Argentine

Houssin Joël · Chapitre 33 sur 33

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Argentine

Épilogue

 

 

Le désert s’était immobilisé juste aux limites de la planque, comme s’il m’y attendait. Il avait dévoré les grilles et envahi la moitié du jardinet avant de se pétrifier. Sa lisière de sable fluide me marquait le chemin. Mes calculs étaient justes. Si le cyclone revenait, il m’atteindrait avant de mordre sur la place de la Cieguita où Roberto, Jessica et les autres étaient restés. J’ai coupé le moteur de la Lanzallama, pris les nourrissons dans mes bras et me suis dirigé vers les ruines blanchies à la chaux. Je ne ressentais plus aucun malaise en remontant cette allée et jamais de toute mon existence, je ne m’étais encore senti aussi calme et serein. Les nourrissons devaient ressentir eux aussi cette béatitude car ils se taisaient, se contentaient de regarder les quelques squelettes d’arbustes épargnés par Matrix en lâchant de discrets gazouillements admiratifs.

Je me suis enfoncé dans le boyau souterrain, prudemment, tant la glaise des marches s’effondrait sous mes pas. J’ai remonté le couloir obscur, entre les deux horloges murales dont les balanciers, synchrones, paraissaient rythmer les battements de mon cœur. Je n’avais plus besoin d’Errante Cork. Plus besoin de rien…

Je suis entré au cœur de la planque. Felina, ravie de retrouver son foyer, jaillit de mon blouson et fila vers la réserve de nourriture au fond de la pièce. J’ai déposé Jorge, Gabriella et l’enfant inconnu près de l’aquarium vertical où nageaient les poissons aveugles. J’ai regardé longuement les centaines de réveils qui m’entouraient.

Peut-être qu’Aurora avait un secret…

Peut-être que Matrix avait peur des mécanismes d’horlogerie…

Peut-être que Roberto et Jessica survivraient et seraient à l’origine d’une nouvelle nation libre, fière et immortelle…

Peut-être…

Gabriella souriait et Jorge lâcha un rot. Les ombres des poissons semblaient fasciner le bébé inconnu.

Il ne manquait rien.

Je me suis installé dans le fauteuil ovoïde d’Aurora. Le lémurien a sauté sur mes genoux et s’est blotti contre moi. J’ai choisi parmi la muraille d’horlogerie qui me faisait face la plus grosse pendule au cadran soutenu par deux naïades de bronze et j’ai commencé à attendre en souriant que les aiguilles se mettent à tourner comme de folles toupies…

[1]

De toute évidence, ici une erreur de l’auteur, en effet, il n’existe pas de cordon « Pickford »

mais bel et bien, un cordeau ou cordon « Bickford ». Inventé par l’ingénieur des mines William Bickford, qui servait de retardateur/détonateur, particulièrement aux bâtons de T.N.T. en amenant la flamme à l’explosif. Immortalisé par le célèbre générique de la série « Mission Impossible ». (Note de l’Ebookeur).

[2]

Sans doute une coquille, corrodée peut-être (note de l’Ebookeur).

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