Sommes-nous tous des criminels ?

André Kuhn · Chapitre 9 sur 24

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Sommes-nous tous des criminels ?

6 – Quel est le profil type du criminel ?

6 – Quel est le profil type

 

 

du criminel ?

 

La réponse à cette question est relativement simple : tant les statistiques

officielles que les sondages montrent qu’il s’agit d’un jeune homme. Par

contre, il est bien plus difficile d’expliquer pourquoi il en est ainsi. Notre

réponse comprend donc deux nouvelles interrogations sur lesquelles de

nombreuses recherches criminologiques se sont penchées : “pourquoi les

jeunes plus que les moins jeunes ?” et “pourquoi les hommes plus que les

femmes ?”

Tout d’abord, on constate que, partout dans le monde, il existe un lien

entre l’âge et la criminalité. On commet en effet davantage d’infractions

entre quinze et vingt-cinq ans qu’à tout autre âge. Dans l’ensemble, peu de

crimes graves sont commis avant l’âge de quinze ans et, au-delà de vingt-

cinq ans, le taux de criminalité baisse à nouveau. Cela ne veut toutefois pas

dire que les plus âgés sont “meilleurs” ou ont été éduqués différemment que

les jeunes d’aujourd’hui, puisque ce pic de criminalité, qui se situe vers la

fin de l’adolescence, a toujours existé. En d’autres termes, les “vieux”

d’aujourd’hui ont aussi passé par là, étant plus jeunes.

La littérature n’est cependant pas unanime sur les causes de ce

phénomène. L’explication la plus plausible à ce jour est que la délinquance

des jeunes serait le résultat d’une réaction à leur position sociale peu

structurée. Un jeune ne saurait pas véritablement où est sa place dans la

société(28), serait ainsi déstabilisé et commettrait dès lors des infractions

pour se rassurer et pour manifester son existence. Une fois son identité et sa

position dans la société établies, il se stabiliserait et ne ressentirait plus le

besoin de se démarquer par des actes parfois déviants.

La “délinquance juvénile” – que certains appellent d’ailleurs la “déviance

juvénile”(29) – serait donc normale(30) et passagère. Toutefois, certains

facteurs semblent favoriser le passage à une délinquance adulte plus grave. On a notamment pu démontrer que le fait de commettre une infraction est

moins nuisible pour la carrière de l’adolescent que le fait d’entrer dans le

système judiciaire, qui a une fâcheuse tendance à “stigmatiser” les gens,

c’est-à-dire à les étiqueter comme criminels(31), faisant ainsi perdurer le

statut de criminel dans le temps. De plus, les valeurs familiales, l’école,

ainsi que le groupe d’amis seraient des éléments déterminants dans

l’explication du passage de la “déviance juvénile” à la délinquance adulte.

Il a par ailleurs pu être établi que plus un jeune connaît de modes de

résolution de conflits, moins il aura besoin d’user de la violence et de

commettre des infractions, aussi bien durant sa jeunesse qu’à l’âge adulte.

D’où l’importance d’initier les plus jeunes à des modes amiables de

résolution de conflits(32) tels que la médiation, les “family groupe

conférences”, ou encore les “sentencing circles”.

Finalement, au-delà de la question de savoir comment expliquer la

surreprésentation de certaines classes d’âge dans les activités délictueuses,

il reste le fait que le volume de la criminalité d’un État dépendra fortement

de la composition démographique de sa population. En effet, plus il y aura

de personnes de la classe d’âge la plus criminogène, plus il y aura de

criminalité. Il y aura donc une incidence directe d’un “baby boom” ou

d’une période de faible natalité sur le nombre de crimes commis quelque

vingt années plus tard(33).

Se pose ensuite la question de la différence de criminalité entre les

hommes et les femmes(34). Les chercheurs ont essayé de l’expliquer de trois

manières différentes. Pour les uns, le système pénal serait plus indulgent

envers les femmes qu’envers les hommes ; pour les autres, il y aurait une

différence biologique entre les hommes et les femmes ; pour d’autres

encore, cet écart proviendrait du rôle différent que jouent les hommes et les

femmes dans notre société.

Si l’hypothèse du traitement de faveur du système judiciaire envers les

femmes a été infirmée par les criminologues, il n’est pas facile de se

déterminer de manière définitive sur le fait de savoir lesquels des aspects

sociaux ou biologiques sont à l’origine des différences entre la criminalité

des hommes et celle des femmes. S’il est vrai que la socialisation par

l’éducation reste très différente dans nos sociétés entre les filles et les

garçons, les théories liant la criminalité à l’émancipation de la femme ne

sont, pour leur part, pas véritablement convaincantes. Par exemple, pendant

une guerre, les hommes étant au front, les femmes sont plus actives dans la société et dans leurs familles, sans pour autant devenir plus criminelles. De

plus, on peut se demander si l’émancipation des femmes doit

inévitablement aboutir à une augmentation de leur taux de criminalité. Ne

pourrait-on pas tout aussi bien penser que les femmes sont peut-être

fondamentalement plus raisonnables que les hommes et surtout moins

agressives ? Les recherches sur les accidents de la circulation routière

démontrent d’ailleurs que, contrairement à un préjugé largement répandu

dans notre société, les femmes roulent mieux et causent moins d’accidents

que les hommes pour le même nombre de kilomètres parcourus. De

surcroît, s’il s’avère exact que les femmes sont davantage maîtresses

d’elles-mêmes que les hommes, elles seraient peut-être mieux capables que

ceux-ci de gérer notre société et d’y occuper des postes à responsabilité…

 

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