Sommes-nous tous des criminels ?

André Kuhn · Chapitre 15 sur 24

Pages du PDF

Sommes-nous tous des criminels ?

12 – Le criminel-né existe-t-il ?

 

Bon nombre de recherches criminologiques nous permettent de constater

qu’il y a une base de comportement déviant en chacun de nous. Bien sûr,

déviant ne signifie pas forcément criminel ! Les sondages montrent

toutefois que nous avons tous déjà commis des infractions pénales. La

délinquance routière en est un exemple flagrant. En effet, tous les

conducteurs ont commis, un jour ou l’autre, une infraction en matière de

circulation routière et tous les piétons ont traversé une fois dans leur vie à

côté d’un passage pour piétons. Serions-nous donc tous des criminels-nés ?

Plus sérieusement, il est vrai que certains chercheurs pensent que les

attitudes criminelles ne s’acquièrent pas durant la vie, mais sont innées.

Nous aurions donc en nous une sorte de “gène criminel” qui nous pousserait

à commettre des infractions. Certains auteurs vont même jusqu’à penser que

les victimes sont également génétiquement prédéterminées à devenir

victimes d’infractions(50).

Aujourd’hui, d’un point de vue médical, on pense plutôt que personne

n’est préprogrammé, mais que chacun possède un terrain propice au

développement de certaines maladies ou de certains troubles du

comportement. Nous aurions ainsi des prédispositions qui nous seraient

transmises par nos parents. Il est dès lors possible que l’agressivité (qui est

à la base de certains comportements criminels) soit également une

prédisposition qui touche davantage certaines personnes que d’autres. Tous

les aspects sociaux dont nous avons traité précédemment (famille, école,

groupe d’amis, anomie, etc.) deviendraient alors encore plus importants

dans la lutte contre le passage à l’acte des personnes qui seraient

prédisposées à l’agressivité, puisqu’il ne serait pas concevable de les

éliminer purement et simplement en raison de leur prédisposition(51).

Mentionnons par ailleurs ici que si des aspects biologiques ou génétiques

expliquaient de manière déterministe la criminalité, alors tout le droit

pénal – qui repose largement sur les idées d’intention, de faute, de culpabilité et donc de libre-arbitre – serait mis à mal et devrait

impérativement être aboli. En effet, le crime serait alors “prédéterminé” et

les sanctions pénales ne pourraient donc rien pour le contrôler. Tout l’argent

investi dans le droit pénal devrait alors être alloué à la prise en charge

médicale des personnes prédisposées à commettre des infractions.

 

OceanofPDF.com