Sommes-nous tous des criminels ?
8 – Les étrangers sont-ils plus criminels que les autochtones ?
8 – Les étrangers sont-ils plus
criminels que les autochtones ?
Sans vouloir faire de l’angélisme, il faut absolument nuancer
l’affirmation – qui se vérifie d’ailleurs dans tous les pays – selon laquelle
les étrangers sont plus criminels que les nationaux. En effet, même si les
statistiques bivariées permettent effectivement de constater une implication
disproportionnée des étrangers dans le phénomène criminel, les mêmes
statistiques bivariées permettent d’établir une participation disproportionnée
à la criminalité de la part des hommes, de la part des jeunes, de la part des
personnes de niveau socio-économique défavorisé et de la part des
personnes à niveau de formation modeste.
Même la taille n’est pas en reste, puisqu’il est statistiquement vérifié que
les adultes de plus de 175 centimètres sont largement plus impliqués dans la
criminalité que ceux de moins de 175 centimètres… Pourquoi personne ne
songe-t-il alors à mettre en œuvre une politique criminelle consistant à
couper les jambes des personnes les plus grandes ? Tout simplement parce
que nous connaissons la cause de la surreprésentation statistique des
grands : nous savons en effet tous que la population adulte de plus de 175
centimètres est principalement composée d’hommes, alors que les femmes
sont largement surreprésentées parmi les adultes de moins de 175
centimètres. Sachant par ailleurs que les hommes(36) sont davantage
impliqués dans le phénomène criminel que les femmes, il est logique que
les adultes les plus grands commettent la plus grande partie des infractions
pénales répertoriées dans notre pays. Néanmoins, chacun comprendra
aisément que cette surreprésentation des grands dans la statistique
criminelle n’a évidemment rien à voir avec la taille des personnes, mais
bien avec leur sexe.
Mais si ce raisonnement est tellement évident, alors pourquoi bon
nombre de personnes ne sont-elles pas capables de le reproduire en matière
d’implication des étrangers dans la criminalité ? Il peut en effet très aisément être démontré qu’en la matière, – de la même manière que la taille
est comprise dans le sexe – la nationalité s’explique par le sexe, l’âge, le
milieu social et le niveau de formation des individus. Cela provient
simplement du constat que la migration, de manière générale(37), est
principalement une affaire de jeunes plutôt que de vieux et d’hommes plutôt
que de femmes. Sachant par ailleurs que les jeunes hommes(38) représentent
justement la partie de la population la plus criminogène, il est donc logique
que la population migrante(39) soit plus impliquée dans la criminalité que
ceux qui ne bougent pas de leur lieu de vie initial.
De plus, le fait que les étrangers sont surreprésentés dans les prisons – et
donc dans les statistiques pénitentiaires – s’explique en partie par le fait que
les peines de substitution(40) (travail d’intérêt général, assignation à
résidence sous surveillance électronique, retrait du permis de conduire,
amendes, etc.) leur sont bien moins souvent appliquées qu’aux nationaux.
Comparer les nationaux et les étrangers revient donc à comparer
l’incomparable, soit une population autochtone vieillissante et composée
paritairement d’hommes et de femmes à une population dans laquelle les
jeunes hommes sont largement surreprésentés. Par contre, si l’on compare
le taux de criminalité des étrangers à celui des nationaux du même sexe, de
la même classe d’âge, de la même catégorie socio-économique et du même
niveau de formation, on observe qu’il n’existe aucune différence entre eux.
En termes de politique criminelle, cela revient à dire que les actions les
plus à même de rencontrer un certain succès (en partant bien entendu du
postulat qu’il n’est pas possible d’éliminer les hommes(41) et les jeunes) se
situent clairement au niveau social (niveau socio-économique et formation),
et non au niveau des politiques d’immigration.
Pour être complet, mentionnons encore qu’il arrive néanmoins que la
nationalité explique tout de même une petite partie de la criminalité ; ceci
dans le cas très particulier de migrants provenant d’un pays en guerre. En
effet, l’exemple violent fourni par un État en guerre a tendance à désinhiber
les citoyens qui deviennent alors, eux aussi, plus violents et exportent
ensuite cette caractéristique dans le pays d’accueil. Ce phénomène est
connu en criminologie sous le nom de “brutalisation”(42). Au contraire,
lorsque l’immigration provient de pays non en guerre, la nationalité en tant
que telle n’entre pas en ligne de compte dans l’explication du phénomène
criminel.
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