Divorcer d'un manipulateur
Votre travail
Votre point de chute
Les manipulateurs ont des antennes. Quand ils sentent que leur proie commence à leur échapper, ils augmentent la pression. L’atmosphère peut vite devenir irrespirable. Il vous faut prévoir un point de chute pour le cas où les choses se gâtent. Trouvez des amis ou de la famille prêts à vous accueillir et à vous héberger momentanément ou plus durablement. Certains parents, pour sauver leur enfant aux prises avec un pervers, ont acheté ou loué un appartement à leur nom afin qu’il ait un refuge. C’est l’idéal, mais toutes les familles n’ont pas les moyens d’assister à ce point leur enfant adulte. Accepter d’être caution d’un loyer peut déjà beaucoup aider une victime. Mais attention à l’accusation d’abandon du domicile conjugal ou d’enlèvement d’enfants quand vous partirez. Il ne ratera pas une si belle occasion ! Faites les choses dans les règles. Il y a des actes simples à poser pour contrer cette accusation.
Si vous ne partez que quelques jours, juste pour souffler un peu, un simple échange de mails avec votre conjoint prouvera qu’il était au courant de ce déplacement. Si vous partez plus longtemps ou définitivement, déposez une main courante à la police ou à la gendarmerie, disant que vous partez en précisant le lieu et la durée, ou que vous partez définitivement avec l’intention d’engager une procédure de séparation dans les jours qui suivent. Ne partez pas sans prendre ces précautions. Si vous partez définitivement, ne partez surtout pas sans vos enfants.
Enfin, ne vous faites pas hospitaliser en psychiatrie, même s’il vous rend dingue. Il n’attend que ça pour prouver à tous que vous êtes folle et incapable de vous occuper des enfants.
Il faut partir et non le faire partir
Dans la majorité des cas, les victimes voudraient garder l’habitation principale et faire déménager leur manipulateur. En apparence, ce serait le plus simple et le plus juste. Il est plus normal de faire déménager une seule personne que plusieurs. En plus, c’est lui le problème ! C’est à lui de partir. La victime épuisée et sans le sou, ne se voit pas assumer un déménagement. En restant dans le logement familial, les enfants ne seront pas perturbés dans leurs habitudes. Ils garderont la même école, les mêmes copains. De plus, cette maison, c’est le seul signe extérieur de réussite dans la vie des victimes. Elles enragent de devoir la quitter. En bonnes Cendrillon, la tête farcie de clichés sur la famille Ricorée, elles pensent qu’il faut forcément un jardin aux enfants. Déménager en appartement est alors vécu comme un échec et une régression. Pourtant un appartement fonctionnel, près de toutes commodités est bien plus facile à vivre qu’une villa loin de tout, dont il faut assurer le lourd entretien. À moins que le bien immobilier que vous occupez ne soit le vôtre, partez. Les victimes qui ont choisi l’option de rester dans la maison familiale s’en sont vite mordu les doigts. Voici pourquoi.
Un manipulateur est quasiment indélogeable. Il s’accroche à sa maison comme un chien à son panier et montre les crocs dès qu’on veut l’en chasser. Lors des divorces, statistiquement, les hommes restent propriétaires du bien immobilier ou le redeviennent très vite, les femmes retournent à la location et se précarisent. Dans la majorité des cas que j’ai pu suivre, le manipulateur a gardé ou récupéré la maison familiale à terme. C’est son but dès le départ. Vous partirez les mains vides et il gardera tout. Quand il n’a pas lui-même l’argent pour racheter la part de sa compagne,le manipulateur met sa famille ou ses vieux parents à contribution. En général, sa famille cède et lui paye sa maison. Comme il s’agit de quelqu’un sans scrupules, un manipulateur est aussi tout à fait capable de trouver une nouvelle compagne à qui il fait très rapidement reprendre la part de crédit de son ex-épouse. Si si ! Je vous l’assure, je l’ai vu fréquemment.
Donc tôt ou tard, vous devrez déménager. Alors autant le faire tout de suite. Car pendant le temps où vous allez occuper les lieux, comme c’est son panier à lui et qu’il se croit chez lui, votre conjoint passera son temps à revenir chez vous sous des prétextes futiles. Changez seulement les serrures ou signifiez-lui de s’abstenir de passer à l’improviste, et vous allez provoquer de belles crises de rage. Si la justice vous attribue l’habitation principale, le temps où vous devrez cohabiter avant qu’il ne parte va être interminable et se faire dans une ambiance irrespirable. Entre le moment où vous assignez votre conjoint et le moment où se rend l’ordonnance de non-conciliation, il s’écoule en général entre trois et six mois. L’ordonnance lui donnera trois à six mois pour se trouver un logement. C’est normal, il faut laisser aux gens le temps de se retourner. La plupart des manipulateurs, dans la logique de « Cause toujours », feront semblant de chercher un logement, vous baladeront en vous faisant croire que la situation est sur le point de se débloquer, et gagneront du temps dans l’espoir que vous vous rendormiez ou que vous vous découragiez de les virer. Ils dépasseront la date prévue pour tester vos limites, pleurnicheront qu’ils ne trouvent rien et vous obligeront à devenir brutale : vous devrez signifiez fermement une date butoir, changer les serrures et mettre ses affaires dans le garage, et même dans certains cas, faire appel à la force publique pour les faire dégager, et cela aussi prend du temps. Dans tous les cas, vis-à-vis de vos enfants, vous serez la méchante Maman qui jette ce pauvre Papa dehors (ou le méchant Papa qui jette cette pauvre Maman dehors). Vous passerez d’autant plus pour quelqu’un de monstrueux auprès des proches et des voisins si vous avez dû avoir recours à des méthodes coercitives.
D’autre part, si c’est le manipulateur qui choisit son nouveau lieu d’habitation, il va le choisir de façon à vous pourrir la vie. Il s’installera par exemple dans votre rue, voire au bout du jardin. Je ne sais pas comment les manipulateurs se débrouillent, mais ils arrivent incroyablement souvent à dénicher le logement idéal pour vous surveiller de près. Votre ex passera son temps à vous épier, à vous tarabuster, à vous harceler et à perturber les enfants. Il voudra les voir quand ils sont avec vous et vous les refourguer quand il devrait les avoir. Vous le croiserez dix fois par jour devant chez vous et à chaque fois les enfants voudront faire un bisou à papa et aller chez lui cinq minutes. De plus, il vous sera impossible de refaire votre vie avec un ex aussi omniprésent. Bref ce sera l’enfer. Enfin, votre manipulateur pourra arguer de cette providentielle proximité pour demander la résidence alternée.
L’aspect financier est à prendre soigneusement en considération. Quand un couple se sépare, celui qui garde la maison doit un loyer à l’autre, si c’est un bien commun ou en indivision entre les conjoints. De moins en moins de juges accordent l’occupation gratuite du domicile conjugal. Ce loyer s’aligne la plupart du temps sur la valeur locative en vigueur pour ce type de biens dans votre région. Pour une grande villa, il peut de ce fait être conséquent. Le piège est que ce loyer viendra en déduction de la part de l’occupant au moment du partage. C’est-à-dire que sur le moment, vous n’avez rien à payer, ouf ! Mais ces loyers s’additionnent silencieusement pendant des mois, puis des années. La victime croit naïvement que la maison va vite être vendue et qu’avec sa part, elle rachètera quelque chose. Mais le manipulateur provoque l’enlisement. Les choses traînent, la maison ne se vend pas et se dégrade, les mois se transforment en années, le prix de vente baisse. Pendant ce temps, vous payez sans y prêter attention. Le jour où vous quitterez les lieux, votre part sera devenue dérisoire. Cela vaut la peine de faire courageusement face aux chiffres. Par exemple, si le loyer que vous devez pour l’occupation de la maison est estimé à 1 500 euros par mois, ce qui est une moyenne ordinaire pour un loyer de villa, vous perdez 18 000 euros par an. Si la vente traîne sur trois ans, vous aurez perdu 54 000 euros et s’il arrive à faire traîner les choses sur plus de dix ans, c’est vous qui lui devrez de l’argent.
Alors que si c’est votre manipulateur qui garde l’habitation principale, c’est lui qui vous devra un loyer et il sera de ce fait bien plus pressé de régulariser la situation. S’il fait traîner les choses, c’est vous qui gagnerez de l’argent. Il sera également plus calme parce que triomphant : il vous a mise dehors ! Quand les victimes veulent rester dans la maison, elles ne réalisent pas l’impact sur leur quotidien de tous ces aspects. Elles ne réalisent pas non plus le poids que représentera l’entretien d’une villa et de son jardin pour une personne seule. Alors soyez raisonnable, anticipez réalistement sur la suite des événements et choisissez le déménagement. Vous pourrez au moins contrôler la distance que vous mettez entre lui et vous. Faites le deuil de la vie en maison, trouvez un appartement sympa et sauvez-vous vite de votre cage dorée ! Si vous n’avez aucun moyen financier pour louer un appartement, rencontrez vite une assistante sociale pour qu’elle vous aide à obtenir un logement social,le RSA et les allocations familiales.
OceanofPDF.com
Votre travail
Nous l’avons vu, les manipulateurs font en sorte de vous appauvrir, de vous assujettir, de vous aliéner financièrement. Beaucoup de victimes ont subi des pressions jusqu’à ce qu’elles acceptent de rester au foyer, d’autres sont employées par leur manipulateur, officiellement à mi-temps pour limiter les charges, mais en réalité sans repos ni congé. D’autres enfin travaillent mais gagnent peu, et payent presque tout pendant que le manipulateur thésaurise. Il arrive que le manipulateur soit lui-même sans emploi, vivant à vos crochets et donc susceptible d’obtenir une pension. Si vous ne travaillez pas, certains avocats risquent de vous recommander de rester au foyer pour obtenir une prestation compensatoire plus conséquente. Lorsqu’on a affaire à un manipulateur, c’est un mauvais calcul. Après vous avoir empêchée de travailler toutes ces années,le manipulateur ira se plaindre auprès du juge qu’il vous entretient à ne rien faire depuis tant d’années et que vous êtes de mauvaise volonté pour vous prendre en main. Habilement présenté, l’argument peut fonctionner.
Par ailleurs,un manipulateur est un mauvais payeur. Cette prestation compensatoire lui restera en travers de la gorge. Il va se mettre en insolvabilité, créer des dettes, transférer son activité à l’étranger, planquer ses revenus. Vous risquez de ne jamais voir l’ombre de cette somme. Déjà, la pension pour les enfants sera difficile à obtenir. Au mieux restera-t-elle aléatoire, payée quand ça lui chante et sa légitimité sera sans cesse contestée. Autant compter avant tout sur vous. De plus, travailler vous redonnera confiance en vous et vous permettra de sortir de votre huis clos asphyxiant.
Si vous avez déjà un travail, attendez-vous à du sabotage. Il peut venir vous faire des scènes à votre bureau, vous harceler sur le parking ou au téléphone, vous mettre délibérément en retard,vous stresser pour que vous arriviez à votre travail bouleversée. J’ai vu des manipulateurs téléphoner au patron de leur conjoint pour le discréditer ou déverser leur haine. Si vous êtes patron de votre activité ou en libéral et si vous n’avez pas mis en place les protections juridiques adéquates, il vous fera vendre votre outil de travail. C’est dans la logique de ce non-droit à l’existence.
Si c’est le cas, lâchez prise. C’est en amont qu’il fallait être vigilant. Vous ne vous êtes pas protégée ? Tant pis pour vous. Ce sera le prix de la leçon. Vendez tout. Même pas mal, même pas peur.Vous rebâtirez votre activité autrement, beaucoup mieux, en ayant beaucoup appris, quand il n’aura plus le pouvoir de vous nuire.
C’est uniquement quand vous aurez fait le tour de tous ces aspects et mis en place toutes les protections dont vous avez besoin, que vous pourrez envisager de partir. En attendant, il va falloir se taire, dissimuler vos sentiments et feindre l’entente ordinaire, c’est-à-dire continuer à lui faire des scènes et faire semblant de réagir à ses provocations. Il faut aussi esquiver toutes ses tentatives pour vous tirer les vers du nez, apprendre à être évasive. Toutes ces techniques de contre-manipulation sont décrites dans mon précédent livre Échapper aux manipulateurs.Vous pouvez aussi
pour compléter lire un autre de mes livres : S’affirmer et oser dire non1.
1 Paru aux éditions Jouvence.
OceanofPDF.com