Fortune Academy : Troisième année (French Edition)
Chapitre 8
— ’est qui, Cole, putain ? demanda Dante. C
— Euh…
— Ce n’est pas une réponse, cracha Orion, venant en soutien à Dante
grâce à un regard qui me pressait de leur fournir des explications, et ce au
plus vite.
Par où commencer…
Après avoir atteint de nouveaux sommets ensemble, le lien avec mes
compagnons aurait dû être plus fort que jamais, et il l’était, mais peut-être
pas d’une manière qui m’était bénéfique pour le moment.
Tous mes partenaires étaient d’accord sur un point : ils étaient furieux.
Je frictionnais mes cheveux avec une serviette tandis que le poids de
leurs regards me faisait grincer les dents. Même Kaito semblait déconfit,
mais franchement, de toutes mes Vertus, il aurait pu quand même me
comprendre. Ce n’était pas ma faute s’il existait une autre Vertu.
Quand bien même, une part de moi se sentait coupable. L’eau tombait
en gouttelettes à mes pieds pendant que je me séchais, ce qui me laissait le
temps de réfléchir. Car, oui, après avoir plongé tête la première dans la nuit
la plus incroyable de ma vie, j’avais eu absolument besoin d’un autre bain.
Après m’être suffisamment essuyée, Hendrik m’observa avec un œil
étrange.
— Qu’est-ce qu’il y a ? lui demandai-je.
— Rien, rétorqua-t-il aussi sec, avant de matérialiser une nouvelle tenue
que je porterais et de la jeter vers moi.
— Ça n’a pas l’air d’être rien, grommelai-je avant de faire glisser la
blouse sur mes épaules.
Le chasseur me dévisageait toujours de manière mauvaise et attendait
patiemment ma réponse à sa question tandis que j’enfilai ma jupe.
— Dante, débutai-je en posant une main sur son bras.
Il s’éloigna brusquement à mon contact.
— Ne m’inflige pas ça, avec tes joues rouges et ta moue.
Il se tut un instant, et posa les yeux sur les preuves de ce que nous
avions fait ensemble. C’était lui qui m’avait mordue et avait déplacé sa
langue sur la délicieuse plaie, ce qui ne le rendit que plus triste.
— Je peux expliquer, murmurai-je.
Toutes mes Vertus me considéraient avec impatience, mais ce fut
Hendrik qui sembla tout comprendre en premier.
— Tu n’as pas tout ce qu’il te faut pour combattre Calamity. Pas vrai ?
Je laissai tomber mes mains contre mes hanches.
— Je ne sais pas. Peut-être ? Je veux dire, vous avez tous partagé… tout
avec moi. (Je baissai les yeux, incapable de supporter leurs regards.) Ça
devrait être suffisant.
Kaito passa son bras autour de ma taille et me tira contre son torse. Il
avait enfilé un pantalon, et je glissai mes mains dans les poches arrière.
— Mais ça ne l’est pas, confirma-t-il.
J’opinai du chef contre lui, à la fois humiliée et frustrée de ne pas être
en mesure de profiter pleinement de ce moment.
— Je suis vraiment désolée.
— Ce n’est pas ta faute, dit-il, me faisant taire en pressant ma tête
contre son épaule. Tu es une championne, Lily, et tu affronteras l’un des
plus puissants Échos de Calamity. Ils deviennent de plus en plus intenses et violents à mesure que les vagues progressent. Les choses n’ont jamais été
ainsi. Tes exploits sont sans précédent, et nous ne devrions pas être si durs
avec toi.
La chaleur d’Orion se répandit contre mon dos lorsqu’il posa fermement
sa main sur ma nuque, avant d’embrasser mon crâne.
— Tu peux compter sur nous, petite étoile. Je pense que nous l’avons
déjà prouvé.
Logan ricana.
— D’accord, mais vous devez admettre que ça a un peu ruiné l’instant.
Il croisa les bras et plissa ses yeux bleus étincelants dans ma direction
tandis que je me blottissais un peu plus dans la chaleur de Kaito.
— Alors, qu’est-ce que ça signifie, Princesse ? Est-ce qu’on va devoir le
trouver ? Où est-il ?
— Je… je n’en ai aucune idée, admis-je.
Je savais uniquement qu’il avait mal, qu’il souffrait, et que nous devions
mettre la main dessus au plus vite.
Mais il semblait si loin. Peut-être pas en enfer, ce qui représentait un
problème. J’ignorais encore comment quitter cet endroit. Le plan avait
toujours été de piéger Calamity. S’échapper était seulement un luxe
supplémentaire.
Mais je me sentais incomplète. Je ne voyais pas simplement mes Vertus
comme un moyen de survivre, ou des outils à ma disposition. Ils étaient des
fragments de mon cœur, et, lorsque nous étions ensemble, je me sentais
complète.
Je devais trouver une solution… et vite.
En m’entendant émettre un petit bruit de frustration, Kaito embrassa
mon front avant de repousser mes cheveux et de m’adresser un sourire.
— On trouvera une solution, Koneko-chan. Pour l’instant, suivons le
plan, et trouvons ta mère. Quoi que nous fassions ensuite, nous aurons de
meilleures chances de réussir si la Reine de l’Enfer est de notre côté.
Je l’espérais sincèrement, car si Calamity devait mettre la main sur nous
avant que nous ne sachions comment la contenir, nous étions tous foutus.
— REGARDE-MOI CE FESTIN ! aboya Logan en bondissant dans l’un des
sièges massifs qui étaient alignés devant une grande table à manger.
Après que nous étions parvenus à dormir quelques heures, les sous-
fifres de Luc étaient venus frapper à notre porte, et nous avaient guidés vers
la salle à manger.
Et waouh, c’était un petit-déjeuner d’enfer.
Toute la surface de la table était couverte d’un assortiment de mets
délicieux au fumet paradisiaque, et ce malgré notre situation.
— Waouh ! corrobora Orion en s’asseyant à côté du loup. Je ne sais
même pas par où commencer.
— Commence par les boudins, dit Hendrik avant d’en engouffrer un.
Ses yeux noirs brillèrent de la lueur rouge de ma magie qui parcourait
son corps comme une drogue. De toutes mes Vertus, je pense qu’il était
celui qui utilisait la magie noire de manière un peu trop abusive, n’ayant
rien pour la retenir à l’intérieur de son corps.
Kaito tira un siège en bout de table et m’invita à m’y asseoir tandis que
Dante prenait une serviette et la pliait pour l’installer sur mes genoux, en
profitant bien sûr pour me palper au passage. Je lui jetai un regard noir, ce
qui ne fit que provoquer chez lui un de ses sourires soulignés par ses belles
pommettes.
Toutes mes autres Vertus prirent place et se mirent à remplir leurs
assiettes pendant que des démons garnissaient la table de ce qui semblait
être une quantité infinie de nourriture.
Il y avait quelque chose d’étrange à tout ceci. Je ne pouvais m’empêcher
de remarquer le parfum enivrant qui alourdissait mes paupières et me
forçait à me gaver.
— Les gars ? demandai-je, ma voix rendue plus aiguë par l’inquiétude
tandis qu’ils commençaient tous à s’empiffrer. Je ne pense pas qu’on devrait
manger ça.
Seul Kaito ne les rejoignit pas et resta assis à ma droite, à observer la
nourriture avec un œil calculateur.
— Je le ressens aussi, Koneko-chan.
— Bien le bonjour ! lança Jess d’une voix chantante tout en sautillant au
travers de la salle à manger.
J’arrachai mon regard des arrangements de pâtisseries, de saucisses
enveloppées dans du bacon, et de baies sucrées pour le diriger vers le chef
démon qui entrait derrière elle en étirant ses ailes de chauve-souris tout en
observant Jess avec un rictus amusé.
La lueur dans ses yeux m’indiquait que les deux avaient manigancé
quelque chose la nuit passée, et, lorsqu’il m’adressa un sourire malicieux, je
me raclai la gorge pour me concentrer sur mon assiette, car je savais que
mes Vertus arboraient probablement tous la même expression.
— Mangez, buvez et reformez vos réserves, car aujourd’hui, nous nous
rendons dans la fosse, annonça Luc avec retentissement en écartant ses bras
pour un effet encore plus dramatique.
Il rétracta ses griffes noires aiguisées en prenant place à l’autre
extrémité de la table, et se mit à aboyer des ordres aux serviteurs
démoniaques, leur commandant d’apporter plus de nourriture que je
n’aurais jamais réussi à ingurgiter.
Jess se pencha contre la table pour attraper une pêche.
— Ça a l’air délicieux !
— Oui, à ce propos, commençai-je, les yeux levés vers le chef cornu
aux yeux écarlates. Comment se fait-il qu’on trouve des fruits frais en enfer ? Et aussi des… (Je soulevai un des mets sucrés.) Des viennoiseries ?
Ce banquet ne me disait rien qui vaille, et je n’avais pas avalé une
bouchée.
Il sourit en affichant ses dents acérées.
— Votre ignorance est tout à fait adorable, Princesse.
— Tout doux, avertit Logan tout en brandissant un morceau à demi
consommé de bacon, malgré mes indications. C’est à ma compagne que tu
parles.
Luc inclina la tête.
— Bien entendu, n’y voyez aucun manque de respect. (Il se racla la
gorge.) L’enfer est composé de nombreuses strates intérieures, y compris
des niveaux alignés aux sept péchés. La gourmandise est la plus grande,
bien entendu, et il suffit de connaître le bon tunnel à emprunter pour se
servir en nourriture pour des visites royales telles que la vôtre.
Il étira ses ailes avant de les ranger dans son dos tandis que les
serviteurs disposaient de multiples assiettes devant lui.
— Les démons n’ont techniquement pas besoin de s’alimenter, mais
j’apprécie toute excuse pour me laisser guider par la… (Ses yeux se rivèrent
sur Jess.) Tentation.
Elle afficha un grand rictus, puis se tourna vers moi.
— Tu vas les manger ? demanda-t-elle en désignant mes friands à la
saucisse auxquels je n’avais pas touché.
Je m’enfonçai dans ma chaise et levai les mains.
— Sers-toi.
Kaito demeura silencieux pendant que le reste de mes Vertus dévoraient
leur part du festin, ne semblant pas du tout perturbés par le fait qu’il
provenait de l’un des sept péchés qui possédait son propre domaine en
enfer.
Je considérai Orion.
— Ça ne te dérange vraiment pas de consommer ça ?
Il sourit, et ses taches de rousseur dorées brillaient d’une énergie
renouvelée en projetant un éclat solaire au travers de sa peau.
— Un plat est un plat, petite étoile.
Je levai les yeux au ciel.
— Si vous faites tous une combustion spontanée infernale, je n’essaierai
pas de vous sauver.
— Moi non plus, ajouta Kaito.
Mon estomac grondait tandis que je les regardais se goinfrer.
LOGAN GROGNAIT de douleur tandis que nous pénétrions plus profondément
en enfer avec Luc. Le chef démon avait laissé pour tâche à son armée tout
entière de garder la ville en son absence, même si je me doutais que les
choses sérieuses se produiraient plus bas, où nous nous trouvions, s’il
souhaitait vraiment rejoindre notre petite parade.
Il se montrait déjà indigne de confiance. Toutes mes Vertus, à
l’exception de Kaito, titubaient en soutenant leurs ventres et regrettaient
leur aventure avec le péché de la gourmandise.
Kaito gloussa, étant le seul à avoir évité les conséquences en s’abstenant
de s’alimenter.
— On vous avait prévenus qu’il ne fallait pas manger.
— Je crois que je vais mourir, se lamenta Logan.
Dante, Orion et Hendrik semblaient également nauséeux, mais ils ne
s’étaient pas autant goinfrés que mon pauvre loup.
Ma prudence avait payé. Certes, j’avais faim, mais le pouvoir de mes
Vertus courait dans mes veines. Par mon sang d’enfant de démon et de
succube, je pouvais rester en forme sans avoir à me nourrir. De plus, la
dernière chose que j’avais consommée en ce lieu était ces champignons hallucinogènes de l’enfer, et je n’étais donc pas intéressée par les effets que
les mets du domaine de la gourmandise auraient sur mon corps.
— Là, annonça Luc en indiquant un tunnel rouge illuminé. C’est la
route qui mène aux Cours Royales.
— Il n’est vraiment pas nécessaire que vous nous accompagniez,
insistai-je tout en marchant devant lui.
Je ne faisais pas confiance au chef démon, même si Jess paraissait
totalement sous son charme. Les abdos des démons sexy avaient parfois cet
effet sur les filles.
Heureusement qu’il n’était pas une de mes Vertus, ou bien j’aurais été
distraite. Je gardai au contraire un œil méfiant sur le mâle cornu durant
notre descente. La chaleur faisait trembler l’air autour de nous, et de la
sueur s’accumulait dans ma nuque.
Cela m’inquiéta. Jusqu’à présent, je n’avais pas été dérangée même par
les températures vivement fluctuantes de ce monde.
— Le feu d’enfer est la substance la plus brûlante de tous les mondes,
raconta Luc qui battait des ailes pour nous éventer.
— Sans déconner, le railla Logan, la langue pendue à la manière d’un
adorable chiot qui me faisait glousser.
Il m’adressa un regard noir avant de saisir de nouveau son ventre et de
jurer.
— Pourquoi n’êtes-vous pas affecté ? demanda Orion au chef démon,
d’un air vert maladif tandis qu’il peinait à marcher sur le sol caillouteux.
Vous avez mangé plus que nous tous réunis.
— Je suis natif de ces contrées, expliqua Luc en tapotant ses cornes.
Être un démon a ses avantages. (Il m’adressa un clin d’œil.) Vous auriez
probablement été capable de vous nourrir sans subir d’effets néfastes,
Princesse, mais je vois bien que vous avez déjà satisfait votre… appétit.
Je rougis.
— Je pourrais vous retourner la remarque, rétorquai-je, incitant Luc à
sourire.
— Alors, pourquoi nous avoir laissés manger ? se plaignit Hendrik.
Son estomac gronda, comme pour acquiescer.
Luc poussa un rire.
— Parce que même si les plats ne sont pas en accord avec vous, ils vous
ont nourris malgré tout. Et vous aurez tous besoin d’énergie pour la
prochaine strate. Il y aura des obstacles à franchir et…
Un terrible sentiment traversa tout mon être, me forçant à m’arrêter
soudainement. Logan heurta mon dos et jura, mais se tut aussitôt qu’il vit
Dante tirer sa lame.
— Qu’y a-t-il ? demanda Hendrik, ses yeux noirs scrutant les tunnels
qui se remplissaient d’une brume rouge.
— Quelque chose approche, murmurai-je juste avant que le sol ne se
mette à trembler.
— Ce sont ces foutus esprits de sorcières que j’ai bannis tout à l’heure,
dit Dante en me poussant derrière lui.
Je le bousculai, fatiguée de son délire surprotecteur.
— Alors, nous les affronterons, ensemble.
— Tu veux combattre ces choses ? J’ai une meilleure idée.
Hendrik agita son poignet tout en entonnant une incantation à voix
basse. Un portail sombre prit forme, similaire à la magie que nous avions
utilisée dans la chambre d’hôtes.
— Hendrik ! m’exclamai-je en m’agrippant à son bras.
Utiliser un passage magique au sein de notre cercle de compagnons,
pour nous rapprocher de quelques mètres, était une chose, mais n’importe
quelle autre action aurait consumé bien trop de puissance.
— On vient à peine d’apprendre ce sort ! Où est-ce que tu comptes nous
transporter ?
— Tout droit chez ta mère, répondit-il, le regard traversé par un éclair
de sorcellerie tandis qu’il traçait un symbole dans l’air, donnant enfin vie au
portail noir. N’attendons pas les quelconques obstacles que ce démon a
arrangés pour nous éliminer. Il l’a dit lui-même. Il s’ennuie, ce qui signifie
que nous sommes là pour l’amuser. (Il adressa une mine sévère à la créature
ailée.) Je me trompe ?
Luc sourit, et son regard était empli d’une lueur absolument maléfique.
— Vous ne vous trompez pas, cher mage, mais je vous en prie, terminez
ce passage. J’aimerais voir ce qui se passera ensuite.
Cela aurait dû suffire à dissuader le Mage sombre de commettre une
énorme erreur, mais il insista lorsque la vague d’esprits de sorcières passa le
coin d’un tunnel. Je poussai un petit cri et observai leurs visages hagards
qui dansaient dans l’air. Leurs yeux fous et morts étaient tous rivés sur moi,
et je n’avais pas envie de savoir ce qui se produirait s’ils arrivaient à notre
portée.
Le sol se mit de nouveau à trembler, et je m’accroupis pour déployer
mes griffes d’enfant de démon, même si je n’étais pas certaine de leur utilité
face à des âmes translucides. Toutes mes Vertus se rassemblèrent dans mon
dos, bien que je sache qu’ils souhaitaient se tenir devant moi, mais je ne
l’aurais jamais accepté. Il s’agissait de mes terres, de mon combat, et je ne
comptais pas me cacher derrière mes hommes comme une couarde
pathétique.
Hendrik grognait tandis que son portail s’agitait et fluctuait, grandissant
et se rétractant tout en perdant sa forme.
— Il devient instable. Quelque chose interfère.
Le rire de Luc résonna tandis que les murs autour de nous
commencèrent à s’élargir, ouvrant le tunnel sur une caverne, et prolongeant
le passage de Hendrik avec lui.
— Pauvres idiots, vous êtes si faciles à manipuler. La création de portail
est un pouvoir démonique. Ouvrir un accès veut dire se livrer aux supplices de l’enfer, surtout face à un démon des strates inférieures comme moi.
Son sourire devint maléfique pendant qu’il écartait les bras, et le
passage produisit un horrible hurlement. Des nuées rouges qui
ressemblaient à du sang le traversèrent jusqu’à ce que des griffes
apparaissent depuis l’autre côté.
— Luc ! cria Jess. Ces gens sont mes amis ! Qu’est-ce que tu fais,
bordel ?
Il s’esclaffa.
— Tu prétends que cette petite princesse qui ne connaît rien de notre
domaine est destinée à tous nous sauver ? Elle doit être mise à l’épreuve,
tout comme je l’ai été.
Hendrik cracha un juron et tomba sur un genou, perdant tout contrôle de
son portail à mesure que les enfants de démons le traversaient comme une
nuée.
Les esprits de sorcières les encerclèrent, prêts à attaquer n’importe
lequel d’entre eux. Ils irradiaient de colère et de rage, ne cherchant qu’à se
venger des anciens griefs qui avaient été infligés à leurs hôtesses avant que
celles-ci n’offrent leurs âmes à ce monde.
La moitié de la horde se tourna pour affronter les âmes en projetant des
boules de feu depuis leurs mains pour désintégrer les spectres pleureurs. Je
mis également à l’épreuve ce pouvoir, ayant conscience que si un démon
était capable d’un quelconque pouvoir, je le possédais aussi en moi. Le feu
d’enfer coulait dans mes veines, et une chaleur constante luttait pour
remonter à la surface depuis que je n’avais fait qu’un avec mes Vertus.
Des étincelles se formèrent au bout de mes doigts, donnant vie à une
flamme bleue avant d’éclore en une boule de feu digne de ce nom que je
soulevais dans ma main tandis que mes serres noires apparaissaient pour
stabiliser la flamme.
— Oh oui ! dis-je avec un sourire.
Désormais, « La Griffe » ne semblait plus si nulle. La Griffe… de feu ?
Oui, j’allais vraiment occasionner des dégâts.
Un groupe d’esprits se rua vers nous en voltigeant autour des enfants de
démons avant d’attaquer. Luc forma un bouclier autour de lui et Jess,
faisant ricocher les esprits tandis que Jess lui hurlait d’arrêter. Je l’ignorai et
projetai ma boule de feu pendant que Dante se déplaçait à la vitesse du son
pour déchiqueter les fantômes. Les cris emplirent l’air à mesure que les
flammes consumaient les esprits, se répandant au travers d’une petite
section du groupe et projetant leurs restes calcinés sur le sol de la caverne.
— Sur ta gauche ! tonna Hendrik en invoquant une lance qui luisait
comme de l’onyx pur.
Il n’avait plus besoin de sang et de souffrance pour utiliser sa magie
désormais. Il avait notre connexion, et mon pouvoir l’habitait, lui offrant
toute la souffrance et les ténèbres qu’il requérait.
Je me contorsionnai au moment où il frappa et embrocha un enfant de
démon qui s’était déplacé sur mon côté, me manquant de peu avec ses
griffes.
La créature hurla tandis que du sang noir éclaboussait le sol. Elle ne
représentait pas les sous-fifres de Luc, semblant moins humaine et plus…
monstrueuse. Ses membres décharnés et sa bouche pleine de dents tordues
lui donnaient l’aspect du mal absolu que j’avais toujours craint d’incarner.
Mais ce n’était pas moi. Je n’étais plus une créature perdue dans les
boyaux de l’enfer. C’était là une vie encore enfermée dans mon esprit, avant
que je n’accepte mes véritables origines tribrides.
Logan se transforma, ses os se brisant tandis qu’il prenait sans peine sa
forme de loup. J’étais si heureuse de voir que sa métamorphose ne lui
provoquait plus la moindre douleur, mais mon cœur se serra lorsqu’une
autre vague d’enfants de démons se ruèrent sur lui et qu’il les déchiqueta
sans la moindre pitié, grondant et mordant tout sur son passage.
De la même manière que j’attendais que mes Vertus comprennent que
j’étais en mesure de me débrouiller par moi-même, je devais avoir
confiance en leurs capacités à se battre.
Poussée par le pouvoir qui courait dans tout mon corps, j’invoquai une
nouvelle boule de feu, cette fois-ci de mes deux mains, lorsqu’une autre
déferlante d’esprits de sorcières vint s’écraser sur nous. Les bruits du
combat et les cris des blessés et des mourants noyèrent mes pensées. Je
lançai mon attaque et balayai un groupe entier de vieilles sorcières au
moment où elles se regroupaient au plafond pour faire pleuvoir des cendres
sur nous.
— Oui ! cria Luc qui riait tout en écartant ses ailes. Spectaculaire !
Je jetai un œil noir à ce salopard avant de recracher de la suie. Je
comptais m’occuper de son cas une fois que nous aurions survécu à cette
épreuve.
Le sol se mit à trembler à un rythme régulier, et je tournai le regard
aussitôt vers le portail.
— Qu’est-ce que c’est ? demandai-je par-dessus le tumulte de la bataille
qui nous entourait.
— Ça ne me dit rien qui vaille, lâcha Orion en frappant de son immense
bras, éliminant trois enfants de démons d’un seul coup.
Deux yeux rouges percèrent la surface du portail, suivis d’une autre
paire.
Un museau émergea, puis des dents, et enfin, les trois têtes du chien de
garde de l’enfer firent leur apparition, l’une d’entre elles tenant un
gigantesque os dans sa mâchoire.
— Logan ! hurlai-je.
Je ne parvenais pas à voir mon loup de mes propres yeux, mais je
ressentais au travers de mon lien qu’il était quelque part au milieu de la
masse d’enfants de démons.
— J’espère que tu es vivant, parce que Cerbère est venu jouer !
Je gère, Princesse, me répondit-il d’un ton prétentieux dans ma tête.
Crétin de loup arrogant.
Cerbère laissa tomber l’os, et l’une de ses autres têtes poussa un
rugissement qui me força à me couvrir les oreilles.
— Merde ! Il est bruyant.
Tous les enfants de démons autour de nous furent pris de panique alors
que les esprits de sorcières poussaient des rires déments.
Si l’enfer était toujours comme ça, je ne voulais vraiment pas en porter
la couronne. Ma mère pouvait la garder.
Un loup blanc traversa la mer sombre et se dirigea droit vers le terrifiant
chien à trois têtes. Cerbère bondit et orienta son postérieur vers les airs en
agitant sa longue queue.
Maintenant, j’avais vraiment tout vu.
Logan aboya et sauta par-dessus l’os tandis qu’une vague d’enfants de
démons et d’esprits de sorcières étaient à ses trousses. Cerbère comprit son
ordre et souleva l’os avant de le projeter avec un grand mouvement de sa
nuque. Un afflux d’enfants de démons furent abattus comme des quilles.
— Encore ! cria Luc avec un rire hystérique, applaudissant tandis que
Jess tombait à genoux, terrassée.
Les yeux rivés sur moi, sa bouche forma les mots « Je suis désolée ».
Elle fit tourner son doigt autour de son oreille et désigna le chef démon.
Je souris. Oui, si j’avais passé des siècles coincés dans un endroit pareil,
je deviendrais complètement dingue aussi.
Cerbère poursuivit Logan en écrasant comme un bulldozer de
gigantesques hordes d’enfants de démons jusqu’à ce que les créatures
décident enfin de battre en retraite. Elles coururent vers le portail noir sous
les feulements des esprits de sorcières qui filèrent vers la lueur rouge de
leur fosse. Je compris pourquoi lorsque Cerbère laissa tomber son os pour
mordre dans le tas et avaler une bouchée de spectres hurlants comme de
simples friandises.
Orion, Hendrik, Dante et Kaito formèrent un cercle autour de moi, et
nous observâmes Logan et Cerbère qui jouaient ensemble. Lorsque j’eus
réalisé qu’il n’y avait plus aucun danger, je m’accordai un instant pour
apprécier à quel point mes Vertus étaient incroyables. Le passage se mit à
scintiller lorsque le dernier enfant de démon le traversa, puis se désintégra
en un tas de cendre.
Cerbère aboya, fou de joie en constatant que Logan lui mordillait les
mollets. Les deux s’amusèrent jusqu’à ce que Cerbère ne roule sur le dos,
permettant à Logan de coincer le cou de l’une de ses têtes.
C’était difficile à croire, mais la taille n’avait pas d’importance au sein
d’une meute. Logan était véritablement un alpha.
Luc commença à applaudir lentement en s’approchant, avant de faire
disparaître son portail.
— Fabuleux. Tout simplement fabuleux, Princesse. Vous avez choisi
vos Vertus judicieusement, à ce que je vois.
Je grognai et formai une nouvelle boule de feu, puis pris son visage
pour cible.
— Donne-moi une bonne raison de ne pas t’annihiler ici et maintenant
pour ce coup fourré.
Le démon afficha un grand sourire et leva les mains en l’air.
–– Tu pourrais me tuer si tu le désirais, mais tu as besoin de moi, Lilith.
Je suis le chef de l’armée qui conduira ton précieux conduit de Calamity
jusque dans les boyaux de l’enfer. Si tu penses réussir à te débrouiller sans
moi, grand bien te fasse. (Il soupira et ferma les yeux.) Au moins, c’est une
boule de feu royale qui me tuera, et non pas l’ennui.
Levant les yeux au ciel, je dissipai ma boule de feu, et donnai un coup
de pied dans le sol, avant de cracher un juron lorsque mon pied heurta une
pierre.
— Nous lui trouverons un autre châtiment, intervint Kaito en saisissant
mon bras. Ce n’est pas parce que tu l’as pris en pitié qu’il n’affrontera pas les conséquences de ses actes. (Son tatouage brilla d’une lueur métallique
argentée.) Tout se paie.
— C’est moi qui dis ça, intervint Hendrik en chassant la poussière qui
recouvrait sa tunique. Et oui, j’aurais dû savoir que conjurer un portail ici
était une erreur. (Il jeta un œil sévère à Luc.) Une erreur que je ne
reproduirai pas.
Logan poussa un jappement de bonheur lorsque Cerbère se roula pour
se placer sur son arrière-train et caler ses têtes sur ses pattes en nous
adressant son meilleur regard de chiot.
Nous avons perdu trop de temps, exprima Logan au travers de mon
esprit, et, à la façon dont mes autres Vertus s’étaient figées, je compris
qu’ils pouvaient également l’entendre. Heureusement, j’ai un moyen de
descendre plus vite. Vous êtes prêts à monter ?
Je dévisageai le molosse infernal.
— Monter ?
Orion bondit et se mit à courir vers le chien, me coupant le souffle
lorsque je le vis sauter sur la créature. À mon soulagement, le molosse
n’arracha pas la tête du demi-dieu lorsque celui-ci grimpa sur son dos.
D’ordinaire, Orion avait l’air d’un géant, mais sur Cerbère, il n’avait aucun
mal à s’installer. Orion saisit une touffe de fourrure pour se stabiliser, puis
tapota l’emplacement derrière lui.
— Viens, petite étoile. Ce n’est pas tous les jours qu’on va aux fins
fonds de l’enfer à dos de Cerbère.
Il avait raison à ce sujet.
— C’est ça ma vie, maintenant ? grommelai-je en traînant des pieds au
milieu de la cendre vers le chien géant.
Dante gloussa et passa un bras autour de ma taille, pour me soulever
jusqu’à ce que j’atteigne l’immense patte du molosse.
— Exactement, et tu ferais mieux de t’y habituer, car les choses ne vont
qu’empirer.
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