Donne-moi des ailes
Chapitre 14
Je suis assise dans un métro de la ligne 10, la tête appuyée contre la vitre. À cette heure-ci, il n’y a pas grand monde. Je dois retrouver Louis dans moins d’un quart d’heure, maintenant. Nous n’avons pas parlé depuis que nous avons fixé notre rendez-vous, à part quand il m’a envoyé l’adresse d’un café du seizième arrondissement par message privé. Je n’ai pas osé répondre grand-chose, trop nerveuse. Pourtant, plusieurs fois, saisie d’une impulsion subite, j’ai saisi mon téléphone pour ouvrir Instagram, désireuse de confier mes angoisses à Longissor… avant de me rappeler que Louis et lui sont une seule et même personne. Je me sens un peu triste. J’ai le sentiment d’avoir perdu un ami, remplacé par le batteur. J’espère que d’une manière ou d’une autre, je parviendrai à le retrouver… Louis n’était pas le seul à tenir à notre complicité. Maintenant, j’en viens presque à regretter qu’il m’ait confié son identité. Cela change la dynamique de notre relation, et je ne sais pas encore si nous parviendrons à nous en remettre…
Arrivée à la station de métro à laquelle je dois descendre, je lisse ma robe d’été blanche, quitte la rame, puis rejoins la rue. Je ne suis pas allée souvent dans le seizième arrondissement auparavant, et je suis frappée par l’impression de richesse, ou tout du moins d’aisance, qui se dégage des bâtiments et des passants. J’ai l’impression d’entrer dans un autre monde, bien différent de celui de la banlieue de classe moyenne où j’habite.
Le monde de Louis, auquel je n’appartiens pas…
Décidément, le syndrome de l’imposteur me colle à la peau et ne me quitte pas.
Google Maps me guide jusqu’au café où le batteur m’a donné rendez-vous. Sur le trottoir d’en face, je consulte l’heure sur mon portable : 15 h 02. Nerveuse, je prends une profonde inspiration et traverse, avant de pénétrer à l’intérieur de l’établissement. À cette heure de l’après-midi, il y a peu de monde aux différentes tables. Les quelques clients ne me prêtent aucune attention. Je balaie les lieux du regard, mais je ne vois pas Louis, bien sûr. Il m’a dit qu’il réserverait une pièce privée. Qu’est-ce que je suis censée faire ? Aller voir le serveur et lui demander d’un air de conspiratrice de me montrer l’arrière-salle ? Donner le nom du musicien ? Je n’ai jamais été dans une telle situation auparavant, moi ! J’ignore quels sont les codes des rendez-vous de ce genre…
Je suis tirée de mes réflexions par un serveur qui s’approche de moi, probablement intrigué par mon immobilité.
— Mademoiselle ? me salue-t-il.
Je réponds un peu bêtement :
— Bonjour… Je m’appelle Caitlin Parr et…
— Ah oui, vous êtes attendue. Suivez-moi, je vous prie.
Ah. C’était donc si facile ?
J’emboîte le pas au serveur alors qu’il se dirige vers le fond du café. Il emprunte un couloir, puis s’arrête devant une petite porte de bois, qu’il ouvre en me disant :
— C’est ici, Mademoiselle.
Je croyais m’être préparée au choc que j’allais ressentir en entrant dans la pièce ces deux derniers jours. Mais cela ne suffit pas à atténuer le courant électrique qui me parcourt quand je m’avance de quelques pas. Au fond de la salle privée, dans un fauteuil confortable, est assis Louis Hayes. Quand il m’entend arriver, il pose sur moi ses grands yeux bruns, et se lève pour m’accueillir. Je reste figée, détaillant ses traits que je connais si bien à force de les avoir vus partout sur les réseaux sociaux. Sa mâchoire carrée, le grain de beauté sur sa pommette droite, ses cheveux blonds qui accrochent la lumière de l’après-midi… Il est aussi beau que sur toutes les photos de lui que j’ai vues, et cela me déstabilise.
Que dois-je faire ? Le saluer d’un signe de la main ? La lui serrer ? Lui faire la bise ?
Finalement, c’est lui qui prend l’initiative. Avant que j’aie pu faire quoi que ce soit, il traverse l’espace qui nous sépare, se penche en avant et m’embrasse la joue. Sentir sa peau frôler la mienne est… déroutant. Tant que je me retrouve incapable de réagir à son geste. Lorsqu’il recule, je comprends que je suis restée paralysée, comme une statue de glace. Ça commence bien… Je bredouille :
— Salut…
Louis me sourit. Je remarque qu’il a un air crispé que je ne lui ai jamais vu en interview. Serait-il intimidé lui aussi ? Il me répond :
— Salut, Caitlin.
Je triture ma robe d’une main, ne sachant que faire ensuite. Louis suggère :
— Eh bien… On s’assoit ?
— D’accord.
Nous n’allons pas aller loin si je ne parviens à prononcer que deux syllabes à la fois… Je me force à ajouter, même si la remarque me paraît un peu stupide :
— C’est vrai que ces fauteuils ont l’air confortables.
— Ils le sont…
Louis et moi nous asseyons en silence. Ma gorge se noue. Tout se passe comme je l’avais prévu. Comme une pauvre cruche, je suis incapable de trouver quoi que ce soit à dire. Je vais rester muette ou presque pendant tout l’après-midi, et décevoir Louis. Je suis sur les rails pour, en tout cas…
Mais quelque chose en moi se rebelle, me hurle que je vaux mieux que ça. Que je dois me forcer. Que même si je n’arrive pas à parler à Louis Hayes, les dernières semaines ont montré que je savais discuter avec Longissor. Qu’est-ce que je lui dirais s’il était là, en face de moi ? Si j’ignorais toujours son identité ? Je déplorais d’avoir perdu mon ami, c’est le moment d’essayer de le retrouver…
Je commencerais probablement par une question banale, histoire de le mettre en confiance, et d’en trouver moi aussi.
— Tu viens souvent ici ? demandé-je.
— De temps en temps, après les enregistrements, me répond Louis. C’est mon agent, Yann, qui m’a fait découvrir ce café. Il est plutôt sympa. Et puis, cette salle privée est calme, c’était vraiment l’idéal pour nous rencontrer. Je n’avais pas envie d’être reconnu, ou que des gens nous importunent. Je ne veux pas t’imposer ça.
— Comment tu aurais fait, au Music Summer ? Il y avait du monde partout, des gens t’auraient vu quand tu serais venu me retrouver.
— C’est pour ça que j’ai pris soin de te donner rendez-vous près de l’entrée de la zone VIP. J’aurais pu te rapatrier à l’intérieur rapidement.
Nouveau blanc. Une fois de plus, je vais puiser dans mes ressources pour lutter contre ma timidité, et je lance une nouvelle question :
— Au fait, je ne t’ai jamais demandé… Comment ça se fait que tu sois tombé sur mes dessins sur Instagram ? J’ai un tout petit compte, c’est quand même un énorme hasard.
— Tu me promets de ne pas rire ?
— D’accord…
— Je regardais ce qui avait été posté sur les hashtags de mes chansons. J’étais curieux de savoir ce que les gens en disaient. Je fais encore ça de temps en temps, chercher ce que le monde pense de moi. Je ne devrais pas, d’ailleurs. La plupart du temps, c’est déprimant. Il y a les articles de journaux qui te transforment en caricature. Les gens qui prétendent te connaître et qui te jugent. Et puis il y a des trucs carrément flippants, comme ceux qui écrivent des fanfictions sur moi où je deviens un pervers.
Je souris. Effectivement, je me souviens avoir vu ce genre de textes en surfant sur Wattpad… Louis continue :
— Mais tes dessins, c’était différent. Tu t’intéressais à la seule chose pour laquelle je me sens en droit d’être connu : mes textes, et ma musique. Pas ma petite personne. Mieux, tu essayais de les comprendre pour faire quelque chose de beau avec. Tu as du talent. Et à partir de là, j’ai eu envie de commenter. La suite, tu la connais.
Je rougis devant cet éloge. Je me sens si fière de ce que me dit Louis : que j’aurais compris ses textes, que je les aurais prolongés… C’est exactement ce que j’essayais de faire. Je ne pensais pas que l’auteur original verrait le résultat un jour, mais maintenant que c’est fait, j’en suis contente. Cela me met plus à l’aise, assez pour que j’ose commenter :
— J’espère que je n’ai pas raconté n’importe quoi sur l’interprétation de tes chansons… Tu as dû bien rire quand j’en associais des bouts à des moments que je traversais.
— Au contraire. Ça me fait toujours plaisir de découvrir que mes textes ont pu toucher des gens, c’est ce qui est si beau avec l’art. La création est quelque chose d’incroyablement personnel, et pourtant le résultat peut avoir une résonance universelle.
— Je comprends ça.
— Ça ne m’étonne pas. J’ai vite senti que tu étais comme moi. Tu as davantage de choses à dire que le monde autour de toi peut en entendre. Tu bouillonnes d’idées, et ça jaillit dans tes dessins.
Je souris. J’aurais été incapable de le mettre en mots aussi clairement moi-même, mais c’est exactement ce que je ressens.
— Je ne suis pas sûre d’avoir envie que tout le monde écoute, répliqué-je. Quand même, montrer ce que je crée, c’est me mettre à nu. C’est pour ça que je poste sur un deuxième compte. Je n’osais pas partager mes dessins avec mes camarades du lycée.
— Je connais ça. Je sais que c’est difficile à croire, mais je suis assez timide, au fond. Jouer devant un public me stresse beaucoup, même après tout ce temps. J’écris mes chansons pour m’exprimer, j’ai l’impression qu’on m’écorche vif quand elles affrontent le public.
— Ce n’est pas difficile à vivre ?
— Si… Mais la plupart du temps, c’est Tatiana qui se charge d’assurer le spectacle. Elle a toujours été beaucoup plus à l’aise sur scène que Nico et moi. C’est elle qui mène le groupe, depuis le début. Je ne sais pas comment elle fait pour être aussi forte, c’est dingue.
Louis parle de la chanteuse avec une admiration non feinte. Je souris. Cela fait longtemps que les journalistes lancent des rumeurs sur eux deux. Est-ce qu’elles seraient fondées ?
— Oui, c’est sûr qu’elle a l’air d’avoir de l’aplomb, commenté-je.
— Elle n’en a pas que l’air. Tu le constateras si tu la croises un jour.
Okay. Donc, Louis a l’intention de me revoir, alors que j’étais venue à ce rendez-vous avec l’idée que ce serait le seul et unique. C’est que je ne dois pas trop m’être ridiculisée jusque-là… Au contraire, alors que nous parlons d’art, ce qui nous a rapprochés, je sens la connexion que je ressentais avec Longissor renaître de ses cendres. Oui, lui et moi sommes sur la même longueur d’onde… et si nous nous sommes trouvés dans l’immensité d’Internet, ce n’est pas un hasard.
La suite de notre discussion est de plus en plus détendue. Nous continuons à parler de musique, de dessin, et plus le temps passe, plus je parviens à oublier qui se tient devant moi, absorbée par la conversation. Louis me fait rire en m’expliquant ses ratés lorsqu’il a commencé à chanter et jouer de la batterie en même temps – apparemment, il a mis un certain temps à gagner la coordination nécessaire –, je renchéris en lui montrant un bêtisier de mes pires échecs en matière de croquis, ceux dont j’ai si honte que je n’ai jamais osé les poster sur Instagram. Nous débattons de notre différence de perception des morceaux en français ou en anglais. Je défends passionnément que l’emploi d’une langue étrangère permet de donner une dimension mystique aux textes, alors que Louis argue qu’il n’y a qu’en français qu’il parvient à maîtriser pleinement la musicalité des mots.
— Mon manager voudrait que j’écrive davantage de paroles en anglais pour mieux m’exporter à l’international, mais c’est n’importe quoi ! clame-t-il. Les Américains s’en sortent très bien pour produire des paroles dans leur propre langue, ça ne servirait à rien que j’apporte ma goutte d’eau à la rivière.
— Dit le gars dont le groupe s’appelle les « Icebreakers », fais-je remarquer. Pas très français, hein…
— C’est le label qui nous a imposé ça. À la base, on…
Louis est soudain coupé dans sa tirade enflammée par la sonnerie de son téléphone. Il le tire de sa poche, jette un regard à l’écran et avec une grimace, me prévient :
— Quand on parle du loup… C’est Yann, mon agent. Excuse-moi, je dois prendre cet appel.
D’un signe de tête, je lui fais signe qu’il n’y a pas de souci pour moi. Alors qu’il se lève pour s’éloigner de quelques pas, j’en profite pour boire plusieurs gorgées de mon jus de pomme, que le serveur a apporté il y a peu de temps. À force de parler, j’ai la bouche sèche…
Je ne compte pas spécialement espionner Louis, mais dans l’espace réduit, je ne peux faire autrement que saisir des bribes de la conversation qu’il est en train de mener.
— … mais oui, je suis certain que Sa cage doit être incluse dans l’album ! Qu’est-ce qui te prend, Tatiana et Nico ont adoré, et on en a déjà discuté !
Sourcils froncés, il ne semble pas particulièrement ravi de ce que lui répond son interlocuteur.
— Écoute, Yann, j’ai écrit chacune des chansons des Icebreakers jusqu’à aujourd’hui, je crois que j’ai une bonne idée de ce qu’est l’ADN du groupe, affirme-t-il. Non, même pour essayer, je ne veux pas prendre un co-auteur… C’est ça, on en discutera demain au studio… Sérieux, tu ne vas pas me faire chier parce que je suis parti à l’heure ? Je t’avais dit que j’avais un truc cet après-midi, je ne suis pas à ta disposition.
L’agent de Louis lui parle encore quelques secondes, ce qui fait soupirer le batteur. Puis il raccroche et revient vers moi en secouant la tête.
— Désolé encore pour ça, lâche-t-il en se laissant tomber dans son fauteuil. C’est un peu tendu avec Yann en ce moment.
— Tu veux m’en parler ?
Louis semble affecté et je veux lui offrir mon soutien, mais en même temps, il s’agit peut-être de secrets professionnels de son groupe. Il me connaît encore mal, et la presse guette le moindre scoop concernant les Icebreakers. S’il ne me fait pas encore assez confiance pour discuter avec moi de ce genre de sujets, je comprendrais. Cependant, il ne paraît pas vouloir détourner la conversation. Me regardant droit dans les yeux, il me lance :
— Tiens, oui, ça m’intéresse. Toi qui suis le groupe depuis le début, et qui écoutes vraiment nos chansons… À ton avis, qu’est-ce qu’on essaye de faire passer à travers elles ?
Je ne sais pas si c’est censé être un test, mais répondre à cette question à brûle-pourpoint me stresse presque autant que mon oral de français l’avait fait. Me mordant la lèvre, je prends le temps de la réflexion, avant d’avancer :
— Il n’y a pas une idée claire. Chacun de vos albums, je le perçois comme un feu d’artifice. Il y a tellement de choses à l’intérieur… C’est pour ça que j’aime autant ce que vous faites, parce qu’il y a toujours une chanson qui correspond à ce que je ressens. Certaines sont joyeuses, d’autres tristes… J’ai l’impression que ce qui compte, c’est que vous êtes honnêtes avec votre public ; vous exprimez vraiment ce qu’il y a en vous, sans filtre. C’est ce qui me touche, personnellement, en tout cas.
Louis laisse échapper un petit rire.
— On est d’accord. Je ne l’aurais pas mieux dit moi-même.
Il se laisse aller en arrière, passe une main dans ses cheveux blonds, puis ajoute :
— Le truc, c’est que mon manager pense qu’on devrait changer notre manière de faire. Il dit qu’on se tire une balle dans le pied avec les chansons plus sombres, que notre public est composé pour majorité de moins de vingt-cinq ans et que les jeunes ont envie de trucs festifs, c’est tout. Que si je ne les fais plus rêver, je cesserai de les intéresser.
— C’est n’importe quoi !
Au contraire, lorsque j’ai été confrontée à des émotions difficiles à gérer, trouver des musiques qui correspondaient à mon état d’esprit m’a aidée. J’aime écouter des hits de soirée lorsque je veux bouger ou me motiver, mais parfois, j’ai besoin d’une caisse de résonance à mes tourments intérieurs. Cela me semble d’une telle évidence que je suis choquée que l’agent des Icebreakers ne le comprenne pas.
— En ce moment, je n’arrive à écrire que des morceaux assez durs, du coup, ça fait des étincelles entre Yann et moi, enchaîne Louis. Mais mes chansons ont toujours reflété ce que je ressentais, et ça, je ne peux pas vraiment le changer.
— Tu n’es pas heureux ?
C’est la conclusion logique à tirer de ce qu’il vient de me dire, et pourtant, j’ai du mal à le croire. C’est une star ! Il a la reconnaissance, l’argent, l’attention de ses fans. J’ai du mal à envisager que son sourire sur toutes les photos de lui qui sont prises soit forcé.
Il baisse la tête, et souffle :
— Si… et en même temps, pas vraiment. J’ai réalisé mon rêve, au-delà de toutes les attentes que j’avais quand j’étais plus jeune. Mais plus le temps passe, plus des éléments venus avec la célébrité me pèsent. Et ça me fait culpabiliser, parce que tant de gens voudraient être à ma place ! Sauf que ma vie est devenue une prison dorée. Il y a tant de pression sur mes épaules, tant de choses que je ne suis plus libre de faire comme je l’entends… J’ai envie de parler de ça dans mes chansons, mais c’est un cercle vicieux. Yann m’en dissuade, ça m’étouffe encore plus, ce qui accentue mon besoin de tout laisser sortir… Parfois, je voudrais juste créer sans arrière-pensée, comme avant, sans me demander si je fais les bons choix pour ma carrière. Comme toi.
— Je suis désolée que tu en sois arrivé là… C’était pour ça, Viva la Vida ?
Louis sourit à cette évocation de la première musique à partir de laquelle il m’a suggéré de dessiner.
— Oui. Je me sentais comme le roi du monde quand les Icebreakers ont commencé à percer, et maintenant, tout s’est effondré… De l’extérieur, on ne voit rien, mais en moi, c’est le chaos. Tatiana et Nico ne comprennent pas, eux vivent toujours un rêve éveillé. C’est encore plus dur de ne pas pouvoir parler de tout ça avec eux.
— Je ne suis pas forcément la mieux placée pour t’aider, mais si tu as besoin de moi, je suis là.
— Je sais, m’assure le batteur. Je te l’ai dit, tu m’as apporté énormément au cours de ces derniers mois.
Nous nous regardons, en silence ; moi, la lycéenne anonyme et lui, l’artiste aux milliers de fans. Finalement, nous avons plus en commun que je l’aurais imaginé : l’un comme l’autre, nous nous sommes réfugiés sur Internet parce que nous n’avions personne pour nous comprendre… et nous nous sommes trouvés. En venant jusqu’ici, je déplorais la perte de Longissor, ce confident qui m’était devenu si cher ; enfin, j’accepte qu’il ait simplement gagné un visage.
Pendant encore une heure, Louis et moi discutons, de tout et de rien. C’est moi qui dois finalement le quitter, afin de rentrer chez moi avant que ma mère ne revienne du travail. Comme lorsque je suis arrivée, il m’embrasse sur la joue pour me saluer, et cette fois, ce geste me paraît bien plus naturel.
Quand je me couche ce soir-là, les yeux grands ouverts dans le noir, j’ai encore du mal à croire à ce qui s’est produit. Pourtant, il n’y a aucun doute possible : Louis Hayes et moi sommes désormais amis.
Et je n’ai plus qu’une seule envie : le revoir très bientôt…
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