Vieilles Histoires du Pays Breton

Anatole Le Braz · Chapitre 45 sur 67

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Vieilles Histoires du Pays Breton

Le Puits de Saint-Kadô

 

I

 

Puns Kadô,—le puits de Saint-Kadô,—je le revois, en écrivant ces lignes, tel qu'il était aux jours de mon enfance, avec sa margelle basse, son parapet de pierres moussues et son vieux treuil qui poussait des gémissements presque humains, dans le silence du soir, à l'heure où les femmes du bourg, selon l'expression consacrée, «allaient à l'eau».

C'était une espèce de citerne carrée, peu profonde, creusée au milieu de la place. Dans une des parois s'ouvrait une haute niche, jadis décorée de la statue du saint. Cette statue, un beau jour, s'était effondrée de vétusté et de moisissure.

—Foi de Dieu! avait dit un loustic comme il y en a tant en Trégor, je ne m'étonne pas que saint Kadô ait donné sa démission… Ça n'est pas gai d'être le patron d'un puits. Il aura sans doute demandé à monter en grade et à devenir patron d'auberge!…

Ce fut toute l'oraison funèbre de la pauvre vieille image, sculptée aux temps anciens dans un tronc de hêtre par quelque pieux sabotier d'alentour. On songea bien à la remplacer, mais plus tard, lorsque la fabrique serait plus riche. En attendant, des ronces grimpantes, des fougères aux fines dentelles s'efforçaient de cacher de leur mieux la détresse de cette niche veuve, où les débris sacrés achevaient de pourrir.

Le puits continua de s'appeler Puns Kadô; mais, de Kadô lui-même, à la longue, il ne fut plus question…