Divorcer d'un manipulateur

Christel Petitcollin · Chapitre 6 sur 40

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Divorcer d'un manipulateur

Chapitre 2 — Qui sont les manipulateurs ?

CHAPITRE 2 — QUI SONT

 

LES MANIPULATEURS ?

 

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Un personnage standard

 

Comme je vous le disais dès l’introduction, le tableau est incroyablement stéréotypé. C’est pourquoi le manipulateur peut se résumer en quelques données : il a deux visages, quatre ficelles et trois pensées. Sa violence s’exerce en trois temps, elle provoque trois phases de dégâts et se termine en apothéose : un bouquet final de bassesses, de cruauté, de haine et d’inhumanité, montrant enfin la noirceur de son âme et de ses desseins. À sa victime seulement ! Pour tous les autres, il restera le brave ex-mari d’une femme cinglée.

 

Deux visages

 

Un manipulateur a deux visages, ou plus précisément un masque et un visage. Le masque est éminemment sympathique. Voisin chaleureux, serviable et cordial, mari parfait et attentionné, employé modèle, papa gâteau, fou de ses enfants, fils dévoué… Le rôle est largement surjoué, correspond trait pour trait aux clichés lénifiants véhiculés par la pub, mais étrangement, tous les interlocuteurs tombent dans le panneau. L’entourage affirme en permanence à la victime qu’elle a de la chance de vivre avec une personne aussi agréable ! La victime doute et culpabilise. Pourquoi n’est-elle pas heureuse avec ce merveilleux compagnon ? C’est pourtant simple à comprendre : derrière le masque séduisant se cache un personnage morose et malveillant.

Coralie est en sortie d’emprise. Elle commence à ouvrir les yeux sur qui est son compagnon. Le week-end précédent, elle fêtait son anniversaire au restaurant avec son conjoint et un couple d’amis. Elle me raconte sa soirée : « Avec tout ce que je commence à comprendre, je m’étais mise en position d’observation. Indifférent et morose, comme à son habitude, il m’a ignorée tout l’après-midi à la maison. Chez nous, je suis un meuble, même le jour de mon anniversaire ! Au moment de partir au restaurant, il m’a mis la pression de l’urgence. Il s’était installé au volant et klaxonnait rageusement alors que j’étais encore dans la salle de bains. En me voyant arriver, il a dénigré ma tenue. Dans son regard plein de dégoût, je ne pouvais que me trouver vieille, moche et inadéquate. Puis pendant le trajet, il a cherché à créer une dispute à propos de ma famille. En temps normal, ça aurait marché. Je me serais énervée et je serais arrivée au restaurant bouleversée. Puis j’aurais fait la tête toute la soirée, pendant qu’il aurait joué les boute-en-train. Mes amis auraient sûrement pensé que ce brave gars avait bien du mérite à supporter une mégère comme moi. Mais cette fois, je suis arrivée détendue et souriante, et j’ai bien vu qu’il était furieux que son stratagème n’ait pas marché. Toute la soirée, il a joué le rôle du conjoint amoureux, attentionné et romantique. C’était énorme, ça sonnait faux. Que c’était kitch ! Je pense qu’avant, j’aurais gobé son cinéma, trop contente de retrouver enfin celui qu’il était à nos débuts. J’aurais cherché à me persuader que seuls ses soucis le rendent désagréable et qu’un peu de détente suffit à réveiller sa « vraie » nature. Mais là, je voyais clair et j’en avais la nausée. Dans ma tête se superposaient l’expression de dégoût de l’heure d’avant et cet air amoureux, l’attitude méprisante ordinaire et ce brusque assaut de galanterie, les critiques et moqueries quotidiennes et ces flatteries soudaines. Il m’a offert un bijou avec une mise en scène grotesque. On se serait cru dans un «  chick flick  ». Mon amie le regardait avec des yeux brillants. Lorsqu’on est allées aux toilettes toutes les deux, elle m’a dit : “Quelle chance tu as d’avoir un conjoint aussi merveilleux ! “Ça m’a fait de la peine pour elle. Elle a un conjoint simple et sincère qui l’aime réellement et elle se fait abuser par le cinéma de mon conjoint qui lui donne l’impression que le sien est un rustre. Avant, j’aurais participé à la mystification. N’ayant que les apparences pour retaper mon ego, j’aurais joué les épouses comblées et j’en aurais même rajouté. Là, je lui ai dit la phrase que vous m’avez apprise : “Ne te fie pas aux apparences. Tu sais, il a deux visages. Tu en connais un et moi,je connais l’autre !“ »

Comme vous pouvez vous en douter, le masque du compagnon de Coralie est tombé dès le retour en voiture. Odieux pendant tout le trajet, il était néanmoins demandeur d’une relation sexuelle à l’arrivée. Cela n’étonnera aucune des femmes qui ont partagé la vie d’un manipulateur !

Il faut savoir que ce masque social sympathique est épuisant à porter pour les manipulateurs. C’est pourquoi, dès qu’ils le peuvent, ils ne sont plus gentils qu’a minima et de toute façon, toujours par calcul. Le reste du temps, ils sont eux-mêmes, c’est-à-dire de sinistres sires. S’ils redeviennent brusquement adorables, c’est qu’ils sont face à des personnes utiles et que la situation sert leurs intérêts. Dès qu’ils ont la certitude de pouvoir être eux-mêmes en toute impunité, ils se relâchent, ouvertement ou sournoisement. Le masque tombe, mais nous n’arrivons pas à croire à la réalité de ce nouveau visage.

Les manipulateurs sont des passifs agressifs, c’est-à-dire des gens malveillants et lâches. Ils font un sabotage intense, mais caché sous de l’étourderie ou de la maladresse. Prêtez-leur votre voiture, ils vous la rendront cabossée et ce ne sera pas de leur faute. Annie me confirme le processus. Dès que son nouveau conjoint est venu s’installer chez elle, il lui a cassé sa machine à laver neuve en quelques mois. Sous couvert de l’aider, il surchargeait le tambour, lavait tout et n’importe quoi, et se vexait dès qu’elle lui demandait de ménager l’appareil. Il la culpabilisait en lui faisant croire en sa chance d’avoir un mari qui fait la lessive.

Quand on vit avec un manipulateur, les objets se cassent, s’usent, disparaissent, réapparaissent parfois ailleurs… Il y a brusquement des erreurs administratives, des papiers ou des clés perdus, qui entraînent autant de démarches supplémentaires épuisantes. Les quiproquos s’accumulent qui font que quand vous avez rendez-vous ensemble, vous vous loupez, vous l’attendez, vous rentrez à pied…et même à la nage, en ce qui concerne Catherine !

Prétextant qu’il en avait marre d’attendre qu’elle ait fini de se baigner, il est parti avec le bateau, la laissant à deux kilomètres de la côte. Je fais remarquer à Catherine :

« Sa mauvaise humeur aurait pu vous tuer.

— Elle le défend : Mais non, je suis bonne nageuse !

— Ah, oui ? Vous l’auriez fait, vous, de laisser quelqu’un si loin des côtes ?

— Oh non, répond-elle spontanément,c’est beaucoup trop dangereux !

— Vous voyez qu’il vous a délibérément mise en danger ! »

Leur malveillance va jusqu’à organiser de véritables mises en dangers. Il y a des incendies suspects, des courts-circuits étonnants, des fuites de gaz… Le mari de Danielle a déjà mis le feu deux fois. Elle est quasiment sûre que ce n’était pas accidentel. La première fois c’était son grille-pain qui a flambé : bizarrement, c’est l’ustensile qu’elle utilise le plus pour son usage personnel. L’autre fois, il a mis le feu à la haie mitoyenne, sous couvert de brûler les feuilles mortes. Danielle sait pourquoi : elle s’entend trop bien avec leurs voisins.

Les manipulateurs adorent aussi pousser les gens à bout « innocemment ». Avec eux, les soirées avec les amis ou la famille de sa victime regorgent de gaffes, de maladresses, de plaisanteries blessantes, de surnoms ridicules, d’anecdotes humiliantes pour l’un des convives. Un malaise s’installe, les invités n’osent pas se fâcher, personne ne relève l’injure. La personne blessée sauve la face tant bien que mal. Peu à peu, les soirées se font plus rares et c’est bien le but recherché : faire le vide dans les relations sociales de la victime.

Il ne reste plus qu’à éloigner le cercle d’intimes. Lorsqu’il s’agit de faire fuir les proches, le manipulateur sait se montrer odieux. Il critique sans relâche tous les amis de sa victime et dénigre sa famille. Devant eux, c’est avec sa victime qu’il se comporte en tyran. Il lui donne des ordres et la dénigre. Comme la plupart des gens ont peur des conflits et qu’il est difficile de défendre quelqu’un qui se laisse faire, les convives ne bronchent pas, mais vont diplomatiquement refuser les prochaines invitations. La victime est souvent blessée de la désaffection de ses proches. Elle ne réalise pas que l’ambiance de plomb à laquelle elle s’est habituée est irrespirable pour les autres et que la voir se faire rabaisser sans broncher est insoutenable pour ceux qui l’aiment. Pour se débarrasser des derniers irréductibles sentimentaux qui aiment sincèrement sa victime et qui tiennent bon, le manipulateur ira jusqu’aux insultes, parfois jusqu’aux coups. Je reçois souvent des parents accusés de provocations imaginaires, insultés et même frappés par le conjoint de leur enfant. Leur fils ou leur fille, paralysé(e) par l’emprise psychologique, n’a pas réagi, ou pire, pour éviter des représailles ultérieures, a donné raison au manipulateur.