Sommes-nous tous des criminels ?
6 – Quel est le profil type du criminel ?
6 – Quel est le profil type
du criminel ?
La réponse à cette question est relativement simple : tant les statistiques
officielles que les sondages montrent qu’il s’agit d’un jeune homme. Par
contre, il est bien plus difficile d’expliquer pourquoi il en est ainsi. Notre
réponse comprend donc deux nouvelles interrogations sur lesquelles de
nombreuses recherches criminologiques se sont penchées : “pourquoi les
jeunes plus que les moins jeunes ?” et “pourquoi les hommes plus que les
femmes ?”
Tout d’abord, on constate que, partout dans le monde, il existe un lien
entre l’âge et la criminalité. On commet en effet davantage d’infractions
entre quinze et vingt-cinq ans qu’à tout autre âge. Dans l’ensemble, peu de
crimes graves sont commis avant l’âge de quinze ans et, au-delà de vingt-
cinq ans, le taux de criminalité baisse à nouveau. Cela ne veut toutefois pas
dire que les plus âgés sont “meilleurs” ou ont été éduqués différemment que
les jeunes d’aujourd’hui, puisque ce pic de criminalité, qui se situe vers la
fin de l’adolescence, a toujours existé. En d’autres termes, les “vieux”
d’aujourd’hui ont aussi passé par là, étant plus jeunes.
La littérature n’est cependant pas unanime sur les causes de ce
phénomène. L’explication la plus plausible à ce jour est que la délinquance
des jeunes serait le résultat d’une réaction à leur position sociale peu
structurée. Un jeune ne saurait pas véritablement où est sa place dans la
société(28), serait ainsi déstabilisé et commettrait dès lors des infractions
pour se rassurer et pour manifester son existence. Une fois son identité et sa
position dans la société établies, il se stabiliserait et ne ressentirait plus le
besoin de se démarquer par des actes parfois déviants.
La “délinquance juvénile” – que certains appellent d’ailleurs la “déviance
juvénile”(29) – serait donc normale(30) et passagère. Toutefois, certains
facteurs semblent favoriser le passage à une délinquance adulte plus grave. On a notamment pu démontrer que le fait de commettre une infraction est
moins nuisible pour la carrière de l’adolescent que le fait d’entrer dans le
système judiciaire, qui a une fâcheuse tendance à “stigmatiser” les gens,
c’est-à-dire à les étiqueter comme criminels(31), faisant ainsi perdurer le
statut de criminel dans le temps. De plus, les valeurs familiales, l’école,
ainsi que le groupe d’amis seraient des éléments déterminants dans
l’explication du passage de la “déviance juvénile” à la délinquance adulte.
Il a par ailleurs pu être établi que plus un jeune connaît de modes de
résolution de conflits, moins il aura besoin d’user de la violence et de
commettre des infractions, aussi bien durant sa jeunesse qu’à l’âge adulte.
D’où l’importance d’initier les plus jeunes à des modes amiables de
résolution de conflits(32) tels que la médiation, les “family groupe
conférences”, ou encore les “sentencing circles”.
Finalement, au-delà de la question de savoir comment expliquer la
surreprésentation de certaines classes d’âge dans les activités délictueuses,
il reste le fait que le volume de la criminalité d’un État dépendra fortement
de la composition démographique de sa population. En effet, plus il y aura
de personnes de la classe d’âge la plus criminogène, plus il y aura de
criminalité. Il y aura donc une incidence directe d’un “baby boom” ou
d’une période de faible natalité sur le nombre de crimes commis quelque
vingt années plus tard(33).
Se pose ensuite la question de la différence de criminalité entre les
hommes et les femmes(34). Les chercheurs ont essayé de l’expliquer de trois
manières différentes. Pour les uns, le système pénal serait plus indulgent
envers les femmes qu’envers les hommes ; pour les autres, il y aurait une
différence biologique entre les hommes et les femmes ; pour d’autres
encore, cet écart proviendrait du rôle différent que jouent les hommes et les
femmes dans notre société.
Si l’hypothèse du traitement de faveur du système judiciaire envers les
femmes a été infirmée par les criminologues, il n’est pas facile de se
déterminer de manière définitive sur le fait de savoir lesquels des aspects
sociaux ou biologiques sont à l’origine des différences entre la criminalité
des hommes et celle des femmes. S’il est vrai que la socialisation par
l’éducation reste très différente dans nos sociétés entre les filles et les
garçons, les théories liant la criminalité à l’émancipation de la femme ne
sont, pour leur part, pas véritablement convaincantes. Par exemple, pendant
une guerre, les hommes étant au front, les femmes sont plus actives dans la société et dans leurs familles, sans pour autant devenir plus criminelles. De
plus, on peut se demander si l’émancipation des femmes doit
inévitablement aboutir à une augmentation de leur taux de criminalité. Ne
pourrait-on pas tout aussi bien penser que les femmes sont peut-être
fondamentalement plus raisonnables que les hommes et surtout moins
agressives ? Les recherches sur les accidents de la circulation routière
démontrent d’ailleurs que, contrairement à un préjugé largement répandu
dans notre société, les femmes roulent mieux et causent moins d’accidents
que les hommes pour le même nombre de kilomètres parcourus. De
surcroît, s’il s’avère exact que les femmes sont davantage maîtresses
d’elles-mêmes que les hommes, elles seraient peut-être mieux capables que
ceux-ci de gérer notre société et d’y occuper des postes à responsabilité…
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