Divorcer d'un manipulateur
Devenir réalistement complètement parano 145
Devenir réalistement complètement parano
Le plan d’un manipulateur quitté par sa conjointe est simple à comprendre. Ivre de rage, il n’a plus qu’une idée en tête : la détruire. Il est hors de question qu’elle vive sans lui. L’idée qu’elle soit heureuse de surcroît lui est insoutenable. Il considère que puisqu’elle le quitte, non seulement elle n’aura droit à rien, mais en plus, elle mérite d’être punie. En fonction de son niveau de perversité, il estimera qu’elle mérite le malheur, la mort (nous le voyons hélas régulièrement dans les faits divers), ou qu’elle doit être punie sadiquement et crever à petit feu. À ce niveau, j’ai pu observer que l’agressivité des hommes et leur besoin de punir leur compagne sont en général beaucoup plus intenses et leur pouvoir de nuisance décuplé par rapport aux rosseries féminines, mesquines certes, mais plus limitées. Le mari manipulateur fera donc tout pour que sa femme soit financièrement et matériellement dépouillée. Il faut qu’elle n’ait plus rien, qu’elle parte les mains vides et qu’elle soit surendettée sur de longues années. Évidemment, le plus efficace pour atteindre une femme est de s’en prendre à ses enfants. Un manipulateur fera tout pour lui en ôter la garde, quitte à faire placer les enfants. L’objectif est multiple : faire mal à la mère, lui piquer ses jouets, lui démontrer qu’elle n’est qu’un utérus interchangeable,et que les enfants sont ses affaires à lui.
Noëlle était mère au foyer avec quatre enfants. Elle a eu la double naïveté d’annoncer à son mari qu’elle souhaitait le quitter et de croire qu’il se comporterait correctement au cours de cette séparation. Noëlle a eu une sacrée mauvaise surprise en découvrant la réaction de son mari ! Il lui a simplement confisqué sa carte de crédit et les clés de sa voiture, puis il a mis sous clé tous les papiers. Noëlle était prisonnière.« C’est moi qui ferai les courses, maintenant ! » a-t-il proclamé. Et effectivement, après son travail, il ramenait de la nourriture à bas prix, qu’il laissait faisander dans le coffre de la voiture toute la journée, avant de la mettre hypocritement au réfrigérateur. Noëlle s’est aperçu un jour que la viande qu’il venait de mettre au frigo était brûlante comme si elle avait passé des heures au soleil. Cela ne posait aucun problème à ce père d’empoisonner ses propres enfants avec de la charcuterie faisandée pour punir sa femme de ses velléités d’émancipation. Il devenait violent avec elle. Je n’ai pas su la suite de l’histoire. Sans le sou, elle ne pouvait plus se faire aider, ni même payer un avocat pour engager la procédure.
C’est avant la séparation qu’il faut accepter de voir qui il est vraiment et faire face à ce qu’il va probablement faire. Plus vous saurez anticiper ses réactions, plus vous pourrez vous défendre réalistement et efficacement. Malheureusement, la plupart du temps, c’est quand elles voient le piège se refermer sur elles que les victimes réalisent qu’elles sont en train de se faire détruire par une machination diabolique, et à ce moment-là, c’est trop tard. Avant, elles ne le voient pas ou refusent de le croire : ce n’est pas possible qu’il soit aussi méchant ! C’est quand même le père de leurs enfants, un homme qui dit les avoir aimée. Ce niveau de malveillance est juste inconcevable. Il est un peu en colère, c’est tout et il va se calmer avec le temps. Hélas, non. Il va au contraire se griser de sa haine et sa malveillance va aller en empirant. Cela fait vingt ans que je vois le même processus se reproduire. C’est pourquoi je voudrais partager cette expérience pour faire de la prévention. Je vous invite en fait à devenir réalistement complètement parano.
Un florilège de crasses
Vous rappelez-vous le mail que je cite dans mon introduction : « … il a mis au point une machine de guerre pour me détruire. Pour ce faire, il a utilisé tous les stratagèmes possibles… » ? Voici une liste non exhaustive de ces « stratagèmes possibles », ceux que mes clients et clientes m’ont raconté avoir subis pendant la période de séparation.
Les plus puérils :
— enduire le fer à repasser d’encre rouge ;
— planquer toutes les brosses à cheveux sur le dessus de l’armoire de toilette ;
— piquer une chaussure de chaque paire ;
— jeter votre téléphone portable dans la piscine ;
— planter une allumette dans votre sonnette en pleine nuit.
Plus ennuyeux :
— fermer et/ou vider les comptes bancaires ;
— faire disparaître chéquiers et cartes bancaires ;
— créer des dettes dont vous pourriez devoir être solidaire ;
— détourner le courrier, pirater votre ordinateur ou votre téléphone, effacer les emails ou les textos, de préférence avant que vous n’en ayez eu connaissance, en envoyer d’autres, compromettants, en votre nom ;
— voler des papiers importants ;
— confisquer le livret de famille, la carte vitale, les passeports ou les cartes d’identité, notamment celles des enfants ;
— changer les serrures et/ou confisquer les clés ;
— résilier les abonnements : téléphone, eau, gaz, électricité et plus grave, assurances et mutuelles, sans vous en prévenir ;
— vous harceler à votre travail, téléphoner à vos collègues, à votre patron, pour vous faire perdre votre emploi.
Réellement dangereux :
— dauber délibérément les aliments ;
— mettre sournoisement des médicaments dans votre boisson ou votre nourriture ;
— mettre le feu ;
— saccager la maison, provoquer un dégât des eaux ou un court-circuit ;
— trafiquer les freins de votre voiture ou dévisser une roue ; — organiser de diverses façons des mises en danger de votre personne.
Stupidement revanchards :
— crever les quatre pneus ou la capote de votre voiture ;
— déchirer vos photos ;
— casser ou jeter vos objets affectivement précieux ;
— publier des photos de vous nue ou de vos ébats sur le net, les envoyer à vos collègues et à vos proches ;
— lacérer vos vêtements ;
— effacer vos données dans l’ordinateur ;
— effectuer un transfert d’appel de votre ligne professionnelle sur l’horloge parlante de New York.
Comme vous pouvez le constater, tous ces agissements véhiculent le même message : tu ne mérites pas d’exister. Malgré l’énormité de ces représailles, je dois vous prévenir : ce n’est que l’apéritif. Le plat de consistance viendra avec la procédure judiciaire.
En parallèle se mettra en route la campagne de dénigrement visant à vous discréditer partout : auprès de vos proches, de vos amis, de vos collègues, des voisins, de la nourrice, des enseignants, du médecin… Il peut aussi se livrer à un harcèlement sur votre lieu de travail dans le but de vous faire perdre votre emploi. Ce harcèlement risque au passage de réveiller les manipulateurs de votre entreprise, ravis de vous découvrir fragilisée. C’est ainsi que certains de mes clients subissent un double harcèlement en période de divorce.
Vous voyez que cela vaut vraiment la peine de savoir anticiper. Les manipulateurs n’ont de pouvoir sur nous que par nos propres peurs et notre manque d’instinct de protection. Grâce à votre nouvelle méfiance paranoïaque, vous allez pouvoir lui enlever beaucoup de son pouvoir de vous nuire :
— faites attention aux courriers détournés qui n’arrivent jamais ;
— changez la serrure de votre boîte aux lettres ou domiciliez votre courrier ailleurs ;
— changez vos PIN et mots de passe ;
— effacez vos historiques de navigation sur le net, votre journal d’appels sur votre mobile.
— pensez à éteindre votre téléphone quand vous êtes sous la douche ;
— créez une boîte mail secrète.
Sachez qu’un manipulateur est un hybride entre la commère et l’espion. Il écoute aux portes, fouille partout et peut même laisser des dictaphones enregistrer vos propos en son absence, dans votre voiture ou votre salon. Avec les dictaphones numériques, ce sont des heures de vos conversations qu’il peut ainsi obtenir. Quand je dis complètement parano, c’est vraiment complètement ! Mes clients me regardent avec méfiance. Ils trouvent que j’exagère le danger. On n’est pas dans un James Bond ! La suite de l’histoire, hélas, me donnera raison. Mais au début, je prêche bien souvent dans le désert.
Il faut donc avant tout admettre sa malveillance, qui est pourtant apparente depuis fort longtemps, et en comprendre le fonctionnement.
Alors de quoi est-il capable ? Jusqu’où peut-il aller ? Quel est son niveau de dangerosité et son réel pouvoir de nuisance ? Pour répondre avec réalisme avec ces questions, il faut savoir de quoi les manipulateurs sont capables en général (vous commencez à en avoir une idée !), puis compléter et ajuster avec ce que vous savez du vôtre. Surtout ne minimisez rien.
— Observez ce qui le fait réagir et de quelle façon, dans les films, les séries, les faits-divers, dont il entend parler. Par exemple, une cliente m’a raconté que son mari a ri à s’étouffer en apprenant que deux aides-soignantes avaient mis un somnifère dans le café de leur chef parce que leurs plannings ne leur plaisaient pas. Je lui ai donc vivement conseillé de surveiller son verre aussi attentivement qu’en boîte de nuit et de ne jamais lâcher son assiette de vue. C’est à ce moment-là qu’elle a réalisé qu’elle avait déjà parfois des hypersomnies bizarres…
— Étudiez ce qu’il a déjà fait et à qui, quand il était furieux, notamment dans le cadre de ses précédentes ruptures. Ce n’est pas compliqué à savoir. En général, les manipulateurs s’en vantent. Ils inversent aussi les données et accusent leurs ex de ce qu’ils leur ont fait. Vous pouvez aussi prendre contact avec ces ex. Leur version de la séparation sera édifiante.
— Écoutez attentivement le contenu de ses menaces. Ne lui montrez surtout pas qu’elles ont un impact sur vous, mais prenez les néanmoins très au sérieux. Certaines ne sont que des menaces d’enfant furieux : « Je vais te tuer ! », d’autres sont plus sérieuses : « Tu n’auras pas la maison ! » ou « Tu n’auras pas la garde des enfants ! » En aucun cas, vous ne devez montrer à votre manipulateur que ses menaces vous atteignent. Jusqu’à présent vous lui avez expliqué longuement à quel point tel comportement ou tels mots vous avaient blessée. Il vous écoutait, ravi d’avoir tapé juste et de se le faire confirmer. En lui disant où vous avez mal, vous lui dites où continuer à taper.
Votre devise à compter de maintenant doit être : « Même pas mal et même pas peur ! » Comme au poker, il faut apprendre à bluffer pour qu’il ne sache plus si ses coups vous atteignent ou pas. Il vous menace de demander la garde des enfants ? Éclatez-lui de rire au nez et rétorquez : « Bonne idée ! Tu ne t’en es jamais occupé. Ça va te changer ! Et moi je pourrai enfin souffler et sortir danser. » De même, il ne veut pas lâcher la maison et prétend vous jeter dehors ? Abonder dans son sens, même si ce n’est pas vrai : quitter enfin cette trop grande baraque, vivre en appartement en ville proche de toutes commodités et ne plus faire tous ces trajets, vous en rêviez ! Voir sa mine déconfite devant cette réponse inattendue sera votre récompense.
Attention, je vous le rappelle : ne dites jamais à un manipulateur que vous avez compris qui il est, ce qu’il fait et comment il fonctionne. Quand un manipulateur se sait découvert, il se lâche sans vergogne. Il devient encore plus dangereux quand il n’a plus besoin de sauver les apparences.
Divorcer d’un manipulateur, c’est provoquer une guerre sans merci, d’abord larvée, puis de plus en plus ouverte. Il faut se préparer à la violence de sa réaction : vous allez subir un siège et des pressions intenses. Il alternera les périodes de séduction, d’appel à la pitié, activera votre culpabilité et moins ces ficelles fonctionneront, plus il s’en tiendra à l’intimidation et au rapport de forces brutal. À chaque fois que ses manigances n’auront pas l’impact escompté, il marquera un temps d’arrêt. La fin des hostilités ? Non, une trêve, le temps de vous rendormir, de fourbir ses armes et de trouver par quelle nouvelle faille vous attaquer. Moins il y aura de failles, plus vous l’aurez deviné et devancé, moins il aura l’espace de vous nuire. Dans de rares cas, les manipulateurs sont machiavéliques et leurs nuisances impossibles à deviner, mais dans la majorité des cas, vous avez affaire à un gamin, qui balise le chemin de sa malveillance comme le Petit Poucet semait ses cailloux. À vous de sortir de votre candeur.
Entrer dans cette guerre totale pose des problèmes d’éthique. « Ce n’est pas moi ! Je ne suis pas comme ça ! Je ne veux pas agir ainsi !s’exclament les victimes choquées. Il m’oblige à lâcher mes valeurs humanistes pour descendre au niveau de sa boue. Je refuse ! Je ne vais pas m’abaisser à… » Hélas si, vous y serez bien obligée ! Face à une telle agression, la non-violence ne suffit pas. Un pays envahi, même s’il était pacifique, doit se défendre. Il faudra revisiter vos valeurs. Elles sont valides avec des chatons, pas face à un chacal. Défendre sa peau et protéger ses enfants, c’est éthique. Ne pas prévenir son geôlier qu’on s’évade, c’est éthique. Ne pas donner les positions de ses installations anti-missiles à son adversaire, c’est éthique aussi. Si les victimes n’ont pas envie d’entrer dans ce monde de guerre, c’est également parce qu’elle n’ont pas envie de rester en lien avec ce manipulateur. Elles voudraient juste oublier et passer à autre chose. Ce ne sera pas totalement possible avant de longues années. Il va rester cramponné à vous comme une tique jusqu’à ce que vous l’obligiez à lâcher. Mais il lâchera d’autant plus vite que vous vous serez bien défendue.
Il est très difficile pour les victimes de concevoir qu’on puisse ne pas vouloir s’entendre et que quelqu’un jette délibérément de l’huile sur le feu. Pourtant, c’est ce qui va se passer. Comme toujours son discours sera aux antipodes de ses actes. Il prétendra vouloir négocier, mais il jouera le pourrissement, essaiera de vous avoir à l’usure, fera des promesses qu’il ne tiendra pas. Il ne signera rien, demandera des reports, ne fournira pas les documents, etc. Plus que jamais, pour ne pas se faire avoir, il faudra vérifier la synchronisation entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, et s’en tenir strictement aux actes.
Marie arrive joyeuse en séance :
« On y est ! Il est d’accord pour qu’on vende la maison !
— Moi, suspicieuse et rabat-joie, comme toujours : Il a signé ?
— Marie : Non, mais il va le faire ! »
Naïve Marie : en fait son mari ne signera rien, baladera les agences immobilières et fera fuir les acheteurs, tout en jurant la main sur le cœur qu’il fait son possible pour cette vente.
Il faut vous organiser comme pour un siège et partir du principe que ça va être très long. Renoncez à l’entente amiable. Pour un manipulateur, la définition de l’entente amiable, c’est « Je te plume et tu te laisses faire. » Il faudra ne céder sur rien. Rappelez-vous les leçons de l’histoire : les alliés ont laissé Hitler envahir la Pologne en croyant naïvement que cela calmerait ses ardeurs conquérantes…Chaque digue qui cède fait s’engouffrer la mer. Il en va de même avec un manipulateur. Gagner le moindre centimètre l’incite à partir à la conquête du suivant. Prévoyez tous les plans B pour le cas où rien ne se passerait comme prévu. S’il met dix ans à laisser vendre la maison, que faites-vous ?
On ne divorce pas d’un manipulateur. On fuit dans un réflexe de survie, dans une logique de sauve-qui-peut. Mais pour être réussie,une évasion doit être minutieusement préparée. C’est ce que je vous propose d’apprendre à faire dans le chapitre suivant.
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