Fortune Academy : Troisième année (French Edition)

Chapitre 17

 

— ole essaie simplement de vous monter les uns contre les autres, C

suggéra Olivia en me proposant un verre d’eau fraîche.

J’engloutis celle-ci entièrement, mais elle ne sembla pas calmer

l’insatiable soif qui accompagnait l’éternelle chaleur.

— Eh bien, c’est réussi, lançai-je en poussant le verre dans sa direction

pour qu’elle m’en serve un autre.

De la vapeur émana de mes doigts lorsqu’elle s’en empara.

Elle m’adressa un regard perplexe.

— Il semble qu’il est très bon pour entrer dans vos têtes. Littéralement.

(Elle balaya une volute de fumée qui s’échappait de mes bras.) Ne lui offre

pas ce genre d’emprise sur toi. Les démons se nourrissent des émotions, tu

en es consciente ? Et tu as l’air d’en être pleine à craquer.

— Hendrik m’a trahie, dis-je, ma voix se cassant en milieu de phrase. Et

Dante aussi.

— Qu’est-ce qu’ils ont fait, ils ont baisé ensemble ? avança-t-elle d’un

ton amusé tout en me versant de l’eau. Ils sont tous les deux des connards

déprimés. Je peux tout à fait l’imaginer.

Je soupirai.

— Oui, mais ce n’est pas de ce genre de trahison que je parle. Ils ont le

droit de baiser entre eux s’ils le veulent. Ils sont tous les deux mes Vertus, et ils me partagent, je peux donc les partager aussi, mais ils ont fait autre

chose. Quelque chose d’horrible.

Elle resta figée jusqu’à ce que de l’eau éclabousse le comptoir. Elle

cracha un juron et s’empara d’un torchon.

— Je plaisantais, Lils.

J’esquissai un sourire, amusée par sa réaction.

— Je sais.

Elle épongea le reste de l’eau avant de jeter le chiffon dans l’évier.

— OK, on parlera de leur bromance plus tard… De quel genre de

trahison s’agit-il ?

— Ils étaient au courant pour Cole, révélai-je avant de commencer à

tout lui expliquer.

Le problème de Calamity aurait pu être résolu depuis longtemps, mais

non, mes idiots de Vertus avaient ressenti le besoin de s’occuper de la

question par eux-mêmes.

— Bon, pour leur défense, je ne suis pas non plus fan de l’idée que tu te

mettes en quête d’un démon de la rage, et encore moins que tu t’accouples

avec lui, lâcha-t-elle en haussant les épaules. Peut-être qu’ils souhaitent

seulement t’aider.

Je croisai les bras et adoptai un air sévère.

— Ne te range pas de leur côté. Tu es ma meilleure amie.

Elle gloussa.

— Bien sûr. (Elle remplit un nouveau verre et me le tendit avant de

s’asseoir.) Alors, tu es vraiment en colère à cause de leur tentative de

t’empêcher d’approcher d’un démon ? Peut-être que ce sont simplement les

effets de la rage de Cole qui affectent le cercle de compagnons, et à travers

lui, toi.

Je soupirai tout en choyant le verre entre mes genoux. L’eau se mit à

bouillir, et je fronçai les sourcils.

— S’il ne s’agit que de cela, tu es peut-être en mesure de me rendre un

service. (Je posai le verre sur la table et fis face à ma meilleure amie.) Tu es

une Mage de lumière désormais. Est-ce que tu ne pourrais pas… je ne sais

pas, me transmettre des ondes positives ou quelque chose ?

— Comme un sort d’ajustement d’attitude ? demanda-t-elle.

— Oui, c’est ça. Tant que ce n’est pas permanent, bien sûr.

Elle forma un sourire.

— Je doute que le moindre sort que je lancerais sur toi durerait bien

longtemps, mais nous avons un cours dans quelques heures, donc ça

pourrait être un bon test.

Je poussai un grognement. Elle avait raison. Je détestais enseigner, mais

travailler comme co-mentor pour les études des monstres constituait ma

seule chance de m’attirer les faveurs de la doyenne, et de peut-être croiser

le vampire des visions d’Olivia.

— Bon, d’accord, concédai-je. Allons-y.

Olivia secoua ses mains, faisant tinter ses bracelets les uns contre les

autres, avant de passer ses doigts sur les miens. Elle murmura une

incantation, puis la répéta encore et encore jusqu’à ce que de son corps

émane une lumière dorée.

Une chaleur réconfortante entra en moi et chassa la brûlure intense de la

présence de Cole. La rage persistante qui semblait empirer à chaque

seconde se dissipa dans le fond de mon esprit, mais sans jamais

complètement disparaître, n’étant qu’émoussée.

Olivia fronça les sourcils et continua son sortilège jusqu’à ce que mes

épaules se détendent et que le fardeau de tout mon chagrin, de toute ma rage

et mon désir ardent de vengeance s’amenuisent en une petite boule que je

pouvais cacher dans un recoin de mon esprit.

Après avoir relâché un profond soupir, je souris.

— Eh bien, mince. Ça a marché.

J’avais enfin la sensation de ne pas avoir le poids entier de l’univers sur

mes épaules.

Olivia sourit.

— Oui, j’en ai l’impression.

Elle essaya de s’éloigner, mais le transfert d’énergie semblait nous avoir

collées l’une à l’autre, sa lumière dorée continuant de se déverser en moi.

— Euh, Olivia ? demandai-je, ma voix devenant de plus en plus

inquiète. Tu peux arrêter maintenant.

Elle tira de nouveau, puis plus violemment jusqu’à ce que je lui tombe

dessus, nos mains encore entrelacées.

— J’essaie, prononça-t-elle entre ses dents tout en luttant pour se libérer

de moi.

Je crachai un juron et forçai mes pouvoirs à bloquer le sort qui

continuait de passer sur moi comme un camion, mais en vain.

Un sentiment de vertige m’envahit, et je commençai à glousser.

Puis je me sentis… incroyablement bien.

Genre, vraiment incroyablement bien.

— Arrête d’en absorber, Lily ! cria Olivia lorsque mes petits

ricanements innocents se transformèrent en un fou rire.

Un vrombissement résonna dans mes oreilles, comme si une abeille

s’était retrouvée coincée dans mon cerveau, et je commençai à m’esclaffer

plus intensément.

— Ça chatouille !

Olivia grogna avec frustration, mais j’avais oublié ce qui l’avait rendue

dans cet état. Je faisais des va-et-vient avec ses mains, un large sourire aux

lèvres.

— Oh, allez, la boudeuse ! On s’amuse !

Olivia dirigea son regard vers mon collier, et tenta de s’en emparer,

mais nos mains étaient verrouillées les unes avec les autres, puis elle pencha

la tête un peu plus bas comme pour avaler la Pierre de Sang. Sa mâchoire se referma autour de la gemme, et une décharge de chaleur nous traversa

toutes les deux, ébouriffant mes cheveux et me projetant violemment contre

le mur.

Ma vision devint floue tandis qu’Olivia luttait contre une chaise

renversée avant de se ruer vers moi.

— Lily ! Tout va bien ?

Mon rire redoubla d’intensité.

— C’était trop drôle ! Allez, on recommence !

Ma meilleure amie leva les yeux au ciel, absolument exaspérée par mon

comportement, mais je ne m’étais pas sentie aussi bien depuis des lustres.

— Eh bien, on dirait que je dois travailler sur mon sort de « positivité ».

(Elle saisit mon bras et me secoua doucement.) Tu penses être en état de

donner un cours ? On ne peut vraiment pas manquer celui-là, même si je

viens de t’asséner une surdose de dopamine.

— Un cours ? Ça a l’air super ! m’exclamai-je avant de me relever

aussitôt.

Des fourmillements me parcoururent la tête, et je dus m’appuyer contre

Olivia pour reprendre mes appuis, puis je souris en percevant que la

sensation s’amenuisait.

— La dernière arrivée est un œuf mimosa pourri ! criai-je avant de

commencer à sprinter.

Olivia hurla dans mon dos pour essayer de casser ma bonne humeur,

mais j’étais décidée à ne pas être un œuf mimosa pourri et je courus jusqu’à

la salle d’études des monstres avec un grand rictus au visage.

 

LES ÉTUDES DES MONSTRES, comme tous mes autres cours, étaient bien plus

intéressantes lorsque je planais grâce à la magie dont Olivia m’avait emplie.

Pour une fois, mon esprit n’était pas encombré par toutes mes

responsabilités, mes inquiétudes quant à ce que pouvaient être en train de

faire mes Vertus, si j’allais mourir à la seconde où Calamity déciderait de

frapper, si la doyenne me percerait à jour ou se souviendrait de moi, ou les

mille et une choses qui auraient être susceptibles de mal tourner et causer la

mort, la destruction et d’autres choses absolument craignos.

À présent, plus rien n’avait d’importance, et je me sentais simplement…

bien.

Apparemment, cette impression faisait disparaître le moindre filtre de

ma bouche, et Olivia dut me prévenir quand je commençais à divaguer, ce

qui arrivait facilement quand je n’avais pas le moindre souci au monde. Le

monstre en question n’était pas d’une grande aide. Le mage-vampire était

un canon absolu, et apparemment, j’exprimais un peu trop mon opinion sur

ce sujet. De plus, il était incroyablement cool d’apprendre que sa magie

était centrée autour du temps. Je comptais l’étudier, car, même s’il n’était

pas le vampire de la vision d’Olivia, son pouvoir consistait à manipuler le

temps lui-même, bordel. Cela m’incita à me demander pourquoi il ne

remontait pas simplement dans le passé, avant sa capture. Nous supposions

que soit certaines lignes temporelles ne pouvaient être modifiées, soit il

avait besoin de suffisamment de sang pour avoir la force de manipuler sa

magie.

Je me fichais pas mal de ses raisons. S’il était réellement capable de

manipuler le temps, j’aurais peut-être pu me servir de lui pour empêcher

Hendrik de faire enfermer Cole.

Et, oui, si j’arrivais à me servir du vampire pour me rincer l’œil par la

même occasion, il n’y aurait pas mort d’homme.

Pour une fois, je ne me sentais pas comme une merde parce que

j’appréciais un gars attirant. J’étais simplement une fille comme ça, étant

donné que j’étais à un tiers succube, et c’était peut-être le moment de

l’accepter.

Marmonnant la mélodie d’une chanson dont je me souvenais mal, je

remplaçai les paroles par des babillages absurdes tout en me rendant vers

une autre salle de classe vide. Je m’aventurai dans un petit cercle où je

déposai de petits orbes rouges qu’Olivia m’avait donnés. Même si je

pensais que le nouveau monstre était aussi chaud que l’enfer, je n’étais pas

stupide. Il était toujours capable de m’égorger, et je ne voulais en aucun cas

salir mon nouvel uniforme avec son sang.

Comment contenir un vampire sexy qui a accès à des pouvoirs

magiques ? Utiliser ses pouvoirs contre lui, bien sûr.

Toutes les salles de classe devaient être truffées de réceptacles en

mesure de piéger la magie, et Olivia m’avait chargée d’installer de

nouvelles runes, simplement au cas où il s’évaderait. Je ne m’inquiétais pas

trop, car je l’avais enfermé ici moi-même. La doyenne l’avait déjà affamé

afin de le rendre plus malléable, mais Olivia ne voulait pas prendre le

moindre risque.

Elle s’inquiétait vraiment pour un rien.

Le garder ancré ici ne me posait, en revanche, aucun problème. S’il

devait se retrouver emprisonné dans l’une de ces petites sphères, il serait

enfermé pile là où je serais capable de garder un œil sur lui.

Je n’avais pas oublié mon objectif. J’allais trouver Cole, lui prouver à

quel point j’étais géniale, et lui rappeler qu’il fallait qu’il cesse de me

mettre des bâtons dans les roues. La première étape de ce plan consistait à

le trouver, et pour ça, j’avais besoin que la doyenne me laisse d’abord entrer

dans l’Arène des monstres. L’un de ces monstres détenait la clé pour y

accéder, même si j’ignorais quand et comment, à en croire les visions

d’Olivia.

Je redressai brusquement la tête lorsqu’un grand fracas résonna dans

une autre pièce, indiquant que quelque chose, ou quelqu’un, avait déclenché

l’un de mes pièges.

Je courus vers le couloir et tendis l’oreille. Un crachat résonna juste

avant que le sol ne se mette à trembler et ne me fasse tituber contre le mur.

Je retrouvai mon équilibre et écoutai, avec un large sourire d’une oreille à

l’autre. Est-ce que le vampire allait jouer à cache-cache avec moi ? Ou

peut-être s’était-il enfui, et que nous allions jouer à chat. J’adorais participer

à une bonne poursuite.

Une voix féminine traversa la cloison, et je sursautai.

— Marcus ! cria-t-elle. Est-ce que tu vas bien ?

Je filai vers la source du son, et découvris le vampire au centre de l’un

des filets de runes, tandis qu’une femme observait la pièce, les yeux

écarquillés, comme si c’était la première fois qu’elle en voyait une comme

celle-ci.

— Est-ce que c’est… une salle de classe ? demanda-t-elle.

Merde ! La magie d’altération de l’esprit d’Olivia provoquait de sacrés

effets secondaires. Il fallait que je lui en parle plus tard.

— Qui t’a laissé sortir, putain ? crachai-je au vampire.

Sa fuite n’allait pas m’aider à me servir de lui pour retrouver Cole. Ce

n’était pas comme si j’allais lui faire le moindre mal. Sauver le monde était

dans le meilleur intérêt de tous, y compris des monstres.

À ma surprise, la femme poussa le vampire qu’elle appelait Marcus

derrière elle et me dévisagea.

Est-ce qu’elle… le connaissait ?

— Qui a laissé qui sortir ? m’interrogea-t-elle innocemment.

Par les dieux. Olivia m’avait joué un sacré tour.

— Notre mage-vampire temporel ! dis-je en le désignant du doigt. Il est

unique, tu sais ? La doyenne aura ta tête si elle découvre que tu l’as fait

échapper pour une…

J’esquissai un sourire narquois en voyant la façon dont ses doigts le

parcouraient, et en remarquant qu’elle se tenait bien trop près de lui.

Ah, je compris alors.

— Pour une leçon privée, ajoutai-je pour finir ma pensée.

Je ne pouvais pas en vouloir à la fille, qu’importe à quel point Olivia

avait réussi à lui embrouiller la mémoire. Si je n’avais pas moi-même eu de

Vertus, j’aurais aussi voulu croquer du vampire.

Je fis passer une mèche blonde par-dessus mon épaule.

— Je ne vais pas te juger, ma jolie. Pour être honnête, il m’est arrivé

aussi de temps à autre de penser à libérer un cobaye.

Cole, plus précisément. En pensant au rôle que ce monstre en particulier

tenait dans mon plan génial, j’adressai un clin d’œil au vampire.

— Surtout s’il est canon.

Ce dernier passa à côté de la jeune femme, la faisant presque tomber, en

grognant et en affichant ses dents acérées.

— Sale garce !

Eh bien, ce n’était pas nécessaire d’aller aussi loin, mais je supposai

que, de son point de vue, j’avais simplement l’air d’une folle qui le retenait

prisonnier.

La fille me surprit en saisissant doucement le bras du vampire.

— Du calme, c’est seulement une gamine.

Il fit volte-face vers elle.

— Une gamine ? Non, Evelyn. C’est un putain de monstre…

Le reste de leur conversation devint un bruit blanc qui résonnait dans

mon esprit, et mon adrénaline grimpa en flèche.

Est-ce qu’il venait de l’appeler… Evelyn ?

Je regardai de nouveau et longuement la jeune fille, et me mâchouillai la

lèvre en remarquant qu’elle ne portait pas d’uniforme.

C’était ça. C’était la vision d’Olivia.

Elle semblait trop jeune pour être la fondatrice de la Fortune Academy,

mais soudain, mes yeux s’élargirent lorsque je compris ce qui se passait.

Mage… temporel.

Évidemment.

— Bordel de merde, murmurai-je.

Le couple se tourna vers moi, le vampire avec une soif de sang dans le

regard, et la jeune fille dont les traits étaient marqués d’inquiétude. Je

savais que je ne devais donc pas la sous-estimer, car j’étais face à la future

reine des Congrégations Royales.

Je devais les ramener tous les deux à leur point de départ, sinon la

Fortune Academy n’existerait jamais. Même si je détestais être championne

du Troisième Écho de Calamity, Olivia avait vu un futur dans lequel nous

survivions tous. Ce futur impliquait que j’affronte la doyenne, et, s’il n’y

avait pas de doyenne, il n’y avait pas de futur.

OK, Lils. Il faut que tu joues ton rôle.

Le choc sembla chasser l’effet du sort qu’Olivia avait placé sur moi, et

l’importante responsabilité de mon rôle reposa son poids familier sur mes

épaules, mais je m’étais assez amusée, et il était temps de se conformer à la

vision qu’Olivia avait eue à mon sujet. C’est ce que j’avais attendu pendant

six longs mois. À présent que j’avais une voie à suivre, j’étais prête à faire

le premier pas.

Je me raclai la gorge et adoptai un faux air indigné.

— Je ne suis pas une gamine, et je ne suis pas un putain de monstre.

Je n’eus aucune difficulté à infuser de l’émotion dans cette phrase.

J’avais rejeté l’idée que je puisse être un monstre depuis le premier jour, et

ce sujet était encore difficile pour moi. Je croisai les bras et les défiai du

regard.

— Je m’appelle Lily, je suis une étudiante de la Fortune Academy, et

j’ai bien plus d’ancienneté que toi.

Et je suis la putain de championne du Troisième Écho de Calamity,

ajoutai-je dans ma tête.

 

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