Donne-moi des ailes

Versi Camille · Chapitre 9 sur 34

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Donne-moi des ailes

Chapitre 9

 

Le sourire aux lèvres, je lance sur mon enceinte une playlist de musiques joyeuses. Rather be de Clean Bandit, On top of the world des Imagine Dragons, Can’t stop the feeling! de Justin Timberlake… Je viens d’appeler Inès et, comme moi, elle est euphorique à l’idée de nous rendre au Music Summer dans deux semaines. Maintenant, j’ai envie de profiter, de célébrer mes vacances que j’ai tant attendues et qui commencent si bien.

Alors que je ferme Spotify, une notification me parvient sur Instagram. Longissor vient de m’écrire… Ma joie augmente d’encore un cran, ce que je ne croyais pas possible.

 

Hey ! Comment s’est passé ton oral

de français ? C’était ce matin, non ?

 

On verra bien au moment des résultats,

mais je pense que je m’en suis bien

sortie. Tes techniques de respiration

m’ont encore aidée.

Parfait, je suis content de t’avoir été

utile ! Alors, quels sont tes plans

pour l’été ?

 

Des gens du lycée organisent plusieurs

soirées dans les jours qui viennent, je

vais pas mal sortir. Ensuite, ma mère

prévoit qu’on parte ensemble en

vacances sur la Côte d’Azur, on

passera sans doute du temps chez mes

grands-parents, aussi… Mais avant ça,

elle m’a fait un super cadeau de bac !

 

Ah oui ? Quoi ?

 

Elle m’a offert des billets pour le festival

Music Summer ! C’est dans deux

semaines, et ma meilleure amie viendra

avec nous !

 

Génial ! Tu vas adorer, j’en suis sûr.

Tu verras, il y a une super

ambiance.

 

Je relève immédiatement ce que ce commentaire implique, et y réagis aussitôt :

Tu y es déjà allé ?

Oui, plusieurs fois. Je n’en ai que

des bons souvenirs.

 

Et cette année, tu y vas ?

 

Je guette la réponse de Longissor avec impatience. Elle met plusieurs secondes à arriver, et ce laps de temps me permet de faire courir mon imagination.

Après tant de temps à nous parler par écrans interposés, peut-être est-ce le moment de nous rencontrer enfin ?

L’idée me donne le vertige. J’ai toujours imaginé Longissor comme un correspondant lointain, évoluant dans une réalité différente de la mienne. La possibilité de le voir m’emballe, et m’effraie un peu aussi. J’ai peur que cela change tout. D’être déçue.

Mais c’est peut-être le signe qu’il compte déjà beaucoup pour moi…

Lorsque ses mots apparaissent enfin sur mon écran, mon cœur explose.

 

Normalement, oui, j’y serai.

 

Quels jours ? Ce serait trop cool qu’on

puisse se croiser ! Moi, j’y passerai tout

le week-end, en tout cas.

Juste le samedi, en fin de journée.

Ce sera un passage éclair, je ne

sais pas si on aura vraiment la

possibilité de se voir.

 

Je le sens réticent, inhabituellement peu loquace. Mais si, le plus souvent, je laisse tomber lorsque je perçois qu’il ne souhaite pas discuter d’un sujet, cette fois, je ne renonce pas. Une opportunité comme celle-là ne se reproduira peut-être pas. Je m’en voudrais de la laisser glisser entre mes doigts.

Un quart d’heure peut suffire, il y a des

pauses entre les concerts dont on

pourrait profiter…

 

Je fixe mon portable en attendant une réponse, les mains tremblantes. Mais rien ne vient, même pas l’agitation familière des trois points en bas de mon écran.

Qu’est-ce qui fait hésiter Longissor ? Est-ce qu’il a peur que notre complicité virtuelle ne se retrouve pas dans la vie réelle ? Est-ce qu’il sera avec des amis, et craint leur réaction si nous entrons en contact ? Est-ce que, parce qu’il passera si peu de temps au Music Summer, il ne veut pas en sacrifier la moindre minute pour moi ? Impossible de le savoir, puisqu’il ne fait pas mine de m’envoyer le moindre message.

Tant pis : je ne sais pas quels obstacles je dois combattre, mais je m’y attelle quand même.

Longissor… Je ne pense pas que tu te

rendes compte à quel point tu m’as

aidée dans la période difficile que je

traversais. Je me sentais seule, et

grâce à toi, je l’ai été un peu moins. Tu

m’as ouvert de nouvelles perspectives,

loin de mon quotidien. J’ai l’impression

qu’on est sur la même longueur d’onde,

toi et moi. C’est rare de pouvoir parler à

quelqu’un comme ça. Ce serait

dommage que nous rations l’occasion

de nous rencontrer alors qu’elle se

présente…

 

J’ai mis tout mon cœur dans ce plaidoyer ; à présent, je me sens vulnérable de m’être ouverte ainsi. Si Longissor refuse ma proposition après ça, j’en serai blessée.

Au moins, à présent, il se décide à réagir. Je regarde les trois points monter et descendre avec fébrilité, jusqu’à ce que ses mots les remplacent :

 

Je ressens exactement la même

chose de mon côté. C’est juste que

ma situation est… compliquée.

 

« Compliquée » ? Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est certain, je touche là à la partie de la vie de Longissor dont il ne me parle jamais, sa vie de tous les jours à propos de laquelle je sais si peu.

De quoi as-tu envie ? N’est-ce pas la

principale question que tu devrais te

poser ?

Nouveau blanc de sa part. Je ne trouve plus quoi écrire, à court d’arguments. Mais soudain, les barrières de Longissor cèdent d’un coup.

 

Écoute, voilà ce qu’on peut faire.

SFR installe toujours une tente sur

le festival, en bordure de la zone

VIP. Il n’y a jamais grand monde, et

elle est facile à repérer. Attends-moi

juste devant à 21 h 30. J’ai vu tes

photos Instagram, je te reconnaîtrai.

Ça t’irait ?

 

Ce n’est pas vraiment une question, je comprends bien que c’est ça ou rien. Cela me surprend, Longissor est rarement aussi directif. Cela me pousse à m’interroger, une fois de plus, sur la personne qu’il est de l’autre côté de l’écran. La douceur et la patience qu’il m’a démontrées semaine après semaine le caractérisent-elles également loin des écrans ? Et puis, s’il connaît mon visage, l’inverse n’est pas vrai. À quoi ressemble-t-il ? À chaque fois que je pense à lui, c’est sa photo de profil qui s’impose dans mon esprit, ce ciel bleu dont je connais maintenant chaque nuage cotonneux à force de le contempler. Je lui imagine un regard rêveur, un sourire timide. Est-il blond ? Brun ? Ça, je n’en ai aucune idée, et je m’en moque. Ce ne sont que des détails face à l’essentiel, son âme qu’il m’a ouverte.

Avant de lui répondre, je prends le temps de consulter le programme du Music Summer. Heureusement, le concert des Icebreakers, le seul que je ne souhaite rater sous aucun prétexte, n’a pas lieu en même temps que l’horaire proposé pour notre rendez-vous – il commence un peu plus tôt, à 19 h 45.

Oui, très bien. J’ai hâte de te voir, et de

découvrir le festival, ça va être super !

 

J’espère que ce sera à la hauteur de

tes attentes, en tout cas.

 

Parle-t-il de lui ou du Music Summer ? Que ce soit l’un ou l’autre, il ne devrait pas être pessimiste. Je suis certaine que quoi qu’il se passe, je saurai conserver un œil positif sur ce qui m’entoure. C’est l’été, et je suis en vacances, cela suffit à mettre un filtre de bonheur sur ma vie.

Et même lorsque la nuit finit par tomber sur la région parisienne, moi je rayonne encore comme un petit soleil.

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