Correspondance
1957. Lettres 109 à 282
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 10 parties.
On ne fait jamais de la critique « littéraire » ; on ne sait même pas ce
que cela signifie. On fait de la critique de sentiment (ou politique,
etc…). Je voudrais montrer ce que c’est que la critique littéraire.
L’art, en soi, cela existe. On dit, en général, que Fermé la nuit est
supérieur à Ouvert (oui et non). Brodin, dans son médiocre Panorama,
cite avec admiration dix lignes de La Nuit turque (Le Simplon, etc…)
Il a raison. Les dix lignes suffisent, « littérairement ». Tout est là. Elles
disent tout.
Ce que nous aurons appris dans notre vie, c’est la valeur du
présent, l’instant présent, avec sa lumière et son secret ; par exemple un bain, dans l’océan clair, pour vous. Nous ne pouvons plus nous
permettre d’autre philosophie. Et c’est la vraie, peut-être.
Il me semble que le Portugal vous donne beaucoup. Bien sûr, les
juifs sont charmants. Des frères.
Un Russe qui a fait fortune pendant l’Occupation (avec une
quantité de dépôts de bouteilles de cognac dans Paris), devenu
charentais, m’a dit en 46, à Cognac : « Les Russes bolcheviks sont
d’une intelligence dont vous n’avez pas l’idée ; et ils sont patients ; ils
veulent le Bosphore, le Moyen-Orient ; et ils l’auront par des moyens
que vous ne soupçonnez pas, doucement, sans que personne ne
bouge. »
Je retiens que c’est du côté de Juin et Genevoix qu’il y aurait un
mot à dire. Je vais m’en occuper.
Je ne sais pas qui est « Le Malin qui passe 3 ». Ce n’est pas Muller.
Est-ce encore Millau ? J’en doute, il est à Paris-Presse.
Votre
JC.
P.-S. Vous me direz si les timbres pour cette lettre suffisent.
1 er . Jacques Chardonne, « Une tombe », La Nouvelle Revue française , 1 octobre 1957, p. 788-789.
2. Jacques Laurent, « En décernant son prix à Camus le Nobel couronne une œuvre terminée », Arts, 23 octobre 1957, p. 1-3.
3. Jacques Chardonne avait collé, sur le bas de la lettre, un entrefilet intitulé « Le Malin qui passe » ainsi rédigé : « L’élection de Paul Morand à l’Académie promet d’être aussi brillante que le fut celle de Jean Cocteau. Voici le peloton des amis fidèles qui voteront pour lui plutôt deux fois qu’une : Pierre Benoit, Léon Bérard, les deux frères Broglie (auxquels il est apparenté), Jérôme Carcopino, Jean Cocteau, Pierre Gaxotte, le comte d’Harcourt, Jacques de Lacretelle, le duc de Levis-Mirepoix, Henri Mondor, Marcel Pagnol, Vallery-Radot, Jean-Louis Vaudoyer, le général Weygand, soit 15 voix sûres, auxquelles s’ajouteront sans doute une dizaine de voix. Il est probable que Jacques de Lacretelle entraînera le groupe du Figaro en lui rappelant que Paul Morand fut jadis administrateur de ce journal. Dans ce groupe : Georges Duhamel, André François-Poncet, Wladimir d’Ormesson. Le cas de François Mauriac est un peu particulier. Ennemi juré de Morand depuis des années, il votera peut-être pour lui. C’est presque une règle chez Mauriac de voter contre ses amis et pour ses ennemis. Ce qui pourrait donc arriver de plus mauvais à Morand serait de se réconcilier avec Mauriac. Enfin s’opposeront certainement à son admission : André Chamson et Maurice Garçon, homme de gauche (sic). »
256 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND
25 octobre 1957
Cher ami,
Charmant déjeuner, hier, chez Véfour. J’ai trouvé, à notre table,
Millau à qui je venais d’envoyer un pneumatique. Je lui ai dit que ces
« échos », faits dans une bonne intention, vous avaient fait perdre la
voix de Vallery-Radot. Il m’a dit qu’il n’était plus le « Malin qui
passe » (il est à Paris-Presse). C’est Muller sans doute. Muller a aussi
son pneumatique. Cela va donc cesser. Millau m’a dit : « Ne vous
tracassez pas, Morand n’en est pas à une voix près. La majorité est
telle, qu’il n’y a pas de question. » Il a l’air de savoir ce qu’il dit.
Il y avait à cette table Christine de Rivoyre. Elle parle avec un
discernement rare de vos derniers livres (une femme qui a du goût,
cela fait plaisir). On la trouve très jolie. Pas moi 1. Les goûts sont
choses bizarres. Je crois qu’un week-end à Sintra est en vue. La visite
de Cocteau semble probable.
Avant le déjeuner, dans la coulisse, Nourissier a eu le temps de me
glisser à l’oreille : « Il y a une heure, une femme est entrée dans ma
chambre, pour me tuer. J’ai pu la désarmer. » J’ai vu l’arme, qui était
dans sa voiture : une carabine. Un petit fusil de chasse, c’est la seule
arme que l’on puisse acheter à 9 heures du matin. Un romancier
n’inventerait pas ce détail. Pauvre imagination. Je lui ai dit : « C’est cela, l’amour. Que cela vous guérisse. » Entre nous, en grand secret,
cet attentat. Au déjeuner, il n’y paraissait rien.
Avant, à midi, nous étions passés rue Magnard ; je voulais montrer
à Camille ce superbe hôtel ; son silence surtout. Elle a été éblouie.
C’est une copie des beaux hôtels de Bordeaux. Entre l’original et la
copie, il y a un monde. L’original est glacé. J’ai bu du champagne
toute la journée. Je le supporte bien. Les Kléber Haedens
s’annoncent pour le 5 novembre.
Pour en revenir à la dame de Magnard, si énigmatique pour moi,
si charmante, si curieuse, et que nul mot ne peut définir, voici le
diagnostic que je hasarde : elle a passé par des mondes très différents,
des « atmosphères » d’une grande densité, mais de nature différente ;
d’où quelque chose de figé dans les profondeurs, qui est justement le
secret. Elle a reçu des chocs, qui ne l’ont pas du tout ébranlée, mais
saisie.
Jean Guitton vient d’adresser sa lettre de candidature au fauteuil
Chevrillon. Cela va réjouir l’Académie. Les catholiques de l’Académie
voteront d’un meilleur cœur pour Rostand et vous, sachant que le ciel
leur saura gré, en compensation, de voter pour Guitton. Ils ne
sauront pas (heureusement pour Guitton) qu’ils me doivent ce
réconfort. Pierre Benoit avait une idée machiavélique : c’était de
diriger Reynaud vers votre fauteuil. Comme Reynaud est détesté à
l’Académie et que l’on n’en veut à aucun prix, Benoit pensait que
cela vous serait utile. Je ne suis pas partisan du machiavélisme. Les
choses sont, naturellement, assez compliquées. On ne sait encore vers
quel fauteuil se dirigera Reynaud. Peu importe. D’un côté ou de
l’autre, il s’assoira par terre, et il servira son adversaire.
Je ne sais si vous connaissez Guitton. Il a les plus grands titres.
Depuis son fameux 2 M. Pouget, il n’a fait que grandir. Il aura l’appui
du Figaro. Sa position catholique est telle que personne ne veut se souvenir qu’il était un ami de Pétain. Ce qui est drôle, c’est que Rops
et Mauriac devront le soutenir, lesquels sont au plus mal entre eux.
À vous,
J.
P.-S. Il paraît que Marceau vient d’écrire une très belle pièce (du
moins très bonne).
1. Dans une lettre à Roger Nimier, du 6 novembre 1957, Jacques Chardonne reprendra la même expression (Jacques Chardonne, Roger Nimier, Correspondance 1950-1962, Éd. Gallimard, 1984, p. 215).
2. Jean Guitton, Portrait de Monsieur Pouget, Éd. Gallimard, 1954.
257 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE
Hôtel Palacio dos Seteais, 28 octobre 1957
Cher ami,
Nous allons repartir pour Obidos, l’ayant vu trop vite ; vous ayant
relu, nous relirons la ville dans le texte original. Le temps continue a
être parfait, 20˚ à 22˚, nuits fraîches, chaud dans la journée, pas de
vent, pas de nuages. Ceux qui résident à Sintra toute l’année se
plaignent du vent d’été, des brouillards, de l’humidité. C’est Tanger,
pour nous, en bien moins violent mais en plus froid. À Tanger, on
avait de 13 à 18˚ l’hiver ; ici, 7 ou 8˚ de moins, paraît-il. À Manique,
entre ici à Estoril, les Casteja ont une quinta admirable, toute ornée
d’azulejos, e e XVIII dans certaines pièces, XVI à la cuisine, une cuisine
qui ressemble à celle de la Pena, avec des murs de forteresse, des
dalles presque funéraires, la cheminée à hotte immense, style Alcobaça ou Sintra ou Queluz (avez-vous remarqué la table de cuisine
de Queluz, un monolithe de 10 m de long et de 30 cm d’épaisseur,
gothique, à mon avis ?), une chapelle exquise, petite cathédrale de
poche ; j’aimerais louer cela, un automne. On dînerait dans la
cuisine. Une longue expérience m’a convaincu que les mets ne
peuvent être consommés que sur place ; toute salle à manger est trop
loin ; quant à celle des hôtes, n’en parlons pas ; les plats attendent
dans l’office, se refroidissent dans les courants d’air des monte-
charge, les sauces se figent sur les dessertes de la salle à manger, la
purée devient une purée anglaise, mashed potatoes, les grillades se
ternissent, la salade est confite, la pâtisserie se transforme en carton,
au sortir du four ; les aliments perdent vraiment toute saveur en
quittant la cuisine ; je vous ferai une simple purée de pommes de
terre sur place, sans en verser hors de la casserole, en la soulevant
avec la cuiller de bois jusqu’à ce qu’elle vous arrive sur l’assiette (de
porcelaine, car la faïence c’est l’ennemie, tout se refroidit dans la
faïence) et vous verrez, ce sera léger comme un soufflé. D’ailleurs, je
n’ai rien à vous apprendre sur le sujet des raffinements simples. Votre
style en est une preuve ; la preuve.
À Vienne, il y avait, en 1943, un gastronome roumain, Floridor,
consul général de Roumanie en Autriche, qui avait sa table devant le
fourneau, la cuisine étant la pièce principale de l’appartement ;
c’était parfait.
Hier, nous avons visité la cathédrale de Lisbonne, du roman
admirable (transept) et le musée d’art décoratif, avec vue sur le Tage,
une table de jeu chippendale portugais à 4 plateaux, un grand chef
d’œuvre, des tapis inouïs. Les Portugais ont compris la beauté des
deux tons, beige et bleu, des tapis chinois et ne l’ont jamais oubliée.
Avant-hier matin, première chasse au renard Outre-Tage ; ce
qu’on nomme le cubbing, en Angleterre, c’est-à-dire, avant l’ouverture officielle, en novembre, l’entraînement des chiens
derrières des renardeaux ; l’équipage n’est pas en habit rouge
encore, sauf les valets de chien et piqueux. J’ai quitté Sintra à
5 heures du matin, pour traverser Lisbonne et Saint Franca de Xira —
horrible route pleine de camions — puis après le grand pont
Carmona, traversé la Camargue portugaise que franchit la route
d’Evora sur des levées, avant d’arriver au nilet. C’était dans la grande
forêt de chênes-liège, moins verte qu’en avril dernier, mais brûlée,
magnifique. Et dans ces vallonnements où l’on s’attend à des déesses
de Poussin, soudain une gravure anglaise, les 50 chiens du vau ; pas
les fanfares de troupes françaises, mais le petit cor (horn) anglais de
cuivre rouge. Et pas tout le cérémonial français du raffut, tête nue
devant le maître d’équipage, mais la mode anglaise, noble, rapide,
efficace, bombe sur la tête, les 50 hounds 1 bien groupés, tenant dans
un mouchoir de poche, et le galop derrière eux. On avait amené les
chevaux, la veille (100 km de voyage) et cela a commencé au soleil
levant, sur ce terrain sablonneux comme une plage, les chênes-liège
touchés en haut, d’abord, puis baignés de rose, le ciel léger comme
un ciel d’Hymette, les abois, les cris des valets de chien, le claquement
du fouet, le halètement de la meute, 50 poitrines en feu, 50 langues
roses dehors, des yeux brillants de joie, le bruit mat des sabots. Je me
suis très mal entendu, pendant les premiers ¾ d’heure, avec un arabe
blanc qui tirait comme le diable et à qui il me fallait tordre le nez,
mais on m’a donné pour les dernières heures un délicieux cheval qui
sautait tout en se jouant.
Aujourd’hui, je continue, à table, ma vie parmi les cavaliers ; le
maître de manège d’Estoril (particule et monocle), qui fait lui-même
une cuisine réputée, la casserole dans une main, la cravache dans
l’autre, m’a invité avec des officiers de la garnison de Coimbra. Ce
soir, je donne un dîner à l’hôtel. Hélène a fait amitié, comme je vous l’ai dit, avec le premier prix soviétique de piano. Lorsqu’il a reçu ici
son prix, il jubilait : « Je vais enfin, en rentrant à Moscou, avoir une
chambre pour moi tout seul ! J’ai 29 ans, et je n’ai jamais encore été
seul… — Pourquoi ne restez-vous pas ici ? — J’ai là-bas, ma mère, en
otage… » Quant au pianiste soviétique qui n’avait eu que le second
prix, non seulement il n’aura pas de chambre à lui mais, ayant
desservi la propagande nationale, il craint d’être privé de piano et
envoyé dans une usine, dit-il.
Encore merci ; combien utile tout ce que vous faites pour qu’on
ne parle pas de moi dans les feuilles dites « amies ». Nos souvenirs
affectueux à vous deux.
P. Morand
1. Chiens de meute.
258 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE
Hôtel Palacio dos Seteais
er
1 novembre 1957
Cher ami,
Je viens de lire Portugal de Gonzague de Reynold ; un reportage
banal, un peu con, bavard et prétentieux. C’est un esprit de troisième
ordre, qui se croit Goethe parce qu’habitant Fribourg ; il s’imagine
qu’il pense l’Europe. Aujourd’hui, penser l’Europe, c’est ne pas
penser. Voilà dix ans que, de Tanger à l’Irlande, via le Portugal, je me
promène sur la corniche de l’Europe, au-dessus du vide. Cela m’a
permis de vérifier ce que je savais depuis 40 : le vide n’est pas l’océan ; il n’est pas à l’extérieur ; il est à l’intérieur de ce qui fut l’Europe. La
France de novembre 1957 se trouve exactement devant les mêmes
problèmes que le Portugal de 26 : réforme financière d’abord. Mais
nous n’avons pas Salazar. Et Salazar avait pour s’appuyer : a) Une
vraie Europe ; b) Un Atlantique anglais. Je dois voir le Président après
les élections. Ainsi se terminera un petit malentendu idiot dont le
hasard est seul responsable : en 1925, venant de Casablanca, je
débarquai au Portugal, le 1er avril. Comme en France aujourd’hui, il y
avait mille grèves ce jour-là. Je fus pris en charge par une charmante
tapette, droguée et décadente, qui admirait Ouvert la nuit et qui se
nommait Edward Burnay. Il avait des idées sur tout, aussi baroques
que sa quinta (encore célèbre aujourd’hui, lui est mort). Ce mélange
de pédérastie et de climat révolutionnaire, dans un cadre portugais,
me donnèrent l’idée de cette malheureuse nouvelle 1 sur le Portugal
(malheureuse, mais réussie) que je publiai l’année suivante, 1926,
dans L’Europe galante. Entre-temps (1926), Salazar était arrivé au
pouvoir. On y voulut naturellement voir une caricature de l’homme
du moment, et ici on m’en garda aussi longtemps rigueur qu’à
Giraudoux 2 La Journée Portugaise. Avouez que c’était jour de malheur.
Puisque me voici conférencier sur moi-même, ce que je n’aime
guère, laissez-moi vous dire que les gens dont vous parlez ont raison :
Fermé la nuit est bien meilleur qu’Ouvert ; et L’Europe galante est de la
même cuvée que Fermé.
La vie continue à être douce et plaisante ici ; aucune saudade. Je
crois que la mélancolie ne s’infiltre qu’à la longue avec l’humidité et
l’absence de température rigoureuse. C’est toute l’histoire du
Portugal : des Burgondes amollis par un climat chaud. Et quand il
faut réveiller le pays, on va, au nord, à Porto, chercher Salazar, un vrai
homme du nord. Il paraît que saudade vient de solitude. La première
fois que je vis le mot, j’avais une quinzaine d’années, c’était sur le bracelet d’or, en lettres de brillants, au bras d’une amie de mon père,
la princesse Alice de Monaco, qui passait les hivers à Madère pour la
santé de sa fille, Mlle de Richelieu, laquelle ensuite épousa Gabriel de
La Rochefoucauld. De sorte qu’au lieu de signifier une tristesse terne,
le mot saudade continue, pour moi, d’étinceler des mille feux du
bracelet de l’altesse sérénissime. Ce que j’aime dans les varinas, c’est
cette marche droite, glissée (à cause de la tête immobile, puisque, sur
elle, repose le panier ou la jarre) ; elles marchent sans remuer le
corps, le cou, les épaules, comme les bons danseurs. Et dire qu’on a
voulu les chausser ! Il y avait une femme, hier, à la fontaine de Sintra,
qui se mettait une cruche sur la tête, avec un geste tellement arabe !
Sauf qu’elle était en noir et que les femmes arabes sont en blanc. Je
pense au mot de Bonnard : « L’Espagne, c’est l’Islam, avec la Sainte
Vierge. »
Côté santé, comment allez-vous tous les deux ? Mettez-vous déjà
des bourrelets aux fenêtres et du petit bois derrière le poêle ? Je vous
souhaite un hiver doux et sans fuites d’eau (la presse portugaise a,
pour cela, les inondations, etc…, une rubrique qui s’intitule Désastres)
car la main d’œuvre plombière est rare en France. Je me promène ici
à cheval, une ou deux fois par semaine, dans la quinta qu’un ami
belge est en train de rebâtir. Que c’est beau une main d’œuvre
abondante ; une cinquantaine d’ouvriers font une route, des écuries,
pavent des cours, installent l’eau ; tout sort de terre, tout avance.
Quand je pense qu’il m’a fallu cinq années pour réparer ma
chaumière de Rambouillet et, à Hélène, 2 ans ½ pour installer trois
pièces à Paris, après des centaines de lettres sans réponse, des rendez-
vous où personne ne venait, et mille coups de téléphone où le patron
était sorti, on ne peut qu’envier des pays bénis comme celui-ci (un
manœuvre est payé 450 francs gaillard par jour). Le danger pour les
pauvres, c’est la sous-alimentation. Avec tant de poisson, pas cher, il ne devrait pas y en avoir ; pour les autres, c’est le gavage qui est
périlleux. Je nourris mon cheval avec mon déjeuner du matin. Les
repas sont d’abord une expression sociale. « Je voudrais ne manger
qu’un plat à dîner, me dit un diplomate, mais mon chef perd la face ;
un ambassadeur doit avaler quatre services. » Nous sautons, bien
entendu, un repas, à l’hôtel, mais c’est à l’effarement général ; pour
rester digne des domestiques, je me mets en smoking au dîner.
Excusez-moi encore de vous avoir mis en garde, dans mes
dernières lettres, contre le jeu de l’oie académique. C’est leur seul
plaisir, à ces hommes respectables, il faut le leur laisser ; renvoyez la
balle quand on vous l’envoie, mais ne servez pas le premier, en
admettant cette image bizarre, le jeu de l’oie avec une balle.
Toujours pas de chasse au renard ; il n’a pas plu, le terrain est trop
sec et le scent 3 s’évapore, les chiens n’ont rien à se mettre sous le nez.
Je me promène donc sur la face sud de la Sierra, mais que de pierres !
je n’imaginais pas cela ; je croyais, à tort, que l’Espagne avait le
privilège du rocher, du caillou.
Un Portugais, longtemps exilé en Angola et à Timor (je vous
raconterai son histoire, très Conrad) me dit qu’il faut aller en Angola.
En êtes-vous ?
Votre ami,
PM.
1. Lorenzaccio ou le retour du proscrit.
2 er . Jean Giraudoux, « La journée portugaise », Mercure de France , 1 mars 1917, p. 28-35.
3. Odeur laissée par un animal sauvage.
259 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND
er
1 novembre 1957
Cher ami,
Ne craignez pas de parler de vous ; c’est très intéressant. Les
lettres sont faites pour cela. Non, vous n’êtes pas mort. Je le sens aux
seaux d’eau que je jette autour de moi, pour empêcher que l’on parle
de vous (les « échos » ont leur inconvénient). Que dirait Jules
Romains ? (ce détachement injuste et général à son endroit. Je ne
parle pas de R.M. du Gard et Duhamel qui sont enterrés). Vous êtes
en pleine vie. Mais votre cas est particulier. Il est très compliqué. Vous
êtes « le contemporain capital », comme on a dit de Gide, à tort ; car
il me paraît défunt. Cela est toujours une affaire embrouillée. Il y a
l’écrivain. L’homme qui a coupé l’herbe sous le pied à toute la
génération suivante (accablement de B. Frank vous lisant ; et c’est
cela dont se plaint, en somme L’Express, vous faisant grand honneur).
L’injustice à votre égard est plus ancienne que 35. Vous ne l’avez pas
remarquée. On applaudissait fort. Mais en détournant les yeux,
devant une lumière insupportable. À quoi s’ajoutait l’allure
« mondaine ». Vous n’étiez jamais là et vous faisiez plus de bruit que
Cocteau. Et puis est venu le faux-pas de 35 (l’article). Et la suite. Alors
on vous tenait. Mauriac a poussé un cri de délivrance. À présent on
s’appuie sur le côté politique. C’est encore brûlant, toute l’affaire
politique (Saisons, la revue Fasquelle-Brenner, qui me consacre un
numéro, en décembre, m’a communiqué un texte de Béatrice Beck :
« Un déjeuner empoisonné ». J’ai répondu que si ce texte paraissait je
poursuivrais l’auteur en correctionnelle). Pour toutes ces raisons,
l’Académie vient à point. Très important. Personne encore n’a osé
vous disputer votre fauteuil. Ils sont nombreux à Chevrillon. Mais la
candidature Reynaud (il sera écrasé par Guitton) affole tellement
l’Académie que l’élection est remise au printemps. Il faudra, quand
vous serez à Paris, avoir une attention spéciale pour les humbles (je
me répète) Genevoix, Gregh 1, etc… Trop de distance sera jugé de la
morgue.
Je communique à Nourissier ce qui le concerne dans votre lettre
(à propos de sa note de La Parisienne, etc…). Vous avez bien fait de
donner pour l’Anthologie du snobisme votre Thackeray ; mais gardez
pour le livre les belles Açores. (Dos Santos dit qu’il a envoyé la revue.)
Il y a les phrases en sourdines ; il y a celles qui claquent. Moi, j’admire
davantage celles qui claquent. Les unes et les autres ne sont bonnes
que de la main du maître. Pas chez les disciples. J’aime bien lire de
vous les bains au Portugal. Vous n’écrirez pas sur le Portugal ?
Pardon, c’est fait. Je le tiens dans vos lettres, tout frétillant.
Arts 2 de ce jour est assez bien. Un ravissant Dior, par Cocteau.
Quand Cocteau ne se hausse pas trop sur la pointe des pieds, quand il
ne respire pas au-dessus de son nez, quand il n’est pas prétentieux, il
est admirable. Je crois bien que Chaplin m’a toujours ennuyé (à
propos de l’article sur son film 3 4 ). C’est l’auteur de la Rue du Havre
(l’auteur de l’article), que l’on dit assez bon ; un ami de Nimier.
Je suis plongé dans Tolstoï. Un pur « naturaliste ». Les grands
naturalistes n’étaient pas de « l’école naturaliste ». Ils ne savaient pas
qu’ils en étaient. Et ils furent doublés par un surréaliste qu’ils
portaient en eux, curieux à découvrir. Chez Tolstoï, c’est simple : c’est
l’angoisse du néant. Chez Proust et vous, c’est plus difficile à démêler.
Mais voilà les trois grands. (Je m’aperçois que j’ai eu toujours
l’horreur du romantisme.) Le « naturalisme » n’admet que le plus
grand art.
Le déjeuner Véfour ? Charmant, je vous l’ai dit. Comme prélude,
le drame Nourissier, dans la coulisse. J’étais en face de Mme S. (Si
posée, étonnante personne, solide énigme.) Elle était entre
Nourissier et Millau ; moi, entre Camille et Mme de Rivoyre (Marie-
Claire). J’étais tout plein de la candidature Guitton, qui venait d’éclater. Alors Mme de R. a parlé de La Folle amoureuse (très bien).
On a passé au roman de Fabre-Luce. J’en ai dit ce que je pense.
Nourissier voulait que l’on en dise du bien (il est tout pénétré de la
solitude de Fabre-Luce pendant le voyage, abandonné de tous).
Nourissier dit qu’il a écrit L’Indifférent pour vous faire plaisir, etc…
J’avais les yeux de Nourissier et de Millau braqués sur moi ; étranges
regards, amusés, effrayés, qui signifiaient : qu’est-ce qu’il a dit ! qu’est-
ce qu’il va dire ! J’ai eu le sentiment à ce déjeuner qu’il fallait
désormais que je me surveille. Je ne suis plus à un âge de tout repos.
Brusquement, vers la fin, je dis à Mme S. : « Vous êtes une jolie
madame. Je vous le dis parce que je ne m’en suis pas aperçu tout de
suite. C’est autre chose qui m’a d’abord frappé chez vous. En général,
on suit la voie inverse. » La table a frissonné. Mais la dame a paru
contente.
Le champagne a fait tout passer. Mais chez Véfour (entre nous)
c’est mauvais. Rien de ce que l’on mange n’est reconnaissable.
Mixture compliquée et médiocre. Cela n’est permis qu’à La
Flamberge.
À vous,
J.
P.-S. La vente du livre de Guitard (le chiffre que vous dites) est
énorme pour ce genre d’ouvrage.
1. Fernand Gregh (1873-1960), poète, critique, élu à l’Académie en 1953.
2. Jean Cocteau, « Adieu à Christian Dior », Arts, 30 octobre 1957, p. 1.
3. Paul Guimard, « Pitié pour l’Amérique. Chaplin fait déborder la coupe », Arts, 30 octobre 1957, p. 1-7.
4. Paul Guimard, Rue du Havre, Éd. Denoël, 1957.
260 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE
Hôtel Palacio dos Seteais
er
1 novembre 1957
Oui, cher ami, vos lettres sont assez affranchies. Il paraît, dit
Nourissier, que vous avez été éblouissant chez Véfour. Éblouissant
comme notre soleil portugais. Toujours pas un nuage. Avez-vous vu
que les États-Unis connaissaient l’existence des satellites russes depuis
2 ans grâce au radar des Turcs, mais que le State Government et la
Maison-Blanche ont tu la chose et rogné les crédits pour raisons
électorales ? Cela se retourne contre eux aujourd’hui, et (d’où le
numéro d’hier) les Républicains, si l’on votait, n’auraient pas 100
élus. Quand on voit la figure hilare de ce Grock sinistre de Ike, en
costume de golf, et quand je pense que notre sort et celui de la
planète dépendent de ce gâteux, on a les dents qui claquent de peur.
J’ai écrit à J. Laurent pour le féliciter de son article sur le Nobel. Il
faudrait y ajouter un commentaire technique : comment sont
proposés les candidats ? Par qui ? Les Loges ? L’ambassade de France
à Stockholm ? etc… Ce serait amusant de savoir.
J’ai été un peu dans le monde ces jours-ci, un monde qui rappelle
Lausanne, cosmopolite, avec revers politiques ou économiques. J’avais
à dîner, avant-hier, la marquise de Cadaval (qui gère, pour la
musique, l’énorme donation Gulbenkian 1), le comte et la comtesse
Schoenborn (qui président Powersgelden, le plus grand château privé
d’Allemagne, sorte d’admirable Versailles près de Bayreuth), la
princesse Windisch-graetz 2, ex-Autrichienne devenue anglaise, bref
tout ceci, non pour vous énumérer mes belles relations, mais pour me
montrer à vous entouré de convives internationaux (la marquise de
Cadaval, née Robilaut, le grand palais Robilaut, à Venise, face au
palais Foscari) qui m’ont tous demandé le pourquoi du succès de Sagan, m’ont avoué leur ennui à lire son dernier livre, se sont dits
stupéfaits des récents extraits de presse (réunis dans Arts) où les plus
illustres critiques bavent d’admiration ; ils m’ont timidement
demandé si l’on peut dire tout haut ce qu’ils pensaient tout bas, sans
avoir l’air illettrés ou ennemis de la culture française. J’ai donc
suggéré ce matin à J. Laurent un article sur La Terreur en littérature (et
en peinture = art abstrait ; peur de le condamner). Ne trouvez-vous
pas qu’il y a là, pour lui, un bon sujet d’article ?
Je vais retourner à Obidos, que j’ai mal vu ; connaissez-vous
Evora 3 ? Il paraît que c’est une curieuse petite ville. J’ai toutefois peu
envie d’infliger 300 km à Hélène.
Je lis le Soleil des loups de P. de Mandiargues. Je suis de votre avis ;
force incantatoire extrême, style très brillant, un peu trop rare parfois
(mais on n’est pas gâté) ; il me fait penser au style manuélin, avec ses
surcharges biscornues (surtout au début du Soleil des loups, l’évocation
sous-marine). Vous souvient-il d’un ballet sous-marin, 4 Sadko, des
premiers ballets russes ?
Nourissier a-t-il été content de son numéro Snobisme ? Je ne sais
plus rien de Nimier.
Les bourses sont catastrophiques. C’est la déflation. Mais fut-elle
organisée ou non, on distingue mal.
Ce soir, le coucher de soleil de la terrasse de Seteais était divin. Un
croissant de lune des plus turcs ; depuis qu’elle se sent approchée par
des astres nouveaux, la lune s’est refait la figure, elle n’a jamais été
aussi belle. Dans la plaine, éparpillés, 24 villages blancs avec une joue
rose. L’océan dans une brume salée, les vagues arrivaient en un triple
rempart, comme la triple enceinte des vieux châteaux forts, et puis
tous ces murs s’effondraient, la ceinture se défaisait en une bave
horizontale qui se retirait en laissant de toutes petites veinules noires
sur le sable.
Tout à vous,
PM.
1. Calouste Sarkis Gulbenkian (1869-1955), fondateur de la Turkish Petroleum Company en 1911, qui avait laissé sa collection d’œuvres d’art à Lisbonne, collection qui deviendra la Fondation Gulbenkian en 1960.
2. La baronne Wilhelm Economo était née princesse Windischgraetz.
3. Capitale de l’Alentejo, construite par les Romains, conquise par les Maures en 715, puis par les Portugais en 1165.
4. Opéra de Rimski-Korsakov créé à Moscou en 1898, qui conte les aventures du ménestrel Sadko et des divinités marines.
261 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND
2 novembre 1957
Cher ami,
Voilà deux candidats 1 au fauteuil de Farrère. Sans aucun éclat.
Pour prendre date, je suppose. Ceux qui ne votent pas pour vous (il y
en aura, bien sûr) se disperseront sur ces noms ; vous y gagnez.
Votre discours devra mettre au point la question cosmopolitisme.
Elle est obscure. J’ai lu hier (votre lettre) ce que vous en pensiez
(communiqué à Nourissier avec le reste, Express).
Ce que je vais vous dire n’est pas pour vous contredire. Je vous dis
seulement mon sentiment, qui a peu de valeur (confus d’ailleurs).
Je ne comprends pas le mot « cosmopolitisme ». Loti a peint « le
désert » très bien. Cela convenait à sa plume et à son esprit. Il a peint
ces choses, avec ses propres couleurs. Vous aussi, à votre façon toute
différente. Cela pose pour moi une simple question de technique
littéraire (et une autre, plus profonde, morale). Il y a votre art, et
celui de Loti ; voilà tout. Et puis, il y a chez l’un et l’autre le personnage profond (qui ne sont pas sans quelques analogies). Vous
êtes, l’un et l’autre, attirés par l’exotisme (je m’explique pourquoi).
Mais qu’est-ce que l’exotisme ? Il est partout. Gide parlait de cet
exotisme des pauvres, pour lui, riche bourgeois. Je ne fais pas de
différence entre votre peinture des Açores et celle de la descente du
Rhône 2. L’un et l’autre objet, également exotique à mes yeux. « La
vitesse », cela ne veut pas dire grand chose. Vous avez surtout l’œil vif.
Vos peintures sont parmi les plus appuyées qui soient, les plus
profondes. Le temps ne fait rien à l’affaire. À ce point qu’un critique
a pu dire (un critique d’occasion, un scientifique, Labarthe, je crois) :
« Il n’y a qu’un technicien qui puisse juger convenablement Morand.
Quand Morand décrit un pont, on dirait qu’il l’a fait. » En effet, c’est
décrit dans la profondeur. Vous avez renouvelé la notion de
pittoresque. Entre autres choses (qui se situent en Chine ou à Paris).
C’est aussi l’avis de Dominique Aury. Milady habitait la France.
Pour ma part, dans la nature, en tout, je n’aime que la volupté
(Vevey, Île-de-France, Charente, Portugal). À ce petit domaine, j’ai
annexé Madère. C’est tout.
Hors de là, je n’ai jamais rêvé qu’à dîner dans le jardin du Raffles
Hôtel à Singapour. Il y a des années (12 ans) j’ai songé à aller à
Ceylan ; au moins une fois respirer une douce jungle. Je me suis
renseigné. Fauconnier m’a dit : il y fait bien chaud pour toi, je ne te
le conseille pas. En effet, je me suis rendu compte que Ceylan, c’était
l’enfer.
À vous,
J.
1. Jacques Bardoux et Paul Bastid.
É É
2. Paul Morand, Le Rhône en hydroglisseur, Éd. Émile Paul, 1929. Ce texte sera repris dans Papiers d’identité , Éd. Grasset, 1931, p. 297-324, et dans Voyages, Éd. Robert Laffont, 2001, p. 195-207.
262 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE
Hôtel Palacio dos Seteais
4 novembre 1957
Cher ami,
Jusqu’à ce matin, l’automne a été joyeux, ce qu’il n’est jamais chez
vous, où je le vois sinistre par ciel gris, mélancolique. Ici, les
hirondelles ne fuient pas devant les corbeaux, et même d’être mortes
donne aux feuilles de la gaieté.
Il y a de vieux débris internationaux ici, qui me rappellent
Lausanne. Une comtesse Schoenbeck, réfugiée polonaise, que je
n’avais pas vue depuis 20 ans et qui m’a avoué qu’elle écrivait « dans
le genre de Valéry ». Quelqu’un lui disait : « Belle comme vous le
fûtes, vous auriez pu avoir beaucoup d’amants. — J’ai toujours été
surveillée par trop de valets de pied. » (Elle vit dans une chambre et
se fait une soupe au lait sur un réchaud.) Seteais n’a plus grand
monde, sauf en fin de semaine. Quelques Anglais et quelques
Américains. On ne peut imaginer de peuples plus différents. Excusez
moi de parler en cavalier : les Anglais sont toujours en arrière de la
main et les Américains, en avant. Les Américaines ont la figure
écarquillée devant tout ce qui se présente à elles et les Anglaises se
ferment à toute nouveauté. La conversation, avec les Américains, c’est
une pente, ça descend tout seul. Avec les Anglais, c’est une montée :
quand on n’a pas d’idées générales et que tout ce qui est particulier
devient private et défendu, il ne reste plus grand-chose. N’est-ce pas
de Blondin ce mot : « Pourquoi apprendre l’anglais pour parler avec des gens qui n’ont rien à dire ? » Si vous déplaisez à un Anglais, il se
recroqueville ; s’il se sent porté vers vous, il craint de montrer un
sentiment, et il se recroqueville encore plus.
Comme vous voyez, les hôtels sont des endroits de psychologie
comparée. Ce matin, je suis monté à cheval avec le capitaine Simpson.
Les Anglais adorent le cheval, sautent tout, tombent, montent l’étrier
chaussé à fond, les pieds en dehors, comme les gendarmes, les ongles
de la main en bas, les coudes écartés, le dos rond ; ils galopent en
montant et chargent dans les labours ; en descendant de cheval, mon
capitaine Simpson bourre son irlandais de carottes, mais il le laisse en
sueur, exposé à la tempête. Mystère. Car la tempête souffle depuis
midi, nous sommes dans la brume chaude, avec les phares à trois
heures de l’après midi. La distraction est d’aller voir les vagues
détailler en morceaux le navire échoué dont je vous ai parlé, il y a
deux semaines. Le pavillon britannique est encore hissé. Dès qu’on
l’aura amené, n’importe qui pourra monter à bord et emporter ce
qui lui plait.
Je reçois votre lettre du 1er. Naturellement, les carriéristes
littéraires doivent gagner leur vie ; mais Henry Muller est un ami de
30 ans, et si vous lui dites que son écho de Carrefour m’a fait perdre
des voix, je suis sûr, après cela, qu’il tournera 7 fois son stylo dans sa
bouche avant d’écrire.
Oui, le Cocteau sur Dior dans Arts c’est la perfection ; il sait dire
bonjour comme pas un et adieu comme personne. Est-ce vous qui
m’avez fait envoyer 1 Les Cahiers des Saisons ? Il y a un Bernard Frank
très dur pour Sagan, le B. Frank de La NEF, d’une grande drôlerie.
Mais ce n’est pas sur Sagan, c’est sur le phénomène Sagan.
J’espère que vos grippes sont finies ? J’irai à Londres en janvier ;
faites-moi penser à vous rapporter un vaccin local qui n’empêche pas les grippes, mais les réduit à un rhume de quelques jours. Ne vendez
pas vos cuivres ; au contraire, il faut en acheter.
Je vous en prie, ne me prenez pas pour un personnage stupéfiant,
un dompteur de chevaux, un maître queux, un illustre capitaine qui
sombre avec son navire. C’est votre imagination, votre indulgence,
votre amusement à me voir vivre, qui vous jouent des tours. Je suis un
vieux monsieur médiocre qui prend sa tardive récréation, là où,
nouveau Claudel, vous voyez une re-création. J’ai appris beaucoup de
choses le long des mots, mais j’ai oublié presque tout, je n’en ai guère
tiré parti, et si je vis dans les histoires littéraires du futur ce sera grâce
à vous. Que serait, sans Boswell 2 3 , devenu le docteur Johnson ?
Les yankees continuent, ou recommencent à être affolés par le
satellite n˚ 2 ; il paraît qu’au lieu de chien, on enverra des singes en
l’air ( 4 macacos , dit Osealo) dans le n˚ 3, et Joukov, dans le n˚ 4,
comme « volontaire ».
Tout à vous,
PM.
P.-S. Merci pour votre lettre du 2 novembre. Sur le
cosmopolitisme, je réfléchis.
1. Bernard Frank, « Le phénomène Sagan », Les Cahiers des Saisons, octobre 1957, p. 65-70.
2. James Boswell (1740-1795), écrivain anglais, auteur de La Vie de Samuel Johnson (1791).
3. Samuel Johnson (1709-1784), polygraphe anglais, journaliste au Gentleman’s Magazine, auteur d’un Dictionnaire de la langue anglaise (1755), d’une Vie des poètes anglais les plus célèbres (1779-1780), de romans et d’essais dans The Idler, périodique qu’il éditait lui-même.
4. Georgui Konstantinovitch Joukov (1896-1974), maréchal soviétique, commandant de la zone d’occupation soviétique en Allemagne (1945-1946), ministre de la Défense (1955-1956), exclu du parti en 1957.
263 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND
4 novembre 1957
Cher ami,
Vous trouverez en décembre un Mauriac différent de celui que
vous pouviez attendre. La politique ne fera pas une ombre entre vous.
Je suis convaincu que vous aurez sa voix. C’est qu’il a mûri depuis
deux ans. Il a été, il est toujours déchiré, pour ses opinions, comme
vous ne l’avez jamais été. Il a craint pour sa vie. Gabriel Marcel a dit
qu’il était un traître (bien d’autres).
Ce qui se passe dans les dessous du Parlement est bien
dramatique. En réalité il s’agit de l’Algérie. On sent que nos finances
ne la supportent pas ; que plus tard ce sera trop lourd pour nous ;
que la France s’y perdra. On n’ose pas prendre une décision (seule
une coalition des socialistes et des communistes oserait trancher la
question ; mais c’est un autre danger). Je ne me risquerais pas à
prendre parti. Aussi je les plains. En 1912, c’était clair. Il n’y avait qu’à
renoncer une bonne fois à Strasbourg. En 18, très clair. Aux temps de
Munich aussi ; et plus tard. Pour l’Algérie, je ne sais que penser (si, je
pencherais pour l’abandon, mais je ne voudrais pas le dire, trop
incertain).
À La Frette, dans une grosse entreprise de construction, sur 200
ouvriers, il y a un ouvrier français. Ainsi, partout, plus ou moins. C’est
notre « prolétariat ». Les Arabes, un bon nombre, ne valent rien. Ils
ne mangent rien, et sont très faibles. Les meilleurs sont les Portugais
(ils partent de chez eux en fraude, car ils n’ont pas le droit de sortir).
Il y a une immense population ouvrière nomade, qui va en Suisse,
France, Belgique. Acceptée ou refoulée selon les besoins. Dans ma
région, je demande : où sont les Français ? Réponse : ils sont fonctionnaires. Ou bien chefs d’ateliers. Que l’on appelle les Arabes
des Français, c’est tout de même drôle, quand on les voit.
Jusqu’ici, pour l’Académie, sur les trois fauteuils, vous êtes le seul
écrivain.
On commence à s’apercevoir de ce qu’est le communisme russe.
Ils ont des pianistes prodiges ; des inventions effarantes ; des fous de
force ; sans considérer les prix, tout cela aux frais des « masses »
asservies. C’est dans l’Allemagne libérale que « le peuple » sera
heureux.
Vos lettres du 1er. Ici temps moyen ; soit un peu de pluie, gris, gris.
Je vais encourager Laurent dans la voie : la terreur littéraire. Il faut
dire que c’est un succès pour la publicité Julliard : le placard Sagan.
On pouvait également tirer de la phrase un placard noir. Je ne me
doutais pas de cette presse en sa faveur.
Obidos ne mérite pas que vous y retourniez. Quand on ne réside
pas à Seteais, pour un séjour, la posada de Obidos est agréable.
D’Obidos, en passant, d’Ormesson m’avait envoyé une carte.
L’endroit lui avait plu. La proximité de Nazaré compte.
Depuis le Soleil des loups, Mandiargues s’est assagi. C’est le meilleur
(s’améliorant) des écrivains d’aujourd’hui. Personnage très singulier ;
très lointain. Je l’ai vu une fois. Aspect étrange. Un vrai surréaliste.
Je ne me souviens plus de la nouvelle de L’Europe galante
(Portugal 1). Je vais la rechercher. En général le Portugal n’a pas eu de
chance avec les écrivains. La mélancolie du portugais ? Est-ce
seulement le climat doux ? Peut-être aussi, est-ce un trait des petits
pays (certains). Au Luxembourg, ils sont tous neurasthéniques. Ou
bien les pays trop vastes. Pour moi l’Europe, ce n’est plus que le
Portugal. Mais c’était un pays trop difficile à saisir pour moi. Je l’ai
tout juste respiré. Avec vous, il aura sa revanche. Il est tout entier dans
vos lettres. Les Arabes ont bien marqué le continent : tout le Portugal, l’Espagne, le sud de l’Italie ; et nous avons Mauriac. Aujourd’hui, de
cette haute civilisation, restent les Arabes de La Frette (et ailleurs),
promus français (je crois), un déchet, pauvres diables exténués,
incurables.
Nous sommes chauffés au mazout. Très belle invention. Cela se
règle comme une lampe électrique que l’on éteint ou rallume. En
réalité, tout l’été, on a chauffé quelques heures. Je fais mettre en haut
des doubles fenêtres, en suppliant le menuisier (italien) ; en lui
écrivant chaque semaine. Mais Camille veut un feu de bois (poêle)
pour dormir. Ici, un manœuvre est payé 300 francs de l’heure.
En ce moment, je parle une fois par semaine à Lausanne. J’ai pu
m’entendre une fois. Cela dure un mois. Je m’écoute avec
tremblement. J’ai peur de bafouiller (non, ce n’est que trop distinct),
de dire quelque bêtise. Je me souviens seulement de ma fatigue, et j’ai
pitié de moi. On m’a enfermé un jour à La Guilde, cela a duré des
heures : totale improvisation, sans répit, ignorant les questions. C’est
cela qu’ils ont découpé. Je sais qu’ils sont contents, à Lausanne, Vevey,
Chardonne ; et même touchés, émus. Je suis très gentil pour eux (ils
aiment les compliments). J’ai parlé de leur autoroute qui allait
déraciner mes paysans. Mais je parle surtout de moi (sur vous, un
mot ; en Suisse, c’est permis). Aussi, c’est gratuit, ce gros travail.
Gregh serait conquis par une visite en décembre. Il en vit. Songez
à toutes celles qu’il a faites pendant 30 ans.
Votre
J.
P.-S. Prince de Broglie, 94 rue Perronet, Neuilly.
Robert d’Harcourt, 113 rue de Grenelle.
Léon Bérard, 9 rue des Saints-Pères.
Fernand Gregh, 25 Hameau de Boulainvilliers, Seine.
1. Lorenzaccio ou Le Retour du proscrit.
264 – JACQUES CHARDONNE À PAUL MORAND
5 novembre 1957
Cher ami,
Vous me demandez : Nourissier est-il content de La Parisienne-
Snob ; qu’est-ce que l’on en dit ? Certes, un joli fascicule, sans compter
votre lettre, et nouvelle. Eh bien, on ne dit rien. C’est la marque de
ces temps (comparé à 1925). On ne dit rien. Où parlerait-on ? Qui a
lu les livres et revues qui paraissent ? Si on a lu un livre, celui à qui on
s’adresse ne le connaît pas ; et puis on risque de le froisser. Mais
surtout, à qui parler ? À part notre « petit clan » de droite ; c’est la
nuit pour moi. Tout le monde est dans la nuit. Un moment, on a
parlé de Mauriac, quand il s’est compromis assez courageusement
après son prix Nobel 1. C’est fini. Il a suffi que je dise : B. Bardot est
gentille, cela a fait un peu de bruit. Ou encore : vous n’avez pas
remarqué que Paul Morand a du talent ? Cela a paru étrange que l’on
dise quelque chose. Au moment de votre candidature, il y a eu
quelques « échos ». Très peu, si l’on compte. Cela suffit pour que
Kléber Haedens m’écrive : « L’Académie devient à la mode, est-ce à
cause de Cocteau ? » et Vallery-Radot a fait un esclandre dans la cour
de l’Institut : « On parle de nous ! » Il y a une telle atonie générale
que l’affreux papier de Nourissier, dans La Parisienne, a passé très
bien 2.
On a remarqué au Portugal, la publicité Julliard sur Sagan (les
extraits de presse), et, je pense, à Paris. Cela a coûté au moins
20 millions à Julliard. À ce prix-là, on fait attention. La princesse
Bibesco ne veut plus entendre parler de Spoutnik. Montherlant fatigue tout le monde. Cocteau s’en tire encore. « Un grand sommeil
noir tombe sur ma vie. »
J’ai fait dire à Mme S. par Millau, qu’elle devrait devenir la
Mme Gould 3 de notre groupe, et avoir un déjeuner mensuel. Nous en
ferons un écrivain. C’est vrai, ce déjeuner Véfour, c’était tout à fait
exceptionnel.
Ce qui est gênant à La Frette, c’est le vent. Quand il y a tempête
sur les côtes bretonnes, elle est en plein sur nous. Mais les orages
terrifiants, depuis trente ans, nous sont épargnés. C’est la Seine qui
les écarte (étrange). J’entends : ces cyclones comme il y en a partout,
au moins une fois tous les vingt ans (même en Charente ; lorsque
Keyserling est venu chez Delamain, en Charente, presque tous les
arbres sont tombés dans la nuit).
Mermoud, de Lausanne, m’écrit : « Dominique Aury est chez
nous, au Signal ; il faut la ménager. Elle a de grands tourments : ses
parents, son fils, Paulhan. » Remarquez cette liste de tourments : les
proches. Les proches, c’est notre croix.
7 novembre. Déjeuner hier avec Millau. J’ai appris qu’il est un
demi-Russe. Dans Paris-Presse, il fait l’importante page « Journaux
étrangers ». Il pense toujours à une étude sur vous (après
l’Académie). Ceci qui est drôle : Rops n’est pas content ; il dit :
« Pourquoi ne parle-t-on pas de moi ? On nomme toujours les autres.
C’est moi qui ai lancé la candidature Morand. C’est moi… » Vous
voyez, pas facile à contenter.
Après déjeuner, je suis allé à l’hôtel Saint-Georges, voir mon
coiffeur, et rejoindre B. Frank à 4 heures au bar du Saint-Georges
(magnifique hôtel). Frank fait d’excellentes critiques en ce moment
(à La Nef et à Saisons. Robbe-Grillet, Camus ; très dur toujours). Je
comprends que Sartre lui ait confié à 20 ans la critique des Temps
modernes. C’est très particulier. Julliard prend Frank, et l’enlève à La Table ronde, rachète tout ; lui fait une rente. Cela coûtera à Julliard
une quinzaine de millions, sans aucune chance de les récupérer.
Frank est invendable. Auteur pour quelques-uns. Je ne comprends
rien à l’édition de ces temps.
À moi, cette journée fort agréable, a coûté 20 mille francs.
J’accepte que vous m’invitiez à déjeuner, mais je ne puis supporter
que des jeunes payent quoi que ce soit à la table où je suis.
Impossible. Heureusement, je peux me terrer à La Frette. Mais j’aime
bien une journée à Paris. Mais Paris me ruine (il n’en faut pas
beaucoup).
Mercredi, déjeuner chez Véfour (avec les mêmes).
Votre
J.
1. François Mauriac avait reçu le prix Nobel de littérature en 1952.
2. François Nourissier, « Gaillard le bien-aimé », La Parisienne, novembre-décembre 1957, p. 1185.
3. Florence Jay Gould (1895-1983), mécène et collectionneuse américaine.
265 – PAUL MORAND À JACQUES CHARDONNE
Hôtel Palacio dos Seteais
7 novembre 1957
Cher ami,
Hélène a donné hier un thé de 25 personnes, ici, qui vous aurait
plu. C’était dans un salon du e XVIII , entièrement décoré, murs et
plafonds, par Pillement 1 avec des tritons chevauchant des sirènes sur
les eaux du Tage. Le mobilier était anglais, les tapis français, les
É
lustres vénitiens, tout cela venant du garde-meubles de l’État. Il y avait
des croquignoles pour 100 personnes, avec cet étonnant excès et faste
portugais ; les maîtres d’hôtel en noir, les garçons en blanc, les valets
de pied et femmes de chambre en livrées tabac ; de ces choses comme
en rêvent les maîtresses de maison de nos pays déshérités, et que seul
Onassis peut s’offrir aujourd’hui. La vieille dame polonaise, dont je
vous ai parlé, est revenue à l’assaut. J’avais refusé d’écouter ses
poèmes en prose : « Vous me ferez bien une préface… 4 lignes…
votre signature. — Madame, c’est comme dans les chèques, c’est la
signature qui compte. » Cette sempiternelle tousseuse, comme dit
Rabelais, avait une émeraude si célèbre qu’on la connaissait sous le
nom du « plat d’épinards ». Elle l’a vendue à Cartier contre une rente
viagère en escudos. À part elle, le public des fantômes du hall de
l’Hôtel Royal à Lausanne. Mais Hélène fait tant pour moi que je peux
bien faire ça pour elle (j’appelle « ça » deux heures de petits fours).
La tempête a soufflé 4 jours, ébranlant cette invention anglaise
incroyable, les fenêtres à guillotine (ce qu’il y a de pire, après la
guillotine elle-même). Cela me rappelait ma chambre d’étudiant à
Oxford, les nuits d’hiver (tout notre hôtel, copié sur une Georgian
Mansion, a, en effet, de ces fenêtres-là). Je pense arriver à Paris entre
le 4 et le 10 décembre. Pourvu que l’élection soit en février, plutôt
qu’en mars, et qu’on puisse raccourcir l’hiver par le second bout,
après lui avoir rogné le début !
J’ai fini La Gartempe, de Jean Blanzat ; ravissants paysages, villages
sous la neige et à la fonte des neiges.
Le Portugal est vraiment méditerranéen, de l’autre côté du Tage ;
le joufflu doré soufflait, ici, à se faire éclater les joues, mais il y avait
du soleil derrière la sierra de Arrabida. Dès l’azur revenu, nous irons
voir là-bas l’ancienne quinta-manoir de Bacalhoa (fin e XV . L’avez-vous
visitée ?) près de Palmela ; nous monterons sur la tour du duc de Palcinlas où les chevaliers du e XII dominaient les 2 fleuves, le Tage, et,
au sud, le Sado (qu’on me dit être un curieux et désert paradis des
aloses et des canards sauvages) ; nous irons enfin comparer la
bouillabaisse classique, dite des pêcheurs (calderada a pexadora) avec
celle d’eau douce ( calderada a fragateira). Puis, le 11, à Goléga, à la
foire de la Saint-Martin, voir les plus beaux chevaux du pays.
Je vous remercie encore de m’avoir envoyé le Cahier des Saisons,
très amusant. Le Mauriac 2 sur Cocteau, étonnant (le dernier
paragraphe, je ne l’ai pas compris ; et vous ? p. 470). Le Robbe-Grillet en
disgrâce 3 de Bernard Frank, roulant. « Nimier et Laurent, tous ces
fripons de la jeune droite… la paternelle malveillance des anciens…
les petits talents maigrichons (Sagan) aimés de la critique… Dort, ce
minoritaire-né » tout cela, d’un brillant terrible.
Je reçois aujourd’hui votre honorée du 4 novembre dont je vous
remercie fort. Le maréchal Juin a dit qu’il aimerait faire « mon »
discours. Cela me revient de tous côtés, ajoutant que les 2 autres
clients du fauteuil ne l’intéressent pas. (Cela pour vous.) Avez-vous
des livres de Genevoix ? Pour vous, comme pour moi, je crois qu’il ne
serait pas mauvais de faire établir par Stock une liste des œuvres
complètes de tous ces messieurs, surtout ceux qui n’ont jamais écrit,
avec noms d’éditeurs et dates des œuvres. Je lis La Littérature et le mal
de Georges Bataille 4. Après-demain, je commencerai le Journal intime
d’Hercule 5 par André Dubois la Chartre qui a amusé Hélène. Yves
Régnier m’a envoyé son 6 Royaume de Bénou. Ce secrétaire d’ambassade
de France au Caire a eu, paraît-il, le coup de foudre pour Nasser, au
point de donner sa démission. Je l’ai rencontré, il y a 6 mois, chez
Grasset. Son livre est une pesante fantaisie voltairienne.
J’ai été voir ce soir le docteur Brazao, pour le remercier de
m’avoir donné le déjeuner au château de Queluz. Il m’a dit : « Nous
aimons la France et bien qu’elle ne nous pardonne pas d’être des maurrassiens. » J’ai rapporté à l’hôtel une grosse botte de camélias
blancs, achetés dans la rue. Je les envoie, par la pensée, à Camille.
Ever yours,
PM.
1. Jean Pillement (1728-1808), paysagiste et graveur, peintre de la reine Marie-Antoinette et du roi de Pologne, avait fait de longs séjours au Portugal, avant d’exposer à Londres puis à Paris.
2. François Mauriac, « Sur le quai de départ », Les Cahiers des Saisons, novembre 1957, p. 470-471.
3. Bernard Frank, « Robbe-Grillet en disgrâce », ibid., p. 514-517.
4. Éd. Gallimard, 1957. Georges Bataille (1897-1962), écrivain, archiviste-paléographe, fondateur de la revue Acéphale, puis de Critique, et créateur du Collège de sociologie sacrée.