Divorcer d'un manipulateur

Christel Petitcollin · Chapitre 35 sur 40

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Divorcer d'un manipulateur

S’entendre avec les juges

 

Entre les juges et les victimes, il y a souvent une incompréhension réciproque, voire une antipathie, qui se révèle alarmante quand il s’agit de décider du devenir des enfants. Nous l’avons vu, les victimes ont une vision irréaliste de la justice. Leur méconnaissance du système judiciaire leur fait commettre gaffe sur gaffe. Comme elles se croient innocentes et qu’elles s’imaginent qu’elles n’ont rien à prouver, elles auraient tendance à s’indigner facilement et à prendre tout le monde de haut. Leur dossier est vide. Elles accusent à tort et à travers sans apporter de preuves. En overdose de stress, elles crient, pleurent, menacent. Bref, en justice, les victimes se défendent très mal et se présentent sous leur pire jour. Elles ne mesurent pas le danger qu’elles courent et qu’elles font courir à leurs enfants en se mettant ainsi le juge à dos.

Le juge a en face de lui une femme qui semble hystérique et déstructurée (une vraie folle !) ou complètement naïve et absente, alors que son conjoint semble tellement calme et posé. Et pour cause ! Le manipulateur a une maîtrise absolue des codes sociaux. Il sait quoi dire, quand et à qui. Son discours est clair, structuré, faussement rationnel. Le venin est subliminal. Derrière son masque,il actionne ses ficelles habituelles : séduction, pitié et accusation de l’autre. Il parle au juge son langage et cela fonctionne.

Les victimes doivent comprendre qu’un juge aux Affaires familiales est avant tout un être humain. Il n’est ni un sur-homme, ni une machine, et encore moins un devin. Il connaît les lois et cherche à les appliquer au mieux. Mais au moment où il s’occupe de votre cas, il porte une histoire personnelle. De plus, il a eu plein d’autres affaires similaires et de grosses journées de travail. D’autres dossiers l’attendent et de longues heures d’étude de ces dossiers suivront votre audience. Sachez qu’il a peu de temps à consacrer à votre cas. Vous n’aurez pas l’occasion de faire deux fois bonne impression. Les émotions sont en général mal venues dans un prétoire. Elles exaspèrent les magistrats, font perdre du temps et semblent souvent sur jouées, surtout d’ailleurs quand il s’agit d’émotions de femmes. Les hommes ont plus de chance : leurs cris peuvent impressionner et leurs larmes bouleversent. C’est si beau et si rare un homme qui pleure ! Mais ces bonnes femmes, quelles hystériques ! Socialement les colères de femmes ne passent pas du tout. Alors je recommande vivement aux femmes de pleurer plutôt que de crier. Mais pas trop fort quand même. Votre petite larme passera mieux que de gros sanglots.

Si vous le pouvez, soyez calme, explicative, factuelle, centrée sur votre affaire. N’oubliez pas qu’une part de perception subjective entre forcément en ligne de compte dans le jugement qui sera rendu par le magistrat. Si vous vous faites mal voir en plus d’avoir un dossier vide, ce sera fichu pour vous. Ne parlez au magistrat que de ce qui entre dans le cadre de ses fonctions : la légalité. Ne le fatiguez pas inutilement. Donnez-lui des documents clairs, utiles, bien rangés et faciles à comprendre. Non, vous ne lui mâchez pas son travail. Ce travail est le vôtre. Vous lui permettez de se pencher sur votre cas dans les meilleures conditions.

D’autre part la justice est humaine, donc aléatoire. Peut-être dans les trois affaires précédentes, le juge a-t-il donné la résidence des enfants à la mère. Alors peut-être, dans un souci inconscient de rééquilibrer la balance, quand ce sera votre tour, optera-t-il pour la résidence chez le père. Surtout si vous vous défendez mal, si vous l’exaspérez par votre méconnaissance du mécanisme judiciaire, si vous lui faites perdre son temps avec des anecdotes ou des récriminations hors sujet. À vous de mettre toutes les chances de votre côté.

Tandis que les malentendus s’accumulent, le manipulateur qui, lui, connaît parfaitement le fonctionnement de sa victime et de la justice, tire les ficelles dans l’ombre. L’appareil judiciaire devient un moyen supplémentaire de persécuter sa proie. Il y a tellement peu de pères impliqués. Quand l’un d’entre eux clame son amour pour ses enfants et sa souffrance, forcément, ça marche. Les juges ont envie de donner une chance de s’impliquer à ce père.

C’est pourquoi il vous faut fournir des preuves solides de sa dangerosité. Ne vous justifiez pas, ne vous éparpillez pas. Axez vos arguments sur des faits concrets. Laissez tomber l’idée de faire comprendre au juge qui est votre ex et son niveau de malveillance sournoise. La malveillance sournoise par définition ne se voit pas. Les juges ne sont pas formés pour comprendre la manipulation mentale et les situations d’emprise. Vous allez passer pour folle ou diabolique. Amenez des faits objectifs.

 

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