Sommes-nous tous des criminels ?
12 – Le criminel-né existe-t-il ?
Bon nombre de recherches criminologiques nous permettent de constater
qu’il y a une base de comportement déviant en chacun de nous. Bien sûr,
déviant ne signifie pas forcément criminel ! Les sondages montrent
toutefois que nous avons tous déjà commis des infractions pénales. La
délinquance routière en est un exemple flagrant. En effet, tous les
conducteurs ont commis, un jour ou l’autre, une infraction en matière de
circulation routière et tous les piétons ont traversé une fois dans leur vie à
côté d’un passage pour piétons. Serions-nous donc tous des criminels-nés ?
Plus sérieusement, il est vrai que certains chercheurs pensent que les
attitudes criminelles ne s’acquièrent pas durant la vie, mais sont innées.
Nous aurions donc en nous une sorte de “gène criminel” qui nous pousserait
à commettre des infractions. Certains auteurs vont même jusqu’à penser que
les victimes sont également génétiquement prédéterminées à devenir
victimes d’infractions(50).
Aujourd’hui, d’un point de vue médical, on pense plutôt que personne
n’est préprogrammé, mais que chacun possède un terrain propice au
développement de certaines maladies ou de certains troubles du
comportement. Nous aurions ainsi des prédispositions qui nous seraient
transmises par nos parents. Il est dès lors possible que l’agressivité (qui est
à la base de certains comportements criminels) soit également une
prédisposition qui touche davantage certaines personnes que d’autres. Tous
les aspects sociaux dont nous avons traité précédemment (famille, école,
groupe d’amis, anomie, etc.) deviendraient alors encore plus importants
dans la lutte contre le passage à l’acte des personnes qui seraient
prédisposées à l’agressivité, puisqu’il ne serait pas concevable de les
éliminer purement et simplement en raison de leur prédisposition(51).
Mentionnons par ailleurs ici que si des aspects biologiques ou génétiques
expliquaient de manière déterministe la criminalité, alors tout le droit
pénal – qui repose largement sur les idées d’intention, de faute, de culpabilité et donc de libre-arbitre – serait mis à mal et devrait
impérativement être aboli. En effet, le crime serait alors “prédéterminé” et
les sanctions pénales ne pourraient donc rien pour le contrôler. Tout l’argent
investi dans le droit pénal devrait alors être alloué à la prise en charge
médicale des personnes prédisposées à commettre des infractions.
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