Vieilles Histoires du Pays Breton

Anatole Le Braz · Chapitre 64 sur 67

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Vieilles Histoires du Pays Breton

Chapitre V

 

Dom Karantec n'apprit qu'une heure plus tard de quelle façon il avait été joué. Il eut l'esprit d'en rire. M. l'archiprêtre rit aussi, mais du bout des lèvres seulement, en homme que l'on fait jeûner, après lui avoir promis merveilles. Car le dîner, qui devait être succulent, fut détestable.

A vouloir courir après l'andouille, Coupaïa avait laissé brûler les autres plats.

Ce fut un désastre.

Ervoanic Prigent eut, en revanche, des Gras tels qu'il les eût souhaités à Dieu même. Il avait gagné la campagne, le pied leste, l'estomac en bel appétit et la conscience en repos. Pour la première fois de sa vie, de sa dure vie de vagabond, il allait pouvoir s'offrir une bombance chez lui, c'est-à-dire en plein air, en plein soleil, en pleine nature. Un ciel fin, léger, pommelé d'une ouate immobile de nuées d'argent, enveloppait les collines trégorroises d'une paix et d'une mansuétude infinies. Ervoanic dévora pieusement la plus exquise des andouilles, dans un coin de champ tout embaumé d'herbe nouvelle, avec une source fraîche à portée de sa main et les gazouillis d'oiseaux au dessus de sa tête.

Et telle est la naïve histoire du péché d'Ervoanic Prigent. Je la tiens d'un charbonnier nomade, d'un marchand de farine noire, comme on dit en Trégor.