Slaughter Karin - A Froid

Athame · Chapitre 20 sur 20

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Slaughter Karin - A Froid

Vendredi

 

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18

 

Lena était assise par terre, dans sa chambre, à la résidence universitaire, entourée de cartons, qui contenaient tout ce qu'elle possédait au monde. La plupart de ses affaires resteraient chez Hank, en attendant qu'elle se trouve un boulot. Son lit irait chez Nan, et elle dormirait dans la chambre d'amis, jusqu'à ce qu'elle ait assez d'argent pour s'installer quelque part. L'université lui avait proposé le poste de Chuck, mais, étant donné les circonstances, elle ne voulait plus jamais revoir le bureau de la sécurité. Ce salopard de Kevin Blake ne lui avait accordé aucune indemnité de départ. Elle tira une certaine consolation du fait que le conseil d'administration avait annoncé le matin même qu'il allait se mettre en quête d'un remplaçant, afin de se séparer de Blake.

La porte grinça, poussée par Ethan. La serrure n'avait pas été réparée, depuis que Jeffrey l'avait forcée, quelques jours plus tôt.

Dès qu'il la vit, il lui sourit.

— Tu as relevé tes cheveux.

Lena résista à la tentation de les relâcher.

— Je croyais que tu quittais la ville. Il haussa les épaules.

— J'ai toujours eu beaucoup de mal à quitter les endroits où on ne voulait pas de moi.

Elle eut un pâle sourire.

— En plus, dit-il, c'est assez compliqué de demander son transfert maintenant, vu que l'université est sous le coup d'une enquête pour violation du code de l'éthique.

— Je suis certaine que ça se tassera, le rassura-t-elle.

Elle n'avait travaillé sur le campus que quelques mois, mais elle savait comment se déroulaient les scandales. Il y aurait des amendes, et toutes sortes d'articles dans les journaux pendant quelques mois, mais dans un an, les articles auraient disparu, les amendes resteraient toujours impayées, et un enfoiré de professeur irait poignarder quelqu'un dans le dos - au sens propre ou au figuré -, pour assurer sa gloire et sa fortune.

— Donc, reprit Ethan. J'imagine que tu as mis les choses au carré, avec le flic.

Elle haussa les épaules, parce qu'elle ne savait pas du tout où en étaient les choses avec Jeffrey. Après l'avoir interrogée au sujet de Richard Carter, il lui avait demandé de se présenter au poste à la première heure lundi matin. Il n'y avait pas eu moyen de savoir ce qu'il lui voulait.

— Ils ont tiré au clair l'histoire de la culotte ? lui demanda Ethan.

— Il avait tiré des conclusions un peu rapides, et ce n'était pas les bonnes. Ça arrive.

Là encore, elle haussa les épaules. Rosen était un givré. Il l'avait probablement volée à une fille. Elle imaginait assez Andy reniflant autre chose que de la colle, par un vendredi soir solitaire. Quant au livre, Lena aurait pu le lire, par une de ses soirées solitaires à elle, se ménageant un moment de paix à la bibliothèque, avant qu'il ne soit l'heure de regagner son taudis et de trouver un peu de sommeil.

Ethan s'appuya contre le chambranle de la porte.

— Je voulais que tu saches que je ne pars pas, lui annonça-t-il. Au cas où tu me croiserais.

— On va se croiser ?

Il haussa les épaules, évasivement.

— Je ne sais pas, Lena. Ici, j'essaie vraiment de changer.

Elle se regarda les mains, elle se sentait comme un monstre.

— Oui.

— J'ai envie de quelque chose avec toi, continua-t-il. Mais pas comme ça.

— Bien sûr.

— Tu pourrais partir t'installer quelque part et tout recommencer à zéro. Il attendit, avant d'ajouter encore un mot. Peut-être que, quand j'aurai trouvé un moyen de me faire transférer dans une autre fac, on pourrait partir ensemble ?

— Je peux pas m'en aller d'ici, lui dit-elle, sachant qu'il ne comprendrait jamais.

Ethan avait quitté sa famille et sa manière de vivre sans regarder en arrière. Lena ne pourrait jamais faire ça à Sibyl.

— Si jamais tu changes d'avis...

— Nan va bientôt revenir, lui signala-t-elle. Il vaut mieux que j'y aille.

— Très bien. Ethan hocha la tête, il comprenait. On se reverra, hein ?

Elle ne répondit pas.

— On va se croiser ?

Ses mots flottèrent en l'air comme une brume. Elle se laissa aller à le regarder, considéra son jean large et son t-shirt noir, sa dent ébréchée, et ses yeux bleus, très bleus.

— Oui, fit-il. On se croisera.

Il tira la porte derrière lui, la serrure ne s'engagea pas. Lena se leva, traîna une chaise jusqu'à la porte, et la cala sous la poignée, pour la maintenir fermée. Elle ne pourrait plus jamais avoir ce geste sans repenser à Richard Carter.

Elle passa dans la salle de bains. Son reflet dans le miroir, au-dessus du lavabo, s'était un peu amélioré. Les hématomes, autour du cou, viraient au jaune verdâtre, et la coupure sous l'œil formait déjà une croûte.

— Lena ? fit Nan.

Elle entendit la porte heurter la chaise. Nan essayait d'ouvrir.

— Juste une minute, lui demanda Lena, en ouvrant l'armoire à pharmacie.

Elle dégagea la planchette du bas et sortit son canif de sa cachette. Il y avait encore des traces de sang sur le manche, mais la pluie avait presque tout lavé. Quand elle ouvrit la lame, elle s'aperçut que le bout était cassé. Non sans regret, elle se rendit compte qu'elle ne pourrait pas le garder.

La chaise sous la porte vint de nouveau buter contre la poignée. La voix de Nan se fit de nouveau entendre, une voix inquiète.

— Lena ?

— J'arrive, s'écria-t-elle.

Elle referma la lame d'un coup sec, fourra le couteau dans sa poche arrière, et alla ouvrir à Nan.

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