Sommes-nous tous des criminels ?

André Kuhn · Chapitre 11 sur 24

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Sommes-nous tous des criminels ?

8 – Les étrangers sont-ils plus criminels que les autochtones ?

8 – Les étrangers sont-ils plus

 

criminels que les autochtones ?

 

Sans vouloir faire de l’angélisme, il faut absolument nuancer

l’affirmation – qui se vérifie d’ailleurs dans tous les pays – selon laquelle

les étrangers sont plus criminels que les nationaux. En effet, même si les

statistiques bivariées permettent effectivement de constater une implication

disproportionnée des étrangers dans le phénomène criminel, les mêmes

statistiques bivariées permettent d’établir une participation disproportionnée

à la criminalité de la part des hommes, de la part des jeunes, de la part des

personnes de niveau socio-économique défavorisé et de la part des

personnes à niveau de formation modeste.

Même la taille n’est pas en reste, puisqu’il est statistiquement vérifié que

les adultes de plus de 175 centimètres sont largement plus impliqués dans la

criminalité que ceux de moins de 175 centimètres… Pourquoi personne ne

songe-t-il alors à mettre en œuvre une politique criminelle consistant à

couper les jambes des personnes les plus grandes ? Tout simplement parce

que nous connaissons la cause de la surreprésentation statistique des

grands : nous savons en effet tous que la population adulte de plus de 175

centimètres est principalement composée d’hommes, alors que les femmes

sont largement surreprésentées parmi les adultes de moins de 175

centimètres. Sachant par ailleurs que les hommes(36) sont davantage

impliqués dans le phénomène criminel que les femmes, il est logique que

les adultes les plus grands commettent la plus grande partie des infractions

pénales répertoriées dans notre pays. Néanmoins, chacun comprendra

aisément que cette surreprésentation des grands dans la statistique

criminelle n’a évidemment rien à voir avec la taille des personnes, mais

bien avec leur sexe.

Mais si ce raisonnement est tellement évident, alors pourquoi bon

nombre de personnes ne sont-elles pas capables de le reproduire en matière

d’implication des étrangers dans la criminalité ? Il peut en effet très aisément être démontré qu’en la matière, – de la même manière que la taille

est comprise dans le sexe – la nationalité s’explique par le sexe, l’âge, le

milieu social et le niveau de formation des individus. Cela provient

simplement du constat que la migration, de manière générale(37), est

principalement une affaire de jeunes plutôt que de vieux et d’hommes plutôt

que de femmes. Sachant par ailleurs que les jeunes hommes(38) représentent

justement la partie de la population la plus criminogène, il est donc logique

que la population migrante(39) soit plus impliquée dans la criminalité que

ceux qui ne bougent pas de leur lieu de vie initial.

De plus, le fait que les étrangers sont surreprésentés dans les prisons – et

donc dans les statistiques pénitentiaires – s’explique en partie par le fait que

les peines de substitution(40) (travail d’intérêt général, assignation à

résidence sous surveillance électronique, retrait du permis de conduire,

amendes, etc.) leur sont bien moins souvent appliquées qu’aux nationaux.

Comparer les nationaux et les étrangers revient donc à comparer

l’incomparable, soit une population autochtone vieillissante et composée

paritairement d’hommes et de femmes à une population dans laquelle les

jeunes hommes sont largement surreprésentés. Par contre, si l’on compare

le taux de criminalité des étrangers à celui des nationaux du même sexe, de

la même classe d’âge, de la même catégorie socio-économique et du même

niveau de formation, on observe qu’il n’existe aucune différence entre eux.

En termes de politique criminelle, cela revient à dire que les actions les

plus à même de rencontrer un certain succès (en partant bien entendu du

postulat qu’il n’est pas possible d’éliminer les hommes(41) et les jeunes) se

situent clairement au niveau social (niveau socio-économique et formation),

et non au niveau des politiques d’immigration.

Pour être complet, mentionnons encore qu’il arrive néanmoins que la

nationalité explique tout de même une petite partie de la criminalité ; ceci

dans le cas très particulier de migrants provenant d’un pays en guerre. En

effet, l’exemple violent fourni par un État en guerre a tendance à désinhiber

les citoyens qui deviennent alors, eux aussi, plus violents et exportent

ensuite cette caractéristique dans le pays d’accueil. Ce phénomène est

connu en criminologie sous le nom de “brutalisation”(42). Au contraire,

lorsque l’immigration provient de pays non en guerre, la nationalité en tant

que telle n’entre pas en ligne de compte dans l’explication du phénomène

criminel.

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