Donne-moi des ailes

Versi Camille · Chapitre 15 sur 34

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Donne-moi des ailes

Chapitre 15

 

Si, maintenant que les vacances sont arrivées, ma mère me laisse occuper mes journées comme je l’entends, je sens tout de même son stress. Elle attend mes résultats de bac avec plus d’impatience que moi… De mon côté, je préfère éviter de me projeter. J’ai l’impression d’avoir bien réussi mes épreuves, mais je ne veux pas me pourrir l’esprit en y repensant sans cesse. Et puis, ce n’est pas comme si je visais une école particulière exigeant un certain niveau scolaire, comme Inès. Je n’ai toujours aucune idée de ce que je veux faire après le lycée… Je sais seulement que je voudrais me diriger vers un métier dans lequel je pourrais me servir de mes talents pour le dessin, mais j’ai peur de l’assumer auprès de ma mère. Elle aimerait tellement que je choisisse des études qui m’assureront une carrière stable…

Quoi qu’il en soit, le matin des résultats, c’est elle qui trépigne près de l’ordinateur, alors que je prends mon petit-déjeuner calmement. Elle a même posé un jour de congé pour être avec moi aujourd’hui… Je ne lui dis pas, mais j’aurais préféré qu’elle s’abstienne. Ça me met une pression dont je me serais bien passée.

— Allez, c’est l’heure, je crois ! me presse-t-elle en début d’après-midi.

Plus moyen de reculer. Sous son regard scrutateur, je vais chercher dans ma chambre le papier sur lequel j’ai recopié soigneusement mes identifiants d’accès, et je les rentre dans les champs de la page de connexion. Le navigateur se met à mouliner, sans doute en raison du grand nombre de demandes simultanées… Enfin, mes notes apparaissent, et je reste sous le choc.

15 à l’écrit de français, 16 à l’oral. Avec les résultats dans les matières évaluées en contrôle continu, j’ai actuellement une moyenne de 14,2.

Je n’aurais jamais cru avoir d’aussi bonnes notes. J’ai travaillé, bien sûr, mais je m’y étais mise si tard… Je ne pensais pas que cela porterait autant ses fruits.

Derrière moi, ma mère explose de joie.

— Félicitations, c’est excellent, Caitlin !

Elle me serre dans ses bras, et je me laisse faire, encore incrédule. Mais je ne rêve pas, j’ai vraiment tout déchiré ! J’espère que cela décidera Maman à me lâcher un peu pour mon année de terminale…

— J’envoie un SMS à ta grand-mère, me prévient-elle. Toi, tu devrais appeler ton père pour lui donner tes résultats.

Je me crispe. Je n’ai pas téléphoné à Dublin depuis des mois. Je n’ai pas envie d’entendre mon père faire semblant de se réjouir pour moi alors qu’il m’a écartée de sa vie depuis l’enfance, que nous ne nous sommes pas vus depuis au moins deux ans. Mais j’imagine que je suis censée lui annoncer mes notes d’examen tout de même… De toute façon, Maman ne me lâchera pas tant que je ne l’aurai pas fait, je le sens. Alors je hausse les épaules et je soupire :

— Okay…

Je cherche le numéro de mon père dans mon répertoire et le compose. Une sonnerie étrange retentit, sûrement liée au fait que j’appelle en Irlande. Enfin, j’entends :

— Bonjour, ici Tobias Parr.

Son ton est professionnel, comme toujours. Sans doute croit-il que je suis l’un de ses clients… Je réponds d’un ton blasé :

— Bonjour, Papa.

— Caitlin ! Comment vas-tu ?

Sa voix s’est faite plus détendue. Il sait qu’il n’a pas son image de businessman à défendre en face de moi. Pour autant, je ne dirais pas qu’il semble heureux de me parler.

— Je viens d’avoir mes premiers résultats de bac, lui annoncé-je.

Je vais droit au fait. Je ne veux pas prolonger cette conversation plus que nécessaire. Je vais lui donner mes notes, et c’est tout. Je le connais, lui non plus ne voudra pas s’attarder au téléphone… Ça me va.

— Alors ? m’interroge-t-il.

— 15 à l’écrit de français, 16 à l’oral.

— Eh bien, c’est vraiment pas mal !

— Merci.

Un blanc. Aucun de nous deux n’a grand-chose de plus à dire. Cependant, cela fait moins d’une minute que nous sommes en ligne. Il faut encore que nous cherchions à meubler, histoire de sauver les apparences.

— Donc… tu es en vacances, maintenant ? me demande-t-il gauchement.

— Oui, pour deux mois.

— Génial. Ce serait l’occasion de venir passer une semaine à Dublin, tu ne crois pas ?

Passer une semaine chez mon père ? Je hausse les sourcils. Je croyais que nous avions dépassé le stade où il se sentait obligé de me faire ce genre de propositions… Je dis la première chose qui me passe par l’esprit :

— Mais… je ne suis pas venue en Irlande depuis au moins quatre ans…

— Justement. Il est temps, non ?

Je n’ai pas vraiment d’arguments pour éviter d’y aller, à part mon manque d’enthousiasme. Et ma mère me tuerait si je refusais juste à cause de ça, elle qui me pousse toujours à maintenir coûte que coûte des liens avec mon géniteur… J’imagine que je ne couperai pas à cette semaine chez lui. Je demande, d’un ton peu enthousiaste :

— Quand ?

— Du 13 au 19 juillet, par exemple ?

Je jette un regard en coin à ma mère. Si mon père a déjà des dates précises, c’est qu’il a dû la consulter…

Sérieusement, elle ne pouvait pas me demander mon avis avant d’organiser ça derrière mon dos ?

Bon. Tant qu’à faire, je n’ai rien contre cette semaine-là. En haussant les épaules, je réponds :

— D’accord.

Ensuite, nous parlons des modalités pratiques du séjour. L’avion, les horaires précis, ce genre de choses. Je dis oui à tout. Au moins, en une grosse demi-heure, l’affaire est pliée. Quand je raccroche, je me tourne vers Maman et l’accuse :

— Tu savais en me demandant de l’appeler, hein ? Tu savais qu’il allait me proposer de venir chez lui !

— Est-ce vraiment si terrible ?

Je me renfrogne.

— Je n’ai pas besoin de faire semblant d’avoir une relation avec quelqu’un qui ne veut pas de moi. La prochaine fois que l’envie te prend de le contacter derrière mon dos pour essayer d’arranger les choses entre nous en vain, évite, s’il te plaît.

Ma mère écarquille les yeux. OK, j’aurais pu être un peu moins violente dans mes paroles, mais je suis furieuse.

— Tu te trompes, Caitlin, réplique-t-elle. C’est ton père qui a pris l’initiative de me demander si tu étais disponible pour passer du temps avec lui pendant ces vacances.

Elle marque une pause avant d’ajouter :

— Il a l’air de sincèrement vouloir se rapprocher de toi. Tu devrais lui laisser une chance…

Une de plus ? À quoi bon ? Ça se finira comme toutes les autres fois. Il me fera sentir que je ne suis pas aussi importante à ses yeux que je l’aimerais, et j’en serai blessée. Franchement, j’aurais pu m’éviter ça.

Mais je n’ai plus le choix. J’ai accepté de passer une semaine à Dublin, alors il faudra bien que je supporte les efforts de mon père pour, d’un coup, se donner bonne conscience.

Au moins, lui ne s’offusquera pas si je décide de m’enfermer dans ma chambre pour dessiner toute la journée. Au pire, je pourrai toujours passer mon temps comme ça…

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