Sommes-nous tous des criminels ?

André Kuhn · Chapitre 8 sur 24

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Sommes-nous tous des criminels ?

5 – Le travail de la police influence-t-il les chiffres de la criminalité ?

5 – Le travail de la police

 

influence-t-il les chiffres

 

de la criminalité ?

 

En matière policière, on distingue généralement trois grands types

d’activités, à savoir la police réactive, la police proactive et la police

préventive. Tandis que la police réactive(25), agissant uniquement contre la

criminalité qui lui est rapportée et n’intervenant dès lors qu’en réaction à la

découverte par autrui d’un acte criminel, n’influence en rien les statistiques

de la criminalité, puisqu’elle n’agit que lorsque la criminalité a déjà été

relevée, la police proactive – c’est-à-dire celle qui descend dans la rue à la

recherche d’actes criminels non encore découverts par autrui – est, quant à

elle, susceptible de faire fluctuer artificiellement les statistiques de

criminalité. En effet, si, un matin, un commandant de police ordonne à ses

hommes d’être particulièrement attentifs aux automobiles mal stationnées,

on peut logiquement prédire que la statistique des contraventions en matière

de circulation routière explosera. Si le même commandant demande le

lendemain à son personnel de traquer les fumeurs de joints, la statistique

des stationnements sauvages diminuera, faisant place à une augmentation

des infractions liées aux stupéfiants. C’est ainsi qu’une police qui s’attaque

prioritairement aux jeunes, aux étrangers et aux toxicomanes créera

artificiellement une surreprésentation de jeunes étrangers toxicomanes dans

les statistiques de la criminalité. De manière identique, une police proactive

dont les effectifs sont renforcés fera augmenter la criminalité répertoriée(26)

dans les statistiques, justifiant ainsi a posteriori l’augmentation du nombre

d’agents. Paradoxalement, le résultat chiffré d’une telle manœuvre peut dès

lors se résumer ainsi : davantage de policiers = davantage de criminalité…

Une police proactive a donc un effet certain, non pas tellement sur le

nombre de crimes commis, mais sur le nombre et le genre de crimes connus.

Enfin, la police préventive a pour but de tenter de limiter le nombre

d’infractions commises. Par une présence ciblée à des endroits dits

“chauds” (hot spots) ou par une plus grande présence dans la rue (police de

proximité), la police peut avoir un effet de diminution des actes criminels

commis(27). On peut évidemment s’attendre à ce qu’une telle diminution se

répercute ensuite dans les statistiques de la criminalité et les sondages.

 

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