dégâts. Sous l'afflux de sang, son poignet la lança, mais elle n'allait pas lui offrir la satisfaction de regarder.
Elle se répéta.
— Quel genre de type es-tu ?
Son sourire était loin d'être rassurant.
— Le genre de type qui aime bien parler aux jolies filles.
Elle lâcha un rire aigu, en regardant autour d'elle dans le café, qui avait commencé de se vider, depuis ces dernières minutes. L'homme derrière le comptoir les observait, mais quand Lena croisa son regard, il se retourna vers la machine à expressos, comme s'il n'avait pas cessé de la nettoyer durant tout ce temps.
— Allez, la pria Ethan. Assieds-toi. Lena le dévisagea.
— Je ne voulais pas te faire de mal.
— Qu'est-ce qui te permet de croire que tu m'as fait mal ? réagit-elle, alors que son poignet la lançait encore. Elle plia la main, essaya de la remuer, mais la douleur l'en empêcha. Rien que pour ça, elle allait le payer de retour. Il n'était pas question que ce gamin lui fasse mal et s'en tire à si bon compte.
— Je n'ai pas envie de te voir en pétard contre moi.
— Je te connais à peine, lui rappela-t-elle. Et, au cas où tu n'aurais pas remarqué, de mon côté, j'ai quelques petits problèmes, en ce moment, alors merci pour le café, mais...
— Je connaissais Andy.
Ce fut un déclic, son cerveau revint à Jeffrey, à ce qu'il avait dit d'elle, qu'elle se serait trouvée dans l'appartement d'Andy. Elle tâcha de lire dans l'expression d'Ethan, pour savoir s'il mentait, mais elle en fut incapable. La menace émanant de Jeffrey la submergea de nouveau.
— Qu'est-ce que tu sais d'Andy ? voulut-elle savoir.
— Assieds-toi, répéta-t-il, et c'était plus un ordre qu'une requête.
— Je peux très bien t'entendre de là où je suis.
— Tant que tu seras debout, je ne te parlerai pas, prévint-il, en se calant contre le dossier de sa chaise, en attente.
Lena resta debout à côté de la sienne, évaluant les choix qui se présentaient à elle. Ethan était étudiant. Il était probablement au courant de bien plus de rumeurs qu'elle-même. Si elle pouvait obtenir pour Jeffrey certaines informations concernant Andy, peut-être son ancien chef reconsidérerait-il ses accusations ineptes. Lena se sentit sourire à cette idée, de pouvoir lui jeter à la figure des indices qui boucleraient l'affaire. Il lui avait clairement fait comprendre qu'elle n'était plus flic. Elle allait l'amener à regretter de s'être débarrassé d'elle.
— Pourquoi souris-tu ? s'enquit Ethan.
— Ce n'est pas à cause de toi, le rassura-t-elle, en retournant la chaise. Elle s'assit, accoudée face au dossier, les mains pendantes, et pourtant la force d'appui contre son poignet suffit à le rendre brûlant, comme s'il se consumait de part en part. Il y avait quelque chose d'attirant dans le fait de maîtriser l'intensité de la douleur. Cela lui donnait l'impression d'être forte. Pour changer.
Elle laissa osciller sa main, ignorant la douleur.
— Dis-moi ce que tu sais au sujet d'Andy.
Il eut l'air de chercher quelque chose à raconter.
— Pas grand-chose, admit-il finalement.
— Tu me fais perdre mon temps. De nouveau, elle commença à se lever, mais il tendit la main pour la retenir. Cette fois-ci, Ethan ne la toucha pas, mais le souvenir de sa poigne suffit à maintenir Lena assise sur sa chaise. Alors, quoi ? insista-t-elle.
— Je connais quelqu'un qui était proche de lui. Un ami intime.
— Qui ?
— Tu fais la fête ?
Elle reconnut cet euphémisme de la culture branchée de la drogue.
— Et toi ? répliqua-t-elle. Tu es à l'ecstasy ou quoi ?
— Non, affirma-t-il, l'air désappointé. Et toi ?
— Qu'est-ce que tu t'imagines ? lança-t-elle, cas santé. Et Andy ?
Ethan la regarda fixement un instant, comme s'il essayait de comprendre quelque chose chez elle.
— Ouais.
— Comment le sais-tu, si tu n'es pas là-dedans ?
— Sa mère est à la clinique psy. Qu'elle soit pas foutue d'aider son propre gosse, ça faisait drôlement jaser.
Lena éprouva le besoin de défendre Jill Rosen, même si elle s'était fait la même réflexion au sujet du médecin.
— On ne peut pas se mettre à la place des autres. Peut-être qu'Andy n'avait pas envie d'arrêter. Peut-être qu'il n'était pas assez fort pour laisser tomber.
Il prit un air curieux.
— Tu crois ?
— Je n'en sais rien, admit-elle, mais au fond d'elle-même elle comprenait le leurre de la drogue comme jamais elle ne l'avait compris avant d'être violée. Quelquefois, les gens veulent juste fuir. Arrêter de penser aux choses.
— C'est rien que du provisoire.
— Tu en parles comme si tu connaissais. Elle baissa les yeux sur ses bras, qui étaient encore couverts par les manches de sa chemise, malgré la chaleur qu'il faisait à l'intérieur de la salle. Subitement, elle se le rappela, en classe, la semaine dernière. Et là aussi, il portait un t-shirt à manches longues. Il avait peut-être des marques de seringue sur la peau. Hank, l'oncle de Lena, avait de vilaines cicatrices, à force de s'être shooté, mais il avait presque l'air d'en être fier, comme si le fait d'avoir arrêté le speedball l'avait transformé en une espèce de héros, comme si ses marques d'aiguilles étaient les cicatrices de bataille d'une noble guerre.
Ethan vit qu'elle regardait ses manches. Il tira dessus, pour les abaisser jusqu'à ses poignets.
— Disons juste que je me suis mis dans quelques emmerdements, et restons-en là.
— D'accord.
Elle l'étudia, en se demandant s'il aurait des infos utiles à lui communiquer. Elle aurait diablement aimé pouvoir sortir son casier judiciaire - et, dans son esprit, il ne faisait aucun doute qu'Ethan Green en avait un -et s'en servir comme d'un moyen de pression pour découvrir ce qu'elle avait besoin de savoir.
— Depuis combien de temps es-tu au Grant Tech ?
— Environ un an, lui répondit-il. Je suis venu de l'université d'État de Géorgie.
— Pourquoi ?
— J'aimais pas l'ambiance. Il haussa les épaules et, pour elle, ce geste fut plus éloquent que n'importe quoi d'autre. Il y avait dans son attitude quelque chose de défensif, et pourtant ce qu'il lui racontait était parfaitement cohérent. Peut-être l'avait-on mis à la porte de l'établissement. Je voulais me retrouver dans une fac moins grande, continua-t-il. L'université de Géorgie, maintenant, c'est une jungle. Crime, violence... viols. Ce n'est pas le genre d'endroit qu'il me faut.
— Et le Grant Tech, si ?
— J'aime bien quand ça va moins vite, expliqua-t-il, en jouant de nouveau avec le sachet de thé. Je n'aimais pas l'individu que j'étais devenu sur ce campus. Être là-bas, c'était vraiment trop.
Lena comprenait, mais elle ne lui en fit pas part. La raison qui l'avait poussée à quitter la police - hormis l'ultimatum que lui avait soumis Jeffrey-, c'était en partie parce qu'il lui fallait une vie moins stressée. Elle n'avait pas du tout prévu que travailler avec Chuck se révélerait encore plus stressant à bien des égards.
Elle aurait pu trouver le moyen d'entuber Jeffrey et de conserver son boulot. Il ne lui avait jamais demandé aucune preuve qu'elle consultait un psy. Elle aurait pu mentir et tout serait allé pour le mieux, au lieu qu'elle gâche sa vie. Enfin, elle aurait fini par la gâcher, de toute façon. Il y avait de ça moins d'une heure, Jeffrey avait l'air disposé à lui passer les menottes et à l'embarquer.
Elle tâcha de réfléchir à ce qui pourrait la relier à Andy Rosen. Il devait y avoir une erreur quelque part. Peut-être qu'elle avait touché quelque chose, dans le bureau de Jill Rosen, qui avait fini dans la chambre d'Andy. C'était la seule explication. Pour ce qui était du sous-vêtement, cela finirait par se prouver bien assez tôt. Mais quand même, qu'est-ce qui poussait Jeffrey à considérer que c'était le sien ? Elle aurait dû lui parler, au lieu de le foutre en rogne. Elle aurait dû dire à Ethan de s'occuper de ses affaires. C'était lui qui avait envenimé les choses avec Tolliver, pas elle. Elle espérait de tout son cœur que ce dernier l'avait compris. Elle savait de quelle manière il pouvait se conduire, quand il s'en prenait à quelqu'un. Il pouvait vraiment lui créer des ennuis, pas seulement en ville, mais à la fac. Elle pouvait perdre sa place, ne plus avoir de toit, plus d'argent pour s'acheter à manger. Elle pouvait finir sans abri.
— Lena ? s'enquit Ethan, comme si elle était partie à la dérive.
— C'est qui, cet ami proche d'Andy ?
Il se méprit sur l'intensité du ton de sa voix, qu'il prit pour de l'autorité.
— Tu parles comme un flic.
— Je suis un flic, lui répliqua-t-elle, comme mue par un automatisme.
Il eut un sourire froid, comme s'il venait d'admettre une réalité qui l'attristait.
— Ethan ? le relança-t-elle, tâchant de ne pas trahir la peur panique qu'elle éprouvait.
— J'aime bien ta manière de dire mon nom, lui confia-t-il, comme s'il y avait de quoi plaisanter. Complètement en pétard.
Elle lui lâcha un regard cinglant.
— Avec qui traînait Andy ?
Il y réfléchit, et elle comprit que cela ne lui déplaisait pas de faire de la rétention d'information, de maintenir le suspens, comme un appât, juste au-dessus de la tête. Il avait la même expression que tout à l'heure, quand le poignet de Lena était sur le point de se briser dans sa main.
— Écoute, ne joue pas au con, le prévint-elle. J'ai déjà trop de merdes comme ça dans ma vie, sans qu'un petit crétin me cache des trucs. Elle se ressaisit, sachant qu'Ethan était son meilleur atout, si elle voulait réunir des informations sur Andy Rosen. Tu as quelque chose à me dire ou non ?
Il resta la bouche pincée, sans lui répondre.
— Bien, fit-elle, s'apprêtant de nouveau à s'en aller, espérant qu'il ne percerait pas son bluff à jour.
— Il y a une fête ce soir, lâcha-t-il enfin. Des amis d'Andy y seront. Ce type auquel je pense, aussi. Il était assez bon copain avec lui.
— Où est-il ?
Il eut encore ce même air de supériorité dans le regard.
— Tu t'imagines que tu peux débouler comme ça et lui poser des questions ?
— Qu'est-ce que tu crois pouvoir obtenir de moi ? lui demanda-t-elle à son tour, histoire de lui tendre la perche. Qu'est-ce que tu veux ?
Il haussa les épaules, mais elle lut la réponse dans ses yeux. Manifestement, il était attiré par elle, mais il aimait bien conserver la maîtrise des choses. Lena contrôlait le jeu. Elle était bien meilleure à ce genre d'exercice qu'un gamin de vingt-trois ans.
Elle se pencha au-dessus du dossier de la chaise.
— Dis-moi où elle est, cette fête.
— On est parti du mauvais pied, admit-il. Je suis désolé pour ton poignet.
Elle jeta un coup d'œil dessus. Un hématome violacé était en train de se former, à l'endroit où ses doigts avaient enserré ses os.
— Ce n'est rien, mentit-elle.
— On aurait cru que tu avais peur de moi. Elle resta incrédule.
— Pourquoi aurais-je peur de toi ?
— Parce que je t'ai fait mal, dit-il, en désignant encore son poignet. Allez, je voulais pas. Je suis désolé.
— Tu crois qu'après ce qui m'est arrivé l'an dernier, j'ai peur d'un petit bonhomme qui essaie de me retenir la main ? Elle lâcha un rire moqueur. Je n'ai pas peur de toi, espèce de petit con.
De nouveau, ce fut Dr Jekyll et Mr Hyde, sa mâchoire se contracta comme une pelle de bulldozer.
— Quoi ? lança-t-elle encore, en se demandant jusqu'où elle allait le pousser. S'il tentait encore de lui saisir le poignet, elle pourrait toujours le rouer de coups de pied et le laisser par terre, en sang.
Elle le provoqua.
— Oh ! je t'ai blessé ? Le petit Ethie va pleurer ? Il lui répliqua d'une voix égale et maîtrisée.
— Tu habites à la résidence universitaire.
— C'est censé être une menace ? Elle rit. Super plan, tu sais où j'habite.
— J'y serai, à huit heures ce soir.
— C'est vrai ? s'étonna-t-elle, tâchant de saisir ses intentions.
— À huit heures, je viens te chercher, fit Ethan, en se levant. On se trouvera un ciné, ensuite on va à la soirée.
— Hum ! commença-t-elle, s'attendant à ce qu'il lui joue un tour, je ne pense pas.
— A mon avis, tu as besoin de parler à l'ami d'Andy, pour essayer de te débarrasser de ce flic.
— Ah ouais ? s'écria-t-elle, et elle savait que c'était vrai. Et pourquoi ça ?
— Les flics, c'est comme les chiens. Avec eux, il faut faire gaffe. Tu ne sais jamais lequel a la rage.
— Super métaphore, ironisa-t-elle. Mais je sais me défendre toute seule.
— En réalité, c'est une comparaison. Il bascula son sac sur son épaule. Attache-toi les cheveux.
— Et si je n'ai pas envie.
— Attache-les, répéta-t-il. Je te retrouve à huit heures.
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