Sommes-nous tous des criminels ?
1 – Qu’est-ce que la criminalité ?
1 – Qu’est-ce que la
criminalité ?
La criminalité est la transgression des normes à caractère pénal en
vigueur dans un système social donné. En d’autres termes, il s’agit donc
d’un comportement contraire aux normes pénales d’une certaine société.
Une telle définition n’est évidemment pas suffisante, puisqu’elle introduit
deux nouvelles notions qui ne sont pas encore définies, à savoir celle de
“norme” et celle de “pénal”.
On entend par norme toute règle pouvant être physiquement donnée ou
socialement produite. Elle est physiquement donnée (on la dit alors
objective) lorsqu’elle est universelle, c’est-à-dire qu’elle existe toujours et
partout. Par exemple, le fait que tout corps libre chute en direction du sol
est une norme physiquement donnée. Par contre, une norme est dite
socialement produite (ou subjective) lorsqu’elle est définie par l’être
humain et qu’elle peut être différente dans le temps et à travers l’espace,
c’est-à-dire d’une époque à l’autre et d’un endroit à l’autre. Par exemple,
l’excès de vitesse peut être défini différemment à travers le temps, dans un
pays donné. De même, les limitations de vitesse peuvent varier d’un pays à
l’autre, soit à travers l’espace.
Une norme est qualifiée de pénale lorsqu’elle a pour but principal de
faire régner le minimum de discipline que la collectivité peut exiger de ses
membres. Les normes pénales(5) s’inscrivent donc dans un vaste ensemble
régulateur et sanctionnateur, appelé “ordre juridique” et leur but est de
contribuer au maintien de la paix publique en interdisant, par la menace et,
au besoin, par l’emploi de la contrainte étatique et de sanctions, les atteintes
aux biens juridiques dignes d’une protection particulière en raison de leur
valeur idéale ou matérielle.
Quant à savoir si les normes pénales sont des normes physiquement
données ou si, au contraire, elles sont socialement produites, la plupart des criminologues sont d’avis qu’il s’agit de constructions sociales, puisqu’elles
peuvent varier d’un pays à l’autre, ainsi qu’au fil du temps. En d’autres
termes, cela signifie que le crime en tant que tel n’existe pas ! Il existe
uniquement parce qu’il est défini comme tel par l’être humain. De même,
c’est parce que certains comportements se sont vu attribuer l’étiquette
“crime” qu’ils sont devenus interdits.
En vertu de ce qui précède, il paraît donc peu cohérent de soutenir qu’il
existerait des raisons internes à l’individu expliquant la criminalité, alors
que cette dernière n’est qu’une notion relative.
Relevons cependant que cette approche ne fait pas l’unanimité. En effet,
certains criminologues pensent qu’il existe des “normes pénales objectives”
que l’on retrouve toujours et partout, l’exemple le plus fréquemment
invoqué étant l’interdiction de tuer autrui sans raison valable. S’il est vrai
que cette norme se retrouve dans toutes les législations du monde et quelle
que soit l’époque, le terme “sans raison valable” introduit néanmoins un
élément clairement subjectif dans cette norme objective. En effet, qui donc
définit ces raisons valables que sont l’exécution à la suite d’une
condamnation à mort, la guerre, l’euthanasie, l’avortement, etc. ? C’est
l’humain(6) ! Et ces “bonnes raisons de tuer” ne sont pas identiques dans
toutes les sociétés et à toutes les époques… C’est ainsi que même la norme
“tu ne tueras point” est une norme empreinte de subjectivité.
Mais qui définit alors les comportements sur lesquels l’étiquette “crime”
doit figurer ? Celui que l’on nomme communément le législateur, c’est-à-
dire nous tous, puisque nous vivons dans un État démocratique. Dans notre
système, c’est donc la majorité quantitative des gens qui est habilitée à
définir les règles. Dans un système plus centralisé, c’est la majorité
qualitative (soit les gens qui en ont le pouvoir) qui édicté les normes
pénales. En principe, les normes ainsi élaborées s’imposent ensuite à tous
les citoyens, étant donné que, à l’intérieur d’une même société, tous les
individus sont égaux face à la loi pénale et doivent dès lors s’y soumettre de
la même manière.
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