Désordres

Jonathan Gillot · Chapitre 6 sur 27

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Désordres

Chapitre 6 : La fuite en avant

CHAPITRE VI :

 

LA FUITE EN AVANT

 

La mélodie du smartphone fut noyée dans la musique d’ascenseur baignant la galerie commerciale, mais Camille sentit le vibreur contre sa cuisse. Sur l’écran, la mention « Quentin — Boulot » clignotait. Camille soupira. Il s’imagina que ce devait être pour le rejoindre quelque part avec sa caméra, faire des zooms, des vues plongeantes ou n’importe quoi d’autre, mais, ce soir, Camille n’avait vraiment plus envie de travailler. Il laissa encore quelques sonneries se perdre dans le brouhaha puis, de guerre lasse, il se résolut à décrocher. L’oreille vissée à l’écouteur, il se concentra pour comprendre ce que pouvait bien dire Quentin. La première minute, Camille pensa qu’il y avait un problème de réseau, tant la voix de Quentin fut bruitée. Puis, il réalisa qu’il parlait par saccades en tenant des propos incompréhensibles. Il songea pendant quelques instants que Quentin était complètement fêlé, jusqu’à entendre très nettement :

— Reviens à l’hôtel tout de suite, je t’en supplie !

Le téléphone jeté au fond du sac à main, il s’empressa de rallier la Citroën sur le parking. Dix minutes plus tard, dans la chambre, il trouva Quentin torse nu au pied du lit, bégayant, les yeux rougis. Cette scène lui rappela celle de la veille avec Mélanie, à une petite différence près : le masque abominable de la strangulation n’était pas sur le visage de Quentin. Non, sur le sien, Camille n’y vit que l’effroi. Il tendit les mains vers Camille en pleurnichant, la voix partant dans les aigus. Ce dernier le prit instinctivement dans ses bras, n’imaginant pas ce que le pauvre garçon avait subi. Il le réconforta comme une mère calme son enfant, le berçant, lui susurrant à l’oreille qu’il était là et que tout était fini. Quentin, le visage contre la poitrine de Camille, était apaisé par son parfum unisexe.

Frénétiquement, il jeta des coups d’œil à la porte de la chambre, demandant si elle était bien fermée. Camille fut patient : cinq fois la même réponse et vingt bonnes minutes d’apaisement.

— Il faut qu’on aille voir les flics, il faut tout leur raconter, s’écria Camille.

— Non ! Surtout pas ! Il a dit qu’il me tuerait si j’allais les voir. Je suis sûr qu’ils sont dehors à m’épier, objecta Quentin, paniqué.

— Je ne pense pas, il n’y avait personne quand je suis arrivé. On peut les appeler pour qu’ils viennent et…

— Non ! le coupa brutalement Quentin. Ils veulent ma peau. Il m’a ordonné de partir avant demain soir.

— Non, mais tu réalises ?! Enfin, c’est n’importe quoi ! Tu vas pas laisser passer ça ! En plus, si ça se trouve c’est lié à ce qui est arrivé à Mélanie. Si on les laisse faire, ils pourraient s’en prendre à quelqu’un d’autre…

— Je m’en fous ! Tant pis pour les autres, je veux me tirer de cette ville !

Camille fut un peu déçu par sa couardise. Néanmoins, il ne le jugea pas trop sévèrement, car le pauvre garçon avait eu la peur de sa vie. Peut-être la nuit lui porterait-elle conseil ? Camille, pour mieux lui suggérer d’aller se coucher, abonda dans son sens.

— Bon, si je comprends bien, tu veux passer la nuit ici et partir demain, c’est ça ?

— Oui.

— OK, dans ce cas, je vais me coucher et on en reparle demain.

— D’accord.

Camille se leva en ramassant son sac et se dirigea vers la porte. Quand il l’entrouvrit, Quentin s’écria :

— Attends !

Camille stoppa net et soupira, sachant très bien ce que Quentin voulait. Après un temps d’arrêt, il lâcha :

— T’es vraiment chiant…

— Juste pour cette nuit, geignit Quentin.

— Pff. Bon d’accord, juste pour cette nuit, mais à une condition : demain matin, avant de prendre le train, on va aux flics.

— Euh… d’accord.

— Je peux aller chercher des fringues dans ma chambre ? Tu vas pas me faire une crise en m’attendant ?

Partagé un instant, Quentin finit par opiner du chef. Pendant que Camille prenait quelques affaires, il se glissa dans l’un des lits jumeaux. Finalement, c’est à peine s’il porta attention au retour de Camille, tant il était ailleurs. Le cliquetis de l’interrupteur plongea la chambre dans les ténèbres, mais aucun des deux ne parvint à s’endormir. Dans l’esprit de Camille, les pensées se bousculèrent comme des boxeurs sur un ring : qui étaient ces hommes ? Y avait-il un lien avec le meurtre de Mélanie ? Si oui, pourquoi l’avoir tuée et pas lui ? Au final, la menace proférée contre Quentin était plus angoissante que l’assassinat de Mélanie. En effet, le cambriolage raté passait presque pour un accident, alors que cette menace laissait planer un danger mystérieux. Demain, ils devraient insister pour finir le reportage et rentrer à Paris.

Quentin, quant à lui, ne cherchait pas vraiment les raisons à l’origine de cette agression. Non, ces pensées étaient obnubilées par une paire d’yeux cobalt qui le fixaient intensément. Toute la nuit, il ne rêva que de ces iris. Détermination, puissance, compassion : c’était là le triptyque du regard de son magnanime assassin. La nuit qui avait enveloppé la chambre et la ville était le cuir de la main gantée, inéluctable et froide ; les yeux bleus, eux, étaient le salut. Oui, s’il avait survécu, c’est parce qu’il avait osé soutenir le regard de son meurtrier. Alors, la main noire s’était retirée de sa nuque, laissant l’air filer dans sa trachée. Puis la bouche tiède s’était approchée de son oreille et lui avait susurré quelques paroles. Le plus clément des assassins s’était ensuite redressé et, juste avant de disparaître, il lui avait lancé un dernier regard. Quentin n’avait pu y lire qu’une seule chose : « Je ne voulais pas te faire de mal. »

La messe, prévue à 11 h, n’allait visiblement pas commencer à l’heure. Cela n’était pas dans les habitudes du recteur, prêtre en charge de la basilique. Toutefois, cette messe, la première du genre et annonciatrice d’une longue série, serait donnée en l’honneur des victimes du désastre qui s’était abattu sur la ville. Pour l’occasion, plusieurs personnalités locales et nationales firent le déplacement.

Le recteur Joustaing regarda les bancs de la basilique se remplir doucement et, pour passer le temps, il se posta devant le premier banc pour discuter avec les fidèles. Dans la sacristie, quelques enfants de chœur chuchotaient, attendant un signe du prêtre pour se placer derrière l’autel.

Tenant sa promesse, les paumes moites, Quentin se frotta nerveusement les mains. Assis dans la salle d’attente du commissariat de police jouxtant la préfecture, il égrainait les minutes en attendant son tour. À l’agent d’accueil, il avait rapidement expliqué la situation, et on lui avait répondu qu’un gardien de la paix allait le recevoir pour enregistrer sa plainte.

Bientôt, les places réservées au préfet et à sa femme furent occupées et la cérémonie put commencer. Le recteur s’attendait à ce que son homélie funèbre soit ponctuée d’accès d’émotions, certains cédant tantôt à la tristesse, tantôt à la colère. Pourtant, à son grand étonnement, tout le monde se recueillit en silence. Lorsque les derniers cantiques furent chantés vint le moment de l’eucharistie. Quand le prêtre retira ses lèvres du calice, il remarqua que le vin était un peu meilleur que d’habitude. Une amertume douce et une délicate senteur d’amande rendaient cette transsubstantiation particulièrement agréable. Il devisa brièvement sur le sacrifice du Christ, puis il se pencha pour déposer le calice sur le plateau d’argent que lui tendait l’enfant de chœur. Cependant, après avoir tenté plusieurs fois de poser l’objet, il s’aperçut qu’il n’y parvenait pas. Sa main se fit difficile à commander et le calice heurta plusieurs fois le bord du plateau. L’enfant, médusé, regardait le recteur qui semblait ivre à en perdre ses moyens. Le prêtre voulut faire un pas en avant, mais il chancela grotesquement. Sa main s’ouvrit et le calice tinta en roulant sur le sol. Comme une atroce céphalée s’installait juste derrière son front, il posa ses mains sur ses tempes pour calmer la douleur. Elle ne fit qu’augmenter jusqu’à le terrasser. Rapidement, il suffoqua. Plusieurs fidèles comprirent que quelque chose d’anormal se déroulait et certains d’entre eux vinrent se poster autour de lui. Il chavira sur le sol, pris de violentes convulsions. Son visage bleuissait à vue d’œil, se parant du masque de la mort. Deux fidèles à genoux essayèrent de communiquer avec le recteur, mais ce dernier, se tortillant sur le sol en tenant sa tête entre ses mains, était incapable de prononcer le moindre mot. Dix secondes plus tard, les yeux exorbités, il vomit un peu du vin ingurgité et, brutalement, son tonus musculaire se relâcha. Derrière l’autel, figé sur sa croix, le Christ de bois peint le fixait intensément, tout comme les fidèles choqués qui entouraient son cadavre.

L’attente dura bien une heure avant qu’il ne soit reçu. Installé dans le bureau d’un gardien de la paix, il raconta l’agression avec autant de détails que sa mémoire lui en fournit. Quentin avait souvent entendu dire que la police ne s’intéressait qu’aux cas de meurtres et de viols tout en dédaignant le reste. Néanmoins, contrairement à son attente, le gardien de la paix parut très sérieux, voire inquiet.

— Bien, commença le policier après un hochement de tête dubitatif. Franchement, il est trop tôt pour dire si cette agression a un lien avec le meurtre de votre collègue. D’autant plus qu’en ce moment, il est un peu plus difficile de diligenter les enquêtes.

— Ah bon ?

— Les services administratifs ont été grandement perturbés par la destruction de l’hôtel de ville.

— Vous avez besoin du maire pour faire une enquête ? demanda Quentin, circonspect.

— Bien sûr que non, mais le bâtiment abritait d’autres services. Il y avait aussi l’état civil, le commissariat central et tous les conseillers municipaux. Nous avons parfois besoin d’autorisations quelconques, ou simplement de directives émanant du maire ou du Conseil.

Quentin ne s’était pas penché sur ce que la destruction de l’administration municipale impliquait à court terme. Dans un cas aussi extrême, le préfet, assisté par une délégation d’experts, prenait provisoirement les rênes en attendant de nouvelles élections locales. Toutefois, le processus électoral prendrait du temps et, le préfet étant déjà débordé par ses propres tâches, la ville tournerait au ralenti pour encore quelques mois.

— Et donc, au final, on vous a simplement demandé de déguerpir ? s’étonna le policier.

— Oui, il m’a dit de quitter la ville.

— Étrange, répondit simplement le policier.

— Oui.

— Vous débarquez de Paris avec vos deux collègues, l’un est assassiné et le lendemain vous êtes menacé de mort. Pourtant, si je comprends bien, vous n’avez rien fait d’autre que faire des interviews, poursuivit le policier. N’est-ce pas ?

À la réflexion, Quentin se rappela qu’il n’y avait pas eu que des interviews, non, il y avait aussi cette histoire de vidéosurveillance et la visite houleuse chez EnerGaz. Il ouvrit la bouche, resta stoïque un instant, et la referma doucement. Cette question anodine du gardien de la paix lui insuffla une idée : l’explosion de l’hôtel de ville ne devait pas être un accident ni une négligence du technicien comme il l’avait cru précédemment. La thèse de l’attentat s’imposa dans son esprit, et c’est parce qu’ils risquaient de découvrir le pot aux roses que tous ces ennuis leur étaient tombés dessus.

— Vous avez autre chose à ajouter, Monsieur Viessenthal ?

— Non.

— Très bien, dans ce cas je vais imprimer votre plainte et vous demander de la relire et la signer. Je vous recontacterai s’il y a du nouveau.

— D’accord.

En sortant du commissariat, Quentin se demanda bien pourquoi il n’avait pas tout dit. Après quelques pas sur le trottoir, il s’immobilisa et se retourna, hésitant à revenir au commissariat. Il avait déjà signé sa déposition, et puis il se dit que ce n’était sans doute qu’un détail insignifiant… tout en sachant très bien qu’il se mentait à lui-même. Ses tergiversations le fatiguant, il maugréa :

— Qu’ils aillent tous se faire voir ! Je me barre de cette ville.

Il tourna les talons et se dirigea vers la Citroën. Camille se tenait appuyé contre la portière, son sac à main posé sur le toit du véhicule. Il se mettait du baume à lèvres en tenant un petit miroir à maquillage. Tout en avançant vers la voiture, Quentin jugea que, malgré le fait que Camille l’ait bien rassuré la veille, il avait l’air vraiment superficiel. Le genre de personne qui n’a aucun centre d’intérêt et avec qui on peut seulement discuter de détails pratiques. Comme la meilleure façon de coordonner sa ceinture avec ses mocassins.

— T’en as mis un temps ! Alors ? lui demanda Camille comme il approchait.

— Alors quoi ? Je leur ai juste raconté ce qui s’est passé.

— Et ? rajouta Camille.

— Rien. Ils feront une enquête, enchaîna Quentin.

— C’est tout ? Ils n’ont pas de piste ou un truc dans le genre ?

— Non, je viens de porter plainte. Ils ne vont pas me trouver le coupable dans la minute, répondit Quentin avec un air excédé. De toute façon, je m’en fous. On va à l’hôtel, je fais ma valise et je prends le premier train pour Paris, souffla-t-il en s’asseyant sur le siège passager.

À peine entré dans sa chambre, Quentin jeta ses vêtements en boule dans la valise. Il avait eu une petite appréhension en ouvrant la porte. Après tout, il avait défié le géant aux yeux bleus en allant porter plainte. Évidemment, la chambre était vide. Les valises avaient été rapides à faire pour l’un comme pour l’autre et ils se précipitèrent à la gare pour réserver une place dans le prochain train pour Paris. En chemin, le téléphone de Quentin se manifesta. Encore Patrick.

— Allô ! Quentin ?

— Oui.

— C’est Patrick Desmirne.

— Ah… Bonjour, lâcha Quentin dépité, s’attendant encore à une soufflante.

— Tout d’abord, je tiens à vous féliciter ! poursuivit derechef le superviseur.

— Ah bon ? Me féliciter ? Pourquoi ça ? demanda Quentin, complètement étonné.

— Pour votre reportage ! C’était vraiment pas mal, on a eu un joli pic d’audience grâce à vous.

— Ah… merci.

— Apparemment, il y a encore du nouveau à Chaumont, annonça joyeusement le superviseur.

— Quoi ? Vous êtes déjà au courant pour mon agression ?

— Heu… J’ignorais que vous aviez été agressé. Désolé, vous n’avez rien, j’espère ?

— Non, ça va, mais je…

— Ce dont je voulais vous parler, c’est de l’incident qui a eu lieu à la cathédrale ou la basilique, je ne sais plus trop, dit le superviseur sans se soucier de la réponse de Quentin.

— L’incident ?

— Oui, apparemment le prêtre serait mort en plein milieu de son office. Allez là-bas et faites-nous de belles images ! Je veux des larmes et un témoignage complet de la scène. On peut être les premiers là-dessus !

Complètement dégoûté, Quentin resta bouche bée. Il le traita d’ordure in petto et décocha :

— Écoutez Patrick, c’est très intéressant, mais pour être franc, il va falloir trouver quelqu’un d’autre. Je ne compte pas rester une minute de plus ici. Je veux rentrer à Paris.

— Quoi ? demanda le superviseur, interloqué.

— Je ne veux pas être agressé une seconde fois.

— Pff, franchement Viessenthal, vous êtes décevant. Vous avez une chance incroyable de faire évoluer votre carrière et vous n’êtes pas foutu de la saisir !

— On m’a menacé pour que je quitte Chaumont et c’est bien ce que je compte faire.

— Vous n’êtes pas le premier à avoir été agressé dans ce pays, alors arrêtez vos jérémiades ! Je vous préviens que si vous refusez, c’est la porte ! vociféra-t-il.

— Eh bien ! Si vous voulez, virez-nous, mais nous rentrons ! dit-il en raccrochant.

À peine avait-il jeté le téléphone dans sa poche, que Camille, ayant entendu la fin de la conversation, l’interpella :

— C’est quoi ce délire ? Qui va se faire virer ?

— Si on crevait, cet enfoiré s’en moquerait ! Je ne veux plus jamais travailler pour un connard pareil.

— Et moi ? Je veux le garder mon boulot ! martela Camille, rouge de colère. C’est toi l’enfoiré, égoïste ! Tu t’es même pas posé la question pour moi ! Pour qui tu te prends à décider de ma vie ?

— Écoute Camille, si tu veux faire ce reportage, tu prends ta caméra et tu trouves quelqu’un d’autre. En ce qui me concerne, ça suffit.

— Tu me dégoûtes. Hier quand tu m’as appelé en chialant, j’ai accouru pour te réconforter… et voilà comment tu me remercies, s’énerva Camille. Prends ton train, mais ne m’adresse plus jamais la parole ! Je veux plus jamais croiser un pauvre type comme toi.

Quentin ouvrit la bouche pour riposter, mais Camille lui tourna le dos. Le laissant planté sur le parvis de la gare, il entra dans le hall. Une vitre automatique gondolée lui renvoya son reflet, complètement déformé. Oui, il n’était qu’un pauvre type. Un couard qui voulait fuir toute forme de menace, et même de responsabilité. Mais après tout, n’est-ce pas ce que tout le monde fait ? Retourner sa veste, renier ses principes, fuir. Il s’arrêta un instant et tourna la tête pour regarder Camille. Ce dernier était de dos et tirait furieusement sur une cigarette en consultant son téléphone. Apparemment, il cherchait dans son répertoire un contact qui accepterait de l’aider. Il ne fuyait pas ses responsabilités, lui. Dans le hall, la voix féminine caverneuse annonça l’arrivée d’un train pour Paris dans dix minutes. La tentation de tout lâcher était forte, et c’était si simple. Pourtant, Camille, sans être un ami proche était une bonne personne, et l’abandonner de la sorte aurait été franchement injuste. Revenu vers lui sans un bruit, il murmura :

— OK, mais pas plus de trois heures pour ce reportage et on achète les billets dès maintenant.

— T’es vraiment qu’un sale con, lui répondit Camille en se retournant.

— Je suppose que ça veut dire oui.

Camille grimaça et entra dans la gare.

Ils s’adressèrent à un guichetier obèse qui emplissait tout l’espace que le bureau installé derrière sa vitre pouvait lui offrir.

— Bonjour, Messieurs.

— Bonjour, nous voudrions un aller simple pour Paris, s’il vous plaît, dit Quentin.

— Pour quel jour et pour quelle heure ?

— Aujourd’hui et cet après-midi.

— En première ou en seconde classe ?

— Seconde.

— Il y a le 14 h 11 qui part bientôt, le 15 h 06 en bus ou le 18 h 47 en direct, Monsieur.

Quentin regarda sa montre et calcula rapidement le temps nécessaire. Le 15 h 06 risquait d’être un peu juste.

— Allons-y pour le 18 h 47 et pour deux adultes, s’il vous plaît.

— D’accord, Monsieur.

Tandis qu’un sifflet annonçait le départ d’un train, Quentin fut soulagé de sentir la pochette de papier glacé, contenant les précieux billets, glisser sous ses doigts. Hélas, il ignorait que le train de 18 h 47 ne pourrait jamais quitter la ville.

 

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