Comment Baptiste est mort

Alain Blottière · Chapitre 9 sur 25

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Comment Baptiste est mort

— Bonjour Yumaï tu vois,…

— Bonjour Yumaï

tu vois, toute la matinée j’ai fait le vide dans le bureau

il ne reste plus rien

j’ai pensé que tu aimerais ça

non ?

— Il reste encore ce bureau fermé

l’ordi qui m’enregistre et où vous prenez des notes.

— Ça te gêne d’être enregistré ?

— Ça ne me gêne pas, mais on est loin du vide.

— Bon, hier on en était restés à la magie

tu m’as dit que Baptiste était mort à force de magie

il y avait donc de la magie là-bas ?

— Pas une magie

plusieurs magies.

— Je t’écoute.

— Si je vous raconte ça, vous allez m’enfermer avec des cinglés.

— Ne dis pas n’importe quoi, Yumaï

si on enfermait tous les gens qui vivent des événements étranges

surnaturels

il faudrait construire des milliers d’asiles

allez, raconte ce qui est arrivé de magique à Baptiste, et a fini par le tuer.

 

— Je ne veux pas vous raconter ça

de toute façon, ça n’a aucun rapport avec ce que vous voulez savoir

je préfère garder ça pour moi.

— Donc tu ne veux pas me dire ce qui a tué Baptiste ?

— Non.

— Écoute Yumaï, tu me fais perdre mon temps.

— C’est ce que je pense depuis le début

tout cela ne sert à rien

je n’ai rien à vous dire pour vous aider.

— Ce n’est pas moi que tu dois aider

tu n’as pas encore compris que ce n’est pas moi que tu dois aider ?

C’est toi que tu dois aider, toi

toi qui vis dans un autre monde

et qui souffres ici, parmi nous, chez toi

tu ne comprends pas ça ?

— Je vous ai déjà donné tous les détails.

— Ce n’est pas vrai

tu me caches des choses.

— Oui

je vous cache des choses

je vous l’ai dit, je veux les garder pour moi

c’est secret.

— Tu parles comme un enfant

pourtant j’ai l’impression que tu n’es plus un enfant

qu’est-ce que tu en penses, toi

tu es encore un enfant ?

— Oui et non

tout dépend de ce que vous appelez un enfant.

— Un enfant vit souvent dans un univers qu’il s’invente

il devient Spiderman ou je ne sais quoi

et il s’invente des secrets.

— Pour ça non, je ne suis plus un enfant

Yumaï n’a jamais été un enfant dans ce sens-là.

— Alors en quoi tu es encore un enfant ?

— Physiquement

par exemple, je ne pouvais pas marcher aussi vite et longtemps que les autres

ils devaient m’attendre.

— Vous avez souvent marché ensemble ?

— Longtemps, non, une fois seulement

le campement a été survolé par un avion

haut dans le ciel

ils ont pensé qu’ils avaient peut-être été repérés et on est partis ailleurs

ils ont mis sur les motos tout le matériel

il ne restait plus de place que pour le conducteur

on a marché toute la nuit

j’ai vraiment essayé de marcher aussi vite qu’eux

j’avais peur qu’ils me tuent, parce que je les ralentissais.

— C’était avant ou après la séparation ?

— Après

j’étais seul avec eux.

— Revenons à ces choses secrètes

dis-moi seulement pourquoi tu veux les garder secrètes

tu as honte de certaines choses que tu as faites

ou qui te sont arrivées ?

Des choses magiques ?

— Pas du tout, je n’ai honte de rien

je ne suis fier de rien non plus

je n’ai décidé de rien.

— Alors pourquoi tu ne veux pas raconter ?

 

— Ça se retournerait contre moi.

— Tu veux dire que tu as reçu l’ordre de ne pas raconter ces choses magiques ?

— Non, pas un ordre

plutôt un conseil

si je raconte les magies, elles risquent de disparaître

j’aimerais qu’on ne parle plus de ça.

— Et tu voudrais qu’on parle de quoi ?

— D’autre chose, de n’importe quoi

des étoiles

j’aimerais qu’on parle d’astronomie

des constellations

ici on ne voit pas les étoiles

la nuit je n’arrive pas à dormir

je crois que c’est parce qu’il n’y a pas d’étoiles

la nuit ici le ciel est jaune

ce n’est pas un ciel

je ne respire pas sous ce ciel jaune

j’étouffe

mon cœur se met à battre plus vite

j’aimerais retourner là-bas rien que pour le ciel

la nuit

la magie des étoiles

la seule magie dont je peux vous parler

mais à vous ça ne sert à rien, j’aimerais parler à un astronome

j’ai vu des choses dans le ciel que je ne comprends pas

et après la séparation, j’ai vu des choses aussi que je ne veux pas comprendre.

— Par exemple ?

— Des choses qui étaient des signes

des messages

mes parents m’auraient dit : tu vois bien que Dieu existe, il est là, il te parle

mais ce n’était pas un dieu

c’étaient comme des vibrations de lumière, des signes lumineux qui me disaient des choses

que je resterais vivant

que je n’étais pas seul

que j’étais protégé

ou quelque chose de ce genre

et je préfère ne pas savoir d’où venaient ces signes

je ne veux pas qu’on me dise normal, c’est un trou noir, une étoile qui meurt et qui palpite

je préfère croire encore à ce que j’ai cru

et qui devait être vrai.

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