Sommes-nous tous des criminels ?
5 – Le travail de la police influence-t-il les chiffres de la criminalité ?
5 – Le travail de la police
influence-t-il les chiffres
de la criminalité ?
En matière policière, on distingue généralement trois grands types
d’activités, à savoir la police réactive, la police proactive et la police
préventive. Tandis que la police réactive(25), agissant uniquement contre la
criminalité qui lui est rapportée et n’intervenant dès lors qu’en réaction à la
découverte par autrui d’un acte criminel, n’influence en rien les statistiques
de la criminalité, puisqu’elle n’agit que lorsque la criminalité a déjà été
relevée, la police proactive – c’est-à-dire celle qui descend dans la rue à la
recherche d’actes criminels non encore découverts par autrui – est, quant à
elle, susceptible de faire fluctuer artificiellement les statistiques de
criminalité. En effet, si, un matin, un commandant de police ordonne à ses
hommes d’être particulièrement attentifs aux automobiles mal stationnées,
on peut logiquement prédire que la statistique des contraventions en matière
de circulation routière explosera. Si le même commandant demande le
lendemain à son personnel de traquer les fumeurs de joints, la statistique
des stationnements sauvages diminuera, faisant place à une augmentation
des infractions liées aux stupéfiants. C’est ainsi qu’une police qui s’attaque
prioritairement aux jeunes, aux étrangers et aux toxicomanes créera
artificiellement une surreprésentation de jeunes étrangers toxicomanes dans
les statistiques de la criminalité. De manière identique, une police proactive
dont les effectifs sont renforcés fera augmenter la criminalité répertoriée(26)
dans les statistiques, justifiant ainsi a posteriori l’augmentation du nombre
d’agents. Paradoxalement, le résultat chiffré d’une telle manœuvre peut dès
lors se résumer ainsi : davantage de policiers = davantage de criminalité…
Une police proactive a donc un effet certain, non pas tellement sur le
nombre de crimes commis, mais sur le nombre et le genre de crimes connus.
Enfin, la police préventive a pour but de tenter de limiter le nombre
d’infractions commises. Par une présence ciblée à des endroits dits
“chauds” (hot spots) ou par une plus grande présence dans la rue (police de
proximité), la police peut avoir un effet de diminution des actes criminels
commis(27). On peut évidemment s’attendre à ce qu’une telle diminution se
répercute ensuite dans les statistiques de la criminalité et les sondages.
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