Divorcer d'un manipulateur

Christel Petitcollin · Chapitre 14 sur 40

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Divorcer d'un manipulateur

La fragilisation

 

Ces victimes ne sont pas des personnes fragiles, mais des personnes fragilisées par ce harcèlement. Un choix d’ordre vital se présente aux victimes au moment où l’entreprise de destruction atteint son paroxysme. Celles qui se sont échappées du piège le disent toutes : « C’était une question de vie ou de mort ». Toutes les victimes que j’ai eues en consultation ont prononcé cette phrase terrible : « J’allais y laisser ma peau… » Et les autres ? Il y a onze mille suicides en France chaque année. Je suis convaincue qu’on découvrira un jour que la majorité d’entre eux sont la conséquence directe d’une relation d’emprise.

Par ailleurs, dans Les Relations toxiques, Geneviève Pagnard insiste sur la période de fragilisation où s’est faite la rencontre. Effectivement, quand on demande à la victime ce qu’elle vivait au moment où elle a commencé à fréquenter amoureusement le manipulateur, elle sortait d’une période délicate. Elle venait juste de vivre des choses difficiles : un décès, un problème au travail, une rupture douloureuse, un problème de santé. Dans mon livreEchapper aux manipulateur, je le résumais déjà ainsi : « Le sang qui coule attire les piranhas ». Depuis, j’ai pu constater que c’est tout au long de la relation que le manipulateur exploite chaque période de fragilisation. À chaque fois que vous serez à terre, il en profitera pour vous donner des coups de pieds psychologiques ou vous faire signer des papiers compromettants. Nous l’avons vu plus haut, les grossesses les rendent odieux, mais ce n’est pas le seul cas ! Par exemple, beaucoup de victimes m’ont dit que pendant qu’elles veillaient un de leurs parents en fin de vie, leur manipulateur a inventé de nouvelles tracasseries et en a profité pour les plumer un peu plus. Par exemple, il a pris une maîtresse et s’est arrangé pour que sa femme le sache. Il arrive ensuite à la persuader que c’est de sa faute, puisqu’elle l’a négligé pendant qu’elle veillait son parent en fin de vie. Souvent, il se passionne brusquement pour la constitution d’un patrimoine. Vise-t-il l’héritage qui se dessine sur le lit de mort du parent agonisant ? C’est fort probable. Toujours est-il qu’il s’improvise trader et fait des placements douteux, ou agent immobilier et monte une SCI. Il profite de l’indisponibilité mentale de sa conjointe pour échafauder des montages financiers, lui faire signer dans l’urgence des papiers auxquels elle n’a surtout pas envie de s’intéresser à ce moment là. C’est beaucoup plus tard, lorsqu’elles auront fini leur deuil, que les victimes réaliseront qu’elles sont copropriétaires de biens immobiliers, évidemment gérés en dépit du bon sens, par un escroc cupide. C’est au moment du divorce qu’elles pourront mesurer à quel point cette SCI est aliénante. Entre-temps, l’escroquerie commencera à apparaître, les locataires en seront à faire des procès, les impôts à réclamer leur dû. Nul n’est censé ignoré la loi. Comment ces épouses pourront-elles justifier n’avoir jamais mis le nez dans ce business qui comporte pourtant leur signature ? Mais pour les victimes, c’est logique : il ne fait strictement rien à la maison. Alors, pour une fois qu’il s’occupe de quelque chose et qu’en plus il y tient - et pour cause -elles ne vont pas le décourager !

Pierre me raconte comment sa compagne a cherché à exploiter sa faiblesse passagère : il vivait de grandes difficultés dans son travail et en était très soucieux. C’est à ce moment-là que sa femme s’est mise à exciter sa jalousie en devenant ambiguë sur ses plannings, en jouant les grandes séductrices mystérieuses. Il en devenait fou, lui faisait des scènes que les voisins entendaient. Sa compagne était en train de lui créer une réputation d’homme violent, maladivement jaloux et possessif. Quelle chance qu’il m’ait consultée pour « soigner sa jalousie » ! Il a pu réaliser le jeu pervers qu’elle avait mis en place pour l’attiser et il s’est apaisé. Il me dit soulagé : « Ouf, son petit jeu ne marche plus. Du coup, elle se tient tranquille, mais c’est bizarre, en ce moment elle n’arrête pas de se cogner. Elle est couverte de bleus. » Je préviens Pierre : « Allez déposer une main courante à la police indiquant que vous avez remarqué que depuis quelque temps, votre femme est couverte de bleus. » Pierre me quitte incrédule. Il n’est pas loin de penser que je suis folle et que je vais chercher trop loin. Sa femme ne peut pas être aussi diabolique. Heureusement, dans le doute, il appelle son avocat qui lui donne le même conseil que moi. Pierre a déposé cette main courante. Les manipulateurs ont des antennes. Bizarrement, sa femme a arrêté de se cogner partout et les bleus ont disparu. Bien sûr tout cela s’est soldé par un divorce éprouvant. S’il ne m’avait pas consultée, il serait passé pour un mari jaloux et violent et aurait eu tous les torts lors de ce divorce.

Pierre a dû gérer tous les comportements déviants de sa femme en parallèle de ses grandes responsabilités et de ses tracas professionnels. Les femmes victimes de manipulateurs gèrent seules toute l’intendance de la maisonnée au milieu d’un pilonnage permanent de méchanceté. Alors, ces victimes sont-elles vraiment des gens fragiles, faibles et stupides ? Personnellement, je suis toujours impressionnée par leur force de vie,leur énergie,leur optimisme têtu et surtout leur humanité inoxydable. Mais c’est vrai que lorsqu’on les rencontre en fin d’emprise, elles ne sont pas belles à voir !

 

1 Voir bibliographie.

 

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