Sommes-nous tous des criminels ?

André Kuhn · Chapitre 3 sur 24

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Sommes-nous tous des criminels ?

Introduction

 

Sommes-nous tous des criminels ? La réponse à cette question n’est pas

aisée et nécessite certaines explications préalables. Il s’agira tout d’abord de

déterminer ce que l’on entend par “criminels” et, ensuite, il conviendra de

formuler la question elle-même de façon plus précise. En effet, cette

dernière peut aussi bien signifier “commettons-nous tous des infractions

pénales ?” que “sommes-nous tous des criminels potentiels ?”. Le présent

ouvrage tentera d’éclaircir ces deux points simultanément. Pour y parvenir,

nous passerons en revue une série de questions qui ont toutes fait l’objet de

multiples travaux criminologiques. Nous ne prétendons donc pas ici à

l’exhaustivité(4). Nous souhaitons bien plutôt permettre à un public non-

criminologue d’appréhender, par des réflexions simples, le phénomène

relativement complexe qu’est le crime.

Plusieurs thèmes d’actualité seront abordés, comme la relation entre le

risque objectif d’être victime d’une infraction et le sentiment subjectif

d’insécurité, ainsi que le lien entre la commission d’une infraction et divers

facteurs, notamment la nationalité, le divorce, les médias, les jeux vidéo, la

pauvreté, etc.

Le lecteur aura ainsi la possibilité de constater que bien des préjugés sont

mis à mal par la recherche scientifique, ainsi que par la simple observation

de la réalité, et que, trop souvent, des politiques criminelles sont proposées

sur la base de malentendus ou de croyances erronées.

Mais avant de répondre à vingt et une interrogations à caractère

criminologique, il nous a semblé opportun de commencer par la question

fondamentale suivante : “La criminologie, c’est quoi au juste ?” Eh bien, la

criminologie, c’est tout simplement la science du crime. Plus précisément, il

s’agit de la science qui essaie de comprendre le phénomène criminel en

étudiant les comportements antisociaux de l’être humain et les réactions de

la société vis-à-vis de ces comportements. Par exemple, elle cherche à

définir le concept de criminalité, à déterminer les raisons de son existence, à trouver les différentes manières de l’éviter ou de la prévenir, et se penche

également sur la question de sa punition. Il s’agit donc d’une science

humaine ou d’une science dite “molle”, par opposition aux sciences dites

“exactes” ou “dures”. Relevons que bien des gens confondent la

criminologie avec la criminalistique, cette dernière étant justement

l’utilisation des sciences exactes (ou dures) au service de la détection du

crime. On parle alors également de “police scientifique” ou de “sciences

forensiques”.

 

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